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vendredi 22 mai 2020

J'ai raté ma vie mais j'ai presque lu du Conan Doyle et ce n'est pas fini


J'ai lu partout dans les réseaux sociaux et dans les grands médias traditionnels que pendant le confinement, si tu n'avais pas appris le serbo-croate en Mooc, la guitare sur Youtube, et pas lu les œuvres complètes de Victor Hugo gratuitement sur Kobo, tu aurais raté ta vie au moment du déconfinement. 
Spoiler : j'ai raté ma vie. J'ai décidé qu'on me foute la paix sur ce que j'avais envie de faire. Par conséquent je me suis dit que je pouvais lire tout et n'importe quoi, de toute façon c'est foutu, je suis foutu, le monde est foutu, adieu monde cruel. J'ai donc commencé à lire "Le Chien des Baskerville" en numérique gratuit sur Kobo, après avoir vu une adaptation en film sur Prime Video. C'est vous dire à quel point je ne suis pas raccord avec les normes intellectuelles et culturelles de la bienséance réglementaire édictées par le petit peuple bobo. Pire : j'adore les aventures de Sherlock Holmes, mais je n'ai pas réussi à tout lire, j'ai arrêté avant la moitié. Pire du pire : antérieurement à cette aventure coupée dans son élan, j'avais donc vu le film comme je le disais plus haut. Mais soyons franc : je me suis endormi également vers la moitié de l'histoire. Donc ? Donc je ne sais toujours pas qui est le coupable. Et là je vais donner un coup de grâce aux puristes de la littérature bien ordonnée : je m'en fiche. Je m'en fiche car je me suis relancé dans un autre roman. Un grand classique aussi, "Le Monde perdu" de Arthur Conan Doyle. Oui, le même auteur que pour Sherlock Holmes ! Et je précise "re"lancé en effet parce que je l'avais commencé il y a un peu plus d'un an et que je l'avais lâché à un peu plus de la moitié de l'ouvrage. "Le Monde perdu" : le titre vaut son pesant de cacahuètes dans la période. Tant qu'à avoir raté ma vie à ne pas avoir appris la "Lettre à Elise" au piano pendant le confinement, autant se vautrer dans l'échec le plus complet en imaginant la perte d'un monde. Bon ok, là il s'agit dans ce roman d'un monde plus "paumé", "isolé", "introuvable", que perdu. Mais les mots, c'est connu, on leur fait dire ce qu'on veut. 
Enfin, je vous dirai ça si je le finis, ce roman. 

dimanche 22 septembre 2019

Soleil de nuit : Le sommeil se lève à l'aise

Chargé de recouvrer les dettes pour le Pêcheur, le trafiquant de drogue le plus puissant d'Oslo, Jon Hansen, succombe un jour à la tentation. L'argent proposé par un homme qu'il est chargé de liquider permettrait peut-être de payer un traitement expérimental pour sa petite fille, atteinte de leucémie.
En vain. Trouvant refuge dans un village isolé du Finnmark, et alors qu'il est persuadé d'avoir tout perdu, Jon croise la route de Lea (dont le mari violent vient de disparaître en mer) et de son fils Knut.
Une rédemption est-elle possible ? Peut-on trahir impunément le Pêcheur ? (présentation éditeur)


Mais alors Jo, on se laisse aller ? On invite le lecteur dans la tête d'un fugitif et on n'y entrepose qu'un flocon d'angoisses et quelques degrés d'astuce pour s'en sortir ? Et histoire de tirer quelques pages de plus, on invente une petite histoire à l'eau de rose avec une autochtone un peu perdue ? Qu'est-ce qui t'es arrivé, Jo ? Un coup de mou ? Un coup de froid, attrapé dans les fraîches contrées de cette molle aventure ? En tout cas je me suis bien ennuyé. Je ne t'en veux pas pour cette fois, mais franchement malgré le soleil constamment au-dessus de l'horizon en ces lieux nordiques et l'époque de l'année choisie pour ce roman, c'est bien le sommeil qui m'a servi au mien, d'horizon, pendant toute sa lecture. 

Soleil de nuit, de Jo Nesbo. Folio Policier. 2016.

lundi 11 février 2019

Hypothermie : Enfile ton polar !


Au bout de la corde bleutée, le cadavre de Maria. Un suicide ? Erlendur n'y croit pas. Il rouvre le dossier. La vie de la jeune femme est un théâtre d'ombres : médiums, insomnies glacées, terreurs nocturnes, les morts vivaient à ses côtés. Quand elle était enfant, son père s'est noyé sous ses yeux. En Islande, on murmure que les secrets les mieux gardés demeurent au fond des lacs. 
(Présentation éditeur)

Sacré Erlendur. Je ne connaissais pas encore ce personnage enquêteur récurrent d'Arnaldur Inidridason, mais en un polar il m'a paru extrêmement sympathique. Humain et torturé de la tête depuis la disparition de son frère dans une tempête de neige alors qu'il l'accompagnait avec son père dans la nature islandaise quand ils étaient enfants, événement dont il garde la culpabilité de celui qui a survécu et pas l'autre. Humain et tracassé par la situation de ses deux enfants, jeunes adultes, en particulier celle de sa fille qui cherche à sortir de sa toxicomanie, et qui le force à discuter avec son ex-femme, comme si un apaisement entre le père et la mère allait soulager le mal-être et guérir ses addictions. Humain et avide de vérité, au point qu'il enquête en marge de ses fonctions officielles de policier, juste parce qu'il a un doute, juste parce que ce suicide par pendaison, dans une maison isolée au bord d'un lac, de la part d'une femme qui a une peur viscérale de la solitude, il y a quelque chose qui le chiffonne, comme dirait Columbo. Il est sensible, et il a du pif, quoi. En remuant les eaux froides du lac, en plongeant un peu dans l'histoire personnelle douloureuse de la victime, en faisant le lien entre ses croyances sur la vie après la mort, et les expériences morbides auxquelles se sont adonnés certains membres de son entourage quand ils étaient jeunes carabins, Erlendur combat les fantômes - y compris les siens -,  et détricote les apparences. Et chacun le sait, quand on détricote, on a froid, surtout en Islande. Alors pour éviter les frissons, le froid dans le dos, ou pire, l'hypothermie, rien de tel qu'un bon polaire pour se tenir chaud. En plus, les polaires, c'est écologique, vu que c'est fabriqué à partir de bouteilles en plastique. Cela tombe bien, Arnaldur Indridason en a, de la bouteille, et ça donne un polar polaire qui s'enfile aisément et qui donne chaud.

La page 77




Pour aller un chouïa plus loin

- En savoir plus sur l'écrivain islandais Arnaldur Indridason (Wikipedia). Vous allez voir, le 2e "d" de son nom n'est pas vraiment un "d".
- Et sur l'expérience de mort imminente, dont il est question dans le livre (Wikipedia).

