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mardi 10 mai 2022

Seuls sur Terre : On ne va pas les déranger


Synopsis : Del pense être le dernier survivant sur Terre à la suite d'une mystérieuse catastrophe qui a décimé instantanément l'humanité, tuant tous les êtres vivants (sauf les poissons) sans détruire les biens matériels. Il reste dans la petite ville maintenant déserte où il était employé à la bibliothèque. Très organisé, il 
nettoie la localité maison par maison, enterrant les cadavres, remettant chaque chose à sa place. Mais son isolement est contrarié par l'arrivée de Grace, une jeune fille venant d'une autre ville. Dans un premier temps il veut la chasser, refusant la perturbation qu'elle apporte dans sa petite vie bien réglée. En effet, il ne se sent pas plus seul maintenant qu'avant, quand les habitants l'ignoraient et le méprisaient à cause de sa taille. Finalement il accepte la présence de Grace, mais il ne sait pas ce qui se passe au-delà de son horizon limité à sa petite ville et ce qu'elle fuyait.

Aaaaah "Seuls sur Terre" ! Qui n'a jamais été envahi de ce fantasme de solitude mondiale quand, prépubère à peine boutonneux, dans les tréfonds de notre lit-une place douillet, l'imagination débordante de notre cerveau loin d'être terminé nous portait vers des rives délirantes et nombrilistes où nous nous voyions seuls au monde, avec éventuellement, quand même, la présence d'une femme dont nous ne savions même pas ce que nous lui aurions fait ? 

Eh bien là, un réalisateur a l'argent nécessaire pour faire un film qui raconte tout ça, et il fait une daube. Le héro principal a failli être seul sur terre. Il a failli avoir une histoire romantique avec l'autre héroïne seule sur terre. Le film a failli être un film de science fiction. Il a failli soulever des considérations éthiques. Bref, il a failli être intéressant. Ce réalisateur n'a jamais été ado.  

Seuls sur Terre, réalisateur Reed Morano. Avec Peter Dinklage et Elle Fanning. Sorti en 2018. A voir sur Prime Video notamment.


lundi 19 avril 2021

La Ligue des Gentlemen extraordinaires : Piège de nanar


Résumé.
1899. À la tête d'un groupe de terroristes, un inconnu se faisant appeler Le Fantôme menace l'ordre international en dressant les nations européennes les unes contre les autres. Devant la menace imminente d'un conflit majeur (Première Guerre mondiale), l'Angleterre décide de former la Ligue des Gentlemen Extraordinaires. Cette dernière est composée de l'aventurier Allan Quatermain, de Tom Sawyer un membre des services secrets américains, de la chimiste Mina Harker qui cache ses talents de vampire, de Rodney Skinner (L'Homme invisible), de l'immortel Dorian Gray, du docteur Henry Jekyll ainsi que du capitaine Nemo. Ces sept personnages hors du commun embarqueront à bord du Nautilus à destination de Venise, où ils devront contrecarrer les sombres projets du Fantôme. (Page Wikipédia).

Ce qui est pratique, quand on est abonné à un service de VOD, c'est qu'on peut se farcir un bon vieux nanar sans s'en vouloir. Cela ne coûte rien de plus. Et avec un peu d'humour en poche - parce qu'au deuxième ou troisième degré, tout passe -, parfois une bonne dose de patience - parce que même avec beaucoup d'humour, des fois ça lasse -, on peut passer un bon moment. 

