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mercredi 24 novembre 2021

Erectus : La Planète du Jurassic Dead, ou The Walking Park des Singes


Et soudain l'humanité se mit à régresser. À Richards Bay, en Afrique du Sud, c'est le choc. Un homme s'est métamorphosé. Il arbore des mâchoires proéminentes, est couvert de poils, ne parle plus. Bientôt, à New York, Paris, Genève, des Homo erectus apparaissent en meutes, déboussolés, imprévisibles, semant la panique dans la population.
De quel virus s'agit-il ?
Que se cache-t-il derrière cette terrifiante épidémie ?
Une scientifique française, Anna Meunier, se lance dans une course contre la montre pour comprendre et freiner cette régression de l'humanité.
Partout, la question se pose, vertigineuse : les erectus sont-ils encore des hommes ?
Faut-il les considérer comme des ancêtres à protéger ou des bêtes sauvages à éliminer ?
Un cauchemar planétaire.
-Présentation éditeur-

Je ne sais pas si Yves Calvi de RTL et François Julien de VSD ont vraiment lu ce livre avant d'avoir émis leur avis (voir photo) mais soit non, soit non. Car Erectus, c'est pas bandant, pourrait-on dire si on aimait les jeux de mots pourris. Et le tome 2 intitulé "Erectus, l'Armée de Darwin" ne doit pas l'être non plus, en tout cas je ne ferai pas l'effort de le lire comme j'ai fait l'effort de terminer le tome 1.

Pourquoi ? Vous allez comprendre.
Allez, faisons cela sous forme de jeu. Je donne des éléments de l'intrigue, et vous dites à quoi cela vous fait penser.
- L'irruption de la préhistoire dans l'époque actuelle ? Jurassic Park ! Bravo ! 
- La vie et les mœurs des hommes préhistoriques ? La Guerre du Feu, oui.
- Des primates finalement assez malins et qui se verraient bien maîtres du monde... La Planète des Singes, quel talent ! 
- Des humains qui se transforment en bêtes immondes quand ils sont mordus. The Walking Dead, bien sûr ! 
- Et là attention il y a un piège : le danger d'un virus jusqu'alors inconnu qui se répand rapidement sur tous les continents ? Le Covid 19 ! Oui mais ce n'est pas encore un film. Mais ça ne saurait tarder.
Sinon vous pouviez aussi citer I Am Legend, et tout un tas de films de qualité. 

Mais ce n'est pas en s'inspirant de romans ou de films de qualité qu'on fait un roman de qualité. Or, c'est exactement ce qu'a fait l'auteur : un puzzle plus ou moins bien rapiécé avec les bonnes idées des autres. Et ça donne une soupe peu digeste, avec sous forme de liant une vague histoire sentimentale où, pour se vautrer vraiment dans le cliché de roman aguicheur, l'héroïne est enceinte d'un homme qui devient, évidemment, lui-même un Erectus. Et là on tombe sur une autre inspiration romanesque : La Belle et la Bête. 
"Roman aguicheur" ? Oui, la preuve Je devrais dire "film aguicheur". Car le thème, le style d'écriture, les références et les clichés sont manifestement étudiés pour intéresser un producteur de cinéma. Y a pas de raison, les films sources ont toutes été des succès du Grand Ecran ! 
Alors un conseil : allez les revoir, ces grands films, ou lisez leurs romans ou leurs BD. Préférez les originaux, et éparpillez cette pâle imitation façon puzzle.

Erectus et Erectus, l'Armée de Darwin, par Xavier Mûller. Xo Editions. 

lundi 19 avril 2021

La Ligue des Gentlemen extraordinaires : Piège de nanar


Résumé.
1899. À la tête d'un groupe de terroristes, un inconnu se faisant appeler Le Fantôme menace l'ordre international en dressant les nations européennes les unes contre les autres. Devant la menace imminente d'un conflit majeur (Première Guerre mondiale), l'Angleterre décide de former la Ligue des Gentlemen Extraordinaires. Cette dernière est composée de l'aventurier Allan Quatermain, de Tom Sawyer un membre des services secrets américains, de la chimiste Mina Harker qui cache ses talents de vampire, de Rodney Skinner (L'Homme invisible), de l'immortel Dorian Gray, du docteur Henry Jekyll ainsi que du capitaine Nemo. Ces sept personnages hors du commun embarqueront à bord du Nautilus à destination de Venise, où ils devront contrecarrer les sombres projets du Fantôme. (Page Wikipédia).

