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samedi 3 février 2018

Le Marchand de Sable : Un thriller contre le sommeil


Un jeune homme est retrouvé errant dans la nuit glaciale de Stockholm. En état de choc, il tient des propos décousus au sujet du Marchand de sable. La police découvre qu’il s’agit d’un garçon disparu treize ans plus tôt avec sa soeur. À l’époque, l’enquête avait conclu qu’ils faisaient probablement partie des dernières victimes de Jurek Walter, un tueur en série arrêté par Joona Linna. Mais le psychopathe purge sa peine depuis plus de dix ans en unité spécialisée, dans un bunker souterrain. Où était le garçon séquestré depuis tout ce temps ? Joona sait que l’homme est particulièrement manipulateur et qu’il a plus d’un tour dans son sac. L’heure du face-à-face avec celui qui l’a obligé à abandonner sa famille approche.
Après Incurables, Lars Kepler est de retour avec un thriller magistral. Intrigue au cordeau, rythme implacable, ambiance crépusculaire, tout y est. Le Marchand de sable va passer. Bonne nuit les petits… (présentation éditeur)


Je n'aurais pas aimé être le gamin des auteurs de ce srileure. Je dis "des" auteurs et j'évoque leur descendance, car selon la "4e de couv", un "couple dans la vie" se cacherait derrière le pseudonyme romantique et néanmoins superbement nordique de Lars Kepler. Non vraiment, chère et cher Alexandra et Alexander Ahndoril (leurs vrais patronymes, c'est pas mignon ?), vous avez l'esprit tordu, et je n'aurais pas voulu, si vous aviez été mes parents, que vous me racontiez des histoires le soir avant de me coucher. Ou alors des choses très cadrées, genre Petit Ours Brun ou Tchoupie, mais avec l'obligation de ne pas dévier d'une virgule dans la narration.
Parce que pondre un srilère (je l'écris comme je veux) aussi flippant que Le Marchand de Sable, avec un titre qui fait rêver les mômes depuis des générations depuis Nounours (que j'ai connu en noir et blanc, que voulez-vous on n'est pas quinqua pour rien), faut être vicieux. Ou pervers. Ou vilain. Parvenir à tenir en haleine et en tachycardie le lecteur pendant 560 pages, avec des rebondissements ou des suspens insoutenables toutes les trois pages, en allant droit au but et en buttant droit, bravo. 

Enterrés vivants

Tous les ingrédients y sont, il est vrai : des gamins qui souffrent, des parents qui se suicident à ne plus voir l'être aimé, des gens enterrés vivants mais maintenus en vie, des courses contre la montre, des psychopathes je ne vous dis que ça, des personnages tous tordus ou névrosés à bloc, même ceux à qui on vendrait a priori le Bon Dieu sans confession et qui ont, en fait, leur part d'ombre, de fragilités, de faiblesses inquiétantes, autant de points faibles qui profiteront à coup sûr à l'assassin principal de cette oeuvre... Et ça tue à tours de bras, à tours de branques, ça fait souffrir, ça rebondit du genre qu'on se dit "ah non c'est pas vrai mais ces auteurs sont vraiment sadiques !". Avec derrière, en psychopathe principal, un cerveau complètement dérangé mais d'une analyse et d'une technicité implacable pour manipuler les personnages "gentils" (pour aller vite : les flics) mais aussi et surtout les lecteurs. En fait, il n'y a pas que le personnage vilain-méchant qui devrait se retrouver enfermé dans un bloc psychiatrique. Les auteurs du thriller (ça y est j'ai trouvé la bonne orthographe), Monsieur et Madame Kepler/Ahndoril, feraient bien d'y faire un tour.

Mais en même temps, non. Leur internement nous priverait de leurs romans génialement sordides pleins de souffrances, de stress et de sang. Ce serait dommage.
Vous voilà prévenus, le Marchand de Sable n'est pas un conte pour enfants. C'est une horreur pour adultes. 
Je vous laisse, j'ai mes cachets à prendre.

