BD, romans, polars, séries TV, films, théâtre, musiques… Chroniques subjectives légères, parfois sérieuses, souvent narquoises, voire râleuses.
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samedi 1 avril 2017
Revue Dessinée de printemps : De quoi choquer, s'interroger, grandir, s'engager
C'est une honneur de tenter de déployer une art, celle de porter critique sur un ou plusieurs images, ceux, en particulier, qui composent ce nouveau numéro de la Revue Dessinée. Malmener ce dernier serait un erreur, voire un insulte, un ombre sur mes pensées, que dis-je, un affaire bien plus grave que celui qui frappe certains candidats à la présidentielle !
Non, je n'ai pas viré Jane Birkin. Ce paragraphe est écrit en respectant le genre des mots tels qu'il était avant que les vieux cons de l'Académie française les dévoient au 17e siècle. Car oui, déjà à l'époque, ces vieux cons sévissaient, et oui, ils l'étaient déjà, vieux et cons. Pour décider que des mots porteurs de force et de puissance devaient être masculinisés, et les mots "mols" féminisés, il en fallait une sacrée couche. C'est pourtant ce qui fut fait, en même temps que la fameuse règle du "masculin qui l'emporte sur le féminin" pour les adjectifs qui suivent une énumération, alors que c'était le genre du dernier mot de l'énumération qui donnait le ton, antérieurement. Inquiets pour leur virilité, il leur fallait manipuler les mots pour se doter d'un pouvoir...
Cette info peu connue, la Revue Dessinée de printemps la livre, comme elle livre depuis 15 numéros des enquêtes, reportages et analyses bourrées de connaissances, sous forme de BD. De quoi choquer toute personne douée d'un minimum de volonté d'égalité entre femmes et hommes, comme avec cette rubrique régulière sur la sémantique. De quoi aussi interroger nos habitudes de consommation, avec une enquête sur "le poids du clic", qui démontre comment l'empreinte carbone de nos activités sur internet est bien plus négative qu'on ne le pense (si Internet était un pays, il serait le 6e plus gros consommateur d'énergie au monde). De quoi grandir en citoyenneté, en lisant comment une loi - en l'occurrence la loi Macron - est élaborée, entre projet politique, manœuvres partisanes, rapports de forces parlementaires, arcanes des fonctionnements institutionnels... De quoi rester vigilants, avec une enquête sur les nouveaux paysages miniers, sur les guerres économiques qui se dessinent pour exploiter de nouveaux filons dans nos sous-sols, y compris hexagonaux, pour en extraire des métaux aussi rares que polluants mais hélas indispensables pour le fonctionnement de nos tablettes, smartphones et autres outils high-tech...
De quoi désespérer un peu de notre monde ? Que nenni. D'abord on peut pratiquer la boxe pour se défouler (un petit reportage rigolo sur le sujet), aller au cinéma, écouter de la musique, admirer une image (avec les rubriques dédiées) pour titiller nos passions artistiques. Ensuite il n'a jamais été question de baisser les bras : en cette période pré-électorale, plus que jamais, il faut s'informer, non pas pour pleurer misère, ni pour phosphorer dans des projets fumeux irréaliste, mais pour trouver la voie médiane, celle de l'engagement. La Revue Dessinée y contribue.
Revue Dessinée n° 15. En vente en librairie, 15 euros. Le sommaire, sur le site de la revue, c'est ici.
Et pour relire toutes mes chroniques sur la Revue Dessinée, c'est ici !
samedi 17 décembre 2016
Revue Dessinée 14 : Se libérer de ses entraves
Le dessin de couverture de ce 14e numéro de la Revue Dessinée résume bien une grande partie des sujets traités. Il faut se dé-ficeler, se libérer, se dénouer, sinon c'est la chute assurée. Se libérer de quoi ? De tout. Des entraves physiques bien sûr, mais aussi celles, plus symboliques, qui nous maintiennent dans l'obscurité, dans l'ignorance, dans l'erreur.
