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samedi 2 novembre 2019

Le Gros Diamant du Prince Ludwig : Casse nawak


C'est l'Amérique des années 50, avec des musiciens en live, des matons pas futés, des taulards en cavale, un pickpocket trop honnête, une amoureuse peu fidèle, des amants pigeonnés, un voyou abruti, un banquier colérique, un policier frimeur, une mère poule qui couve autre chose que des oeufs, et Warren Slack, le plus vieux stagiaire des USA. (pitch officiel)

On se demande comment une bande de bras cassés de cet acabit réussissent au final à voler le gros diamant du prince Ludwig. Spoiler ? Certes, mais le déroulé de l'histoire n'est pas ce qu'il y a de plus frappant dans cette pièce. A la limite, peu importe. Chaque étape, chaque scène, est juste l'occasion de développer du gag, du comique de répétition, du foutraque, du grand nawak de n'importe-quoi qui fait rire, et c'est là l'essentiel. La mise en scène qui conduit au casse du siècle - ou au moins de la soirée - est très rythmée, musicalement agrémentée d'un vrai groupe qui joue en direct sur le côté de la scène (clavier, contrebasse et batterie) et dont les membres participent à la comédie, et surtout originale niveau visuel. Il est une scène qui ravit particulièrement l'oeil (et le perturbe en même temps) : celle que l'on voit comme si nous étions installés au-dessus d'elle, vue du plafond en quelque sorte. Là je ne spoile pas davantage, c'est absolument étonnant. Alors ne pas hésiter à voir cette pièce, c'est la déconne totale, pas de philosophie ni de réflexion politique ou sociale et ça fait du bien en cette période politico-socialement chiante, et le Molière de la meilleure comédie est mérité.

Le Gros Diamant du Prince Ludwig. Auteurs : Henry Lewis, Jonathan Sayer, Henry Shields. Mise en scène de Gwen Aduh. Au Palace (Paris) actuellement. 

lundi 24 octobre 2016

Columbo sur les planches : Lieutenant, il y a ma femme qui me chiffonne...


On a beau savoir que Columbo trouve toujours le coupable, on est systématiquement scotché à son canapé à regarder pendant plus d'une heure ce qui ressemble à une série animalière où un félin joue avec une proie qui sera inéluctablement croquée. Eh bien pour ce Columbo-là, oubliez votre canapé et choisissez un fauteuil de théâtre. Oubliez aussi vos cacahuètes provisionnées sur votre table de salon pour grignoter pendant l'épisode : de toutes façons, vous les aviez oubliées, vous étiez focalisé sur votre écran.

Oubliez tout, et revenez aux sources de Columbo. Car avant d'être une star de la télé, le Lieutenant (pas Inspecteur, s'il-vous-plaît, Lieutenant, "c'est un cran au-dessous") était un personnage de théâtre (en 1962). C'est lui, et la première histoire de meurtre qu'il a élucidée, que vous pouvez retrouver au Théâtre Michel. La première histoire qui a lancé ensuite l'idée d'en faire une série télé. Avec déjà tous les ingrédients : le spectateur est témoin du meurtre ; il suit les réflexions du Lieutenant qui le conduiront à trouver l'assassin, dans un apparent désordre et quelques échanges cocasses ; Columbo est pénible, décalé, il se focalise sur les détails "qui le chiffonnent" et qui tuent (dans tous les sens du terme) ; il a une Peugeot 403 minable, un chien bien cool et une femme à qui il parle souvent. Et ça c'est bien. Il faut toujours parler à sa femme.

Quant à l'histoire, elle est dans la veine columbienne : un psychiatre et sa maîtresse inventent le crime presque parfait pour se débarrasser de madame et vivre pleinement leur amour. "Lieutenant, il y a ma femme qui me chiffonne", aurait pu avouer le psy à Columbo, s'il avait eu de l'humour et un instinct suicidaire. Mais il n'a aucun intérêt à le dire, il est trop prétentieux pour se plier à de l'humour. On reste scotché au fauteuil pendant plus d'une heure et demi, à défaut de canapé au Théâtre Michel. Les acteurs sont bons, et Martin Lamotte ressuscite à merveille Peter Falk et tous ses tics gestuels, linguistiques et vestimentaires. Bref, il faut voir cette pièce : elle a toute l'odeur d'un Columbo en chair et en os, sans la puanteur de son cigare. J'en ai parlé à ma femme, elle est d'accord.

