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mercredi 24 novembre 2021

Erectus : La Planète du Jurassic Dead, ou The Walking Park des Singes


Et soudain l'humanité se mit à régresser. À Richards Bay, en Afrique du Sud, c'est le choc. Un homme s'est métamorphosé. Il arbore des mâchoires proéminentes, est couvert de poils, ne parle plus. Bientôt, à New York, Paris, Genève, des Homo erectus apparaissent en meutes, déboussolés, imprévisibles, semant la panique dans la population.
De quel virus s'agit-il ?
Que se cache-t-il derrière cette terrifiante épidémie ?
Une scientifique française, Anna Meunier, se lance dans une course contre la montre pour comprendre et freiner cette régression de l'humanité.
Partout, la question se pose, vertigineuse : les erectus sont-ils encore des hommes ?
Faut-il les considérer comme des ancêtres à protéger ou des bêtes sauvages à éliminer ?
Un cauchemar planétaire.
-Présentation éditeur-

Je ne sais pas si Yves Calvi de RTL et François Julien de VSD ont vraiment lu ce livre avant d'avoir émis leur avis (voir photo) mais soit non, soit non. Car Erectus, c'est pas bandant, pourrait-on dire si on aimait les jeux de mots pourris. Et le tome 2 intitulé "Erectus, l'Armée de Darwin" ne doit pas l'être non plus, en tout cas je ne ferai pas l'effort de le lire comme j'ai fait l'effort de terminer le tome 1.

Pourquoi ? Vous allez comprendre.
Allez, faisons cela sous forme de jeu. Je donne des éléments de l'intrigue, et vous dites à quoi cela vous fait penser.
- L'irruption de la préhistoire dans l'époque actuelle ? Jurassic Park ! Bravo ! 
- La vie et les mœurs des hommes préhistoriques ? La Guerre du Feu, oui.
- Des primates finalement assez malins et qui se verraient bien maîtres du monde... La Planète des Singes, quel talent ! 
- Des humains qui se transforment en bêtes immondes quand ils sont mordus. The Walking Dead, bien sûr ! 
- Et là attention il y a un piège : le danger d'un virus jusqu'alors inconnu qui se répand rapidement sur tous les continents ? Le Covid 19 ! Oui mais ce n'est pas encore un film. Mais ça ne saurait tarder.
Sinon vous pouviez aussi citer I Am Legend, et tout un tas de films de qualité. 

Mais ce n'est pas en s'inspirant de romans ou de films de qualité qu'on fait un roman de qualité. Or, c'est exactement ce qu'a fait l'auteur : un puzzle plus ou moins bien rapiécé avec les bonnes idées des autres. Et ça donne une soupe peu digeste, avec sous forme de liant une vague histoire sentimentale où, pour se vautrer vraiment dans le cliché de roman aguicheur, l'héroïne est enceinte d'un homme qui devient, évidemment, lui-même un Erectus. Et là on tombe sur une autre inspiration romanesque : La Belle et la Bête. 
"Roman aguicheur" ? Oui, la preuve Je devrais dire "film aguicheur". Car le thème, le style d'écriture, les références et les clichés sont manifestement étudiés pour intéresser un producteur de cinéma. Y a pas de raison, les films sources ont toutes été des succès du Grand Ecran ! 
Alors un conseil : allez les revoir, ces grands films, ou lisez leurs romans ou leurs BD. Préférez les originaux, et éparpillez cette pâle imitation façon puzzle.

Erectus et Erectus, l'Armée de Darwin, par Xavier Mûller. Xo Editions. 

mercredi 27 janvier 2021

La Boîte de Pandore : Justement, ne l'ouvrez pas

Présentation éditeur : Alors qu’il assiste à un spectacle d’hypnose, un homme est choisi dans l’assistance pour participer au numéro final. Dubitatif mais intrigué, René se plie au jeu et se retrouve soudain plongé dans une vie antérieure. Ce n’est que la première…
Au fil de ses découvertes, il comprend que ce qu’il a vécu dans ses vies précédentes peut influer sur sa vie présente. Professeur d’histoire, un nouveau défi passionnant se pose à lui : peut-il changer le cours de l’histoire, le réécrire et modifier ainsi la mémoire collective ?
De Paris à l’Égypte, en passant par l’Atlantide, un roman drôle et audacieux sur les mécanismes de la mémoire – individuelle ou générale – et le sens de l’histoire.

Est-ce utile d'émettre un qualificatif pour décrire ce roman ? Vous allez vite comprendre. C'est l'histoire d'un homme appelé René qui parvient par hypnose à rencontrer ses propres vies antérieures. L'une d'elle, la plus ancienne, est un Atlante, qui vit donc sur l'Altantide, où règne une civilisation nécessairement très évoluée d'un point de vue sagesse, et d'ailleurs la preuve c'est qu'ils sont végétariens et qu'ils mesurent 17 mètres de hauteur. Le gars René, c'est celui qui va sauver une partie des habitants de l'Atlantide en les prévenant qu'ils vont subir historiquement une catastrophe naturelle qui va conduire à la disparition de leur île. Son correspondant sur place - lui-même donc, dans une vie antérieure - le croit et va donc construire un bateau pour sauver ceux qui peuvent l'être. Pour remercier René, cette arche sera appelée - tenez-vous bien - l'arche de Néhé (c'est comme ça que les Atlantes peuvent prononcer René). Vous la tenez ? L'arche de Noé, oubliez tout de suite les origines bibliques : ça vient de René. Et les rescapés de l'Atlantide, que deviennent-ils ? Ils vont en Egypte où on retrouvera leurs ossements un jour, ou pas.

Car m'sieur René est historien. Enfin, prof d'histoire. Et il essaie de faire ouvrir les yeux de ses élèves sur la réalité qu'on nous cache dans des livres d'histoire trop académiques qui travestissent la réalité que lui, m'sieur René, connaît. On nous cache tout, que voulez-vous bande de moutons obsédés par le bac ! 
Sinon le gars René va croiser des tas de "lui-même" antérieurs : un combattant de 14-18 qui va tout lui expliquer sur la stratégie de guerre, une vieille riche qui va lui permettre de récupérer des lingots d'or, et d'autres personnalités qui tiendront, vers la fin du livre, une sorte de réunion où ils se rendront compte les uns et les autres que chacune de leur vie suivante a été marquée par un élément qui leur manquait dans leur propre vie. En gros, mon prochain "moi" sera riche et célèbre. A noter qu'aucun d'eux n'a été très choqué de rencontrer un gars qui leur dit "vous êtes mon ancien Moi, je suis votre Moi futur". N'essayez pas de vous présenter à moi de cette manière, je vous jure que je cours très vite prévenir des gentils messieurs à blouse blanche pour s'occuper de vous. 

Ceci dit, il y a bien eu un psy qui a tenté de s'occuper de lui. Pas de bol c'était un psychopathe qui le torturait en lui expliquant que c'était pour son bien. Sous-entendu : faites gaffe aux psys. 

Alors donc, faut-il qualifier ce roman ? Permettez-moi de me défouler, car j'ai tout lu jusqu'au bout en espérant que la fin proposerait un tel rebondissement que l'embarras que je traînais depuis les premières pages disparaîtrait. J'y vais : ce livre est une des pires clowneries que j'ai lues, et je ne pensais pas qu'un auteur aussi éminent que Werber oserait publier un truc pareil. C'est nul, mal écrit, l'histoire est grotesque, c'est pitoyable. Je n'avais lu de l'auteur que son premier roman sur les fourmis, que j'avais bien aimé. Je referme cette "boîte de Pandore" le plus vite possible en espérant que toutes les merdes qu'elle contient ne viendront pas polluer davantage la littérature. 

Une page au hasard

"Les géants." Ben oui, quoi.

La Boîte de Pandore. Bernard Werber. Le Livre de Poche. 2018.

lundi 19 octobre 2020

L'Outsider : Du tirage de cheveux dans la prise de tripes

 


Le corps martyrisé d’un garçon de onze ans est retrouvé dans le parc de Flint City. Témoins et empreintes digitales désignent aussitôt le coupable : Terry Maitland, l’un des habitants les plus respectés de la ville, entraîneur de l’équipe locale de baseball, professeur d’anglais, marié et père de deux fillettes. Et les résultats des analyses ADN ne laissent aucune place au doute. Pourtant, malgré l’évidence, Terry Maitland affirme qu’il est innocent. Et si c’était vrai ?