Sortir de sa cage, physique et mentale, comme l'analyse la rubrique Instantané, à partir d'une photo de Raymond Depardon prise dans un asile psychiatrique italien en 1978, représentant un "fou" coincé dans une cage. Se libérer d'un régime totalitaire, avec la narration heure par heure de la chute de Ben Ali, en Tunisie, ouvrant la saison du "printemps arabe". Se méfier des discours sur l'ennemi intérieur, qui permettent toutes les dérives autoritaires de la part des dirigeants d'un pays, avec une belle démonstration historico-politique sur la "7e arme". Ne pas se laisser manipuler par les objets connectés, dans une excellente démonstration dessinée de leurs pouvoirs positifs et négatifs. Douter de tout, et même des chiffres, quand les statistiques de Pôle Emploi peuvent être manipulées par les gouvernements pour "planquer" quelques centaines de milliers de chômeurs.Attention à la facilité du "bon ton"
Sur ce sujet, permettez-moi de douter aussi de la Revue Dessinée. Certes, la catégorie A des demandeurs d'emploi inscrits à Pôle Emploi est extrêmement limitée pour avoir une vision réaliste de l'état du chômage en France. Or, c'est sur elle que focalisent les médias et les réactions politiques. Le fait de former massivement les chômeurs les fait basculer dans la catégorie dite "D" car ils sont alors considérés comme n'étant plus en recherche active d'emploi : c'est un moyen de les faire disparaître (momentanément au moins) de la catégorie A où ils étaient jusque-là, certes. Mais je préfère un programme massif de formation des demandeurs d'emploi que rien du tout. Il faudrait plutôt que les médias s'extraient d'une forme de paresse intellectuelle qui consiste à commenter uniquement la catégorie A (qui comptabilise les personnes n'ayant pas du tout travaillé dans le mois précédent, et qui ne représente qu'un bout du problème du chômage), alors que les statistiques fournies chaque mois par le ministère du Travail sont une mine d'or pour que chaque journaliste mette en lumière le poids du chômage et de la précarité. Il est de bon ton d'attaquer les gouvernements et leurs tentatives de manipulation, mais là, il revient bien aux médias - et la Revue Dessinée le fait d'ailleurs très bien dans ce numéro - de faire leur travail d'analyse, car ils ont tout en main sans avoir besoin de commenter les commentaires des gouvernants. J'ai vu que la Revue Dessinée s'était alliée à Médiapart sur d'autres types d'infos (sur les présidentielles) : attention à ce que la qualité de la revue ne vienne pas se déliter dans un parti-pris extrémiste, dans une démarche finalement contraire à l'idée d'émancipation.Enfin, comme l'émancipation c'est aussi la culture populaire, saluons les chroniques plus légères de cette revue : oui, on a besoin d'autres horizons (et apprendre à pratiquer le surf...), de connaissances rigolotes (et savoir d'où vient la dinde qui sera dévorée à noël, ou le LSD qui sera absorbé au réveillon du premier de l'an), d'histoires d'amour racontées au cinéma (avec une belle narration du "Mari de la coiffeuse"...). Bref, s'informer, se cultiver, apprendre, s'amuser, c'est vivre, c'est se débarrasser de ses liens. Alors vivons.
La Revue Dessinée n° 14 - Hiver 2016-2017.
samedi 24 septembre 2016
Revue Dessinée d'automne : Migrations, démocraties, des faits, des gens
Avec un reportage sur le camp de Calais, cela fait plusieurs fois que la Revue Dessinée s'attarde sur la question des réfugiés, et elle a raison. Les médias présentent le sujet comme "la plus grande crise migratoire depuis la dernière guerre mondiale", ou comme un problème qui divise, qui fait peur, et qui hystérise la société française, et c'est vrai, malheureusement. Mais derrière les chiffres, les masses, les concepts, les amalgames de toutes sortes, il y a tout simplement des gens qui ont eu le courage de risquer leur vie pour rester en vie. Et on ne saurait trop remercier la Revue Dessinée de décrypter les faits et de donner chair humaine aux personnes concernées, loin de la compassion excessive et stérile comme du jeu dangereux de l'interpellation identitaire. Ici, il s'agit de mieux comprendre et de se poser en citoyens, pas de suivre le pseudo raisonnement politique d'un crétin d'extrême gauche ou d'une manipulatrice d'extrême droite.
A propos de jeu politique, une très bonne séquence sur les dessous de la réalisation d'une loi, celle d'Emmanuel Macron, donne ce qu'il faut d'infos pour se rendre compte que réaliser une loi n'est pas simple, et que tout en politique est affaire de rapports de force qui peuvent varier à chaque instant. On le voit, légiférer au nom du peuple est un combat qui échappe au peuple, mais en contrepartie, manifestement, un ministre ne peut pas imposer ses choix et son bon-vouloir...