Hypothermie, de Arnaldur Indridason. Ed. Points. 2007.

samedi 9 décembre 2017

Chasseurs de têtes : Le sale con prétentieux était un malin supérieur


Roger Brown est le meilleur chasseur de têtes de Norvège : il fait subir aux candidats de véritables interrogatoires et ne laisse aucune place au hasard. Mais Roger a une faiblesse, sa femme, la splendide Diana... Voiture de luxe, vêtements de marque, loft immense, galerie d'art et vernissages au champagne, rien n'est trop beau pour elle. Pour financer sa vie privée, il dérobe des toiles de maîtres chez ses clients. Mais le jour où il décide de voler un Rubens à Clas Greve, qui avait pourtant le profil du parfait pigeon, les choses se gâtent. De chasseur, Roger devient proie et le pigeon se révèle être un terrible prédateur... (Présentation éditeur).

Disons-le tout net : Roger Brown, le personnage principal de ce thriller, est un sale con prétentieux. Il est le meilleur chasseur de tête, et il le sait. Il a la plus belle femme qu'on puisse imaginer (à part la mienne), et il le sait aussi. Bref il est fat. Et le pire c'est qu'on est dans sa tête pendant toute l'histoire, car c'est le narrateur. Au début, c'est excitant, car on est dans la peau d'un vainqueur. La première scène, un entretien avec un candidat, prend aux tripes. On salue le professionnel, le manipulateur, on touche du doigt le sentiment de toute-puissance qu'il ressent. Surtout quand la dernière fois qu'on a soi-même ressenti cette toute-puissance c'est quand on provoquait l'angoisse de papa-maman en se retenant de faire caca. Ok, c'est scato comme référence, mais un passage de ce roman est en plein dans le sujet, c'est le cas de le dire, bref vous lirez par vous-même. Comme quoi, chaque mot de cette chronique est pensé et pesé, qu'est-ce que vous croyez ?

Par contre, après un début tonitruant et appétissant, il y a un long passage qui passe longuement (vous noterez l'expression redondante, c'est fait exprès). En un mot, ça se traîne. Peut-être parce que ça tourne vinaigre pour le héro, et comme on est dans sa tête, c'est pas cool. Jusqu'à ce que démarre une traque de dingue, de malade, avec des épisodes très speeds qui trépident (vous noterez la paronymie), et qui ne font plus lâcher le bouquin avant la fin. Il y a du suspens, de la douleur, des morts, de l'imprévu, du cocasse, et même du caca comme je vous l'ai déjà dit. Et surtout la fin est étonnante, du genre où tu te dis "Ah ouaaaaais ! Dingue, ça...".
Donc faites comme moi : lisez, insistez si ça accroche un peu, mais au final c'est vraiment bien. Roger Brown est bien un sale con prétentieux, mais c'est un malin supérieur, il le prouve avec brio, et ça, on ne peut pas le lui retirer.

Pour aller plus loin dans la grande culture

Comme vous l'avez lu dans le résume de l'éditeur, plus haut, Roger Brown décide de voler un Rubens pour joindre les deux bouts en vue de satisfaire les dépenses de sa femme. Le Rubens en question s'intitule "La Chasse du Sanglier de Calydon", et le voici. A revendre ça doit être bien ; à afficher dans son salon, moins.


Chasseurs de têtes, de Jo Nesbo. Folio Policier. 2008.

dimanche 29 octobre 2017

Les marécages : Un polar en Noirs et Blancs


Début des années trente, Texas. Rien ne semble avoir bougé depuis la guerre de Sécession. Le Klan domine. Les lynchages demeurent. Harry, treize ans, fils du représentant local de la loi, s'émancipe de ce monde qui le choque en s'isolant dans les marais. Il y croise, dans les méandres endormis, celui que tout le monde dit être un monstre insaisissable, un esprit de la nuit. Harry est fasciné. Il a trouvé, près des traces de cet Homme-Chèvre, le cadavre d'une femme noire bâillonnée avec des barbelés. On parle d'un "ambulant", serial killer d'une époque démunie devant ce type de crimes imputés au Mal sans qu'il n'y ait de véritable enquête. La population blanche ne s'inquiète pas. N'importe quel Noir fera l'affaire. Jusqu'à ce que les cadavres changent de couleur de peau...
(Présentation éditeur)

Le gamin qui raconte l'histoire a une dizaine d'années au moment des faits. Il va apprendre brutalement et rapidement ce qu'est le racisme le plus pur dans cette partie des Etats-Unis qui n'a jamais totalement digéré l'abolition de l'esclavage. Son père Jacob est coiffeur, mais aussi constable, autrement dit représentant de la loi dans son secteur. Pas de bol, il y a des meurtres atroces, de femmes torturées puis tuées dans des conditions apparemment terribles. Et qu'on retrouve dans les marécages qui s'étendent dans ce coin du Texas. La première qu'on retrouve est une Noire. Pas grave, donc. C'est l'affaire des Noirs, et ces gens-là n'aiment pas qu'on s'immisce dans leurs histoires, c'est bien connu. Dans une des premières scènes de l'histoire, sans doute la plus emblématique, l'une des plus violentes, le constable demande à un médecin blanc d'examiner le corps martyrisé de la pauvre femme. "Un sanglier", dit-il. Ou un fauve. Ou un jeune nègre, ils ont ça dans la peau. Et puis pourquoi perd-on son temps avec ce cadavre ? De toute façon tous les Noirs se ressemblent, une de perdue... Le constable le contredit, l'insulte, le vire et finit par demander à un médecin noir de poursuivre l'analyse, qu'il procédera de façon scientifique pour tirer les premiers enseignements de ce meurtre.

Justice expéditive

Les difficultés sont lourdes quand on représente la Loi et qu'on refuse les thèses et les pratiques racistes, dans ce coin pourri où sévit le Ku Klux Klan. Alors quand ce n'est plus une Noire mais une Blanche qu'on retrouve assassinée dans des conditions tout aussi atroces que la première, la "justice" se met en branle. La "justice" expéditive, celle du lynchage d'un Noir que le constable a eu le malheur d'interroger, faisant peser les soupçons sur lui. Jacob ne parviendra pas à le protéger de la foule en délire, et s'en voudra tant qu'il sombrera dans une grosse dépression alcoolisée. Pendant ce temps, le fiston Harry poursuit l'enquête dans son coin, et croise de temps en temps un "homme-chèvre" qui lui fait peur et peut-être que c'est ce personnage bizarre qui est derrière tout cela, mais c'est pas sûr.

L'histoire connaît des ruptures de rythmes qui accordent souvent plus de place à la langueur et à l'analyse introspective des personnages qu'à l'action. L'auteur, qui a pourtant écrit des chefs-d'oeuvre de suspens (ou que j'ai déjà chroniqué ici) semble s'être réveillé à la fin de son roman, avec un final tout en action, en stress, en révélations, qui déferle après un - trop - long développement sur les affres de certains personnages, et sur les vraies relations qu'ils ont pu entretenir entre eux par le passé. Ça exhume du lourd, il est vrai, mais ça prend son temps.

Reste le message principal (enfin celui que j'ai envie de retenir) : que ce soit dans les années 30 aux Etats-Unis avec le lynchage, ou dans les années 70 en France avec la guillotine, quand existe une peine capitale, la foule s'excite plus facilement pour demander du sang. Quand la justice s'octroie le droit de punir par la mort, elle donne l'exemple de la violence.