Ce qui est pratique, quand on est abonné à un service de VOD, c'est qu'on peut se farcir un bon vieux nanar sans s'en vouloir. Cela ne coûte rien de plus. Et avec un peu d'humour en poche - parce qu'au deuxième ou troisième degré, tout passe -, parfois une bonne dose de patience - parce que même avec beaucoup d'humour, des fois ça lasse -, on peut passer un bon moment. 

Je ne dirais pas que se farcir "La Ligue des Gentlemen extraordinaires" fait partie des "bons moments". Disons plutôt que ce film fait partie de ces objets fascinants tellement ils sont exaspérants. Lisez simplement le pitch, ci-dessus, et déjà ça énerve tellement c'est n'importe quoi. Qu'on soit bien d'accord : chacun des personnage qui intervient dans ce film multi-héros est respectable, je dirais même admirable. Je ne connaissais pas Allan Quatermain avant de le voir sous les traits de Sean Connery, mais j'ai bien aimé Tom Sawyer quand j'étais petit car ses aventures m'ont transporté. J'ai adoré lire "L'Homme invisible" car qui n'a jamais rêvé de l'être. Dorian Gray m'a un peu gonflé parce que c'était un livre à lire au collège mais je peux dire maintenant que son histoire m'a fasciné. Le Docteur Jekyll m'a initié aux livres fantastiques. Dracula m'a plongé dans l'horreur, même si je ne connais pas personnellement Mina Harker. Quant au capitaine Nemo, il a été un des personnages les plus marquants de l'univers Jules Verne que j'ai dévoré dans ma pré-adolescence.  

C'est sans doute à cause de l'admiration que j'ai pour tous ces personnages et surtout pour les auteurs qui les ont créés, que je suis exaspéré par ce film de merde. En le regardant, j'ai pensé à ces écrivains, pris au piège car ils ne peuvent plus protester contre l'utilisation ridicule qui a été faite de leurs créatures, coincés qu'ils sont dans leurs tombes, dans lesquelles ils ont dû, nécessairement, se retourner maintes fois depuis la diffusion du film. D'autant qu'avec les mots qu'ils ont brodés pour écrire leurs œuvres, ils ont titillé l'imagination des lecteurs bien plus fortement que le grotesque scénario déroulé dans le film, accompagné de ce que je n'ose appeler des "effets spéciaux", à côté desquels, même ceux déployés dans Arsène Lupin avec Georges Descrières dans les années 1970 feraient passer pour un épisode récent de Star Wars. 

Vous avez compris : ne regardez pas ce nanar. Même pour rigoler. Ou alors si, pour une seule raison valable : si vous trouvez une explication à la présence du grand Sean Connery dans cette daube, dites-le moi. C'est la seule et unique intrigue vraiment palpitante de ce film.

lundi 19 octobre 2020

L'Outsider : Du tirage de cheveux dans la prise de tripes

 


Le corps martyrisé d’un garçon de onze ans est retrouvé dans le parc de Flint City. Témoins et empreintes digitales désignent aussitôt le coupable : Terry Maitland, l’un des habitants les plus respectés de la ville, entraîneur de l’équipe locale de baseball, professeur d’anglais, marié et père de deux fillettes. Et les résultats des analyses ADN ne laissent aucune place au doute. Pourtant, malgré l’évidence, Terry Maitland affirme qu’il est innocent. Et si c’était vrai ?

