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jeudi 18 octobre 2018

Arto Paasilinna rejoint le fils du Dieu de l'orage


Les saunas sont glaciaux, la vodka a un drôle de goût, les lièvres des steppes finlandaises ont rejoint leurs terriers, la douce empoisonneuse a dû encore frapper sans s'en rendre compte, et les prisonniers du paradis l'ont accueilli, à coup sûr, les bras ouverts, en compagnie du fils du dieu de l'orage : Arto Paasilinna n'est plus. Du moins, son enveloppe charnelle. Le mot n'est pas trop fort car il était bien charnu. Bien charnu comme un type rempli de vie, d'humour, d'expérience. Comme un type modeste qui avait exercé mille métiers avant de se découvrir écrivain, devenu star planétaire de la littérature. L'antithèse de l'élitisme culturel porté par les cultureux vaniteux qui prétendent écrire des livres, qui ne seront lus que par des cultivés vaniteux. Lui, s'est mis à raconter des histoires délirantes avec des personnages aux noms imprononçables pour tout autre peuple que celui de Finlande, dans des contrées inconnues pour ceux qui n'ont jamais été plus au nord que Dunkerque, sur des thèmes aussi légers que la mort, la religion, la turpitude, la vanité et tout ce que peut commettre un humain normal, mais dans un univers qui dérape.
Il écrivait beaucoup, presque un livre par an, d'où parfois des baisses de régime, des histoires moins palpitantes, des intrigues un peu trop tordues (à ce sujet, le fameux Lièvre de Vatanen n'est pas, selon moi, le meilleur de ses romans). Mais se plonger dans ses livres c'est l'amusement garanti, le sourire assuré, le rire qui se fraye un chemin dans la gorge même quand il ne faut pas faire de bruit parce que ton conjoint dort à côté de toi pendant que tu lis. Seuls les professionnels de la correction orthographique doivent souffler, quand écrire son simple nom est déjà une torture (mais bordel il y a deux "a", mais c'est deux "s", deux "l" ou deux "n" ?!). Mais ils vont s'ennuyer un peu, je pense. Comme nous tous, j'en suis sûr.

Page Wiki sur Arto Paasilinna

  

dimanche 9 février 2014

Arto Paasilinna, un "Potager de malfaiteurs" aux légumes un peu fades



L'écrivain Arto Paasilinna a un nom tellement chiant à écrire qu'on a envie de l'oublier très vite. Mais le finnois c'est comme ça, il y a plein de "a", de "i", de "s" et de "l". Faut faire avec. Mais ce qui relativise l'entame de mon propos, c'est qu'en fait, une fois qu'on a lu du Arto (si vous permettez je vais simplifier), on n'oublie pas. D'abord parce que ça dépayse de lire des histoires où les personnages s'appellent Jyllänketo, Kasurinen, Röpelinen ou Kylmäsaari. Qui évoluent non pas à Manhattan, le Bronx ou La Courneuve, mais dans les forêts de Laponie. Et qui vont se détendre au sauna comme ici on va au bistrot, et qui boivent du vin de groseille à maquereau, mangent des pirojkis, du poisson salé et du renne fumé, et pas un hamburger-bière.
L'écriture elle-même est spéciale. Les histoires sont loufoques mais souvent vraisemblables (dans un monde déjanté certes) et sont racontées presque "à plat", sans superlatif, sans émotion, comme on rédigerait un rapport (plus agréable à lire, je vous rassure), genre "c'est normal". Son passé de journaliste transparaît sans doute là. Et de ce décalage entre la quasi-platitude émotionnelle du texte et l'histoire démesurément dingue, naît un sentiment vraiment jubilatoire.
Généralement. 
Mais pas toujours. 
Arto écrit presque un roman par an, donc il a ses faiblesses. Et là, en 1998, il a dû avoir une faiblesse en écrivant Le Potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison. L'histoire, dans ses grandes lignes, est a priori délirante "à la Arto". Un inspecteur de la sûreté nationale finlandaise enquête sur de mystérieuses disparitions, dans un ancien kolkhose nommé "L'Etang aux rennes", situé aux fins fonds de la Laponie , et qui affiche une prospérité insolente avec une production de champignons et de plantes bio dans lesquels le site s'est reconverti. L'inspecteur se fait passer pour un contrôleur en agriculture biologique, et découvre que les disparus, tous des malfrats à degrés divers, sont employés de force et gratuitement sur le domaine, et en particulier dans les mines transformées en champignonnières. Vue comme ça, l'histoire est drôle et prometteuse. On a même droit à un passage anticapitaliste, avec l'enfermement de PDG bourgeois exploiteurs dans les mines. Et un peu de morale, quand le héro du livre, l'inspecteur Jyllänketo, se retrouve par erreur contraint aux travaux forcés avec les malfrats, et reconnait que "dans son enfance, il avait martyrisé le chat de sa grand-mère, qui était mort d'une inflammation de la prostate après qu'il lui avait passé les couilles au goudron. C'était horrible, et il le payait maintenant."
Sauf qu'il y a des moments de lectures assez longs, c'est un peu poussif, on a même droit à des descriptions inutiles, comme celles des caractéristiques techniques de divers avions dans le chapitre "En quête d'un avion-cargo".
Bref, je n'en veux pas à Arto Paasilinna (qui d'ailleurs s'en fout totalement) parce qu'avant ça, il a écrit Le Meunier Hurlant, Le Fil du Dieu de l'orage, La Forêt des renards pendus, Prisonniers du Paradis ou La Douce Empoisonneuse, qui sont des vrais moments de bonheur. Pour retrouver ce niveau, il faudrait juste qu'il prenne un peu plus de temps pour trouver l'inspiration.

Pour aller un peu plus loin

Mais où est donc ce site de l'Etang aux rennes ? Le roman indique qu'il est dans la commune de Turtola en Finlande.
Arto Paasilinna est un auteur prolifique. Un article sur Bibliomonde résume bien son oeuvre, et explique notamment pourquoi l'auteur sort un livre par an en Finlande, alors qu'en France il n'est édité qu'une oeuvre tous les deux ans environ.
Ah au fait, j'ai cité le pirojki dans mon article un peu plus haut : ça se prépare comme ceci.
Quant aux noms finlandais, en particulier ceux qui se finissent par "nen", ils ont une étymologie particulièrement vivante et pleine de poésie : c'est ce qu'explique cet article. Ca vaut le détour.


Le Potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison. Arto Paasilinna. Ed. Denoël, coll. Folio. 375 pages.