La page 77 (pourquoi la page 77 ? parce que)

Pour aller plus loin

A lire un article du Figaro sur les lynchages aux Etats-Unis il y a un siècle.

Et, le sachiez-vous ? Le terme "Lynchage" vient de la pratique d'un dénommé Lynch : à lire ici.

Pour finir en chanson, rien de tel que la "Messe au pendu" de Georges Brassens pour retrouver notre foule qui se déchaîne pour pendre un homme au bout d'un chêne sans forme aucune de remord.


Les Marécages, de Joe R. Lansdale. Folio policier. 2006.

mardi 17 octobre 2017

Le Livre sans Nom promet du sang, des tueurs et des âmes

Santa Mondega, une ville d'Amérique du Sud oubliée du reste du monde, où sommeillent de terribles secrets.
Un serial killer qui assassine ceux qui ont eu la malchance de lire un énigmatique livre sans nom. La seule victime encore vivante du tueur, qui, après cinq ans de coma, se réveille, amnésique. Deux flics très spéciaux, des barons du crime, des moines férus d'arts martiaux, une pierre précieuse à la valeur inestimable, un massacre dans un monastère isolé, quelques clins d'oeil à Seven et à The Ring, et voilà le thriller le plus rock'n'roll et le plus jubilatoire de l'année ! Diffusé anonymement sur Internet en 2007, cet ouvrage aussi original que réjouissant est vite devenu culte.
II a ensuite été publié en Angleterre puis aux Etats-Unis, où il connaît un succès fulgurant.


(Présentation éditeur)

C'est une histoire de dingue dans un bled pourri peuplé d'épaves alcooliques, violents et stupides. Où on tire sur les gens pour régler le moindre problème. Ce haut lieu de débauche et d'avilissement de l'humanité, impossible à repérer sur une carte routière du monde civilisé et c'est tant mieux, va pourtant devenir le centre d'une guerre entre le Bien et le Mal, ou, pour être plus relatif, entre le "Pas Terrible mais plutôt humain", et le Mal absolu. L'enjeu : mettre la main sur l'Oeil de Lune, une pierre précieuse dotée de pouvoirs surnaturels que je ne vous dis que ça. C’est bien simple : entre de mauvaises mains contrôlées par un esprit malin, cette pierre bleue pourrait stopper éternellement en son instant le plus obscure, l’éclipse solaire qui s’apprête à se produire. Et alors ? allez-vous rétorquer. Alors il ferait nuit tout le temps, et ce bled pourri peuplé de dégénérés attirerait, en plus, la faune la plus inhumaine et diabolique qui peuple les cauchemars les plus fous, et en particulier les vampires, ces créatures qui ne supportent pas le soleil, et qui verraient là un havre merveilleusement morbide qui leur permettrait de vivre 24 heures sur 24 dans l’opulence, un peu comme s’ils posaient leur guitoune dans la réserve d’un laboratoire d’analyse médicale d’un quartier plein de gentils donneurs de sang super solidaires parce que c’est important de donner. Oui c’est important, mais pas pour des vampires, qu’on se le dise. Faut tout vous dire bordel c’est pas possible...

Des personnages dégueus volés par des gugusses pourris

Bref, Le Livre sans Nom, c’est l’histoire de la quête de l’Oeil de Lune, qui passe de mains en mains, à mesure qu’elle est volée à des personnages dégueulasses par des gugusses pourris. Et qui finissent le plus souvent la langue arrachée et les yeux délogés.
Les seuls représentants du Bien sont deux moines très combatifs, naïfs mais pas pour longtemps, envoyés à Santa Mondega par leur Père Supérieur pour récupérer la perle dans le but d’éviter la victoire du Mal. Et deux flics, dont un spécialisé dans les affaires surnaturelles. Ces quatre-là sont les seuls qui boivent du café ou de l’eau.
Les autres acteurs de cette histoire sont hors norme. Il y a, en vrac, une voyante extra-nulle, que "même si elle se réveillait au lit avec le Père Noël, elle serait incapable de vous dire quel jour on est". Sanchez, le patron d'un bar, le Tapioca, aussi pourrave que les gens qui le peuplent, qui sont un ramassis d'abrutis alcoolisés, violents, stupides, sales, vulgaires. Ici, il est obligatoire de fumer. Ce que vous voulez, mais il faut (enfin quand je dis "vous", c'est une figure de style, parce que si vous fréquentez ce lieu, je ne vous connais plus). Quand un nouveau arrive et qu'il commande un whisky, Sanchez lui sert un verre de pisse, ça fait rire tout le monde, c’est dire le niveau.

Continuons : il y a Jefe, gros alcoolique (bon, ils le sont tous plus ou moins) qui tombe amoureux d'une Jessica qui a survécu bizarrement après cinq ans de coma à une rafale de balles dans le corps lors de la dernière grosse tuerie du bled. Et surtout, Jefe se fait piquer l'Oeil de Lune par Marcus La Fouine, et là ça craint. Mais Marcus est con. Et bourré du matin au soir, est-il utile de le préciser. Il y a Rodeo Rex, une légende vivante locale, musclé plus que Schwarzenegger, et qui s'avère être en fait un représentant de Dieu sur Terre (trop tard j'ai spoilé). Il y a même Elvis, qui traîne par là. Oui, Elvis, et alors ? Mais surtout, surtout, il y a le Bourbon Kid, qui comme son nom l'indique, ne boit que du Bourbon, et quand il en boit il commet un carnage. C’est lui qui a massacré des centaines d’habitants il y a cinq ans.

Lors de la dernière éclipse.

Mais Bourbon Kid est de retour...

Et il a commandé un verre de Bourbon au comptoir...

Alors c'est bien simple : le Livre sans Nom ? Y a pas de mot.

Pour aller plus loin

Vous pouvez en savoir plus sur ce livre et les suivants (car il y a une suite) sur la page Wikipedia qui lui est consacré. Et, plus original, une page Facebook de Bourbon Kid existe sur ce réseau social.

La page 77. Pourquoi 77 ? Parce que.



Le Livre Sans Nom. Anonyme. Le Livre de Poche, 2010.

samedi 19 août 2017

Monteperdido : Polar, paumé


Monteperdido : un village de montagne acculé contre les plus hauts pics des Pyrénées. Des routes sinueuses, impraticables en hiver, des congères, des rivières qui débordent. Quelques familles, souvent coupées du monde, des sangliers et des chevreuils dans les forêts de peupliers et de pins noirs. C’est là que disparaissent un jour deux fillettes de onze ans qui, comme tous les soirs, traversaient la pinède de retour du collège. Malgré la mobilisation exemplaire du village, on n’a jamais retrouvé leurs traces.
Cinq ans plus tard, au fond d’un ravin, une voiture accidentée et le cadavre d’un homme. À ses côtés, une adolescente désorientée mais vivante : Ana, une des fillettes disparues. Si l’autre est toujours en vie, le temps presse. Qui se cache derrière cet enlèvement ? Deux inspecteurs de Madrid viennent rouvrir l’enquête mais se heurtent à l’hostilité des habitants qui chassent en meute, faisant front contre l’élément exogène, prêts à lutter jusqu’à la mort pour cacher leurs terrifiants secrets. Il apparaît pourtant qu’Ana connaît son ravisseur. Est-ce uniquement la peur et la proximité de son bourreau qui la musellent ? Comment comprendre la troublante triangulation qui s’est jouée pendant cinq ans dans le sous-sol exigu d’un refuge de montagne ? Un roman puissant, âpre et vertigineux à l’image de son saisissant décor.