Le gars King - je me permets de l'appeler comme ça, comme si je pouvais lui taper sur l'épaule, depuis le temps que je le lis, c'est un peu comme si j'étais de la famille - vieillit bien à certains égards, mais il est toujours aussi énervant à être capable du pire comme du meilleur. Pour être franc, cela faisait bien une dizaine d'années que je n'avais pas cherché à lire un de ses écrits. J'étais resté sur ce ras-le-bol de me palucher des centaines de pages de descriptions préalables à toute action, sur l'enfance, l'adolescence, les premiers émois sexuels et/ou amoureux de chacun des personnages, puis sur chaque quart d'heure, chaque minute, chaque seconde qui précède le meurtre/la disparition/le truc bizarre qui se passe, devoir lire 560 pages avant qu'il se passe quelque chose... Stephen King, c'est le Marcel Proust des romans fantastiques. Trop c'était trop, j'avais décidé d'arrêter. Et puis là il y a deux mois j'ai voulu retenter l'aventure. L'Outsider. 800 pages en livre de poche, bon c'est beaucoup pour moi mais ça se tente, depuis le temps. 

Côté pile, chouette, Stephen King va davantage droit au but. Enfin de l'action dans les premières pages, disons dans les premières dizaines de pages. Côté pile toujours, la bizarrerie de départ est prenante. Un gars est accusé d'un meurtre odieux sur un enfant, tout l'accuse, y compris ses traces ADN. Et pourtant tout prouve aussi qu'au même moment, il était à des centaines de kilomètres de là, témoignages et vidéos à l'appui. Un scénario comme celui-là, ça doit donner un final de ouf. Non ? Parce que pour ma part, j'ai été super pris par le suspens, dans la première moitié du livre, je n'en pouvais plus de ne pas savoir.

Sauf que, au final, rien de très ouf. Le final, c'est une pirouette Kingesque tirée des contes et légendes locales avec une espèce de truc un peu monstrueux qui peut prendre la forme qu'il veut. Et tant pis pour la divulgâche. Au début ça prend bien aux tripes et puis c'est tiré par les cheveux. Et un cheveu sur les tripes, aux restau, ça ne passe pas. 

Peut-être qu'il vieillit tout court, Stephen King. Peut-être qu'il perd moins de temps dans les préliminaires fastidieux mais également moins de temps à bâtir des histoires qui tiennent la route. Sinon il y a une autre hypothèse, à vérifier : Stephen King est peut-être doublé par un être bizarre qui prend son apparence mais qui n'est pas lui et qui écrit des choses à sa place... Mais ça, ça n'est qu'une hypothèse, notez bien...

L'Outsider, de Stephen King. Ed. Albin Michel, col. Le Livre de Poche, 2019.

mardi 1 mai 2018

The Terror : Une série qui fait trembler... de froid


En 1847, le navire britannique HMS Terror est pris dans les glaces alors qu'il était à la recherche du passage du Nord-Ouest. Aux conditions de survie déjà difficiles viennent bientôt s'ajouter les attaques d'une mystérieuse créature...

Avec un titre pareil je m'attendais à frissonner de trouille devant cette série de dix épisodes. Au mieux j'ai eu quelques frissons de froid empathiques à l'égard de ces pauvres marins frigorifiés dans leurs bateaux coincés au milieu des glaces polaires. Les acteurs sont très bons. Heureusement, car le rythme est très lent et les décors sont limités : deux bateaux dans la banquise, puis, après une année bloqués dans les glaces, et suite à quelques jours de marche pour tenter d'en sortir, un désert de cailloux.