Je ne dirais pas que se farcir "La Ligue des Gentlemen extraordinaires" fait partie des "bons moments". Disons plutôt que ce film fait partie de ces objets fascinants tellement ils sont exaspérants. Lisez simplement le pitch, ci-dessus, et déjà ça énerve tellement c'est n'importe quoi. Qu'on soit bien d'accord : chacun des personnage qui intervient dans ce film multi-héros est respectable, je dirais même admirable. Je ne connaissais pas Allan Quatermain avant de le voir sous les traits de Sean Connery, mais j'ai bien aimé Tom Sawyer quand j'étais petit car ses aventures m'ont transporté. J'ai adoré lire "L'Homme invisible" car qui n'a jamais rêvé de l'être. Dorian Gray m'a un peu gonflé parce que c'était un livre à lire au collège mais je peux dire maintenant que son histoire m'a fasciné. Le Docteur Jekyll m'a initié aux livres fantastiques. Dracula m'a plongé dans l'horreur, même si je ne connais pas personnellement Mina Harker. Quant au capitaine Nemo, il a été un des personnages les plus marquants de l'univers Jules Verne que j'ai dévoré dans ma pré-adolescence.  

C'est sans doute à cause de l'admiration que j'ai pour tous ces personnages et surtout pour les auteurs qui les ont créés, que je suis exaspéré par ce film de merde. En le regardant, j'ai pensé à ces écrivains, pris au piège car ils ne peuvent plus protester contre l'utilisation ridicule qui a été faite de leurs créatures, coincés qu'ils sont dans leurs tombes, dans lesquelles ils ont dû, nécessairement, se retourner maintes fois depuis la diffusion du film. D'autant qu'avec les mots qu'ils ont brodés pour écrire leurs œuvres, ils ont titillé l'imagination des lecteurs bien plus fortement que le grotesque scénario déroulé dans le film, accompagné de ce que je n'ose appeler des "effets spéciaux", à côté desquels, même ceux déployés dans Arsène Lupin avec Georges Descrières dans les années 1970 feraient passer pour un épisode récent de Star Wars. 

Vous avez compris : ne regardez pas ce nanar. Même pour rigoler. Ou alors si, pour une seule raison valable : si vous trouvez une explication à la présence du grand Sean Connery dans cette daube, dites-le moi. C'est la seule et unique intrigue vraiment palpitante de ce film.

lundi 18 février 2019

Tarzan, le film : Les navets poussent même dans la jungle


Il y a quelques temps, j'avais chroniqué le vrai roman de Tarzan, une aventure sauvage pleine de questionnements sur l'humanité, la nature, et l'identité. Hier soir devant la première chaîne en couleurs de mon petit écran, je frétillai dans mon pagne à l'idée de regarder la diffusion du film, dernier en date des adaptations de l'histoire du seigneur de la jungle. Disons-le tout de go(-rille ! ah ah !), c'était pitoyable. Peu d'éléments étaient concordants avec le roman, à part la scène vite expédiée de la mort de la mère d'une maladie sans doute douloureuse dans une jungle hostile où en plus il pleut, puis celle du père attaqué par un singe qui a vraiment une sale gueule, puis le vol du bébé par une bonne vieille singe femelle à l'air gentil, bébé qui deviendra, on l'aura compris, le grand Tarzan.
Les scénaristes du film ont ensuite imaginé une histoire de justicier dans laquelle Tarzan, devenu un vrai gentleman grâce à la civilisation qu'il a fini par intégrer, repart dans la jungle du Congo belge pour traquer de méchants Blancs qui organisent une traite des Noirs. Bien sûr il aura le dernier mot, comme quoi un bon Blanc bien british, au sang bleu, toujours bien rasé mais avec un peu de sauvagerie dans l'âme, est capable de sauver plein d'indigènes à lui tout seul, un peu aidé tout de même par sa femme Jane qui s'est imposée dans le voyage et qui restera de bout en bout d'une rare élégance vestimentaire.
Mais le plus costaud dans cette histoire, c'est la capacité de Tarzan à faire ce qu'il veut de la jungle. Le gars, il maîtrise son sujet, il n'y a aucun doute. Quand il saute dans le vide, il trouve toujours une liane qui traîne là pour s'en saisir et faire des trajets de plusieurs centaines de mètres sans en changer, comme si la liane agrippée était accrochée au sommet de la Tour Eiffel. Quand il croise des lionnes, c'est des copines, il leur fait des câlins. Quand il se bat avec un gorille, il perd, mais il n'a que quelques blessures, moins graves que celles que lui auraient infligées Bruce Lee s'il l'avait croisé dans La Fureur de Vaincre. Tarzan, c'est aussi celui qui sait lire les émotions dans les yeux d'un éléphant. Ou qui sait faire courir des milliers de zébus sur les méchants colons pour les écraser, ou mobiliser des crocodiles pour venir manger le super-méchant qui finit croqué dans d'atroces souffrances et c'est bien fait. Juste un truc : il faudrait que Tarzan suce quelques cachous, parce que son cri est un peu ridicule.
Pour finir, un conseil aux scénaristes d'un éventuel Tarzan 2, le retour : ça coûterait moins cher de le filmer dans l'émission télé "Une Saison au Zoo". Ça serait plus crédible, et plus palpitant qu'au ciné (-léphant... Ah ah !).