(Présentation éditeur)

Oppressant. Oppressant le cadre : celui d'un coin paumé des Pyrénées, côté espagnol, isolé du monde quand il fait beau, isolé de l'univers quand l'hiver arrive. Oppressant le rythme : l'intrigue avance aussi lentement que le temps qu'il faut pour atteindre, à pieds, les hauteurs de ce bien nommé "Mont Perdu", Monte Perdido en espagnol. Oppressant comme cette impression d'être perdu dans l'histoire, parfois, un peu comme ce site est perdu dans la montagne. Oppressant comme cette atmosphère lourde, lourde comme une réunion de famille du dimanche midi qui tourne mal, avec ces discussions qui effleurent les problèmes ancestraux de la lignée, sans en parler de façon trop nette pour ne pas faire exploser le noyau familial, qui chatouillent des secrets, mais lesquels, bon sang, lesquels... Un invité - un lecteur - sentirait qu'il y a un truc qui ne tourne pas rond, mais quoi bon sang, quoi... On l'a sur le bout de la langue, il y a un truc qui gêne. Sauf que là il s'agit de vies et de morts, de gamines qui disparaissent et dont l'une réapparaît cinq ans plus tard, et qui ne dit pas tout, c'est sûr. De secret de famille, à tous les coups. De famille élargie : le poids des secrets impacte tout le village, pour l'occasion.

Winter is coming
Alors il faut avancer doucement, doucement mais sûrement, la pression est forte, le temps passe, il reste une gamine à retrouver, sa copine de malheur ment, et comme dans une série fort connue, l'hiver approche. Et pousse à se dépêcher. Dans tout cela, les êtres les plus prévisibles, les plus stables, restent les animaux de la forêt et de la montagne, discrets mais présents dans l'intrigue. Alors on s'y accroche, à cette intrigue, même si elle est lente, complexe, trop lente, parfois trop complexe. A l'image des relations sociales dans ce village, sans doute, mais rien ne nous sera épargné pour sentir leur lourdeur. Alors on s'accroche pour aller au bout du chemin, de l'intrigue, mais on ne s'y attardera pas.

Monteperdido, de Agustin Martinez. Ed Actes Sud, Coll. Actes Noirs. 2017.

vendredi 17 mars 2017

Soda n°13 : Une résurrection dure à vivre


Comme chaque année, ignorant toujours le vrai métier de son fils, Mary Solomon réclame une simple rose pour son anniversaire, mais pas n'importe laquelle : une de ces délicates roses blanches que son ami fleuriste vend désormais à la sauvette dans une proche station de métro.
Mère et fils arrivent ensemble sur place, mais tandis que le "pasteur" Soda négocie avec le vieux vendeur l'achat de tout son stock de roses, Mary a l'attention attirée par un personnage sombre, à la physionomie vaguement orientale, porteur d'un sac à dos.
Ce dernier a, par inadvertance, laissé tomber une enveloppe contenant une importante somme que Mary, s'éloignant de son fils pour trottiner dans la foule des navetteurs, tente de lui restituer. Mary est cardiaque, pas bien agile, mais au bout d'une ou deux minutes, elle parvient néanmoins à interpeler timidement l'inquiétant personnage. Dissimulant mal sa surprise, il s'empresse de s'éloigner avec l'enveloppe... avant de se raviser... pour glisser à l'oreille de la vieille dame : "Ces jours-ci, ne prenez surtout pas le métro !"
Soda ne prend connaissance de l'anecdote que Mary lui confesse naïvement que dans la soirée. Il se lance alors avec 8 heures de retard sur la piste de Khalid Cheik.
(Présentation éditeur)

Ne dites pas à sa mère qu'il est flic, elle le croit pasteur. Un mensonge œdipien (je vous épargne l'analyse psy) qui constitue le fil rouge de Soda, une bonne série d'action policière au décor new-yorkais, légère et pleine de suspens. C'est bien simple, ça s'agite comme dans Starsky et Hutch, mais en plus subtil. 

Soda vit chez sa maman, c'est un bon fils, il part le matin habillé en pasteur, sa mère lui souhaite une bonne journée à distribuer la bonne parole, il se change dans l'ascenseur et se retrouve en bas de chez lui en tenue de flic, prêt à distribuer les coups et les balles. Et depuis douze aventures, c'est comme ça, et ça se passe avec des bing et des paf, des énigmes, du suspens.

Sorti en 2014 (oui ça commence à dater, permettez-moi de prendre le temps que je veux), attendu depuis neuf ans pour des raisons que je vous laisse lire ici, ce tome 13 a une caractéristique : il est glauque. Est-ce que c'est le nouveau dessinateur de Soda ? Non, le trait de Dan Verlinden, et son style, sont  propres et dynamiques et restent dans la lignée des albums précédents. Est-ce le scénariste ? Le grand Philippe Tome est toujours à la barre, comme aux premiers pas de son personnage. La raison est sans doute à chercher dans l'histoire encore récente de New York, ville qui fait partie intégrante de la série, qui lui en donne le ton, l'univers, le contexte, la couleur, la violence et presque l'odeur. New York, c'est un compagnon de Soda. Or, New York a été agressée en 2001. Il fallait en parler un jour. Les auteurs de la BD semblent avoir voulu exorciser ces attentats, et ont donné un cadre "terroriste" à l'intrigue. Là où, jusque là, les histoires de Soda avaient un petit air d'insouciance, de série télé, celle du numéro 13 est grave, sombre, déprimant. Le personnage principal est lui-même déprimé. Il vaut mieux avoir le moral pour lire cet album. La "résurrection" (son titre), une expérience manifestement dure à vivre...