Lange, culture et libertés
En revanche, il y a des lobbies qui s'imposent aux acteurs démocratiques, et ça, ce n'est pas rassurant. Le Flash Ball, le LBD40, lanceurs de balles en caoutchouc contre les manifestants un peu trop agités, sont manipulés par des agents des forces de l'ordre pas toujours au top de la manipulation, et pas toujours d'équerre avec les règles de sécurité. Qu'importe, cela rapporte à des entreprises, et tant pis si cela tue ou handicape à vie, parfois... La BD développée sur le sujet est édifiante et passionnante.Mais heureusement il y a aussi du positif et du remontage de moral dans ce numéro (d'ailleurs une tendance à noter depuis au moins le dernier opus : on n'est plus seulement dans la lamentation et le désespoir, toujours mis en avant par les extrémistes et qui nourrit surtout le populisme, donc merci la Revue). On apprend des mots (cette fois-ci le mot "personne"), on apprend une pratique sportive (le catamaran, c'est pas si simple), on se cultive (séquence musique, séquence film avec "In the Mood for love"), on se réjouit d'être dans un pays de liberté du dessin de presse (focus sur la caricature)...
Bref, la Revue Dessinée a encore réussi son coup, le numéro d'automne est plein d'infos et de sujets à penser, et dans cette période d'entame de campagne présidentielle qui affiche déjà un niveau de débat public en dessous de zéro, cette publication contribue autant que possible à éviter un naufrage des valeurs démocratiques et républicaines qui arrangerait pourtant certains prétendants avides de pouvoirs.
La page 77
La Revue Dessinée, automne 2016, n° 13.
mardi 5 juillet 2016
Revue Dessinée d'été : Du bonheur et des cris
Je ne sais pas si c'est la saison estivale qui veut ça, mais voilà une nouvelle livraison de la Revue Dessinée qui déprime moins que d'habitude. On y parle du Bonheur national brut, un concept développé au Bouthan, un petit pays perché dans l'Himalaya. Bon c'est le concept qui est développé hein, parce que l'épanouissement du bonheur, lui, reste un combat. Qu'à cela ne tienne, cherchons la zenitude personnelle avec la pratique du yoga : un des journalistes a testé pour vous, c'est assez frais et la chute est rigolote. Droit à la différence, droit à l'indifférence, peuvent aussi contribuer au vivre ensemble et à se sentir libre : un enquête est consacrée au quartier parisien où l'homosexualité peut être vécue sans tabou, dans une société adulte qui a bien évolué en quelques années, même s'il reste beaucoup à faire. Au chapitre des libertés, on lira également avec intérêt les quelques pages sur l'histoire des dessins de presse qui disent des gros mots ou qui magnifient des personnages assez crades genre le Gros Dégueulasse de Reiser...
Un chouïa de déprime
Bref tout cela est vivifiant et optimiste. Certes il y a aussi du déprimant : cette enquête sur les "Cat Bonds", nouveaux produits financiers censés assurer contre les risques environnementaux majeurs (volcan qui s'éveille, tsunami qui déferle, tornade qui balaye, centrale nucléaire qui explose... À côté, vos histoires de dégât des eaux c'est minable). Censés assurer donc, mais conçus de telle manière qu'ils n'assurent pas mais qu'ils nourrissent les spéculateurs. Egalement à lire en l'absence de corde, de flingue ou de boîte de médicaments à proximité : l'histoire de la découverte de la radioactivité et ses usages, ou l'enquête sur la bombe atomique et sa relative inutilité opérationelle en cette époque post-Yalta où on ne sait même pas vers qui dresser nos ogives nucléaires...
Mais la Revue Dessinée ne serait pas la Revue Dessinée si elle ne dénonçait pas, si elle n'expliquait pas le monde dans lequel nous vivons, si elle ne criait pas, à grands coups de dessins, les aberrations, les injustices et les scandales qui nourrissent à juste titre nos indignations. Et comme trop d'indignation peut aussi conduire à la paralysie, la Revue fait bien de développer davantage de sujets qui donnent espoir en la nature humaine. Continue, Revue !