Le gars King - je me permets de l'appeler comme ça, comme si je pouvais lui taper sur l'épaule, depuis le temps que je le lis, c'est un peu comme si j'étais de la famille - vieillit bien à certains égards, mais il est toujours aussi énervant à être capable du pire comme du meilleur. Pour être franc, cela faisait bien une dizaine d'années que je n'avais pas cherché à lire un de ses écrits. J'étais resté sur ce ras-le-bol de me palucher des centaines de pages de descriptions préalables à toute action, sur l'enfance, l'adolescence, les premiers émois sexuels et/ou amoureux de chacun des personnages, puis sur chaque quart d'heure, chaque minute, chaque seconde qui précède le meurtre/la disparition/le truc bizarre qui se passe, devoir lire 560 pages avant qu'il se passe quelque chose... Stephen King, c'est le Marcel Proust des romans fantastiques. Trop c'était trop, j'avais décidé d'arrêter. Et puis là il y a deux mois j'ai voulu retenter l'aventure. L'Outsider. 800 pages en livre de poche, bon c'est beaucoup pour moi mais ça se tente, depuis le temps. 

Côté pile, chouette, Stephen King va davantage droit au but. Enfin de l'action dans les premières pages, disons dans les premières dizaines de pages. Côté pile toujours, la bizarrerie de départ est prenante. Un gars est accusé d'un meurtre odieux sur un enfant, tout l'accuse, y compris ses traces ADN. Et pourtant tout prouve aussi qu'au même moment, il était à des centaines de kilomètres de là, témoignages et vidéos à l'appui. Un scénario comme celui-là, ça doit donner un final de ouf. Non ? Parce que pour ma part, j'ai été super pris par le suspens, dans la première moitié du livre, je n'en pouvais plus de ne pas savoir.

Sauf que, au final, rien de très ouf. Le final, c'est une pirouette Kingesque tirée des contes et légendes locales avec une espèce de truc un peu monstrueux qui peut prendre la forme qu'il veut. Et tant pis pour la divulgâche. Au début ça prend bien aux tripes et puis c'est tiré par les cheveux. Et un cheveu sur les tripes, aux restau, ça ne passe pas. 

Peut-être qu'il vieillit tout court, Stephen King. Peut-être qu'il perd moins de temps dans les préliminaires fastidieux mais également moins de temps à bâtir des histoires qui tiennent la route. Sinon il y a une autre hypothèse, à vérifier : Stephen King est peut-être doublé par un être bizarre qui prend son apparence mais qui n'est pas lui et qui écrit des choses à sa place... Mais ça, ça n'est qu'une hypothèse, notez bien...

L'Outsider, de Stephen King. Ed. Albin Michel, col. Le Livre de Poche, 2019.

vendredi 22 mai 2020

J'ai raté ma vie mais j'ai presque lu du Conan Doyle et ce n'est pas fini


J'ai lu partout dans les réseaux sociaux et dans les grands médias traditionnels que pendant le confinement, si tu n'avais pas appris le serbo-croate en Mooc, la guitare sur Youtube, et pas lu les œuvres complètes de Victor Hugo gratuitement sur Kobo, tu aurais raté ta vie au moment du déconfinement. 
Spoiler : j'ai raté ma vie. J'ai décidé qu'on me foute la paix sur ce que j'avais envie de faire. Par conséquent je me suis dit que je pouvais lire tout et n'importe quoi, de toute façon c'est foutu, je suis foutu, le monde est foutu, adieu monde cruel. J'ai donc commencé à lire "Le Chien des Baskerville" en numérique gratuit sur Kobo, après avoir vu une adaptation en film sur Prime Video. C'est vous dire à quel point je ne suis pas raccord avec les normes intellectuelles et culturelles de la bienséance réglementaire édictées par le petit peuple bobo. Pire : j'adore les aventures de Sherlock Holmes, mais je n'ai pas réussi à tout lire, j'ai arrêté avant la moitié. Pire du pire : antérieurement à cette aventure coupée dans son élan, j'avais donc vu le film comme je le disais plus haut. Mais soyons franc : je me suis endormi également vers la moitié de l'histoire. Donc ? Donc je ne sais toujours pas qui est le coupable. Et là je vais donner un coup de grâce aux puristes de la littérature bien ordonnée : je m'en fiche. Je m'en fiche car je me suis relancé dans un autre roman. Un grand classique aussi, "Le Monde perdu" de Arthur Conan Doyle. Oui, le même auteur que pour Sherlock Holmes ! Et je précise "re"lancé en effet parce que je l'avais commencé il y a un peu plus d'un an et que je l'avais lâché à un peu plus de la moitié de l'ouvrage. "Le Monde perdu" : le titre vaut son pesant de cacahuètes dans la période. Tant qu'à avoir raté ma vie à ne pas avoir appris la "Lettre à Elise" au piano pendant le confinement, autant se vautrer dans l'échec le plus complet en imaginant la perte d'un monde. Bon ok, là il s'agit dans ce roman d'un monde plus "paumé", "isolé", "introuvable", que perdu. Mais les mots, c'est connu, on leur fait dire ce qu'on veut. 
Enfin, je vous dirai ça si je le finis, ce roman. 

mercredi 5 février 2020

Viscères : Vieux pots, vieux suspens, vieux clichés


Et si votre pire cauchemar recommençait ?
Il y a quinze ans, deux amoureux ont été retrouvés sauvagement éviscérés dans le bois attenant à la maison de campagne des Anchor-Ferrers. Le principal suspect, qui a avoué les crimes, est depuis sous les verrous. Mais aujourd'hui, alors que Oliver, Matilda et leur fille, Lucia, n'ont pas oublié cette découverte macabre, l'histoire se répète, plongeant la famille dans la terreur.
En grand peintre de l'angoisse, Mo Hayder nous livre une série de tableaux sanglants, dans lesquels le commissaire Jack Caffery, toujours hanté par la disparition de son jeune frère, est plus vulnérable que jamais.

Présentation éditeur


Mais j'en ai marre de ces thrillers où tout est prévu, télécommandé, concocté pour être pris en stress avec des ingrédients connus, reconnus, utilisés et réutilisés, usés jusqu'à la corde, la corde vocale la plus martyrisée par les cris d'effrois attendus par les "maîtres et maîtresse du suspens" !

Une fois encore, de quoi parle-t-on ? Evidemment d'un huis clos, dans une maison éloignée de tout et qui COMME PAR HASARD ne dispose plus de ligne téléphonique, elle est en panne c'est ballot. Fatalement, dans les personnages, il y en a au moins un qui est fragile et dont l'état de santé laisse à désirer : COMME PAR HASARD un des héros sort d'une opération cardiaque, et ça craint du tambourin thoracique. Bien sûr, il y a de la gerbe : le bouquin ne s'appelle pas "Viscères" par hasard, c'est juste que le psychopathe étale les tripes de ses victimes sur les branches des arbres. COMME PAR HASARD c'est une image insoutenable. Continuons : le psychopathe, justement. En fait ils sont au moins deux. Et COMME PAR HASARD au départ ils ont l'air normaux, ils se présentent même comme des policiers, c'est pour dire. Pas de bol, ils sont timbrés et prennent possession des lieux (isolés du reste du monde, donc) et des gens (donc le fragile cardiaque). Et COMME PAR HASARD on trompe un peu le lecteur histoire de mieux le choquer : soudain on les croit partis de la scène où tentent de survivre les personnages encore vivants, et une heure plus tard, coucou ! ils repassent la tête en disant "Vous ne croyez pas que c'était fini, non ?" Ah ah ! Les perveeeers ! Et pourquoi ils avaient commencé par partir ? Ben on ne sait pas, juste pour pouvoir revenir et nous faire dire "Ah les salauds, on se croyait débarrassés d'eux". Alors même qu'il y a encore 200 pages à lire, hein, on le sent bien sous les doigts, mais on aime bien croire aux Pères Noël, des fois, qu'est-ce qu'on est con aussi. Et puis pour couronner le tout, il y a ce flic, dont on parle depuis le début du roman, qui s'occupe de tout autre chose que des gens qui ont des histoires avec ces psychopathes. On sent bien que ce policier va être celui qui va sauver les victimes, quitte à mourir dans d'atroces souffrances au dernier moment sans qu'on s'y attende. Mais COMME PAR HASARD, l'agent est un peu rebelle avec sa hiérarchie, parce qu'il est torturé par sa propre histoire, plombée par le meurtre de son frère, et soudain il a une idée pour résoudre l'énigme de ce meurtre et donc il part en vrille et on se demande comment il va, au final, avoir le temps d'aider à sauver les autres gens dont le livre parle, dans les autres pages, ceux qui sont aux prises avec les psychopathes. Vous suivez ?
Eh bien moi j'ai arrêté de suivre. J'ai laissé tomber à la centième page environ, parce que ces vieilles soupes aux vieilles recettes sans surprises, j'en ai marre. C'est comme le décès récent de Mary Higgins Clark : on n'est pas dupes ! On le sait, qu'elle a en vrai été victime d'un assassinat déguisé en mort naturelle par un psychopathe de son entourage après avoir été enfermée dans sa cave pendant trois ans à subir des souffrance psychologiques graves.
Alors ça suffit les vieux cuistots du thriller. Ce n'est pas toujours dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes.