La page 7



Soda, tome 13. Résurrection. Par Dan et Tome. Ed. Dupuis. 2014. 

vendredi 10 mars 2017

Les Yeux rouges du Caïman : Un polar sur le Mur, qui picole très très dur



A Loguivy-de-la-mer, près de Paimpol, l’ex-flic Pogam lance une page facebook, à la recherche d’une affaire trouble à laquelle se mêler. Et pour ça, il va être servi ! Son pote, Harteau,le branche sur un trafic de diamants. Tout s’enchaîne coup sur coup : une blonde mystérieuse roucoule avec qui faudrait pas, un type se fait descendre et Baudouin, son pote Baudouin, qui ne trouve rien de mieux qu’à les lui casser avec son caïman empaillé ! Un vrai sac de nœuds.
(Présentation éditeur)

Un polar à suivre au travers des posts que le narrateur dépose sur son mur Facebook : l'idée est originale. Bien sûr la vraisemblance n'est pas au rendez-vous, car on voit mal un enquêteur dévoiler ses avancées sur un réseau social aussi exposé à tous les vents virtuels de la toile. Même si l'enquêteur en question est un flic défroqué et un alcoolique défoncé.
Mais tout cela n'est pas très grave, le support rédactionnel de ses pérégrinations permet toutes les libertés narratives, et nous voilà embarqués dans ses pensées, dans ses enthousiasmes, dans ses gueules de bois, et surtout dans son aventure un tantinet tarabiscotée. Et comme justement monsieur n'a pas toujours l'esprit très clair, le lecteur peut être rattrapé par une forme de réalisme : on n'est jamais très loin de s'embourber dans la confusion d'un personnage sans doute un peu trop imbibé... Heureusement l'histoire en elle-même, une fois qu'on en a saisi le fil, n'est pas spécialement compliquée. Elle est même parfois un peu prévisible. Mais pour l'originalité de l'ensemble, le style très enlevé, imagé et dynamique, je n'hésite pas : je like et je partage.

La page 7



Les Yeux rouges du Caïman, de Jo Mével. Editions L'Arlésienne. 42 pages. 2016. Pour acheter cet ebook, c'est ici. 

mardi 10 janvier 2017

Glacé : A regarder frappé

Je serais vous je testerais. L'intrigue est intrigante, l'image est belle, les acteurs ont du chien et pourtant ça commence par le meurtre d'un cheval (lol mdr ptdr). Et il est question d'un asile psychiatrique avec un des internés particulièrement frappés (dans une série qui s'appelle Glacé, vous voyez le lien ? lol mdr ptdr). Bon mais blague à part c'est vraiment pas mal. 






lundi 24 octobre 2016

Columbo sur les planches : Lieutenant, il y a ma femme qui me chiffonne...


On a beau savoir que Columbo trouve toujours le coupable, on est systématiquement scotché à son canapé à regarder pendant plus d'une heure ce qui ressemble à une série animalière où un félin joue avec une proie qui sera inéluctablement croquée. Eh bien pour ce Columbo-là, oubliez votre canapé et choisissez un fauteuil de théâtre. Oubliez aussi vos cacahuètes provisionnées sur votre table de salon pour grignoter pendant l'épisode : de toutes façons, vous les aviez oubliées, vous étiez focalisé sur votre écran.

Oubliez tout, et revenez aux sources de Columbo. Car avant d'être une star de la télé, le Lieutenant (pas Inspecteur, s'il-vous-plaît, Lieutenant, "c'est un cran au-dessous") était un personnage de théâtre (en 1962). C'est lui, et la première histoire de meurtre qu'il a élucidée, que vous pouvez retrouver au Théâtre Michel. La première histoire qui a lancé ensuite l'idée d'en faire une série télé. Avec déjà tous les ingrédients : le spectateur est témoin du meurtre ; il suit les réflexions du Lieutenant qui le conduiront à trouver l'assassin, dans un apparent désordre et quelques échanges cocasses ; Columbo est pénible, décalé, il se focalise sur les détails "qui le chiffonnent" et qui tuent (dans tous les sens du terme) ; il a une Peugeot 403 minable, un chien bien cool et une femme à qui il parle souvent. Et ça c'est bien. Il faut toujours parler à sa femme.

Quant à l'histoire, elle est dans la veine columbienne : un psychiatre et sa maîtresse inventent le crime presque parfait pour se débarrasser de madame et vivre pleinement leur amour. "Lieutenant, il y a ma femme qui me chiffonne", aurait pu avouer le psy à Columbo, s'il avait eu de l'humour et un instinct suicidaire. Mais il n'a aucun intérêt à le dire, il est trop prétentieux pour se plier à de l'humour. On reste scotché au fauteuil pendant plus d'une heure et demi, à défaut de canapé au Théâtre Michel. Les acteurs sont bons, et Martin Lamotte ressuscite à merveille Peter Falk et tous ses tics gestuels, linguistiques et vestimentaires. Bref, il faut voir cette pièce : elle a toute l'odeur d'un Columbo en chair et en os, sans la puanteur de son cigare. J'en ai parlé à ma femme, elle est d'accord.

Columbo, Meurtre sous prescription. Au Théâtre Michel, Paris. 

samedi 3 septembre 2016

L'Emprise : Marche sanglante sur l'Elysée


Un favori à l'élection présidentielle, le président d'un groupe militaro-industriel, un directeur du renseignement intérieur, un syndicaliste disparu après le meurtre de sa famille, une photographe chinoise en vogue... Qu'est-ce qui peut les relier ?
Lorraine, agent des services secrets, est chargée de faire le lien. De Paris, en passant par la Bretagne et l'Irlande, pourra-t-elle y parvenir ? Rien n'est moins certain. 
(4e de couverture)

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Lire un bouquin hyper glauque sur les élections présidentielles, le pouvoir, le monde politique, leur lien avec la barbouzerie, le tout dans un univers cynique, violent, sexualisé à outrance... Il y a de quoi mal réagir et rester chez soi aux prochaines échéances électorales. Et pourtant, après ce premier épisode, je lirai le deuxième, subtilement intitulé "Le Quinquennat". On baigne dans l'actu, que voulez-vous. Ah oui : et j'irai voter malgré tout. 

"Tous pourris" ? 
Car il faut avoir le civisme bien accroché pour ne pas sombrer, en lisant ce livre, dans un sentiment facile à choper du genre : "Je l'avais bien dit, ils sont tous pourris." Faut dire que l'histoire mêle tout ce qui alimente la discussion de bistrot. En plus subtile évidemment. Plutôt accompagné d'un cocktail que d'un verre de côte. Une dose de politique, deux doses d'ambition, trois doses de corruption, quatre de sexe (triste, juste pour se vider les nerfs), cinq de mépris surtout pour sa femme et ses enfants... Bref c'est moche, les personnages sont tristes, on plonge dans la fange, on se demande ce que ces gens trouvent comme plaisir à chercher le pouvoir. A part une bonne névrose, un gros pépin à dénicher dans les profondeur de la chair de l'enfance, un gros truc qu'on n'arrive même pas à recracher sans cracher sur la gueule des autres. 

Un peu de distance
Mais si on reste calme, un peu de distance avec cette histoire permet de se souvenir qu'on connaît tous personnellement des gens engagés en politique et qui sont honnêtes, qui aiment l'intérêt général et les gens. Et que finalement, tout cela n'est qu'un roman. Flippant et crade, certes. A des niveaux de pouvoir inaccessibles au commun des mortels, soit. Un chouïa exagéré sans aucun doute. Racontant une machinerie tordue au suspens efficace à coup sûr. Avec des entourloupes et des chausses-trappes insupportables et destructeurs il va sans dire.
Mais tout cela ne reste qu'un roman... 

Non ?

