BD, romans, polars, séries TV, films, théâtre, musiques… Chroniques subjectives légères, parfois sérieuses, souvent narquoises, voire râleuses.
samedi 15 octobre 2016
Le Canigou : Quand la couette n'éloigne plus le monstre
Qu'est-ce qu'on peut être neuneu quand on se fait peur tout seul à penser à des monstres ou des fantômes... Moi-même la dernière fois que je me suis fait peur tout seul dans mon canapé, c'est devant un pauvre DVD d'un film d'horreur avec des gosses qui foutaient les jetons, mais alors les jetons ! Bon, mais une fois couché sous la couette, sans trop prendre le temps de se vêtir en habits de nuit, et avec juste la mèche de cheveux qui dépasse de sous les draps, blotti contre la personne aimée quand elle est là, on se dit que quand même, faut se raisonner, on est adulte non ? Allons !
Mais quand on est seul dans une maison en pleine montagne, loin de tout et de tous, et que passe tout près le sentier où déambule, selon la légende locale, l'immonde monstre nommé Canigou, la couette ne suffit plus à rassurer. Surtout quand on entend des bruits bizarres et que le matin des traces de strangulation apparaissent sur votre cou...
Cette nouvelle courte nous embarque dans les peurs du personnage principal, interpelle nos propres angoisses, et déploie ce qu'il faut de perversité pour ne dénouer l'intrigue qu'à la dernière ligne...
Le Canigou, nouvelle de Lucille Cottin. Editions l'Arlésienne. Ebook à 0,99 euro. Disponible ici.
samedi 8 octobre 2016
14-18, Le Colosse d'ébène : Arsène est un con, mais il n'est pas le seul
La der des ders au quotidien. Février 1916 voit le commencement de la bataille de Verdun, l’une des plus meurtrières de la Grande Guerre. Un déluge d’obus s’abat sur nos héros. Tous ne se relèveront pas…
Verdun, 21 février 1916. L’artillerie allemande débute le pilonnage systématique du secteur dans
le but de « saigner à blanc l’armée française ». Parmi les renforts qui affluent, la présence de tirailleurs sénégalais crée des tensions dans la troupe. C’est dans ce contexte que la compagnie commandée par Armand est envoyée au fort de Douaumont sur le point d’être pris par l’ennemi…
(Présentation éditeur)
La série 14-18 poursuit son évocation de la première guerre mondiale au travers des histoires singulières d'un groupe de copains venant d'un même village et confrontés aux mêmes atrocités du front. Dans ce cinquième opus (le précédent, "La Tranchée perdue", est chroniqué ici), nous sommes en février 1916 et le calvaire des combattants se fait long, très long. Surtout avec une hiérarchie militaire au-dessous de tout, sans véritable stratégie si ce n'est celle d'amasser le plus de chair humaine face aux canons ennemis en se disant qu'il en restera bien un peu de vivante pour crier victoire.
Pendant qu'à l'arrière les femmes travaillent pour remplacer les hommes dans les usines d'armement (et elles sont "plus résistantes" qu'eux, "du coup le rendement est plus intéressant", dit la femme d'un des petits soldats de la série), sur le front on tente d'éviter les millions d'obus qu'elles produisent. Et la France coloniale, non contente de presser le citron des pays africains occupés en exploitant leurs matières premières, n'hésite pas à exploiter aussi leurs matières humaines, en extrayant les indigènes de leurs villages ensoleillés pour les envoyer combattre dans le froid, la pluie et la fureur de l'est et du nord de l'Hexagone.
Normal qu'ils se fassent tuer
Et c'est là qu'intervient Arsène, un des compères du groupe de petits soldats. Et Arsène est un con. Un vrai. Les Noirs ? Des babouins, des singes, des sous-hommes. Leur parler, c'est pactiser avec... avec qui ? quoi ? Il ne sait pas : il est con. Les Africains, on leur a apporté la civilisation, normal qu'il viennent se faire tuer pour sauver le pays. Il a beau se faire rabrouer par ses copains, qui le traitent de con - c'est vrai, qu'est-ce qu'il est con... - il continue et provoque un de ces "négros".Sans vouloir spoiler, la morale de l'histoire sera sauve, et émouvante. Certes l'intrigue est pour le coup un chouïa trop angélique, car en 1916, la plupart des combattants étaient certainement aussi racistes qu'Arsène qui, dans cet album, est seul à défendre sa bêtise. Mais l'épisode permet de rappeler le rôle éminent des populations africaines colonisées dans la défense de nos frontières lors de cette guerre (et de bien d'autres, d'ailleurs). Il nous confirme également qu'il y a une personnalité politique actuelle qui est au moins aussi con qu'Arsène : si on est Français aujourd'hui, c'est peut-être parce qu'il y a eu des Gaulois à une époque. Mais plus récemment, c'est aussi parce qu'il y a eu des Africains, et des tas d'autres étrangers solidaires, qui nous ont permis de le rester.