La Revue Dessinée. Nº12, Été 2016. 17€ en librairie. http://www.larevuedessinee.fr
La Revue Dessinée. Nº12, Été 2016. 17€ en librairie. http://www.larevuedessinee.fr
samedi 26 mars 2016
Revue Dessinée : Gratter les apparences pour le meilleur et pour le pire
De vrais journalistes qui s'acoquinent avec des vrais dessinateurs de BD, pour réaliser de vrais reportages et de vraies enquêtes. Déjà le 11e numéro de la Revue Dessinée, et la publication atteint un rythme de croisière dans la qualité. Elle peut même se permettre, du haut de ses 11 saisons, de faire un point de situation, un an après, sur un sujet déjà développé dans ses planches. En l'occurrence la crise des migrants, ses milliers de morts en mer mais aussi dans le désert, ses lâchetés, calculs et aveuglement politiciens (au choix, ou en addition) de l'Union européenne et de ses Etats membres.
Comme tout bonne enquête la Revue expose des faits. Le plaidoyer - ici pour une Europe plus lucide et plus ouverte aux réfugiés - coule de source à la lecture. (heureuse initiative de la Revue: on peut lire ici l'enquête de l'an dernier).
Comme tout bon article de journaliste, il n'y a pas de neutralité possible. Il s'agit de gratter les apparences, débusquer et donner à comprendre, mais aussi à débattre :
- Gratter les apparences d'un quartier parisien, le Marais, qui balance entre populo et bobos, pour découvrir les réalités invisibles et violentes des salons de coiffure afro, de la prostitution, des fabriques de vêtements...
- Gratter aussi pour découvrir de belles initiatives, comme le Garage moderne, à Bordeaux. Ou ces démarches de formations aux métiers de bouche, de jeunes parfois en difficulté, aussi bien en France qu'au Pérou.
- Gratter pour démonter le système des "partenariats public-privé", en prenant exemple sur la "Cité sanitaire" de Saint-Nazaire, et qui semblent surtout relever de la pompe à fric pour le partenaire privé. Seul bémol : la démonstration est certes édifiante mais longue et fastidieuse à lire, avec une succession d'images genre pictos aux couleurs qui provoquent des conjonctivites.
Le droit de se moquer des puissants
Sur les autres chroniques de ce numéro, on reste un peu pantois devant une tentative de démonstration que "les maths, c'est beau", en partant de la question démographique. Il faut un peu s'accrocher, là aussi, pour suivre. En revanche la séquence "La sémantique c'est élastique" sur le mot "barbare" est instructive, et amusante, et pourtant la barbarie, en ce moment, on n'a pas envie d'en rire. Charlie Hebdo avait été les victimes, en France, de cette barbarie en janvier 2015 : la Revue consacre justement une séquence historique intéressante sur la caricature et le droit de se moquer des puissants, que ceux-ci règnent sur terre ou dans le Ciel.Enfin si les Barbares d'aujourd'hui sont aussi de fieffés enfoirés avec les femmes, on apprend incidemment au détour d'une image qu'il a fallu attendre l'an 2000 pour que la gent féminine ait droit d'assister aux compétitions de pétanque nantaise... Dans la chronique sportive, cette discipline "bien de chez nous" est expliquée, avec ses boules rouges qu'on appelle "blanches" et ses boules vertes qu'on nomme "noires" (faut déjà être vicieux), sa piste de lancer aux bords incurvés, et son objectif d'approcher du bouchon comme dans une pétanque méridionale. Cela n'est pas super physique comme sport, mais ça semble donner soif aux joueurs... A part pour le "lever le coude entre hommes", on ne voit pas bien pourquoi les femmes étaient interdites d'assister à ces lancers de boules pépères, il y a encore si peu d'années. Si ce n'est qu'ici aussi, dans nos contrées pourtant républicaines et laïques, on peut être aussi cons et obscurantistes que ceux qu'on accuse de patriarcat ailleurs dans le monde.
Allez, le combat des Lumières est sans cesse à remettre sur le métier. Et la Revue Dessinée y contribue. Restons vigilants.