Viscères, de Mo Hayder. Ed. Pocket, 2016.

lundi 11 février 2019

Hypothermie : Enfile ton polar !


Au bout de la corde bleutée, le cadavre de Maria. Un suicide ? Erlendur n'y croit pas. Il rouvre le dossier. La vie de la jeune femme est un théâtre d'ombres : médiums, insomnies glacées, terreurs nocturnes, les morts vivaient à ses côtés. Quand elle était enfant, son père s'est noyé sous ses yeux. En Islande, on murmure que les secrets les mieux gardés demeurent au fond des lacs. 
(Présentation éditeur)

Sacré Erlendur. Je ne connaissais pas encore ce personnage enquêteur récurrent d'Arnaldur Inidridason, mais en un polar il m'a paru extrêmement sympathique. Humain et torturé de la tête depuis la disparition de son frère dans une tempête de neige alors qu'il l'accompagnait avec son père dans la nature islandaise quand ils étaient enfants, événement dont il garde la culpabilité de celui qui a survécu et pas l'autre. Humain et tracassé par la situation de ses deux enfants, jeunes adultes, en particulier celle de sa fille qui cherche à sortir de sa toxicomanie, et qui le force à discuter avec son ex-femme, comme si un apaisement entre le père et la mère allait soulager le mal-être et guérir ses addictions. Humain et avide de vérité, au point qu'il enquête en marge de ses fonctions officielles de policier, juste parce qu'il a un doute, juste parce que ce suicide par pendaison, dans une maison isolée au bord d'un lac, de la part d'une femme qui a une peur viscérale de la solitude, il y a quelque chose qui le chiffonne, comme dirait Columbo. Il est sensible, et il a du pif, quoi. En remuant les eaux froides du lac, en plongeant un peu dans l'histoire personnelle douloureuse de la victime, en faisant le lien entre ses croyances sur la vie après la mort, et les expériences morbides auxquelles se sont adonnés certains membres de son entourage quand ils étaient jeunes carabins, Erlendur combat les fantômes - y compris les siens -,  et détricote les apparences. Et chacun le sait, quand on détricote, on a froid, surtout en Islande. Alors pour éviter les frissons, le froid dans le dos, ou pire, l'hypothermie, rien de tel qu'un bon polaire pour se tenir chaud. En plus, les polaires, c'est écologique, vu que c'est fabriqué à partir de bouteilles en plastique. Cela tombe bien, Arnaldur Indridason en a, de la bouteille, et ça donne un polar polaire qui s'enfile aisément et qui donne chaud.

La page 77




Pour aller un chouïa plus loin

- En savoir plus sur l'écrivain islandais Arnaldur Indridason (Wikipedia). Vous allez voir, le 2e "d" de son nom n'est pas vraiment un "d".
- Et sur l'expérience de mort imminente, dont il est question dans le livre (Wikipedia).

Hypothermie, de Arnaldur Indridason. Ed. Points. 2007.

lundi 26 novembre 2018

L'Apocalypse est pour demain : Ne pas franchir la ligne "jaune"


Les manifs et blocages des "gilets jaunes" m'ont remémoré un livre que j'avais lu quand j'avais une quinzaine d'années : L'Apocalypse est pour demain, ou les aventures de Robin Cruso. Ecrit par l'humoriste et acteur Jean Yanne, qu'il avait raconté sous forme de feuilleton radiophonique en 1977, il raconte l'aventure d'un pauvre individu dans un monde futur où la voiture est tellement reine qu'elle occupe la quasi-totalité du territoire dans un embouteillage chronique monstrueux. C'est bien simple, on habite dans sa voiture, on y vit, on y mange, presque en permanence, car à raison de pointes de vitesses de 8 mètres à l'heure, on a à peine le temps de travailler une demi-heure par mois (un acquis syndical !) qu'il faut rejoindre, en une quinzaine de jours, sa place de parking attitrée pour s'y reposer, avant de repartir pour la demi-heure de boulot du mois suivant. Le maître du pays n'est autre que le Grand Préfet, qui traite avec mépris tous ces pauvres gens qui passent leur vie au volant, et qui se targue d'éliminer 40 % de véhicule - et leurs occupants - par an, à coups de rayons laser, notamment ceux qui ont la malchance de se retrouver coincés au milieu d'un carrefour juste après le passage au rouge d'un feu de signalisation... Et le pouvoir n'est pas seulement violemment répressif du point de vue de la circulation, il est aussi totalitaire : ainsi, tout le monde doit écouter la même radio au même moment, sauf à être considéré comme de "mauvaise volonté" et rapidement éliminé au laser... Le règne de la voiture, sa place omniprésente, ses méfaits et les excès antidémocratiques qu'elle peut générer étaient - déjà ? - imaginés il y a une quarantaine d'années.

Parallèlisme

Alors je ne vais pas être méchant et faire un parallèle entre l'univers que nous promettent, sans le dire, certains "gilets jaunes", et l'avenir angoissant que dépeignait Jean Yanne il y a quelques décennies. N'empêche... Je ne parle pas de ceux qui galèrent avec leur véhicule pour aller au boulot parce qu'ils n'ont pas d'autre choix : ceux-là sont contraints par une histoire politique française qui a toujours privilégié la bagnole ; qui a "oublié" d'investir dans un maillage territorial de transports qui permettrait de limiter le recours au véhicule individuel ; qui a poussé les gens à être propriétaires de leur logement, provoquant ainsi un éloignement progressif des lieux de vie et de travail pour trouver du mètre carré moins cher... Je parle des gros beaufs qui ont des grosses voitures qui consomment beaucoup pour avoir l'impression d'être puissants eux-mêmes, et qui les utilisent pour parcourir les 300 mètres qui les séparent de la boulangerie du coin. Je parle des abrutis qui font partie des associations de défense des automobilistes, comme si conduire une voiture était un statut d'honneur à protéger. On pourra me traiter de bobo je m'en fous, n'empêche que cette catégorie est bien présente parmi les "gilets jaunes", et qu'elle nous mène tout droit vers l'univers stressant imaginé par Jean Yanne. Alors oui à la transition énergétique, écologique et sociale. Les hésitants ? Les incrédules ? Lisez "L'Apocalypse est pour demain", on en recause après.