La page 7
14-18 : Le Colosse d'ébène (Février 1916). Tome 5. Corbeyran et Le Roux. Ed. Delcourt. 2016.
mardi 27 septembre 2016
Un Pont sur la Brume : Préparer l'après-bac pour éloigner la mort
Kit Meinem d’Atyar est peut-être le plus doué des architectes de l’Empire. Peut-être… et tant mieux. Car il lui faudra convoquer toutes ses compétences, l’ensemble de son savoir pour mener à bien la plus fabuleuse qui soit, l’œuvre d’une vie: un pont sur le fleuve de brume qui de tout temps a coupé l’Empire en deux. Un ouvrage d’art de quatre cent mètres au-dessus de l’incommensurable, cette brume mortelle, insondable, corrosive et peuplée par les Géants, des créatures indicibles dont on ne sait qu’une chose : leur extrême dangerosité…
Par-delà le pont… l’abîme, et pour Kit une aventure humaine exceptionnelle.
(4e de couverture)
Dis comme ça, on se demande donc ce qui a scotché le lecteur tout au long du roman. Pourquoi, quand on finit ce livre, il est satisfait, il a passé un moment agréable. Même davantage, tant le goût de ce moment persiste en bouche, comme pour un bon rhum vieux. Et comme pour le rhum, on apprécie, mais on ne sait pas toujours exactement pourquoi, en tout cas pas dans l'immédiat. Il faut attendre quelques instants que s'exhalent les parfums. Il faut chercher à savoir ce qui nous a touché.
Des personnages tirés vers le haut
Alors, en vrac, quelques impressions. Dans Le Pont sur la Brume, on peut aimer le fait que tous ceux qui ont approché l'architecte ont été tirés vers le haut. Pour un bâtisseur de ponts, c'est bien le moins... Ainsi, l'architecte qui était déjà sur place, et qui pensait récupérer le projet finalement destiné à Kit Meinem d'Atyar, travaillera avec ce dernier puis se verra confier plus tard un autre projet, encore plus grandiose. Ainsi encore, un des "passeurs", ceux qui transportent les passagers sur un bac pour traverser le fleuve de brume, très hostile au départ à l'arrivée de Kit, aspirera à se lancer dans des études pour préparer la fin du bac (eh eh !) engendré par la mise en place du pont. Les habitants d'un côté comme de l'autre du pont, initialement méfiants, comprendront peu à peu les retombées économiques potentielles des passages fréquents dans leurs villes, et adapteront leurs activités. Et Rasali, conductrice de bac elle aussi, avec qui Kit vivra une histoire d'amour, acceptera, quand son métier aura disparu, de "renaître", de changer de nom - car dans ce monde, on porte le nom de son métier - et de se lancer dans un grand projet exaltant.Au final, un récit sur le progrès scientifique - concrétisé par le montage de ce pont de haute technologie - et ses conséquences, bonnes ou mauvaises, sur la vie des gens, leurs histoires singulières et collective. Une belle description de gens faits de chair et d'esprit. Un beau récit, écrit avec une douceur remarquable, malgré un sujet porteur d'effrois, de morts, de rocs et de métaux. On décèlera sans aucun doute, dans cette longue finale post-lecture qui persiste en bouche, d'autres arômes, d'autres évocations. Mais il faut savoir parfois analyser avec modération...
La page 77
Un Pont sur la Brume, de Kij Johnson. Editions Le Belial'. Coll. Une Heure-Lumière. 2016.
samedi 24 septembre 2016
Revue Dessinée d'automne : Migrations, démocraties, des faits, des gens
Avec un reportage sur le camp de Calais, cela fait plusieurs fois que la Revue Dessinée s'attarde sur la question des réfugiés, et elle a raison. Les médias présentent le sujet comme "la plus grande crise migratoire depuis la dernière guerre mondiale", ou comme un problème qui divise, qui fait peur, et qui hystérise la société française, et c'est vrai, malheureusement. Mais derrière les chiffres, les masses, les concepts, les amalgames de toutes sortes, il y a tout simplement des gens qui ont eu le courage de risquer leur vie pour rester en vie. Et on ne saurait trop remercier la Revue Dessinée de décrypter les faits et de donner chair humaine aux personnes concernées, loin de la compassion excessive et stérile comme du jeu dangereux de l'interpellation identitaire. Ici, il s'agit de mieux comprendre et de se poser en citoyens, pas de suivre le pseudo raisonnement politique d'un crétin d'extrême gauche ou d'une manipulatrice d'extrême droite.
A propos de jeu politique, une très bonne séquence sur les dessous de la réalisation d'une loi, celle d'Emmanuel Macron, donne ce qu'il faut d'infos pour se rendre compte que réaliser une loi n'est pas simple, et que tout en politique est affaire de rapports de force qui peuvent varier à chaque instant. On le voit, légiférer au nom du peuple est un combat qui échappe au peuple, mais en contrepartie, manifestement, un ministre ne peut pas imposer ses choix et son bon-vouloir...