La page 77
La Revue Dessinée. Numéro 11. Printemps 2016. 15 euros. En librairie.
samedi 10 octobre 2015
La Revue Dessinée d'automne : un coup de mou mais quelques pépites
Qui aime bien châtie bien. A chaque numéro de La Revue Dessinée, je lis, j'apprécie, je le dis (sur ce blog, voir mes précédentes appréciations). Là j'ai lu, un peu déçu, j'ai attendu. Des fois c'est meilleurs réchauffé donc j'ai relu. Mais non, rien à faire, un goût de fade.
Parmi les sujets développés, celui sur la communication politique était prometteur. Il est finalement long, un peu techno, et je n'aime pas ce dessin à seulement trois couleurs qui donne mal au crâne.
Le business de la viande, autre sujet intéressant a priori, est certes joliment illustré. Mais il s'agit bien d'un article que vient illustrer le dessin. Autant lire Le Monde.
Au contraire des "parias de la SNCF", qui relate à merveille (car il y a du positif dans ce numéro !) l'histoire de ces Marocains, que les chemins de fer français sont venus chercher dans leur pays au début des années 1970, exploités pour faire les travaux les plus durs de la vie des rails, dotés d'un sous-statut (que les syndicats majoritaires de la SNCF ont traîné à remettre en cause, sans doute pour protéger leur propre statut), et qui n'avaient même pas droit à une retraite égale à leurs collègues cheminots. Histoire qui a fini devant les tribunaux où la SNCF a récemment été condamnée, et c'est tant mieux. Ce reportage est bien raconté, au travers du témoignage d'un des leaders de ces "parias", par un vrai travail de scénarisation en images, qui fait toute la différence.
Autre sujet, l'exploration de la grotte Chauvet prend aussi le parti de l'originalité de la BD, en donnant la parole aux animaux dessinés sur les murs de la grotte par les premiers artistes préhistoriques, puis en proposant une analyse artistique de la qualité de ces œuvres. Là aussi avec un beau style de dessins.
Pour le reste, la chronique musicale (sur les Cramps, que pourtant je connais, pour une fois !) reste élitiste. La chronique "La sémantique, c'est élastique" s'attarde sur les origines du mot "Dauphin". Bon pourquoi pas. Mais pourquoi... "La Revue des Cinés" me semble toujours aussi lunaire dans une... revue dessinée, mais pas pire qu'une chronique musicale. Quant à la rubrique "Mi Temps" sur les règles sportives, elle porte sur le rugby, ce qui est bien vu en cette période de coupe du monde.
En deux mots, je sens comme un coup de mou avec ce numéro. Mais je suis sûr qu'avec les sujets annoncés pour le prochain, ce sentiment sera vite oublié. Un seul truc à ne pas oublier : me réabonner, au fait...
Pour aller plus loin
Toujours à consulter jours et nuits : le site de La Revue Dessinée, très bien fait, et qui remet en perspective certains reportages déjà publiés selon l'actualité du moment.
La Revue Dessinée n° 9 d'automne 2015. 15 euros. En librairie.
mercredi 17 juin 2015
Revue dessinée d'été : sous le soleil de l'éthique
Le temps passe bien vite ma brave dame, voici venu le temps de la Revue dessinée d'été (mes autres chroniques de cette belle revue sont ici). Avec l'éthique et/ou la morale (je vous laisse philosopher sur les nuances, en ce jour de bac philo), en fil rouge d'une grande partie du numéro.
Morale, éthique, en politique : il en est question dans ce reportage sur l'équipe municipale, étiquette UDI, qui a pris les rennes de Bobigny (Seine-Saint-Denis), aux dernières élections municipales, éjectant ainsi les communistes aux manettes depuis presque un siècle. Des pratiques peu sympathiques voire franchement glauques sont décrites, tant des sortants que des entrants. La tonalité générale ne tombe pas dans le "Tous pourris", et c'est heureux : la parole est aux acteurs, des êtres humains qu'on tente de comprendre, dans la situation qu'ils vivent, ici et maintenant. Mais pas de quoi raccommoder la déchirure entre les citoyens et le monde politique, pas de quoi lever la méfiance qui s'est installée. Hélas.
Morale, éthique, dans le sport : au travers de la saga d'Adidas, qui a inventé un nouveau modèle économique à partir d'activités a priori saines, une enquête explique comment le sport, à un certain niveau (FIFA, CIO, grandes fédérations, voire plus bas dans la hiérarchie sportive...), est gangrené par l'argent, la corruption, la magouille. De quoi mieux comprendre les soubresauts récents à la FIFA. Pas beau à voir. Mais pour être franc, chiant à lire aussi, tant cette partie est plus du texte illustré qu'une mise en scène BD. Autant lire un article du Monde. Mais le contenu est édifiant.
