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vendredi 10 mars 2017

Les Yeux rouges du Caïman : Un polar sur le Mur, qui picole très très dur



A Loguivy-de-la-mer, près de Paimpol, l’ex-flic Pogam lance une page facebook, à la recherche d’une affaire trouble à laquelle se mêler. Et pour ça, il va être servi ! Son pote, Harteau,le branche sur un trafic de diamants. Tout s’enchaîne coup sur coup : une blonde mystérieuse roucoule avec qui faudrait pas, un type se fait descendre et Baudouin, son pote Baudouin, qui ne trouve rien de mieux qu’à les lui casser avec son caïman empaillé ! Un vrai sac de nœuds.
(Présentation éditeur)

Un polar à suivre au travers des posts que le narrateur dépose sur son mur Facebook : l'idée est originale. Bien sûr la vraisemblance n'est pas au rendez-vous, car on voit mal un enquêteur dévoiler ses avancées sur un réseau social aussi exposé à tous les vents virtuels de la toile. Même si l'enquêteur en question est un flic défroqué et un alcoolique défoncé.
Mais tout cela n'est pas très grave, le support rédactionnel de ses pérégrinations permet toutes les libertés narratives, et nous voilà embarqués dans ses pensées, dans ses enthousiasmes, dans ses gueules de bois, et surtout dans son aventure un tantinet tarabiscotée. Et comme justement monsieur n'a pas toujours l'esprit très clair, le lecteur peut être rattrapé par une forme de réalisme : on n'est jamais très loin de s'embourber dans la confusion d'un personnage sans doute un peu trop imbibé... Heureusement l'histoire en elle-même, une fois qu'on en a saisi le fil, n'est pas spécialement compliquée. Elle est même parfois un peu prévisible. Mais pour l'originalité de l'ensemble, le style très enlevé, imagé et dynamique, je n'hésite pas : je like et je partage.

La page 7



Les Yeux rouges du Caïman, de Jo Mével. Editions L'Arlésienne. 42 pages. 2016. Pour acheter cet ebook, c'est ici. 

vendredi 20 janvier 2017

Blanche Neige : Un baby-catting pathologique


Vous êtes jeunes parents, votre enfant est un trésor, c'est le centre du monde. Vous êtes prêts à tout pour lui. Surtout quand il y a quelque chose qui cloche et qui vous met de mauvais poil. Vous êtes même prêts à rendre visite à des pâtées de médecins aux spécialités qui fleurent bon l'angoisse parentale : orthophonistes, psychiatres... Bref, vous êtes prêts à sortir le grand jeu, et même vos griffes.

Et pourtant. Il serait si simple de respecter la morale de cette nouvelle rondement contée et au final flippant : n'appelez jamais votre chat Blanche Neige s'il a le pelage noir ; ne laissez jamais votre enfant seul avec un chat noir qui s'appelle Blanche Neige.

Voilà, vous appliquerez ça matin, midi et soir. Pendant une vingtaine d'années, ça devrait suffire. Ça fera 60 euros pour cette consultation. Mais pour vous je la fais à 0,99 euro.

Blanche Neige, de Ségolène Roudot. Ed. L'Arlésienne. 2017. 

dimanche 15 janvier 2017

Parfaites : Adrénaline et ballerines


Deux jeunes filles violées dans une violence extrême, des familles qui ne veulent pas porter plainte pour ne pas nuire à la réputation de leurs futures ballerines étoiles et des frères qui semblent totalement indifférents au sort de leurs sœurs. L’inspecteur Julie Bergeron doit essayer de retrouver un agresseur en ne pouvant compter sur le témoignage des jeunes filles agressées, jusqu’au jour où une jeune fille est retrouvée presque morte dans le Vieux Port de Montréal, enroulée dans un vieux tapis. Julie a déjà subi une telle agression il y a plus de 20 ans. Est-ce que son agresseur a été remis en liberté et recommence son jeu macabre avec des adolescentes ? L’inspecteur Bergeron jonglera entre sa vie personnelle, ses souvenirs douloureux et le mutisme des jeunes filles et de leurs familles pour trouver le coupable de ces agressions d’une extrême violence. Un roman au style concis avec beaucoup de dialogues et d’action, présentant les dangers d’internet pour les adolescents. L’interlocuteur peut prendre à la lettre les messages de haine…

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On grimace à lire ce qu'ont subi ces malheureuses jeunes filles, violées et atrocement torturées. On a le sang qui bout et des envie de coller des beignes à leurs parents, qui nient la gravité des faits parce qu'il faut sauver la carrière de leurs enfants, parfaites ballerines en formation, parfaites futures stars du tutu. On compatit aux affres de l'inspecteur Bergeron, qui mène l'enquête avec cette part de combat personnel de celle qui a subi ce qu'ont subi les victimes. On se lance, avec elle, sur de fausses pistes, on soupçonne à tort, on attend la victoire du bien sur le mal, de la raison sur la folie. Résultat on avale ce polar au plus vite, non par volonté - car il est fort bien écrit -, mais par nécessité - car on le vit et qu'on veut savoir, car il faut savoir.

