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dimanche 20 janvier 2019

Voyage au centre de la Terre : Rêver de progrès au fond du trou


Le professeur Lidenbrock trouve un document dans lequel il apprend l'existence d'un volcan éteint dont la cheminée pourrait le conduire jusqu'au centre de la Terre. Accompagné de son neveu Axel et du guide Hans, il se rend au volcan Sneffels, en Islande, et s'engouffre dans les entrailles de la Terre. Ils ne tarderont pas à faire d'étonnantes découvertes...

Dans le genre "grands classiques", Voyage au centre de la terre", c'est du lourd. Des héros qui crient "Diable !" à la place de "P... de b... de m..." comme tout héro moderne normalement constitué, et qui parlent au passé simple, déjà, ça vous classe dans la catégorie des livres qu'on se farcit au collège avec une prof de français qui fait remarquer à quel point certains passage sont désopilants alors qu'ils ne font rire personne. Mais c'est un détail. Jules Verne, c'est avant tout des aventures extraordinaires, qui dépassent les limites de la science. Un auteur qui a imaginé un voyage sur la lune, un tour du monde en 80 jours ou un périple sous les mers, à une époque où c'était de la science fiction, ne peut qu'être admirable. A noter que cette imagination anticipatrice était optimiste : des mondes étaient à découvrir, les sciences allaient inéluctablement nous y promener. On y croyait, aux progrès, du temps du grand Jules ! S'il entendait qu'aujourd'hui certains assurent que nous sommes manipulés par les Illuminatis ou que la terre est plate, il pourrait se vanter de créer le mouvement perpétuel à force de se retourner dans sa tombe.

Aimer l'avenir

La terre plate, justement : s'il était aussi con que certains de nos contemporains adeptes de cette croyance, comment aurait-il créé "Voyage au centre de la Terre" ? En ouvrant un blog sur "Comment ne pas tomber dans le vide sidéral en creusant un trou trop profond" ? Que nenni. Jules Verne était un visionnaire, un homme à l'imagination ancrée dans le réel. Alors certes, souvent, ses œuvres proposent des passages un peu pénibles, de véritables traités de géologie, de paléontologie, de chimie... Dans cette oeuvre, il en est question : on y voit de la roche, du volcan, des phénomènes climatiques, des curiosités phoniques, des bestioles préhistoriques, des effets physiques... Passez-les vite, ou au contraire puisez-y la certitude que le progrès scientifique est avant tout positif et propice aux rêves. Redevenez des gamins passionnés par l'aventure, et des citoyens qui aiment l'avenir ! Lisez du Jules Verne, ça fait du bien ! Que diable !

Voyage au centre de la Terre, par Jules Verne. Téléchargeable gratuitement sur Kobo (avec de belles illustrations d'époque).  

lundi 26 novembre 2018

L'Apocalypse est pour demain : Ne pas franchir la ligne "jaune"


Les manifs et blocages des "gilets jaunes" m'ont remémoré un livre que j'avais lu quand j'avais une quinzaine d'années : L'Apocalypse est pour demain, ou les aventures de Robin Cruso. Ecrit par l'humoriste et acteur Jean Yanne, qu'il avait raconté sous forme de feuilleton radiophonique en 1977, il raconte l'aventure d'un pauvre individu dans un monde futur où la voiture est tellement reine qu'elle occupe la quasi-totalité du territoire dans un embouteillage chronique monstrueux. C'est bien simple, on habite dans sa voiture, on y vit, on y mange, presque en permanence, car à raison de pointes de vitesses de 8 mètres à l'heure, on a à peine le temps de travailler une demi-heure par mois (un acquis syndical !) qu'il faut rejoindre, en une quinzaine de jours, sa place de parking attitrée pour s'y reposer, avant de repartir pour la demi-heure de boulot du mois suivant. Le maître du pays n'est autre que le Grand Préfet, qui traite avec mépris tous ces pauvres gens qui passent leur vie au volant, et qui se targue d'éliminer 40 % de véhicule - et leurs occupants - par an, à coups de rayons laser, notamment ceux qui ont la malchance de se retrouver coincés au milieu d'un carrefour juste après le passage au rouge d'un feu de signalisation... Et le pouvoir n'est pas seulement violemment répressif du point de vue de la circulation, il est aussi totalitaire : ainsi, tout le monde doit écouter la même radio au même moment, sauf à être considéré comme de "mauvaise volonté" et rapidement éliminé au laser... Le règne de la voiture, sa place omniprésente, ses méfaits et les excès antidémocratiques qu'elle peut générer étaient - déjà ? - imaginés il y a une quarantaine d'années.