Il en faut du courage, pour affronter ce froid, ces nuits polaires de plusieurs mois, cette promiscuité, ce paysage monotone à faire passer le Plat Pays de Brel pour un parc d'attractions. Sans compter que la nourriture n'est pas terrible : des boîtes de conserve, dont on finit par apprendre que pour des raisons budgétaires elles ont été achetées à des marchands peu scrupuleux, qui les ont mal soudées et qui diffusent des taux de plombs à faire crever 60 millions de consommateurs (message pour Elise Lucet : du caaaalme, trop tard, ce scandale alimentaire c'était il y a longtemps). Et avec toutes ces conditions de travail déplorables capables de provoquer le burn out d'un CHSCT, le tout pendant plusieurs années, les marins ne se mutinent même pas. Ils sont braves et volontaires il est vrai, mais même Colomb n'aurait pas osé réussi à imposer ça (Christophe hein, l'aventurier aux nouveaux horizons, pas Gérard, le beauf aux nouveaux barbelés aux frontières).


On attend la bête

Mais surtout - surtout ! - il y a une sorte de bête bizarre, issue de la mythologie esquimaude, qui vient tuer les marins. Elle ressemble à un ours énorme avec une tête presque humaine, elle est très fâchée, très puissante, et elle mange les hommes qu'elle trouve sous sa patte. Elle doit avoir un lien, de ce qu'on peut comprendre, avec une esquimaude, accueillie par l'équipage alors qu'elle était en perdition sur la banquise. Coup de bol le capitaine de l'expédition parle sa langue, et apprécie la culture de ce peuple. Le médecin de bord l'aime bien, aussi, et il tombe amoureux d'elle. Un peu d'humanité fraternelle au milieu d'un tas de brutes à peine civilisés par la culture britannique - donc à peine.

Bref, cette grosse bête, c'est une vrai récréation, on ne fait que l'attendre, ça rompt la monotonie et la langueur de l'histoire. Vivement qu'elle vienne chercher à bouffer, se dit-on avec un peu de honte au fond de nous-même.

En attendant l'hiver se prolonge et les marins sont toujours coincés dans les glaces. Alors ils partent à pieds, et certains se mutinent. Les mutins sont des méchants qui pratiquent l'anthropophagie, et heureusement leur chef est bête et croit qu'il pourra amadouer la grosse bête en lui offrant un bout de sa propre langue qu'il découpe courageusement avec son couteau - il faut dire qu'il est un peu jeté, le mec. Mais comme le gros ours n'a aucun sens de la valeur héroïque du geste, il mange le bonhomme avec. Tu parles d'un balourd lui aussi, pour une divinité mythologique on a fait mieux.

Et tout cela nous amène à la fin de l'histoire, où, sans vouloir spoiler, entre les morts de froid, les intoxiqués du plomb, les anthropophagés et les digérés de la bête, il ne reste pas grand monde... Mais à vrai dire, on peut parier que du monde, il n'en reste pas non plus beaucoup devant l'écran...


The Terror, série d'une saison de 10 épisodes, créée par David Kajganich et Soo Hugh à partir du roman Terreur de Dan Simmons. Disponible sur Prime Video.

mardi 17 octobre 2017

Le Livre sans Nom promet du sang, des tueurs et des âmes

Santa Mondega, une ville d'Amérique du Sud oubliée du reste du monde, où sommeillent de terribles secrets.
Un serial killer qui assassine ceux qui ont eu la malchance de lire un énigmatique livre sans nom. La seule victime encore vivante du tueur, qui, après cinq ans de coma, se réveille, amnésique. Deux flics très spéciaux, des barons du crime, des moines férus d'arts martiaux, une pierre précieuse à la valeur inestimable, un massacre dans un monastère isolé, quelques clins d'oeil à Seven et à The Ring, et voilà le thriller le plus rock'n'roll et le plus jubilatoire de l'année ! Diffusé anonymement sur Internet en 2007, cet ouvrage aussi original que réjouissant est vite devenu culte.
II a ensuite été publié en Angleterre puis aux Etats-Unis, où il connaît un succès fulgurant.