Tarzan, réalisé par David Yates, 2016.

mardi 25 juillet 2017

Elysium : 2154, retour à l'ère binaire



Pour une période de vacances dans un coin de France où il fait moche (je ne dirai rien des lieux pour ne pas vous empêcher de venir vous aussi supporter une fin juillet avec un pull), regarder Elysium sur un site de VOD est une bonne occupation. Au moins, ça ne prend pas la tête, de toute façon mon crâne est déjà cerclé d'une pauvre casquette de vacancier qui ne parvient pas à atténuer un froid anesthésiant. Dans ce film de science-fiction (nous sommes en 2154), il y a les bons et les méchants, les riches et les pauvres, une Terre pourrie, polluée et sale pour les pauvres où on parle espagnol et anglais, et une station spatiale nommée Elysium, propre et écolo, avec des appareils médicaux qui peuvent guérir absolument tout et garantir la bonne santé éternelle (retenez bien cela), pour les chanceux fortunés, où on parle anglais et français (ça doit faire chic).



Là dessus, pour être sûr de ne pas perdre les spectateurs insuffisamment rompus aux codes de la SF, on colle à l'intrigue un peu d'amour, de trahison-mais-non-car-en-fait-je-reviens-vous-sauver, de bonnes bagarres à la John Wayne où le gentil il gagne en étant plus malin que le méchant qui est plus fort mais il est bête, et sauf que ce serait des cow-boys revêtus d'exosquelettes. Toujours pour marcher dans des univers cinématographiques connus, dans les gentils il y a toujours - surtout dans la SF - un matheux informaticien qui est fatalement pas beau et vaguement handicapé (souvent il a des grosses lunettes maies là dans Elysium il a juste une jambe pourrie). Il est tellement fort en informatique qu'il lui suffit de bouger vite les doigts sur le clavier pour faire défiler des données qui apparaissent en vert sur fond noir. Conclusion : il n'a pas fait la mise à jour Windows depuis 1983. Il ne doit pas être si expert que ça...