Parallèlisme

Alors je ne vais pas être méchant et faire un parallèle entre l'univers que nous promettent, sans le dire, certains "gilets jaunes", et l'avenir angoissant que dépeignait Jean Yanne il y a quelques décennies. N'empêche... Je ne parle pas de ceux qui galèrent avec leur véhicule pour aller au boulot parce qu'ils n'ont pas d'autre choix : ceux-là sont contraints par une histoire politique française qui a toujours privilégié la bagnole ; qui a "oublié" d'investir dans un maillage territorial de transports qui permettrait de limiter le recours au véhicule individuel ; qui a poussé les gens à être propriétaires de leur logement, provoquant ainsi un éloignement progressif des lieux de vie et de travail pour trouver du mètre carré moins cher... Je parle des gros beaufs qui ont des grosses voitures qui consomment beaucoup pour avoir l'impression d'être puissants eux-mêmes, et qui les utilisent pour parcourir les 300 mètres qui les séparent de la boulangerie du coin. Je parle des abrutis qui font partie des associations de défense des automobilistes, comme si conduire une voiture était un statut d'honneur à protéger. On pourra me traiter de bobo je m'en fous, n'empêche que cette catégorie est bien présente parmi les "gilets jaunes", et qu'elle nous mène tout droit vers l'univers stressant imaginé par Jean Yanne. Alors oui à la transition énergétique, écologique et sociale. Les hésitants ? Les incrédules ? Lisez "L'Apocalypse est pour demain", on en recause après.

L'Apocalypse est pour demain, ou les aventures de Robin Cruso. Par Jean Yanne. Ed. Jean-Claude Simoën. 1977.

mercredi 24 décembre 2014

Metronom' : La culture attaque le glauque



Ce qui frappe d'emblée dans l'univers de Metronom', c'est la glauquitude des lieux. Les couleurs sont sombres, dominantes bleues ou brunes. On est bien sur Terre, on ne sait pas trop dans quel pays, et on ne sait pas trop dans quel futur non plus, mais c'est franchement pas joyeux d'y vivre. Le niveau technologique semble élevé, mais tout est sale, plein de détritus, comme une dalle de ville nouvelle mais en plus crade et délabré encore. Ça sent la merde et l'huile de moteur à pleines pages.
Les gens sont sous le joug d'une dictature, qui prétend donner la parole aux citoyens par le biais de référendums truqués, destinés à légitimer des décisions aussi délirantes que l'interdiction du suicide. Le tout sous un régime de corsetage de la presse qui n'a rien à envier aux dictatures actuelles ou passées de tous poils. Dans cet univers oppressant et répressif, seuls les oiseaux, omniprésents et polluant de pattes de mouches chaque vue d'extérieur, semblent libres. 

L'histoire elle-même recèle pas mal de dimensions - romanesque, science-fictionnelle, aventurière, policière... - mais la dimension politique est prépondérante : face au pouvoir dictatorial et totalitaire, un groupe d'individus agit pour la liberté. Par la meilleure arme de ceux qui n'ont pas de force armée : la culture. Ils préparent clandestinement une pièce de théâtre qui dénonce le totalitarisme. Et surtout ils diffusent discrètement un livre qui dénonce par allégorie les abus du pouvoir : le Métronome. En espérant que les esprits embrigadés de ceux qu'on ne peut même plus définir comme "citoyens" soient réveillés par ces pages et se révoltent pour obtenir leur émancipation. Parallèlement, d'autres individus, dont un vrai journaliste, sont en quête d'informations sur un virus qui a atteint des éboueurs de l'espace - et parmi eux le mari d'une héroïne de l'histoire -, virus dont l'existence est cachée par le pouvoir. 

Un grand dessein culturo-émancipateur

Au terme du 4e et (provisoirement) dernier épisode, on semble pas loin du dénouement. Avec des tas de questions en suspens. Que vont devenir les deux personnages qui cherchent la vérité sur ce virus, et qui sont dans de sales draps depuis qu'ils se sont fait chopper par la police dans le dernier opus ? Que vont devenir les rebelles et leur grand dessein culturo-émancipateur ? Le totalitarisme tombera-t-il à la lumière du Métronome ? Ce serait en tout cas une des rares fois dans l'histoire de l'humanité qu'une rébellion interne renverse à elle seule une dictature, sans intervention ou pressions extérieures. Contre l'occupation nazie, des résistants certes, mais aussi des Alliés. Contre l'occupation britannique en Inde, l'action de Gandhi soit, mais aussi la pression internationale. Contre l'apartheid sud-africain, un Mandela bien heureusement, mais aussi un boycott économique et politique quasi mondial... Contre le communisme du bloc soviétique, des dissidents courageux, mais aussi un étranglement économique.

Or là, dans cette histoire, point d'acteurs externes pour l'instant en vue. Juste quelques individus courageux, de ceux dont on se dit : "Si je vivais là, j'aimerais être l'un d'eux". Aurions-nous ce courage ? Mais ne boudons pas notre plaisir de lire l'apologie de l'émancipation, et rappelons-nous qu'il reste du boulot pour éradiquer la folie totalitaire dans pas mal de contrées de notre monde actuel. Ceci dit, tant qu'on est devant notre écran d'ordinateur ou de smartphone, on ne fait pas grand-chose, hein ? Mais allez, faut pas culpabiliser.

En attendant, vivement la suite de cette série. Avec enfin une réponse à la grande question : la culture est-elle un rempart contre la barbarie ? Vous avez 5 tomes.

Metronom'. Eric Corbeyran (scénario) et Grun (dessins). Editions Glénat. 4 tomes parus de 2010 à fin 2013.
Il y a même des bandes annonces sur ces BD sur le site de Glénat. Classe.