La page 77

L'Emprise. Trilogie de l'Emprise. Par Marc Dugain. Folio. 2014. 

samedi 23 juillet 2016

Têtes de Maures : En quête corse


Melvin, petit escroc parisien, reçoit un jour de juin 2012 une enveloppe bordée de noir : le faire-part de décès de Lysia Dalersa, une jeune femme corse qu'il a connue une dizaine d'années auparavant sous le nom d'Élise. Intrigué et désœuvré, il décide de se rendre à ses obsèques et découvre qu'Élise lui a laissé un journal et deux têtes de poupées maures. Pourquoi ? Que voulait-elle lui faire comprendre ? En Corse, tout a un prix et la mort se nourrit du passé, de ses haines ancestrales, ses secrets et trahisons...
(4e de couverture)

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Son ancien amour se suicide, apparement. Elle lui laisse des indices pour le conduire à comprendre pourquoi. Pourquoi cet acte violent sur elle-même, pourquoi cette violence qui rêgne sur sa famille, et même, au-delà, comment l'histoire familiale, croisée à l'ambiance corse - vendetta, honneur, et tutti quanti - a pu produire tant de malheurs. Le personnage principal est plongé lui-même dans la violence dès son arrivée sur l'île. Il n'a pas d'autre choix que de chercher à dénouer la pelote de laine, de haines et de câbles d'explosifs dans laquelle il se prend les pieds. 

Au-delà de cette quête de vérité racontée avec la limpidité des eaux maritimes corses malgré la complexité de l'intrigue, Didier Daeninckx dépeint de splendides paysages, exhale les odeurs chaudes du maquis, donne envie de siroter une mauresque à l'ombre d'une terrasse sur une petite place de village. Il plonge aussi le lecteur dans une ambiance étouffante, où, comme le dit le proverbe corse, "tout se fait, tout se sait, tout se tait". Derrière la beauté de l'île, il y a la violence des secrets de famille, les vengeances, la méfiance et la mafia. Et un code d'honneur ancestral qui n'est plus que la loi du plus fort, du plus retors et du plus friqué. Daeninckx en profite pour délivrer quelques messages politiques, en bon communiste libertaire. Sans être ni communiste ni anarchiste, le lecteur conclura que ces messages sont sans doute les plus importants de ce roman qui suinte la sueur, le sang et le plomb. 

La page 77


Têtes de Maures, de Didier Daeninckx. 2013. Folio Policier. 

jeudi 14 juillet 2016

Meurtre aux Jeux olympiques : Un polar antique sans flamme ni couronne


Rosalis et Costas, "deux entraîneurs" qui tiennent le célèbre gymnase "Victoire" à Alexandrie en Egypte, se retrouvent à Olympie à la veille des Jeux olympiques au milieu des officiels et des champions du monde entier.

Le pharaon Ptolémée qui rejoint sur place son fils Alexandros et sa compagne Héléna, espère que les champions alexandrins remporteront le maximum de médailles. Mais Rosalis disparaît mystérieusement. Ne serait-ce pas plutôt un crime? Les athlètes de "Victoire" sont tous susceptibles d'être impliqués dans l'affaire. Quant aux autres cités, jalouses d'Alexandrie, elles sont également suspectes. Alexandros mène l'enquête avec Héléna et l'aide de Kipiou, le singe de Rosalis.

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"Meurtre aux Jeux olympiques"... Rien que le titre fleure bon l'histoire bien surrannée en noir et blanc, pleine de barbouzes et de flics qui boivent du whisky et bouffent du boeuf en daube tous les midis. On s'attend à voir débarquer Raymond Souplex. Ça vaudrait des noms comme "Du rififi dans la schnouf" ou, côté Marmiton, "Purée traditionnelle au jambon de pays" : c'est plein de promesses mais c'est parfois insipide. 

Eh bien là, pareil. Sans compter que bien sûr les JO en question ne sont pas de l'époque moderne. Alors forcément faut expliquer plein de trucs au lecteur. Et pour expliquer il faut du temps. Du temps pris sur l'intrigue elle-même. Résultat, on lit pour moitié un livre d'histoire sur les habitudes sportives de l'antiquité. Ça tombe bien l'auteure est historienne spécialiste de cette époque. L'autre moitié, c'est le livre d'une histoire, un polar. Ça tombe mal, l'auteure n'est pas écrivaine. Son écriture est sans relief. Et l'assemblage "cours d'histoire"-"évolution de l'intrigue" est lourdement monté. 
Bref, j'ai déclaré forfait dès la soixantième page. Les JO, ce sera sans meurtre j'espère, devant ma télé en août. Il y aura plus de suspens que dans ce livre. 

La page 77



Meurtre aux Jeux olympiques. Violaine Vanoyeke. Ed. Le Masque. 2008. 

mardi 23 février 2016

Birdman : Ouvrez ouvrez la cage (thoracique) aux oiseaux


Récemment promu au Service régional des enquêtes sensibles, l'inspecteur Jack Caffery ne pensait pas connaître l'épreuve du feu aussi vite et de manière aussi brutale. À Greenwich, non loin du tout récent Dôme du Millénaire, cinq cadavres de femmes sont découverts dans un terrain vague. Cinq corps qui portent différentes marques de mutilations mais qui ont pourtant tous un point commun : la cage thoracique a été ouverte, puis recousue. À l'intérieur, un oiseau, emprisonné vivant dans la chair des victimes. Pour Caffery, cette affaire tombe à un très mauvais moment. Outre l'hostilité larvée de certains de ses collègues qui ne pensent qu'à lui mettre des bâtons dans les roues, sa liaison avec sa compagne, Veronica, est dans l'impasse. Enfin la tension entre Caffery et son plus proche voisin, pédophile reconnu en qui l'inspecteur voit le kidnappeur (et l'assassin) de son propre frère, disparu des années plus tôt, touche à son paroxysme. Mais il n'y a pas de bon moment pour ce genre d'enquête. Caffery sait qu'il est en présence " du cauchemar de tout policier, un tueur en série, un type trop malade pour s'arrêter ". Car Birdman est cinglé, au-delà de toute imagination..


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Ah oui pour ça il est cinglé. On est bien loin des meurtres à la Agatha Christie, accomplis avec une certaine forme de fair-play bien british finalement hein ? Et leur Hercule Poirot qui va fermement mais surtout très poliment procéder à une enquête qui mettra en cause un lord ou un truc comme ça. Non, là, dans ce polar - le premier d'une série avec l'inspecteur Caffery, un gars normal qui a des problèmes de couple normaux et des vraies névroses que personne ne pourrait lui reprocher - on a du lourd : des meurtres (mais jusque là c'est normal, c'est un polar), du découpage de corps, du viol, de la drogue, et les pires perversions morbides dont je ne dirai rien pour ne pas gâcher le suspens pour le futur lecteur. C'est souvent gerbant, parfois gênant, mais ça prend aux tripes (j'ai un peu hésité sur cette expression) et il faut avoir vraiment sommeil pour lâcher le livre avant la fin. Parce que toutes les trois pages, il y a un truc. 