L'Apocalypse est pour demain, ou les aventures de Robin Cruso. Par Jean Yanne. Ed. Jean-Claude Simoën. 1977.

jeudi 18 octobre 2018

Arto Paasilinna rejoint le fils du Dieu de l'orage


Les saunas sont glaciaux, la vodka a un drôle de goût, les lièvres des steppes finlandaises ont rejoint leurs terriers, la douce empoisonneuse a dû encore frapper sans s'en rendre compte, et les prisonniers du paradis l'ont accueilli, à coup sûr, les bras ouverts, en compagnie du fils du dieu de l'orage : Arto Paasilinna n'est plus. Du moins, son enveloppe charnelle. Le mot n'est pas trop fort car il était bien charnu. Bien charnu comme un type rempli de vie, d'humour, d'expérience. Comme un type modeste qui avait exercé mille métiers avant de se découvrir écrivain, devenu star planétaire de la littérature. L'antithèse de l'élitisme culturel porté par les cultureux vaniteux qui prétendent écrire des livres, qui ne seront lus que par des cultivés vaniteux. Lui, s'est mis à raconter des histoires délirantes avec des personnages aux noms imprononçables pour tout autre peuple que celui de Finlande, dans des contrées inconnues pour ceux qui n'ont jamais été plus au nord que Dunkerque, sur des thèmes aussi légers que la mort, la religion, la turpitude, la vanité et tout ce que peut commettre un humain normal, mais dans un univers qui dérape.
Il écrivait beaucoup, presque un livre par an, d'où parfois des baisses de régime, des histoires moins palpitantes, des intrigues un peu trop tordues (à ce sujet, le fameux Lièvre de Vatanen n'est pas, selon moi, le meilleur de ses romans). Mais se plonger dans ses livres c'est l'amusement garanti, le sourire assuré, le rire qui se fraye un chemin dans la gorge même quand il ne faut pas faire de bruit parce que ton conjoint dort à côté de toi pendant que tu lis. Seuls les professionnels de la correction orthographique doivent souffler, quand écrire son simple nom est déjà une torture (mais bordel il y a deux "a", mais c'est deux "s", deux "l" ou deux "n" ?!). Mais ils vont s'ennuyer un peu, je pense. Comme nous tous, j'en suis sûr.

Page Wiki sur Arto Paasilinna

  

mardi 4 septembre 2018

Téléski qui croyait prendre : Un Poulpe aux petits tentacules


Résumé éditeur

Privé de son quotidien de prédilection, Gabriel Lecouvreur, dit le Poulpe, se retrouve à éplucher les faits divers d’un journal de province. Il s’entiche d’une affaire étrange qui va le mener dans la noirceur des secrets d’une des familles les plus puissantes de Courchevel. Un magnat du monde de la nuit laissé pour mort au beau milieu de son chalet de luxe et de vieilles connaissances de Gabriel accusées à tort, c’est le Poulpe au pays de l’or blanc.
******
Lire une histoire policière du Poulpe c'est comme manger une pizza : quel que soit le restaurant, la base est la même, seuls les ingrédients peuvent être très différents. A tel point que son inventeur ouvre à n'importe quel écrivain la possibilité d'écrire une aventure du détective Gabriel Lecouvreur (le vrai nom du gastéropode susnommé, qui lui est accolé à cause de la taille de ses bras, selon la légende), à condition de respecter un cahier des charges, une "base", qui précise les personnages principaux, les habitudes du Poulpe à mettre en valeur - il ne boit que de la bière par exemple, pas de vin -, la structuration générale du livre, et l'obligation d'un jeu de mots dans le titre. Près de 300 histoires ont ainsi été publiées, écrites par des dizaines d'auteurs différents, dont des cadors comme Didier Daeninckx.

A vrai dire, je te dis ça parce que je me suis renseigné mais je n'avais jamais lu de "Poulpe". Pas de rejet, non, au contraire, la réputation anarchiste de ce personnage haut en couleurs m'attirait, mais bon, voilà, c'est la vie, il y a des tas de choses qu'on aimerait faire, parfois même qu'on peut faire facilement, mais ça ne se présente pas, c'est comme ça. Et paf, que vois-je en parcourant une plateforme d'ebooks au chapitre des gratuits ? Une histoire du Poulpe ! Affublé d'un hilarant jeu de mots en titre, dont j'apprendrai par la suite qu'il est le premier signe du cahier des charges. Une aventure policière chez les gros riches de Courchevel, voilà qui allait donner de quoi balancer de l'explosif - symbolique, car Gabriel Lecouvreur ne tue point - sur la haute bourgeoisie, dénoncer leur turpitude, leur égoïsme, leur hypocrisie... Qu'importe le meurtre, pourvu qu'on perturbe la messe !

Allons droit au but : les éléments de base sont certes respectés, la lecture est agréable, fluide, mais le Poulpe m'a paru bien mou du genoux. Ce qui, pour un mollusque gastéropode est un comble, tu le reconnaîtras bien volontiers. Je ne sais pas si ses frères jumeaux des autres romans sont plus virulents, mais celui-ci manque de personnalité, et m'a laissé sur ma faim. La fin m'a également laissé dessus (sur ma faim donc, suis un peu...), mais je ne veux pas en rajouter ni dévoiler le dénouement. L'explication de ce sentiment de goûter un plat insuffisamment relevé tient peut-être dans l'explication que l'auteur donne lui-même en post-face : cet épisode du Poulpe n'a pas été intégré dans la série historique du personnage. Une sorte de livre pirate, mais respectueux, indéniablement, des lois, us et coutumes édictés depuis l'origine. Alors pour un ebook gratuit, il ne faut pas se gêner, ça fait passer un bon moment. Comme une pizza à la sauce tomate, sans sauce piquante.

Pour aller plus loin

Le plus simple, c'est d'aller sur la page Wikipédia consacrée au Poulpe. On y trouve les règles d'écriture (si tu veux écrire toi aussi un épisode), tous les titres (donc pas celui qui fait l'objet de cette chronique), et même ce qu'il a inspiré dans d'autres arts : BD, films, musique.

Téléski qui croyait prendre, par Florian P. Dennisson. Ed. Chambre noire. 2016. A télécharger par exemple ici.

samedi 19 août 2017

Monteperdido : Polar, paumé


Monteperdido : un village de montagne acculé contre les plus hauts pics des Pyrénées. Des routes sinueuses, impraticables en hiver, des congères, des rivières qui débordent. Quelques familles, souvent coupées du monde, des sangliers et des chevreuils dans les forêts de peupliers et de pins noirs. C’est là que disparaissent un jour deux fillettes de onze ans qui, comme tous les soirs, traversaient la pinède de retour du collège. Malgré la mobilisation exemplaire du village, on n’a jamais retrouvé leurs traces.
Cinq ans plus tard, au fond d’un ravin, une voiture accidentée et le cadavre d’un homme. À ses côtés, une adolescente désorientée mais vivante : Ana, une des fillettes disparues. Si l’autre est toujours en vie, le temps presse. Qui se cache derrière cet enlèvement ? Deux inspecteurs de Madrid viennent rouvrir l’enquête mais se heurtent à l’hostilité des habitants qui chassent en meute, faisant front contre l’élément exogène, prêts à lutter jusqu’à la mort pour cacher leurs terrifiants secrets. Il apparaît pourtant qu’Ana connaît son ravisseur. Est-ce uniquement la peur et la proximité de son bourreau qui la musellent ? Comment comprendre la troublante triangulation qui s’est jouée pendant cinq ans dans le sous-sol exigu d’un refuge de montagne ? Un roman puissant, âpre et vertigineux à l’image de son saisissant décor.

(Présentation éditeur)

Oppressant. Oppressant le cadre : celui d'un coin paumé des Pyrénées, côté espagnol, isolé du monde quand il fait beau, isolé de l'univers quand l'hiver arrive. Oppressant le rythme : l'intrigue avance aussi lentement que le temps qu'il faut pour atteindre, à pieds, les hauteurs de ce bien nommé "Mont Perdu", Monte Perdido en espagnol. Oppressant comme cette impression d'être perdu dans l'histoire, parfois, un peu comme ce site est perdu dans la montagne. Oppressant comme cette atmosphère lourde, lourde comme une réunion de famille du dimanche midi qui tourne mal, avec ces discussions qui effleurent les problèmes ancestraux de la lignée, sans en parler de façon trop nette pour ne pas faire exploser le noyau familial, qui chatouillent des secrets, mais lesquels, bon sang, lesquels... Un invité - un lecteur - sentirait qu'il y a un truc qui ne tourne pas rond, mais quoi bon sang, quoi... On l'a sur le bout de la langue, il y a un truc qui gêne. Sauf que là il s'agit de vies et de morts, de gamines qui disparaissent et dont l'une réapparaît cinq ans plus tard, et qui ne dit pas tout, c'est sûr. De secret de famille, à tous les coups. De famille élargie : le poids des secrets impacte tout le village, pour l'occasion.

Winter is coming
Alors il faut avancer doucement, doucement mais sûrement, la pression est forte, le temps passe, il reste une gamine à retrouver, sa copine de malheur ment, et comme dans une série fort connue, l'hiver approche. Et pousse à se dépêcher. Dans tout cela, les êtres les plus prévisibles, les plus stables, restent les animaux de la forêt et de la montagne, discrets mais présents dans l'intrigue. Alors on s'y accroche, à cette intrigue, même si elle est lente, complexe, trop lente, parfois trop complexe. A l'image des relations sociales dans ce village, sans doute, mais rien ne nous sera épargné pour sentir leur lourdeur. Alors on s'accroche pour aller au bout du chemin, de l'intrigue, mais on ne s'y attardera pas.