(Présentation éditeur)

C'est une histoire de dingue dans un bled pourri peuplé d'épaves alcooliques, violents et stupides. Où on tire sur les gens pour régler le moindre problème. Ce haut lieu de débauche et d'avilissement de l'humanité, impossible à repérer sur une carte routière du monde civilisé et c'est tant mieux, va pourtant devenir le centre d'une guerre entre le Bien et le Mal, ou, pour être plus relatif, entre le "Pas Terrible mais plutôt humain", et le Mal absolu. L'enjeu : mettre la main sur l'Oeil de Lune, une pierre précieuse dotée de pouvoirs surnaturels que je ne vous dis que ça. C’est bien simple : entre de mauvaises mains contrôlées par un esprit malin, cette pierre bleue pourrait stopper éternellement en son instant le plus obscure, l’éclipse solaire qui s’apprête à se produire. Et alors ? allez-vous rétorquer. Alors il ferait nuit tout le temps, et ce bled pourri peuplé de dégénérés attirerait, en plus, la faune la plus inhumaine et diabolique qui peuple les cauchemars les plus fous, et en particulier les vampires, ces créatures qui ne supportent pas le soleil, et qui verraient là un havre merveilleusement morbide qui leur permettrait de vivre 24 heures sur 24 dans l’opulence, un peu comme s’ils posaient leur guitoune dans la réserve d’un laboratoire d’analyse médicale d’un quartier plein de gentils donneurs de sang super solidaires parce que c’est important de donner. Oui c’est important, mais pas pour des vampires, qu’on se le dise. Faut tout vous dire bordel c’est pas possible...

Des personnages dégueus volés par des gugusses pourris

Bref, Le Livre sans Nom, c’est l’histoire de la quête de l’Oeil de Lune, qui passe de mains en mains, à mesure qu’elle est volée à des personnages dégueulasses par des gugusses pourris. Et qui finissent le plus souvent la langue arrachée et les yeux délogés.
Les seuls représentants du Bien sont deux moines très combatifs, naïfs mais pas pour longtemps, envoyés à Santa Mondega par leur Père Supérieur pour récupérer la perle dans le but d’éviter la victoire du Mal. Et deux flics, dont un spécialisé dans les affaires surnaturelles. Ces quatre-là sont les seuls qui boivent du café ou de l’eau.
Les autres acteurs de cette histoire sont hors norme. Il y a, en vrac, une voyante extra-nulle, que "même si elle se réveillait au lit avec le Père Noël, elle serait incapable de vous dire quel jour on est". Sanchez, le patron d'un bar, le Tapioca, aussi pourrave que les gens qui le peuplent, qui sont un ramassis d'abrutis alcoolisés, violents, stupides, sales, vulgaires. Ici, il est obligatoire de fumer. Ce que vous voulez, mais il faut (enfin quand je dis "vous", c'est une figure de style, parce que si vous fréquentez ce lieu, je ne vous connais plus). Quand un nouveau arrive et qu'il commande un whisky, Sanchez lui sert un verre de pisse, ça fait rire tout le monde, c’est dire le niveau.

Continuons : il y a Jefe, gros alcoolique (bon, ils le sont tous plus ou moins) qui tombe amoureux d'une Jessica qui a survécu bizarrement après cinq ans de coma à une rafale de balles dans le corps lors de la dernière grosse tuerie du bled. Et surtout, Jefe se fait piquer l'Oeil de Lune par Marcus La Fouine, et là ça craint. Mais Marcus est con. Et bourré du matin au soir, est-il utile de le préciser. Il y a Rodeo Rex, une légende vivante locale, musclé plus que Schwarzenegger, et qui s'avère être en fait un représentant de Dieu sur Terre (trop tard j'ai spoilé). Il y a même Elvis, qui traîne par là. Oui, Elvis, et alors ? Mais surtout, surtout, il y a le Bourbon Kid, qui comme son nom l'indique, ne boit que du Bourbon, et quand il en boit il commet un carnage. C’est lui qui a massacré des centaines d’habitants il y a cinq ans.

Lors de la dernière éclipse.

Mais Bourbon Kid est de retour...

Et il a commandé un verre de Bourbon au comptoir...

Alors c'est bien simple : le Livre sans Nom ? Y a pas de mot.