L'histoire de l'oiseau emprisonné dans le thorax des victimes, par exemple (j'en parle parce que c'est dans le résumé qu'on peut lire ci-dessus), il fallait y penser. L'explication est assez rationnelle finalement. En tout cas elle a du sens, pour l'agresseur. Et ça n'a rien à voir avec quelqu'un qui aurait voulu se venger d'avoir trop écouté un 45-tours de Pierre Perret quand il était jeune et pourtant on le comprendrait (vous voyez ce que je veux dire : "Ouvrez, ouvrez la cage thoracique aux oiseaux !" Pardon c'était plus fort que moi). 

N'empêche, l'Humanité peut se sentir heureuse que des idées aussi tordues aient germé dans la tête d'une romancière à tendance psychopathe, plutôt que dans celle d'un psychopathe à tendance meurtrière. 

La page 77



Birdman, de Mo Hayder. Pocket. 2001.

mercredi 17 février 2016

Trapped : Une enquête dans le blizzard avec un tronc et des louches


A Siglufjörour, un village du nord de l'Islande, un cadavre mutilé est retrouvé dans le port local, juste après l'arrivée d'un ferry international en provenance du Danemark. Andri, le chef de la police de la ville, commence l'enquête sur ce crime très violent en attendant les renforts de Reykjavik. Mais le blizzard se lève et le village se retrouve coupé du monde. Les habitants et les passagers du ferry sont à la fois suspects et livrés à un mystérieux assassin...

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Qu'un tronc humain repêché dans une rade provoque l'émoi de la police locale, on peut comprendre. On serait ému à moins que ça. L'autre jour je me suis retourné un ongle, eh bien l'émotion m'a étreint. Enfin j'ai surtout gueulé parce que c'est très désagréable.
Bref, un tronc humain. Sans bras, sans jambe et sans tête. Le tronc dans toute sa splendeur, quoi. Quoique "splendeur" n'est guère adapté, car c'est très laid en fait. Mais je m'éloigne.

Que cet événement se produise à Siglufjörour, et là on a peur de moins bien comprendre. Il faut dire que c'est ici en Islande, pays des accents bizarres sur les lettres. Mais aussi, il faut bien le dire, pays où il fait froid, d'où une difficulté supplémentaire, quand on a les lèvres gercées et les mouvements labiaux ralentis par le froid, pour prononcer les prénoms des personnages de l'histoire.

Trapped - car c'est de cette série qu'il s'agit - est une histoire bien mystérieuse, et au début bien peu compréhensible, mais dont l'ambiance pousse à se laisser glisser avec une inquiétude délectable dans les méandres de l'enquête du chef de la police locale et de ses adjoints, dans le quasi-huis clos du village nommé plus haut et que je me refuse à répéter. Et pour ajouter à la bizarrerie de la situation, le site est à cet instant coupé du monde par un blizzard qui empêche les autorités policières de Reykjavik (la capitale de l'Islande, pour les non-initiés) de prêter main-forte à leurs collègues du village-que-je-ne-nommerai-plus.


C'est pas net

Les personnages eux-mêmes ne nous aident pas à retrouver les codes traditionnels et rassurant des bons vieux polars d'antan : ils sont moches (1), et semblent tous cacher quelque chose. Un peu comme dans Broadchurch, autre série addictive. Ce capitaine de paquebot, immobilisé dans le port par la police, est manifestement louche. Le mari de l'adjointe du chef de police n'est pas clair, avec ses habitudes de fumette. Les réfugiées qui ont échappé à l'emprise d'un malfrat sorti du paquebot, hébergées chez la même adjointe du chef de police, même elles, ne semblent pas tout à fait nettes... Ce jeune qui a perdu sa compagne dans un incendie, en ouverture de la série, qu'y a-t-il derrière son regard fuyant ? Le maire et sa femme sont aussi des êtres bizarres aux pratiques sado-maso inquiétantes. Quant à cet habitant du village qui surveille tout le monde avec une longue-vue, il détient à coup sûr bien des secrets...

En un mot, cette série est très bien faite. C'est bien simple, à la regarder, je me sens comme un tronc dans une rade islandaise : les bras m'en tombent, mes jambes sont en coton, et je ne sais plus où donner de la tête.
Ah ah ! J'exagère un peu, c'est juste pour faire une pirouette avec le début de cette chronique.
Mais sérieux, c'est à suivre.

Trapped, série télévisée sur France 2 les lundis soirs. Créée par Baltasar Kormakur.


(1) Si par un hasard extraordinaire un des acteurs me lit : c'est pour de rire, c'est pour en rajouter une louche dans mon texte. Vous êtes très beaux. Mais reconnaissez que vous êtes loin de James Bond, tout de même. 


mardi 26 janvier 2016

Profanation : Un inspecteur Cølumbø chez les psychopathes nordiques


Sur le bureau de l’inspecteur Carl Mørck, chef du département V, le dossier d'un double meurtre commis en 1987 et impliquant une bande de fils de famille, innocentée par les aveux « spontanés » d’un des leurs. Mørck s'aperçoit que l'affaire a été hâtivement bouclée et décide de reprendre l’enquête. Cercles fermés des milieux d'affaires, corruption au plus haut niveau, secrets nauséabonds de la grande bourgeoisie... Adler-Olsen mêle suspense implacable et regard acerbe sur son pays. Après Miséricorde,Profanation ne décevra pas les fans du cynique Carl Mørck et de son assistant syrien, l’imprévisible Assad.


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Le commissaire Carl Mørck est sympa. Enfin je ne le connais pas, et de toute façon c'est un personnage de fiction, mais il a l'air sympa. Une sorte d'inspecteur Cølumbø du Danemark. Il est humain, il choppe la grippe au pire moment de son enquête, il a une peur maladive de l'avion... Il n'a pas de chien rigolo aux oreilles qui traînent par terre mais il est flanqué de Rose, une vraie pouf que l'administration policière lui a refourgué pour l'assister parce que ses enquêtes ne sont pas super prioritaires, et un certain Assad, stagiaire syrien qui a parfois du mal avec la langue danoise (mais je ne lui en veux pas car moi aussi) et qui doit se calmer dans ses méthodes d'interrogatoires. 


Vue comme ça, cette bande de Pieds Nickelés a de quoi faire doucement sourire, mais malgré leur apparence pitoyable le trio va résoudre une enquête mal élucidée d'il y a vingt ans, impliquant des psychopathes ultraviolents nourris à Orange Mécanique, très bien insérés dans la haute société, qui ont pactisé dans la violence gratuite depuis leurs tendre jeunesse. Des richissimes protégés par des gens bien placés dans la police et dans la justice. 

L'histoire a du mal à démarrer, j'ai repris le début du roman trois fois avant de comprendre ce qui se passait, mais c'est sans doute moi qui suis lent de la comprenette. Après, une fois le quart du livre entamé, c'est glauque, écœurant, plein de sang, de haine sans objet et de viols, stressant à la fin. Le chef du Département V est un bon. J'ai commencé par hasard par le deuxième opus de cette série, mais je m'empresserai de tenter le premier. 

La page 77

Dorénavant vous pourrez voir la page 7 ou la page 77 du livre ou de la BD que je chronique (selon mon humeur et le nombre total de pages). Pourquoi 7 ou 77 ? Parce que. 