Monteperdido, de Agustin Martinez. Ed Actes Sud, Coll. Actes Noirs. 2017.

jeudi 16 février 2017

Quinquennat : Les services secrets US pointent le risque d'extrême droite en France

Voici une note des services secrets américains sur la situation politique en France. Nous sommes à l'approche de l'élection présidentielle en France. Les sondages sont clairs, le Mouvement patriote sera au deuxième tour, et les risques qu'il accède au pouvoir sont réels. De quoi inquiéter les Etats-Unis, qui sont prêts à soutenir l'autre candidat qui serait qualifié pour le deuxième tour face à l'extrême droite, Philippe Launay.

Un parti et un candidat encore inconnus ? Et pour cause, nous sommes dans un roman. Dans Quinquennat, deuxième tome de la Trilogie de l'Emprise (dont j'ai chroniqué le premier tome) l'auteur Marc Dugain imaginait ce scénario dès 2015. Un scénario d'une proximité frappante avec ce que nous vivons. L'extrait ci-dessous, qui expose donc une note des services secrets US, décrit très bien la situation actuelle de la France. Je chroniquerai le livre une fois terminé de le lire, mais dans l'attente, je partage cet exposé d'anticipation très réaliste... 

"De tous les pays de l'Union européenne, la France nous paraît être celui qui représente le plus grand risque pour les intérêts américains. Après avoir eu longtemps un parti communiste fort, particulièrement pendant la guerre froide, la plupart des électeurs auraient suivi le chemin le plus court pour rejoindre l'extrême droite, l'extrême gauche sous forte influence trotskiste étant l'ennemi héréditaire. S'y sont joint une masse de mécontents qui éprouvent un sentiment de malaise grandissant dans le processus de globalisation auquel la France, venant d'un système composite d'économie mixte, n'était pas préparée. Son appareil de production a été frappé de plein fouet par la mise en compétition des entreprises françaises, bénéficiant de technologies avancées mais handicapées par le poids des charges publiques et par des rapports entre décideurs et employés très détériorées. Il s'ensuit que, plus que jamais, la France, habituée à amortir les crises, amortit désormais la croissance. Ses dirigeants, issus en majorité de la haute administration française, n'ayant pas eu le courage d'imposer les réformes quand il était temps, attendent maintenant la croissance comme les officiers français attendaient les Allemands sur la ligne Maginot.

Un autre phénomène nous paraît également prégnant. C'est celui du fossé entre le pays profond et ses élites, en particulier politiques, qui ajoutent à une attitude constante de suffisance un goût pour l'argent qui va jusqu'à la prévarication sur des montants considérables avec un sentiment d'impunité rare dans une démocratie de cette importance.

Il serait faux de croire que cette frange croissante de la population est majoritairement d'obédience fasciste. Que l'extrême droite n'ait jamais été aux commandes lui octroie une virginité qui, alliée à un langage simple, direct et non technocratique, en fait pour beaucoup de Français la seule alternative crédible à une classe politique non représentative favorisée par un scrutin qui exclut une grande partie de la population de la représentation nationale.

Virginité politique

Le Mouvement patriote est clairement issu de l'extrême droite et ses dirigeants sont dans la ligne du populisme antisémite et raciste même si désormais ils s'en défendent. Nos experts sont convaincus que ce parti pourrait atteindre plus de la majorité des votants en France grâce à une abstention croissante. Le refus des partis en place d'évoluer vers des élections législatives à la proportionnelle maintient le Mouvement patriote loin du champ des responsabilités, situation qui non seulement en fait un martyr mais lui conserve sa virginité politique.

L'électorat de ce parti est pour un repli de la France sur elle-même au détriment de l'Europe, mais, pire encore, il est profondément antimondialiste et contre tout accord de libre-échange entre l'Europe et les Etats-Unis. Sur le plan diplomatique, leur modèle est clairement plus la Russie que les Etats-Unis.

La faiblesse de l'équipe gouvernementale en place nous conduit à prendre très au sérieux le risque d'élection d'un président issu du Mouvement patriote ou, dans le cas contraire, d'une déstabilisation de la France devant le non-retour à la croissance."

Extrait de Quinquennat, de Marc Dugain. Folio. 2015 (pour la première édition).

dimanche 15 janvier 2017

Parfaites : Adrénaline et ballerines


Deux jeunes filles violées dans une violence extrême, des familles qui ne veulent pas porter plainte pour ne pas nuire à la réputation de leurs futures ballerines étoiles et des frères qui semblent totalement indifférents au sort de leurs sœurs. L’inspecteur Julie Bergeron doit essayer de retrouver un agresseur en ne pouvant compter sur le témoignage des jeunes filles agressées, jusqu’au jour où une jeune fille est retrouvée presque morte dans le Vieux Port de Montréal, enroulée dans un vieux tapis. Julie a déjà subi une telle agression il y a plus de 20 ans. Est-ce que son agresseur a été remis en liberté et recommence son jeu macabre avec des adolescentes ? L’inspecteur Bergeron jonglera entre sa vie personnelle, ses souvenirs douloureux et le mutisme des jeunes filles et de leurs familles pour trouver le coupable de ces agressions d’une extrême violence. Un roman au style concis avec beaucoup de dialogues et d’action, présentant les dangers d’internet pour les adolescents. L’interlocuteur peut prendre à la lettre les messages de haine…

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On grimace à lire ce qu'ont subi ces malheureuses jeunes filles, violées et atrocement torturées. On a le sang qui bout et des envie de coller des beignes à leurs parents, qui nient la gravité des faits parce qu'il faut sauver la carrière de leurs enfants, parfaites ballerines en formation, parfaites futures stars du tutu. On compatit aux affres de l'inspecteur Bergeron, qui mène l'enquête avec cette part de combat personnel de celle qui a subi ce qu'ont subi les victimes. On se lance, avec elle, sur de fausses pistes, on soupçonne à tort, on attend la victoire du bien sur le mal, de la raison sur la folie. Résultat on avale ce polar au plus vite, non par volonté - car il est fort bien écrit -, mais par nécessité - car on le vit et qu'on veut savoir, car il faut savoir.

Alors bien sûr les esprits chagrins noteront qu'il y a parfois des hasards miraculeux, des coïncidences faciles, des retournements rapides. Mais peut-on, en ce monde tordu, avoir du plaisir à se laisser porter, à se laisser envahir par quelques doses d'adrénaline, sans se voir reprocher de s'adonner à cette drogue naturelle ? C'est du très bon polar, et j'en recommande la consommation.

Parfaites, d'Isabelle Larocque. Editions L'Arlésienne. 160 pages. Décembre 2016. Pour se procurer cet ebook, consulter ce lien. 

jeudi 29 décembre 2016

L’œil de Pâques : Laissons l'auteur planer tranquille dans ses volutes


Le centre du monde est à Calais, entre les falaises de craie et le trou dans le Channel. Le centre d'un monde où passent les orbites de six planètes bien humaines. Pâques, beauté métisse venue d'Inde, joue le rôle du soleil. Chacune lui tourne autour, attiré par sa chaleur. Depuis la nuit des temps, ces planètes sont appelées à se percuter, pour faire jaillir des gerbes de bonheur lilas. Et pour que ce miracle advienne, un crime doit être commis.
(4e de couverture)


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Alors soyons clairs : Jean Teulé, j'aime beaucoup. Mais là faut s'accrocher. On suppose que le roman commence 15 millions d'années avant le meurtre pour souligner l'inéluctabilité du déroulement des événements qui se produisent en ce bas monde. On suppose que les détails communs qu'on retrouve incidemment entre les personnages - ici l'écoute d'une chanson des Beatles, là une couleur rouge, ou encore des histoires d’œufs, ou d'yeux... - entendent marquer l'interdépendance des destins. On présume que les tirades délirantes des personnages entendent donner un style à la narration. Ainsi le médecin légiste qui affirme qu'avant il pouvait "réciter les noms des tueurs de la viande (qu'il) mangeait. Mais, depuis Rungis et les carcasses importées, (il) ne sait plus qui tue. L'agneau d'hier a dû pleurer beaucoup au moment de mourir." Quant aux échanges de fin de roman entre les protagonistes de l'assassinat (mais en est-ce un ?) ils sont certainement nourris aux effets induis par la chanson des Beatles "Lucy in the Sky with Diamonds" - LSD - qui s'insère régulièrement en de lourdes ritournelles dans le récit, tant les rebondissements complètement délirants sont égrenés en écriture automatique. Et l’œil rose de Pâques - le nom d'un des personnages principaux, c'est pour dire... et qui donne son titre au livre - sa particularité et son destin ont certainement un rôle poétique.