Lange, culture et libertés
En revanche, il y a des lobbies qui s'imposent aux acteurs démocratiques, et ça, ce n'est pas rassurant. Le Flash Ball, le LBD40, lanceurs de balles en caoutchouc contre les manifestants un peu trop agités, sont manipulés par des agents des forces de l'ordre pas toujours au top de la manipulation, et pas toujours d'équerre avec les règles de sécurité. Qu'importe, cela rapporte à des entreprises, et tant pis si cela tue ou handicape à vie, parfois... La BD développée sur le sujet est édifiante et passionnante.Mais heureusement il y a aussi du positif et du remontage de moral dans ce numéro (d'ailleurs une tendance à noter depuis au moins le dernier opus : on n'est plus seulement dans la lamentation et le désespoir, toujours mis en avant par les extrémistes et qui nourrit surtout le populisme, donc merci la Revue). On apprend des mots (cette fois-ci le mot "personne"), on apprend une pratique sportive (le catamaran, c'est pas si simple), on se cultive (séquence musique, séquence film avec "In the Mood for love"), on se réjouit d'être dans un pays de liberté du dessin de presse (focus sur la caricature)...
Bref, la Revue Dessinée a encore réussi son coup, le numéro d'automne est plein d'infos et de sujets à penser, et dans cette période d'entame de campagne présidentielle qui affiche déjà un niveau de débat public en dessous de zéro, cette publication contribue autant que possible à éviter un naufrage des valeurs démocratiques et républicaines qui arrangerait pourtant certains prétendants avides de pouvoirs.
La page 77
La Revue Dessinée, automne 2016, n° 13.
mardi 6 septembre 2016
Déviations : Des histoires normales mais presque
Il y a des sons, des odeurs, des couleurs, qui sont peints sans grandiloquence, sans tentative d'en mettre plein la vue. Dans ce recueil de nouvelles, les intrigues sont conduites presque tranquillement, comme si tout cela coulait de source, finalement. Comme si tout était normal, au moins au départ, puis peut-être un peu moins normal, puis encore moins... Les tensions montent peu à peu, ligne par ligne, insensiblement, puis un peu plus sensiblement. Puis douloureusement...samedi 3 septembre 2016
L'Emprise : Marche sanglante sur l'Elysée
jeudi 11 août 2016
La Garden Party : Des odeurs et des affres
vendredi 5 août 2016
Deads'Diary : Du bon zombie bien de chez nous
lundi 1 août 2016
Tarzan : Toi Nature, moi British
samedi 23 juillet 2016
Têtes de Maures : En quête corse
mardi 19 juillet 2016
Le Magasin des Suicides : Un squelette rongé jusqu'à la moëlle
jeudi 14 juillet 2016
Meurtre aux Jeux olympiques : Un polar antique sans flamme ni couronne
Rosalis et Costas, "deux entraîneurs" qui tiennent le célèbre gymnase "Victoire" à Alexandrie en Egypte, se retrouvent à Olympie à la veille des Jeux olympiques au milieu des officiels et des champions du monde entier.
Le pharaon Ptolémée qui rejoint sur place son fils Alexandros et sa compagne Héléna, espère que les champions alexandrins remporteront le maximum de médailles. Mais Rosalis disparaît mystérieusement. Ne serait-ce pas plutôt un crime? Les athlètes de "Victoire" sont tous susceptibles d'être impliqués dans l'affaire. Quant aux autres cités, jalouses d'Alexandrie, elles sont également suspectes. Alexandros mène l'enquête avec Héléna et l'aide de Kipiou, le singe de Rosalis.
mardi 5 juillet 2016
Revue Dessinée d'été : Du bonheur et des cris
Je ne sais pas si c'est la saison estivale qui veut ça, mais voilà une nouvelle livraison de la Revue Dessinée qui déprime moins que d'habitude. On y parle du Bonheur national brut, un concept développé au Bouthan, un petit pays perché dans l'Himalaya. Bon c'est le concept qui est développé hein, parce que l'épanouissement du bonheur, lui, reste un combat. Qu'à cela ne tienne, cherchons la zenitude personnelle avec la pratique du yoga : un des journalistes a testé pour vous, c'est assez frais et la chute est rigolote. Droit à la différence, droit à l'indifférence, peuvent aussi contribuer au vivre ensemble et à se sentir libre : un enquête est consacrée au quartier parisien où l'homosexualité peut être vécue sans tabou, dans une société adulte qui a bien évolué en quelques années, même s'il reste beaucoup à faire. Au chapitre des libertés, on lira également avec intérêt les quelques pages sur l'histoire des dessins de presse qui disent des gros mots ou qui magnifient des personnages assez crades genre le Gros Dégueulasse de Reiser...
La Revue Dessinée. Nº12, Été 2016. 17€ en librairie. http://www.larevuedessinee.fr