Alors bien sûr les esprits chagrins noteront qu'il y a parfois des hasards miraculeux, des coïncidences faciles, des retournements rapides. Mais peut-on, en ce monde tordu, avoir du plaisir à se laisser porter, à se laisser envahir par quelques doses d'adrénaline, sans se voir reprocher de s'adonner à cette drogue naturelle ? C'est du très bon polar, et j'en recommande la consommation.

Parfaites, d'Isabelle Larocque. Editions L'Arlésienne. 160 pages. Décembre 2016. Pour se procurer cet ebook, consulter ce lien. 

jeudi 24 novembre 2016

Des nouvelles au goût de pistache


Si vous aimez les pistaches vous comprendrez dans quel enfer on peut se vautrer en commençant la lecture du recueil de nouvelles courtes des éditions L'Arlésienne. Vous êtes devant un bol de pistache, vous en prenez une, vous faites un effort plus ou moins important pour la décortiquer - parfois ce n'est pas possible elle est trop fermée, vous la jetez ou mieux, vous la laissez à d'autres dans le bol - vous mangez le cœur tendre de la pistache, en peu de temps, c'est bon, tellement bon mais tellement bref, que vous en reprenez une autre immédiatement. Et ainsi de suite. Une, deux, trois... mille.

Transposez sur le recueil susnommé, et vous aurez une idée de l'effet addictif et compulsif qu'il provoque. A la différence que les saveurs sont variées : une tranche de "vie" d'un domestique, des doutes sur le sort de Susannah après une nuit agitée, l'histoire flippante du Canigou (déjà chroniquée ici), d'hilarantes funérailles de M. Dubourdy, un écrivain bien embêté par la réputation du héro qu'il a créé, des fantômes plus ou moins fuyants, réels ou fantasmés, un chat à suivre...

A picorer sans modération. Parce que, gros avantage sur les pistaches : vous ne prendrez pas de kilos à lire ce recueil. Sauf si vous grignotez en lisant.

Nouvelles Courtes 2015. Collectif. 150 pages. 7,99 euros. Editions L'Arlésienne

samedi 15 octobre 2016

Le Canigou : Quand la couette n'éloigne plus le monstre


Qu'est-ce qu'on peut être neuneu quand on se fait peur tout seul à penser à des monstres ou des fantômes... Moi-même la dernière fois que je me suis fait peur tout seul dans mon canapé, c'est devant un pauvre DVD d'un film d'horreur avec des gosses qui foutaient les jetons, mais alors les jetons ! Bon, mais une fois couché sous la couette, sans trop prendre le temps de se vêtir en habits de nuit, et avec juste la mèche de cheveux qui dépasse de sous les draps, blotti contre la personne aimée quand elle est là, on se dit que quand même, faut se raisonner, on est adulte non ? Allons !

Mais quand on est seul dans une maison en pleine montagne, loin de tout et de tous, et que passe tout près le sentier où déambule, selon la légende locale, l'immonde monstre nommé Canigou, la couette ne suffit plus à rassurer. Surtout quand on entend des bruits bizarres et que le matin des traces de strangulation apparaissent sur votre cou...

Cette nouvelle courte nous embarque dans les peurs du personnage principal, interpelle nos propres angoisses, et déploie ce qu'il faut de perversité pour ne dénouer l'intrigue qu'à la dernière ligne...

Le Canigou, nouvelle de Lucille Cottin. Editions l'Arlésienne. Ebook à 0,99 euro. Disponible ici.

mardi 6 septembre 2016

Déviations : Des histoires normales mais presque

Il y a des sons, des odeurs, des couleurs, qui sont peints sans grandiloquence, sans tentative d'en mettre plein la vue. Dans ce recueil de nouvelles, les intrigues sont conduites presque tranquillement, comme si tout cela coulait de source, finalement. Comme si tout était normal, au moins au départ, puis peut-être un peu moins normal, puis encore moins... Les tensions montent peu à peu, ligne par ligne, insensiblement, puis un peu plus sensiblement. Puis douloureusement...

Car ces nouvelles sont violentes. Un fait divers sanglant dans une école, des adeptes d'une secte inquiétante dans un bâtiment désaffecté, une mannequin qui doit rester maigre quelle que soit la méthode, un jeune homme qui fait de la musculation avec une idée en tête, une émission télé racoleuse qui échappe à son animateur, une histoire d'amour qui finit curieusement... La fin du recueil comporte quelques pépites plus légères, voire amusantes. On se prend même à soutenir Dieu, je ne vous dis que ça, mais c'est vous dire... 
En tout cas le titre du recueil est bien choisi. Le mieux, dans Déviations, est de se laisser s'y perdre. 

La page 77