Volutes de cannabis

Bref, on suppose plein de choses. L'imagination de Jean Teulé a peut-être été libérée aux volutes de cannabis (que les autorités, dans l'histoire, consomment sans vergogne), autant qu'aux acides du LSD, mais ça le regarde. Sans doute faudrait-il s'infliger les mêmes remèdes pour se laisser vraiment porter sans chercher à trop comprendre, afin d'apprécier pleinement ce roman. Mais c'est un peu trop me demander. En attendant, dans la liste des suppositions pointées dans cette chronique, il en est une, désagréable, que l'auteur m'oblige à poser : je suis sans doute trop con pour comprendre ce livre.

La page 77


 L'oeil de Pâques, de Jean Teulé. 1992. Ed.  Julliard, coll. Pocket. 


mardi 27 septembre 2016

Un Pont sur la Brume : Préparer l'après-bac pour éloigner la mort


Kit Meinem d’Atyar est peut-être le plus doué des architectes de l’Empire. Peut-être… et tant mieux. Car il lui faudra convoquer toutes ses compétences, l’ensemble de son savoir pour mener à bien la plus fabuleuse qui soit, l’œuvre d’une vie: un pont sur le fleuve de brume qui de tout temps a coupé l’Empire en deux. Un ouvrage d’art de quatre cent mètres au-dessus de l’incommensurable, cette brume mortelle, insondable, corrosive et peuplée par les Géants, des créatures indicibles dont on ne sait qu’une chose : leur extrême dangerosité…
Par-delà le pont… l’abîme, et pour Kit une aventure humaine exceptionnelle.

(4e de couverture)

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Juste après avoir lu les 125 pages du roman - d'une traite et avec le plaisir de la lecture fluide et agréable - je me suis demandé ce qui s'était passé dans cette histoire. Un pont avait été bâti, certes. Pas n'importe lequel, un pont grandiose, apte à faciliter une traversée jusqu'à présent dangereuse et même trop souvent mortelle sur un fleuve de brume. Un ouvrage d'art érigé sous l'autorité d'un architecte débarquant en zone inconnue, qui doit s'imposer à une population méfiante, et qui le fait bien, au final, humainement parlant. La présence de monstres aquatiques - ou brumeux - laissait présager des batailles homériques opposant les bâtisseurs humains à cette faune. Mais non.

Dis comme ça, on se demande donc ce qui a scotché le lecteur tout au long du roman. Pourquoi, quand on finit ce livre, il est satisfait, il a passé un moment agréable. Même davantage, tant le goût de ce moment persiste en bouche, comme pour un bon rhum vieux. Et comme pour le rhum, on apprécie, mais on ne sait pas toujours exactement pourquoi, en tout cas pas dans l'immédiat. Il faut attendre quelques instants que s'exhalent les parfums. Il faut chercher à savoir ce qui nous a touché.

Des personnages tirés vers le haut

Alors, en vrac, quelques impressions.  Dans Le Pont sur la Brume, on peut aimer le fait que tous ceux qui ont approché l'architecte ont été tirés vers le haut. Pour un bâtisseur de ponts, c'est bien le moins... Ainsi, l'architecte qui était déjà sur place, et qui pensait récupérer le projet finalement destiné à Kit Meinem d'Atyar, travaillera avec ce dernier puis se verra confier plus tard un autre projet, encore plus grandiose. Ainsi encore, un des "passeurs", ceux qui transportent les passagers sur un bac pour traverser le fleuve de brume, très hostile au départ à l'arrivée de Kit, aspirera à se lancer dans des études pour préparer la fin du bac (eh eh !) engendré par la mise en place du pont. Les habitants d'un côté comme de l'autre du pont, initialement méfiants, comprendront peu à peu les retombées économiques potentielles des passages fréquents dans leurs villes, et adapteront leurs activités. Et Rasali, conductrice de bac elle aussi, avec qui Kit vivra une histoire d'amour, acceptera, quand son métier aura disparu, de "renaître", de changer de nom - car dans ce monde, on porte le nom de son métier - et de se lancer dans un grand projet exaltant.


Ni gore ni horreur
Pendant ce temps, pendant ces quelques années de construction du pont, le fleuve de brume, lui, ne change pas. Les monstres qui le peuplent sont toujours aussi meurtriers et renversent régulièrement l'embarcation et ses navigants qui passent par là au mauvais moment. On ne les "voit" pas, on les sent, on les devine, ils font peur, ils structurent l'histoire des habitants, mais ceux qui les voient sont déjà morts, finalement. Ne cherchez pas de gore ou de frissons d'horreur, même si les descriptions de traversées sont flippantes. On ne les voit jamais, ces géants, sauf à la fin. Quand le héro, Kit, peut en observer un, du haut du pont, sans danger, comme on regarderait une bête de zoo. Et ces monstres, qui occupaient l'histoire, les esprits, s'immisçaient involontairement dans les relations humaines, ces monstres vont perdre leur place centrale, et être vus avec distance, au sens propre comme au figuré. Et sans doute - mais l'histoire ne le dit pas - cette destitution provoquera-t-elle des changements importants dans la psychologie et la sociologie des groupes humains concernés.

Au final, un récit sur le progrès scientifique - concrétisé par le montage de ce pont de haute technologie - et ses conséquences, bonnes ou mauvaises, sur la vie des gens, leurs histoires singulières et collective. Une belle description de gens faits de chair et d'esprit. Un beau récit, écrit avec une douceur remarquable, malgré un sujet porteur d'effrois, de morts, de rocs et de métaux. On décèlera sans aucun doute, dans cette longue finale post-lecture qui persiste en bouche, d'autres arômes, d'autres évocations. Mais il faut savoir parfois analyser avec modération...

La page 77




Un Pont sur la Brume, de Kij Johnson. Editions Le Belial'. Coll. Une Heure-Lumière. 2016.


samedi 3 septembre 2016

L'Emprise : Marche sanglante sur l'Elysée


Un favori à l'élection présidentielle, le président d'un groupe militaro-industriel, un directeur du renseignement intérieur, un syndicaliste disparu après le meurtre de sa famille, une photographe chinoise en vogue... Qu'est-ce qui peut les relier ?
Lorraine, agent des services secrets, est chargée de faire le lien. De Paris, en passant par la Bretagne et l'Irlande, pourra-t-elle y parvenir ? Rien n'est moins certain. 
(4e de couverture)

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Lire un bouquin hyper glauque sur les élections présidentielles, le pouvoir, le monde politique, leur lien avec la barbouzerie, le tout dans un univers cynique, violent, sexualisé à outrance... Il y a de quoi mal réagir et rester chez soi aux prochaines échéances électorales. Et pourtant, après ce premier épisode, je lirai le deuxième, subtilement intitulé "Le Quinquennat". On baigne dans l'actu, que voulez-vous. Ah oui : et j'irai voter malgré tout. 

"Tous pourris" ? 
Car il faut avoir le civisme bien accroché pour ne pas sombrer, en lisant ce livre, dans un sentiment facile à choper du genre : "Je l'avais bien dit, ils sont tous pourris." Faut dire que l'histoire mêle tout ce qui alimente la discussion de bistrot. En plus subtile évidemment. Plutôt accompagné d'un cocktail que d'un verre de côte. Une dose de politique, deux doses d'ambition, trois doses de corruption, quatre de sexe (triste, juste pour se vider les nerfs), cinq de mépris surtout pour sa femme et ses enfants... Bref c'est moche, les personnages sont tristes, on plonge dans la fange, on se demande ce que ces gens trouvent comme plaisir à chercher le pouvoir. A part une bonne névrose, un gros pépin à dénicher dans les profondeur de la chair de l'enfance, un gros truc qu'on n'arrive même pas à recracher sans cracher sur la gueule des autres. 