Profanation, par Jussi Adler-Olsen. Le Livre de poche. 

samedi 19 septembre 2015

N'oublier jamais : ça va être dur d'obéir à cet ordre


Chez Pocket, ils doivent avoir une dent contre Michel Bussi. J'écrivais il y a tout juste un an (9 septembre 2014) que la couverture de son roman Ne me lâche pas la main était hideuse. Pour N'oublier jamais, itou. Le titre correspond bien : c'est tellement moche qu'on ne risque pas d'oublier. 
Pour le reste, que dire ? Au départ, c'est intrigant. Comment ce pauvre Jamal Salaoui, qui cumule les handicaps au point de venir du 9-3 et d'avoir une prothèse de jambe (c'est vous dire comment on a déjà la larme à l'oeil), mais qui veut se battre pour s'en sortir et ambitionne de devenir champion de course à pieds et donc s'entraîne comme un fou (je peux vous passez la boîte de mouchoirs si vous voulez), comment ce pauvre gars, donc, peut-il se retrouver accusé d'avoir assassiné deux jeunes femmes en les jetant du haut d'une falaise normande ? D'autant que le lecteur est dans la tête de Jamal, il le sait donc bien, le lecteur, que ce n'est pas lui qui a poussé cette fille, et que au contraire il a cherché à l'aider à ne pas sauter. Mais au fil des pages, on finit par se poser des questions, et en tout cas, comme je le dis plus haut, c'est intriguant. 
Et paf, il y a un moment où, comment dire... Ça devient un peu tordu, tiré par les cheveux, la machination qui se dessine est peu crédible, l'explication des mystères peut parfois prêter à sourire, il y a même un personnage qui est au chômage et qui s'appelle Le Medef, ah ah, bref on se dit que l'auteur nous embarque dans un délire qui ne nous appartient pas. 
Et comme il ne nous appartient pas, on va partir sur la pointe des pieds et le laisser tranquille...

Pour aller plus loin...

Allez, et comme tout le monde y pense (en tout cas moi ça m'a énervé la tête pendant toute la lecture), hop un peu de musique !



N'Oublier jamais, de Michel Bussi, Ed. Pocket. 


mardi 25 août 2015

Tu me plais : Le hasard et l'inéluctable


"Le train 1225 de la ligne 1 quitte la station Sablons à 21 h 34 et 52 secondes. Assise en face de Vincent, une très jolie jeune femme parcourt avec application son Elle et écoute de la musique, dont il perçoit le grésillement ténu." Ainsi résumé dans les premières pages par un narrateur qui viendra faire le point régulier au fil de l'histoire, ce polar captivant plaira à ceux qui vivent des moments de grâce dans le métro (à ce sujet je ne saurais trop vous recommander l'excellent blog zarbidanslemetro.blogspot.com). Car l'essentiel se passe sur cette ligne du métro parisien, et le suspens va progressivement monter, à mesure que le Vincent en question va nouer une relation de plus en plus proche avec la voyageuse installée devant lui, et que le lecteur comprendra que si un grain de sable ne vient pas enrayer l'engrenage qui se met en place, il se passera quelque chose de grave.

Ce qui fascine dans ce roman, c'est cette prise de conscience que tout n'est que hasard. Ne serait-ce que ce premier acte : Vincent a failli rater cette rame de métro ; il n'aurait pas rencontré la jeune femme. Tout ce qui suit souligne ces petits virages que chacun prend - ou pas - et qui conduisent à un destin.
Ce qui fascine également c'est l'option du temps réel : tout se passe sous nos yeux minute par minute, sur à peine plus d'une heure, avec parfois des détours sur d'autres personnages dont la vie va croiser celle de ces deux voyageurs, et dont la chorégraphie d'ensemble, à la fois chaotique et inéluctable, conduira au dénouement qu'il n'est pas question ici de dévoiler.

Une fois dévoré ce polar, on se plaît à se faire un bon délire "philo", à se demander par quel hasard on l'a lu, par quelle succession de choix - ou de contraintes - on l'a acheté, pourquoi et comment on a pu prendre le temps de le lire. Et de fil en aiguille, vient "la" question existentielle : si je l'ai lu, c'est que j'existe, c'est que je suis... mais par quel hasard ?
Vous avez une heure...

Tu me plais. Jacques Expert. Le Livre de Poche. Coll. Policier/Thriller. 2015.



jeudi 13 août 2015

Méchant garçon : Des envies de meurtres


Ronald est effectivement un "méchant garçon". C'est rien de le dire : il a violé et tué une jeune fille. Sa maman est une pourriture et une malade mentale aussi : son fils doit devenir médecin, il doit donc être protégé, il a été vilain mais maman va tout faire pour que les grands desseins qu'elle lui assigne ne soient pas perturbés par un meurtre, et va le cacher pour qu'il ne soit pas pris par la police. Elle lui aménage un petit espace secret à la maison avec toutes les commodités, et le planque 24 heures sur 24 pendant des semaines et des mois... Jusqu'à ce qu'elle tombe malade et doive être hospitalisée.

La lecture de ce livre provoque un malaise. Pour plein de raisons. D'abord on a envie d'être aussi sadique et psychopathe que Ronald. Une envie de l'attraper, de lui mettre un pain, de lui arracher les yeux, tant il est fou et insupportablement prétentieux. Cela pousse à ne pas lâcher le livre avant le dénouement. Surtout, se dit-on, surtout qu'il ne gagne pas à la fin !

Cliniquement vivants
Ensuite on ne plaint pas cette pauvre maman qui élève son crétin de fils toute seule. A un degré inférieur (j'ai le sens de la mesure), on compatit avec les profs d'aujourd'hui qui ont face à eux des parents qui soutiennent leur gamin même quand celui-ci fait les pires conneries. Elle a le profil des mamans qui rendent fous leurs enfants, en les empêchant d'être eux-mêmes, en leur mettant la pression pour qu'ils satisfassent non pas leur plaisir de vivre, mais les ambitions - et les névroses - de leurs parents. Ces mamans, ces papas, sont des assassins d'enfants, ils tarissent leurs espoirs, ils anéantissent leur avenir, ils transforment les gamins en zombies, et ils agissent en toute liberté, en toute légalité, en toute impunité. Aujourd'hui on a le droit de massacrer des enfants en les laissant cliniquement vivants.

Mais là n'est pas le propos. Ce qui met mal à l'aise également, c'est que dans ce thriller, le meurtrier est parmi nous. Classique, dans un polar, direz-vous. Mais là il est parmi nous sans qu'on le sache... Et ça fout les jetons quand on rentre chez soi le soir...
Bref un roman très prenant, qu'on ne lâche que pour aller manger ou pour dormir - mal...

Jack Vance, surtout auteur de science-fiction, avait écrit ce Bad Ronald en 1973. Il avait dit de ce roman qu'il était sans doute le meilleur qu'il ait écrit. Dans sa production SF j'avais beaucoup aimé le Cycle de Tschaï, un space opera en plusieurs tomes avec des créatures extraterrestres étonnantes. Mais pour le coup, ce polar dépasse en émotions sa production spatio-futuriste. 

Méchant garçon, de Jack Vance. Folio Policier.