Le CHSCT, c'est pour faire beau

Pour le reste l'histoire est assez maline, avec le héros qui, au début, veut travailler honnêtement après avoir été trop longtemps malfrat car l'objectif était de ramasser le plus d'argent possible pour un jour s'acheter un aller simple pour Elysium. Mais il se fait irradier par une machine au boulot, à cause d'un chef qui ne respecte pas la sécurité de ses travailleurs car il est sous pression de rendement par son patron qui est une ordure absolue. Bref le CHSCT, c'est juste pour faire beau. Résultat notre héros doit absolument monter très vite sur Elysium pour se faire guérir par les appareils médicaux miracles, et pour ça il fait un truc pas bien pour obtenir un ticket de la part de l'informaticien au pied-bot qui peut vendre des vrais-faux passeports fabriqués par ses ordinateurs, et qui est aussi chef d'une bande de malfrats mais qu'on devine aux coeurs tendres : le deal, c'est que le héros malade doit choper les données cérébrales d'un citoyen d'Elysium en les téléchargeant dans son propre cerveau, afin de lui voler des infos, des codes de comptes en banques notamment, je vous passe les détails technologiques c'est prodigieux. Le citoyen victime ce sera justement le méchant patron de son usine, que le héros attaque, mais sauf qu'il tombe sur des données de dingue dans ce cerveau véreux : celles qui permettraient de donner la citoyenneté Elysiumienne à toute l'Humanité. Comme quoi c'est pas bien de vider le cerveau de quelqu'un mais là, la bonne cause y est, on va sauver l'Humanité et guérir tous les malades du monde, ouf. Au passage, dans le cerveau il y a de quoi aussi prendre le pouvoir sur Elysium, donc ça excite plein de méchants, je ne vous raconte pas tout. Et comme le héros est fondamentalement gentil, qu'il est amoureux d'une amie d'enfance qu'il recroise par hasard à l'hôpital et dont la fille est atteinte d'une leucémie (vous voyez venir le morceau d'intrigue), que l'informaticien chef de voyoux pas méchants est gentil, bref à la fin on n'a pas vu un jeu d'acteurs d'une grande finesse, mais le rythme est prenant, et surtout ça finit bien, ou presque, ou ça dépend pour qui, mais ça je n'en spoilerais pas plus.

Elysium, film sorti en 2013. Réalisé par Neill Blomkamp. Avec Matt Damon et Jodie Foster. 

mardi 21 février 2017

Demain : Des utopies, mais en vrai


Le monde va mal. Personne n'en doute, même ceux qui en tirent profit. Il faudrait le changer. Chacun en convient. Sauf ceux qui l'exploitent abusivement. Le changer oui, mais comment ? Pas par des aventures politiques globales qui imposeraient un nouvel ordre à l'ancien par des décisions tout droit tombées du ciel ou du comité central. Au contraire, partir du local, pour changer, pas à pas, peu à peu (mais pas trop lentement quand même, ça urge !) le monde.

Le fameux slogan écolo "du local au global", usé jusqu'à la fibre de chanvre : on y croit ou on n'y croit pas ? Pour sortir du questionnement quasi religieux qui se pose face aux idéologies qui promettent la lune (ou le paradis, ou le bonheur du prolétariat), l'actrice Mélanie Laurent et le réalisateur Cyril Dion sont partis du concret, de l'existant, des actions qui se vérifient et s'évaluent. Dans Demain, ils présentent un échantillon de ce qui se fait de mieux dans le monde entier en matière de réalisations dans les domaines économique, citoyen, éducatif, agricole... Toutes vont dans le même sens : une reprise en main des gens sur leur vie, leur consommation, leur production, hors des autoroutes battues du capitalisme dominant. Les acteurs (dans le sens de ceux qui agissent, pas des comédiens) expliquent par A + B pourquoi battre monnaie locale est bénéfique pour l'économie, pourquoi revenir à une agriculture plus manuelle produit plus et mieux d'aliments, pourquoi il est possible de créer plus d'emplois que les multinationales, pourquoi l'éducation dans les pays nordique est bien plus efficace qu'en France... Des utopies, mais en vrai. 

Gouttes d'eau bienfaisante
Tout cela est convainquant, enthousiasmant, donne envie de s'y mettre soi-même là, tout de suite, à sonner chez les voisins et leur dire "Allez hop, ça assez duré, on change le monde, à commencer par notre quartier !" Et ça a quelque chose d'effrayant, de penser qu'il ne s'agit  que de quelques gouttes d'eau bienfaisante seules dans un océan déjà trop pollué... Mais ce n'est pas parce que la tâche est immense qu'il ne faut pas commencer. Il est déjà assez tard comme ça. Allez, on s'y met. 



Demain, documentaire de Cyril Dion et Mélanie Laurent. 2015 
Des infos pour aller plus loin sur le site du film.