Columbo, Meurtre sous prescription. Au Théâtre Michel, Paris. 

dimanche 17 janvier 2016

"Maris et Femmes" sur les planches : Tu es sûre que tu m'aimes ?


En lui offrant deux places pour aller voir cette pièce, j'avais bien dit à ma mie qu'elle ne cherche aucun message sous-jacent de ma part, quant au titre ou à la thématique. Ni clin d’œil en faveur d'une demande en mariage que nous n'avons point contracté et que je ne pose pas, ni allusion discrète à une improbable fatigue personnelle de la vie de couple avec elle, que Woody Allen sait si bien dépeindre en général, et dans cette pièce en particulier. Précision utile. 

Car du Woody Allen, on en retrouve des vrais morceaux traditionnels : il y a des références aux psys, à Manhattan, au romantisme de Paris, à l'ironie de l'amour... Tout cela avec des maris et des femmes, qui se mentent entre eux, mais surtout qui se mentent à eux-mêmes, certains qui se croient amoureux alors qu'ils se trompent (dans tous les sens du terme), et d'autres qui se croient en fin de parcours alors qu'ils ne peuvent se passer l'un de l'autre...

C'est drôle, bien joué, super rythmé en saynètes qui parfois se superposent subtilement, bref cette pièce est un vrai morceau de joie malgré la gravité du sujet. A partager avec Madame, ou Monsieur, comme il se doit, afin de nourrir des discussions animées en rentrant à la maison : Tu m'aimes ? Tu es sûr(e) ? Tu as déjà pensé à me quitter ? Tu veux vraiment voir un psy ?...

Maris et Femmes, de Woody Allen. Mise en scène Stéphhane Hillel, adaptation Christian Siméon. Avec Florence Pernel, José Paul, Hélène Médigue, Marc Fayet, Astrid Roos, Emmanuel Patron. Au Théâtre de Paris.

lundi 30 décembre 2013

Les 39 Marches : un pastiche bien serré


Voilà que l'autre jour je suis allé voir "Les 39 Marches", comédie mise en scène par Eric Métayer. Eric Métayer je connaissais quand il faisait des matchs d'improvisation théâtrale, et son père, Alex Métayer, me faisait bien rire dans ma tendre jeunesse, j'avais d'ailleurs été le voir dans les années 80, un super souvenir.

Bref disais-je, je suis allé voir "Les 39 Marches" au théâtre des Béliers parisiens, du côté du métro Simplon. Simplon c'est un peu concon comme nom, mais les gens qui habitent là-bas ne sont sûrement pas concernés par ce nom (je dis ça si par hasard un internaute habitant ce quartier venait à me lire, surtout qu'il ne soit pas vexé, je ne vous connais pas !)

Donc disais-je, je suis allé voir "Les 39 Marches", parce que ma mie m'avait offert une place à noël. Et une place pour elle, bien sûr. Et je l'en ai vivement remerciée, parce que c'est franchement marrant, du gros délire, une superbe imagination pour créer avec trois fois rien des décors qui vous font voyager au travers de l'Ecosse avec le personnage principal : quatre chaises et nous voilà dans un train ou dans une voiture, quatre ou cinq couvre-chefs et voilà quatre ou cinq personnages joués quasi simultanément par deux acteurs avec un jeu de changement de chapeaux à couper le souffle, des ombres chinoises et nous sommes projetés dans la lande écossaise, une porte amovible et on entre de pièces en pièces dans une maison... Vraiment bien.

Quelques répétitions de gags à regretter néanmoins (les acteurs qui feignent d'avoir oublié d'installer un élément de décor, les clins d'oeil au public qui est là même s'il est sensé ne pas être dans l'histoire...).

Mais au total, c'est franchement drôle, et le pire, c'est que ça retrace vraiment la vraie histoire des 39 Marches du grand Alfred. C'est sûr : on a regardé le film le lendemain, eh bien j'ai tout compris comme si je l'avais déjà vu, sans demander à ma mie toutes les 5 mn : "Pourquoi il fait ça le personnage ? J'ai raté un truc ?" Et ça, rien que pour ça, bravo et merci Eric Métayer, bravo aux 4 acteurs qui jouent 150 personnages en 2 heures.