Un peu de distance
Mais si on reste calme, un peu de distance avec cette histoire permet de se souvenir qu'on connaît tous personnellement des gens engagés en politique et qui sont honnêtes, qui aiment l'intérêt général et les gens. Et que finalement, tout cela n'est qu'un roman. Flippant et crade, certes. A des niveaux de pouvoir inaccessibles au commun des mortels, soit. Un chouïa exagéré sans aucun doute. Racontant une machinerie tordue au suspens efficace à coup sûr. Avec des entourloupes et des chausses-trappes insupportables et destructeurs il va sans dire.
Mais tout cela ne reste qu'un roman... 

Non ?

La page 77

L'Emprise. Trilogie de l'Emprise. Par Marc Dugain. Folio. 2014. 

vendredi 5 août 2016

Deads'Diary : Du bon zombie bien de chez nous


En France, Damian Gregor vit les premiers jours de ce qui semble être la fin du monde. Assis devant la télévision il écoute les médias parler d'une maladie étrange : les morts reviennent à la vie et attaquent les vivants. 
Jour aprés jour, Damian fera face à cette pandémie d'une ampleur sans précédent. Accompagné par son ami, il sera confronté à des dangers repoussant sans cesse les limites de son imagination. Au cours de son périple, il rencontrera de nouveaux compagnons, mais aussi des ennemis ; il comprendra que les zombies ne sont pas la seule menace qu'il devra affronter. 
(4e de couverture)

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Les fans de zombies trouveront là leurs litres d'hémoglobine, de membres coupés, de rictus sans joue, de créatures sans pitié, d'enfants dévorés, de sacrifices héroïques et de survivants qui galèrent sérieux, bref tous les ingrédients qui font plaisir à lire. Le jeune auteur Simon J. Paul n'a rien oublié. On sent qu'il a passé du temps devant The Walking Dead (la BD comme la série TV). On en retrouve d'ailleurs quelques bouts de viande, comme le camouflage par badigeonnage de chair putréfiée, mais on ne lui en veut pas : en pareille circonstance on penserait au même subterfuge pour tromper le mort-vivant. 

Nourris au lait de vache
Et on ne lui en veut doublement pas, car la grosse originalité de son histoire, c'est que ça se passe en France. Et non seulement en France, mais pas à Paris ou je ne sais quelle métropole : du côté de Reims ou de Saint Quentin. Et ça, ça change tout. Ce n'est pas loin dans le Far West. C'est près de chez nous. Du bon zombie hexagonal. Des vrais héros nourris au lait de vaches de nos campagnes. Le terroir, y a que ça de vrai, même s'il rime avec mouroir dans ce livre. 

Je n'ai lu que le premier tome. Il est efficace et ravira les amoureux de bonne viande putride. J'espère juste pour la suite que l'auteur aura réussi à se libérer du carcan de style d'écriture dans lequel il semble se réfugier : l'histoire est racontée de manière précise, mais presque trop. Laisse au lecteur un peu de liberté d'imagination, Simon. On veut lire un roman, pas le scénario détaillé d'un film. Un peu plus de vie dans l'écriture de cette histoire mortelle : c'est paradoxal, mais c'est juste ce qu'il y manque. 

La page 77
Deads'Diary. Saison 1 "Le début de la faim". Par Simon J. Paul. 2015. Ikor Editions (pour accéder au site de ces éditions, c'est par ici). 

lundi 1 août 2016

Tarzan : Toi Nature, moi British


Juin 1888. Lord John et lady Alice voguent à bord d'une goélette au large de l'Afrique. À la suite d'une mutinerie, ils sont débarqués sur la côte. 
Là, dans une cabane construite non loin de la plage, Alice met au monde leur fils, John Clayton III, comte de Greystoke. Un an plus tard, elle meurt, avant qu'un grand singe vivant dans la forêt voisind pénètre dans la cabane et tue John. 
Kala, une jeune femelle, s'empare alors du bébé humain et s'en occupe comme s'il était le sien. Elle lui donne le nom de Tarzan, "peau blanche". 
Tarzan est âgé d'une vingtaine d'années quand il rencontre une équipe d'explorateurs anglais conduite par le Pr Porter et sa fille Jane...
(4e de couverture)

Ce "roman culte" est tout simplement palpitant. Parce que le lecteur plonge dans l'Aventure avec un grand A : c'est la jungle, peuplée d'animaux féroces qui ne comprennent que le rapport de force, les luttes mortelles, la violence... Dans ce milieu hostile sont débarqués contre leur grés John et Alice, véritable représentants de la haute caste anglaise, maniérés je ne vous dis que ça. Perdus dans cette nature dominante, Alice promet à son mari qu'elle fera "de son mieux pour être une brave épouse préhistorique". John quant à lui défendra sa femme face à un grand singe hostile en la prévenant : "Je me charge de ce bonhomme avec une hâche !" Ce "bonhomme" pour parler d'un singe... Comment vouliez-vous que ces gens restent en vie...
Leur fils en revanche, Tarzan, né dans cette jungle, se débrouille très bien. Recueilli par une singe quand il est nourrisson à la mort de John et Alice, il ne connaît rien de ses origines et grandit avec les animaux. 

Pas la moitié d'un naze
Et c'est là que l'histoire dépasse le simple roman d'aventure. Car Tarzan connaît les affres du conflit d'identité. Qui suis-je ? Un singe obéissant aux instincts car j'ai été élevé dans la nature ? Ou un homme qui respecte des bases culturelles de comportement car mes gènes sont humains ? On retrouve les questionnements et les quasi-certitudes qui planent dans le débat public de l'époque du roman (1912). L'Humanité doit primer sur Dame Nature. Ainsi, bien que Tarzan n'ait presque jamais vécu dans une communauté humaine, c'est pas la moitié d'un naze. Il apprend même tout seul à lire, avec un abécédaire retrouvé dans les vestiges laissés par ses parents naturels. On se demande à quoi servent les instits. Il apprend tout seul à nager, à tirer à l'arc, à faire des noeuds avec des cordes qu'il fabrique... C'est un vrai scout. Un MacGyver. Mieux : un étudiant de Cambridge. Un être naturellement supérieur, doué d'humour (ah ! jeter une tête de mort sur un groupe de Noirs pour leur faire peur ! Bidonnant ! Du Benny Hill dans le sketch ! Il faut dire que le Noir est superstitieux et couard) et surtout "têtu comme un Anglais" (sic dans le texte !). 

Coup de foudre
Ce n'est pas tout. Non content d'être intelligent, malin, doté de l'humour british, et beau comme un Dieu, il est aussi capable d'émotions. Je ne vous raconte pas tout, mais dès qu'il voit Jane, il sent monter en lui une impression bizarre. Alors ne cherchez pas le coup du "Moi Tarzan, toi Jane", ça ne figure pas dans le texte d'origine. En revanche le coup de foudre de Jane pour "l'homme sylvestre" (resic !) oui. Et c'est réciproque. Une nouvelle occasion pour Tarzan de se demander qui il est : pensez donc ! Un vrai singe possède pleinement sa femelle. Mais lui, quel comportement doit-il adopter ? Une fois qu'il a libéré Jane des pattes du grand singe stupide Terkoz, il agite ses neurones. Jugez plutôt sa réflexion : 
 
Rassurons-nous, Jane ne deviendra pas l'objet sexuel de Tarzan. La Civilisation est plus forte. Tarzan finira par s'adapter rapidement aux moeurs humaines occidentales. Il aurait pu être juste un homme un peu bestial. Mais c'est un British avant tout, Dieu merci. Cette bagarre entre nature et culture, animalité et britishitude constitue le vrai fil rouge du roman. Jusqu'à sa dernière ligne. 