Pour aller plus loin

Vous pouvez en savoir plus sur ce livre et les suivants (car il y a une suite) sur la page Wikipedia qui lui est consacré. Et, plus original, une page Facebook de Bourbon Kid existe sur ce réseau social.

La page 77. Pourquoi 77 ? Parce que.



Le Livre Sans Nom. Anonyme. Le Livre de Poche, 2010.

vendredi 20 janvier 2017

Blanche Neige : Un baby-catting pathologique


Vous êtes jeunes parents, votre enfant est un trésor, c'est le centre du monde. Vous êtes prêts à tout pour lui. Surtout quand il y a quelque chose qui cloche et qui vous met de mauvais poil. Vous êtes même prêts à rendre visite à des pâtées de médecins aux spécialités qui fleurent bon l'angoisse parentale : orthophonistes, psychiatres... Bref, vous êtes prêts à sortir le grand jeu, et même vos griffes.

Et pourtant. Il serait si simple de respecter la morale de cette nouvelle rondement contée et au final flippant : n'appelez jamais votre chat Blanche Neige s'il a le pelage noir ; ne laissez jamais votre enfant seul avec un chat noir qui s'appelle Blanche Neige.

Voilà, vous appliquerez ça matin, midi et soir. Pendant une vingtaine d'années, ça devrait suffire. Ça fera 60 euros pour cette consultation. Mais pour vous je la fais à 0,99 euro.

Blanche Neige, de Ségolène Roudot. Ed. L'Arlésienne. 2017. 

samedi 15 octobre 2016

Le Canigou : Quand la couette n'éloigne plus le monstre


Qu'est-ce qu'on peut être neuneu quand on se fait peur tout seul à penser à des monstres ou des fantômes... Moi-même la dernière fois que je me suis fait peur tout seul dans mon canapé, c'est devant un pauvre DVD d'un film d'horreur avec des gosses qui foutaient les jetons, mais alors les jetons ! Bon, mais une fois couché sous la couette, sans trop prendre le temps de se vêtir en habits de nuit, et avec juste la mèche de cheveux qui dépasse de sous les draps, blotti contre la personne aimée quand elle est là, on se dit que quand même, faut se raisonner, on est adulte non ? Allons !

Mais quand on est seul dans une maison en pleine montagne, loin de tout et de tous, et que passe tout près le sentier où déambule, selon la légende locale, l'immonde monstre nommé Canigou, la couette ne suffit plus à rassurer. Surtout quand on entend des bruits bizarres et que le matin des traces de strangulation apparaissent sur votre cou...

Cette nouvelle courte nous embarque dans les peurs du personnage principal, interpelle nos propres angoisses, et déploie ce qu'il faut de perversité pour ne dénouer l'intrigue qu'à la dernière ligne...

Le Canigou, nouvelle de Lucille Cottin. Editions l'Arlésienne. Ebook à 0,99 euro. Disponible ici.

mardi 27 septembre 2016

Un Pont sur la Brume : Préparer l'après-bac pour éloigner la mort


Kit Meinem d’Atyar est peut-être le plus doué des architectes de l’Empire. Peut-être… et tant mieux. Car il lui faudra convoquer toutes ses compétences, l’ensemble de son savoir pour mener à bien la plus fabuleuse qui soit, l’œuvre d’une vie: un pont sur le fleuve de brume qui de tout temps a coupé l’Empire en deux. Un ouvrage d’art de quatre cent mètres au-dessus de l’incommensurable, cette brume mortelle, insondable, corrosive et peuplée par les Géants, des créatures indicibles dont on ne sait qu’une chose : leur extrême dangerosité…
Par-delà le pont… l’abîme, et pour Kit une aventure humaine exceptionnelle.