La page 77



Le Marchand de Sable, de Lars Kepler. Ed. Actes Sud, coll. Babel Noir. 2014.

samedi 19 août 2017

Monteperdido : Polar, paumé


Monteperdido : un village de montagne acculé contre les plus hauts pics des Pyrénées. Des routes sinueuses, impraticables en hiver, des congères, des rivières qui débordent. Quelques familles, souvent coupées du monde, des sangliers et des chevreuils dans les forêts de peupliers et de pins noirs. C’est là que disparaissent un jour deux fillettes de onze ans qui, comme tous les soirs, traversaient la pinède de retour du collège. Malgré la mobilisation exemplaire du village, on n’a jamais retrouvé leurs traces.
Cinq ans plus tard, au fond d’un ravin, une voiture accidentée et le cadavre d’un homme. À ses côtés, une adolescente désorientée mais vivante : Ana, une des fillettes disparues. Si l’autre est toujours en vie, le temps presse. Qui se cache derrière cet enlèvement ? Deux inspecteurs de Madrid viennent rouvrir l’enquête mais se heurtent à l’hostilité des habitants qui chassent en meute, faisant front contre l’élément exogène, prêts à lutter jusqu’à la mort pour cacher leurs terrifiants secrets. Il apparaît pourtant qu’Ana connaît son ravisseur. Est-ce uniquement la peur et la proximité de son bourreau qui la musellent ? Comment comprendre la troublante triangulation qui s’est jouée pendant cinq ans dans le sous-sol exigu d’un refuge de montagne ? Un roman puissant, âpre et vertigineux à l’image de son saisissant décor.

(Présentation éditeur)

Oppressant. Oppressant le cadre : celui d'un coin paumé des Pyrénées, côté espagnol, isolé du monde quand il fait beau, isolé de l'univers quand l'hiver arrive. Oppressant le rythme : l'intrigue avance aussi lentement que le temps qu'il faut pour atteindre, à pieds, les hauteurs de ce bien nommé "Mont Perdu", Monte Perdido en espagnol. Oppressant comme cette impression d'être perdu dans l'histoire, parfois, un peu comme ce site est perdu dans la montagne. Oppressant comme cette atmosphère lourde, lourde comme une réunion de famille du dimanche midi qui tourne mal, avec ces discussions qui effleurent les problèmes ancestraux de la lignée, sans en parler de façon trop nette pour ne pas faire exploser le noyau familial, qui chatouillent des secrets, mais lesquels, bon sang, lesquels... Un invité - un lecteur - sentirait qu'il y a un truc qui ne tourne pas rond, mais quoi bon sang, quoi... On l'a sur le bout de la langue, il y a un truc qui gêne. Sauf que là il s'agit de vies et de morts, de gamines qui disparaissent et dont l'une réapparaît cinq ans plus tard, et qui ne dit pas tout, c'est sûr. De secret de famille, à tous les coups. De famille élargie : le poids des secrets impacte tout le village, pour l'occasion.

Winter is coming
Alors il faut avancer doucement, doucement mais sûrement, la pression est forte, le temps passe, il reste une gamine à retrouver, sa copine de malheur ment, et comme dans une série fort connue, l'hiver approche. Et pousse à se dépêcher. Dans tout cela, les êtres les plus prévisibles, les plus stables, restent les animaux de la forêt et de la montagne, discrets mais présents dans l'intrigue. Alors on s'y accroche, à cette intrigue, même si elle est lente, complexe, trop lente, parfois trop complexe. A l'image des relations sociales dans ce village, sans doute, mais rien ne nous sera épargné pour sentir leur lourdeur. Alors on s'accroche pour aller au bout du chemin, de l'intrigue, mais on ne s'y attardera pas.

Monteperdido, de Agustin Martinez. Ed Actes Sud, Coll. Actes Noirs. 2017.