La page 77

Tarzan, seigneur de la jungle. Par Edgar Rice Burroughs. Ed. Archipoche. 

samedi 23 juillet 2016

Têtes de Maures : En quête corse


Melvin, petit escroc parisien, reçoit un jour de juin 2012 une enveloppe bordée de noir : le faire-part de décès de Lysia Dalersa, une jeune femme corse qu'il a connue une dizaine d'années auparavant sous le nom d'Élise. Intrigué et désœuvré, il décide de se rendre à ses obsèques et découvre qu'Élise lui a laissé un journal et deux têtes de poupées maures. Pourquoi ? Que voulait-elle lui faire comprendre ? En Corse, tout a un prix et la mort se nourrit du passé, de ses haines ancestrales, ses secrets et trahisons...
(4e de couverture)

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Son ancien amour se suicide, apparement. Elle lui laisse des indices pour le conduire à comprendre pourquoi. Pourquoi cet acte violent sur elle-même, pourquoi cette violence qui rêgne sur sa famille, et même, au-delà, comment l'histoire familiale, croisée à l'ambiance corse - vendetta, honneur, et tutti quanti - a pu produire tant de malheurs. Le personnage principal est plongé lui-même dans la violence dès son arrivée sur l'île. Il n'a pas d'autre choix que de chercher à dénouer la pelote de laine, de haines et de câbles d'explosifs dans laquelle il se prend les pieds. 

Au-delà de cette quête de vérité racontée avec la limpidité des eaux maritimes corses malgré la complexité de l'intrigue, Didier Daeninckx dépeint de splendides paysages, exhale les odeurs chaudes du maquis, donne envie de siroter une mauresque à l'ombre d'une terrasse sur une petite place de village. Il plonge aussi le lecteur dans une ambiance étouffante, où, comme le dit le proverbe corse, "tout se fait, tout se sait, tout se tait". Derrière la beauté de l'île, il y a la violence des secrets de famille, les vengeances, la méfiance et la mafia. Et un code d'honneur ancestral qui n'est plus que la loi du plus fort, du plus retors et du plus friqué. Daeninckx en profite pour délivrer quelques messages politiques, en bon communiste libertaire. Sans être ni communiste ni anarchiste, le lecteur conclura que ces messages sont sans doute les plus importants de ce roman qui suinte la sueur, le sang et le plomb. 

La page 77


Têtes de Maures, de Didier Daeninckx. 2013. Folio Policier. 

mardi 19 juillet 2016

Le Magasin des Suicides : Un squelette rongé jusqu'à la moëlle



Imaginez un magasin où l'on vend depuis dix générations tous les ingrédients possibles pour se suicider. Cette petite entreprise familiale prospère dans la tristesse et l'humeur sombre jusqu'au jour abominable où surgit un adversaire impitoyable : le joie de vivre...
(4e de couverture)

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L'idée de base est amusante. Contre toute morale, crachant sur l'avenir et l'espoir, mais avec un culot riogolo, une boutique proclame : "Vous avez raté votre vie ? Avec nous vous réussirez votre mort". Dans cette boutique, une famille au nom prédestiné et à la consonnance bédéesque, les Tuvache. Qui depuis une dizaine de générations aident les gens à se suicider, en leur proposant des lames de rasoir rouillées - même si vous vous ratez vous choperez bien un tétanos fatal -, des cordes déjà nouées prêtes à aggriper au plafond ou déjà fixées à un parpaing  - on a le sens du pratique chez les Tuvache -, des bonbons empoisonnés pour les enfants - mais dans le bocal un bonbon sur deux est mortel car la loi oblige, dans cette société futuriste, à laisser une chance aux mineurs de s'en sortir... Les clients sont contents, il y en a même qui invitent les Tuvache à leurs obsèques avant d'utiliser l'article acheté dans leur boutique. 

Non contente de vendre de quoi mourrir en toute quiétude, les Tuvache sont imprêgnés de leur commerce : il faut être triste, leurs enfants sont dépressifs, ils sont contraints de regarder les infos à la télé pour alimenter leur mal-être, et plus ils vont mal, plus ils y sont encouragés. Sauf que le petit Alan, conçu par erreur en testant un préservatif troué - un article de la boutique qui favorise la mort par propagation de MST - va changer cette ambiance, car la vie, lui, il l'aime et il veut en faire profiter tout le monde. Peu à peu, en encourageant le côté artistique de son frère dépressif, en persuadant que sa grande soeur est belle, en tirant une fibre maternelle dont il a saisi la bribe, il finit par imposer les forces de vie sur les forces du mal. 

Comme un hommage funéraire
Jean Teulé a dû s'amuser à écrire ce roman. Son côté fable, ses personnages hauts en couleur, son histoire caricaturale laissent à penser qu'il avait en tête l'idée qu'il puisse être adapté en film d'animation, ce qui fut fait (en 2012 par Patrice Leconte). C'est très bien, entre deux romans plus "sérieux" (le précédent était Fleur de Tonnerre, chroniqué ici), de vouloir respirer. Mais là, Jean Teulé a rongé le squelette jusqu'à la moëlle. Des inventions de produits suicidaires à la pelle (genre d'imagination qui fait un peu peur pour lui et ses proches !), des ambiances mortuaires poussées au maximum du glauque mais attention avec les clins d'oeil car on est dans le registre comique, et qui plus est, du comique de répétition. Et une morale finale de l'histoire aussi gentille qu'un hommage funéraire. Bref ça se lit avec plaisir, vite fait, comme un bonbon un peu trop sucré. Mais pas mortel, si ma main, dans le bocal, ne m'a pas trahi...

La page 7



Le Magasin des Suicides. Jean Teulé. Ed. Pocket. 2007. 

mardi 23 février 2016

Birdman : Ouvrez ouvrez la cage (thoracique) aux oiseaux


Récemment promu au Service régional des enquêtes sensibles, l'inspecteur Jack Caffery ne pensait pas connaître l'épreuve du feu aussi vite et de manière aussi brutale. À Greenwich, non loin du tout récent Dôme du Millénaire, cinq cadavres de femmes sont découverts dans un terrain vague. Cinq corps qui portent différentes marques de mutilations mais qui ont pourtant tous un point commun : la cage thoracique a été ouverte, puis recousue. À l'intérieur, un oiseau, emprisonné vivant dans la chair des victimes. Pour Caffery, cette affaire tombe à un très mauvais moment. Outre l'hostilité larvée de certains de ses collègues qui ne pensent qu'à lui mettre des bâtons dans les roues, sa liaison avec sa compagne, Veronica, est dans l'impasse. Enfin la tension entre Caffery et son plus proche voisin, pédophile reconnu en qui l'inspecteur voit le kidnappeur (et l'assassin) de son propre frère, disparu des années plus tôt, touche à son paroxysme. Mais il n'y a pas de bon moment pour ce genre d'enquête. Caffery sait qu'il est en présence " du cauchemar de tout policier, un tueur en série, un type trop malade pour s'arrêter ". Car Birdman est cinglé, au-delà de toute imagination..


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Ah oui pour ça il est cinglé. On est bien loin des meurtres à la Agatha Christie, accomplis avec une certaine forme de fair-play bien british finalement hein ? Et leur Hercule Poirot qui va fermement mais surtout très poliment procéder à une enquête qui mettra en cause un lord ou un truc comme ça. Non, là, dans ce polar - le premier d'une série avec l'inspecteur Caffery, un gars normal qui a des problèmes de couple normaux et des vraies névroses que personne ne pourrait lui reprocher - on a du lourd : des meurtres (mais jusque là c'est normal, c'est un polar), du découpage de corps, du viol, de la drogue, et les pires perversions morbides dont je ne dirai rien pour ne pas gâcher le suspens pour le futur lecteur. C'est souvent gerbant, parfois gênant, mais ça prend aux tripes (j'ai un peu hésité sur cette expression) et il faut avoir vraiment sommeil pour lâcher le livre avant la fin. Parce que toutes les trois pages, il y a un truc. 

L'histoire de l'oiseau emprisonné dans le thorax des victimes, par exemple (j'en parle parce que c'est dans le résumé qu'on peut lire ci-dessus), il fallait y penser. L'explication est assez rationnelle finalement. En tout cas elle a du sens, pour l'agresseur. Et ça n'a rien à voir avec quelqu'un qui aurait voulu se venger d'avoir trop écouté un 45-tours de Pierre Perret quand il était jeune et pourtant on le comprendrait (vous voyez ce que je veux dire : "Ouvrez, ouvrez la cage thoracique aux oiseaux !" Pardon c'était plus fort que moi). 

N'empêche, l'Humanité peut se sentir heureuse que des idées aussi tordues aient germé dans la tête d'une romancière à tendance psychopathe, plutôt que dans celle d'un psychopathe à tendance meurtrière. 

La page 77



Birdman, de Mo Hayder. Pocket. 2001.