(4e de couverture)

*********
Juste après avoir lu les 125 pages du roman - d'une traite et avec le plaisir de la lecture fluide et agréable - je me suis demandé ce qui s'était passé dans cette histoire. Un pont avait été bâti, certes. Pas n'importe lequel, un pont grandiose, apte à faciliter une traversée jusqu'à présent dangereuse et même trop souvent mortelle sur un fleuve de brume. Un ouvrage d'art érigé sous l'autorité d'un architecte débarquant en zone inconnue, qui doit s'imposer à une population méfiante, et qui le fait bien, au final, humainement parlant. La présence de monstres aquatiques - ou brumeux - laissait présager des batailles homériques opposant les bâtisseurs humains à cette faune. Mais non.

Dis comme ça, on se demande donc ce qui a scotché le lecteur tout au long du roman. Pourquoi, quand on finit ce livre, il est satisfait, il a passé un moment agréable. Même davantage, tant le goût de ce moment persiste en bouche, comme pour un bon rhum vieux. Et comme pour le rhum, on apprécie, mais on ne sait pas toujours exactement pourquoi, en tout cas pas dans l'immédiat. Il faut attendre quelques instants que s'exhalent les parfums. Il faut chercher à savoir ce qui nous a touché.

Des personnages tirés vers le haut

Alors, en vrac, quelques impressions.  Dans Le Pont sur la Brume, on peut aimer le fait que tous ceux qui ont approché l'architecte ont été tirés vers le haut. Pour un bâtisseur de ponts, c'est bien le moins... Ainsi, l'architecte qui était déjà sur place, et qui pensait récupérer le projet finalement destiné à Kit Meinem d'Atyar, travaillera avec ce dernier puis se verra confier plus tard un autre projet, encore plus grandiose. Ainsi encore, un des "passeurs", ceux qui transportent les passagers sur un bac pour traverser le fleuve de brume, très hostile au départ à l'arrivée de Kit, aspirera à se lancer dans des études pour préparer la fin du bac (eh eh !) engendré par la mise en place du pont. Les habitants d'un côté comme de l'autre du pont, initialement méfiants, comprendront peu à peu les retombées économiques potentielles des passages fréquents dans leurs villes, et adapteront leurs activités. Et Rasali, conductrice de bac elle aussi, avec qui Kit vivra une histoire d'amour, acceptera, quand son métier aura disparu, de "renaître", de changer de nom - car dans ce monde, on porte le nom de son métier - et de se lancer dans un grand projet exaltant.


Ni gore ni horreur
Pendant ce temps, pendant ces quelques années de construction du pont, le fleuve de brume, lui, ne change pas. Les monstres qui le peuplent sont toujours aussi meurtriers et renversent régulièrement l'embarcation et ses navigants qui passent par là au mauvais moment. On ne les "voit" pas, on les sent, on les devine, ils font peur, ils structurent l'histoire des habitants, mais ceux qui les voient sont déjà morts, finalement. Ne cherchez pas de gore ou de frissons d'horreur, même si les descriptions de traversées sont flippantes. On ne les voit jamais, ces géants, sauf à la fin. Quand le héro, Kit, peut en observer un, du haut du pont, sans danger, comme on regarderait une bête de zoo. Et ces monstres, qui occupaient l'histoire, les esprits, s'immisçaient involontairement dans les relations humaines, ces monstres vont perdre leur place centrale, et être vus avec distance, au sens propre comme au figuré. Et sans doute - mais l'histoire ne le dit pas - cette destitution provoquera-t-elle des changements importants dans la psychologie et la sociologie des groupes humains concernés.

Au final, un récit sur le progrès scientifique - concrétisé par le montage de ce pont de haute technologie - et ses conséquences, bonnes ou mauvaises, sur la vie des gens, leurs histoires singulières et collective. Une belle description de gens faits de chair et d'esprit. Un beau récit, écrit avec une douceur remarquable, malgré un sujet porteur d'effrois, de morts, de rocs et de métaux. On décèlera sans aucun doute, dans cette longue finale post-lecture qui persiste en bouche, d'autres arômes, d'autres évocations. Mais il faut savoir parfois analyser avec modération...

La page 77




Un Pont sur la Brume, de Kij Johnson. Editions Le Belial'. Coll. Une Heure-Lumière. 2016.