Morale, éthique, en matière de droits de l'homme, de géopolitique, d'histoire personnelle : un témoignage très intéressant d'un enfant d'Afrikaner, quand l'Afrique du Sud est encore le pays de l'apartheid. Et comment il prend conscience peu à peu, à force de cotoyer des jeunes de pays européens, que la situation de son pays n'est pas "normale". Grave, très humain, touchant.
Enfin moral (sans "e" final), au plus bas, quand on est "lanterne rouge" dans le peloton du Tour de France. Quoique. Ça dépend pour qui. On voit dans cette enquête la souffrance de ceux qui luttent pour rester dans la course, mais aussi à quel point certains coureurs cherchent absolument la dernière place, celle qui se voit.Et qui ouvre la porte de critériums d'après-Tour, rémunérés. Ils sont capables de toutes les roublardises pour être vraiment le dernier, le seul, l'unique... Le moral et la morale, finalement, trouvent leur lien.
Repos de l'âme
Mais il faut bien se reposer de toute cette ambiance peu morale. Inutile d'aller voir un pasteur pour calmer les affres de l'âme : en tout cas en Suisse, ils frisent le burn out, voire la dépression. Reportage original. En revanche, s'il fait moche (et justement une enquête sur la météo montre la place importante que ce secteur représente, tant dans la tête des gens que dans l'économie française), on peut utilement aller au ciné. Certes personne ne connaît sauf les lecteurs assidus de Télérama, mais une scène d'Electra Glide in Blue, de Guerico, est décortiquée. La chronique musicale décrit la vie et l'oeuvre de Nico, pas inintéressant.Quant à "la sémantique c'est élastique", elle s'attarde sur le verbe "croire". Croire en Dieu, croire en l'Homme... Ce qui nous ramène, en philosophant un peu, à une question de morale.
La Revue Dessinée d'été. n°08. En vente en librairie.
vendredi 13 mars 2015
Revue Dessinée de printemps : la justice à la barre
C'est le printemps, le soleil revient, les oiseaux chantent, et la Revue Dessinée n°7 de cette belle saison vient de paraître. Malgré le beau temps qui revient, ce numéro n'est pourtant pas des plus radieux. Non pas en termes de qualité : cette revue tient la tête haute dans son offre de très bonnes enquêtes journalistiques en BD. Mais les sujets sont particulièrement sombres. Au menu : de graves perversions aux sommets des Etats, en France, en Europe, en Afrique, qui font froid dans le dos de n'importe quel citoyen iota (pour changer de "lambda").
Qu'on en juge : suite de l'enquête sur le Service d'action civique (le SAC) entamée dans le précédent numéro ; plongée dans le système des "biens mal acquis" par des dictateurs africains avec la bénédiction de la France ; analyse de l'obscure politique migratoire de l'Europe et des milliers de migrants morts en quinze ans pour avoir voulu escalader la forteresse européenne.
"Tous pourris" ? Que nenni !
A leur lecture, il faut avoir le cœur bien accroché. Parce que ce qui est dénoncé dans les trois plus grosses enquêtes de ce numéro met en cause des responsables politiques de haut niveau, leur connivence avec des mafias ou leur corruption par d'autres puissances politiques ou industrielles. Et la tentation serait grande, à seulement survoler les sujets, de se vautrer dans le populiste "Tous pourris !" Sauf que ce n'est pas l'objet ni le ton de cette revue. Elle appelle au contraire à une démarche positive et mobilisatrice : l'exigence de justice.Justice face aux assassinats et aux activités mafieuses en tous genres perpétrés par le SAC. Justice pour ces Africains maintenus dans la pauvreté pendant que leurs dirigeants nagent dans l'opulence avec des propriétés mobilières luxueuses sur Paris notamment, et corrompent, dans un système impliquant des sociétés pétrolières, des pans entiers de la gent politique française. Justice pour ces migrants qui n'ont pas d'autres choix que de fuir leur pays et qui meurent en Méditerranée (27 000 en quinze ans), drame face auquel la seule réponse de l'Europe est d'enrichir des industriels de la défense en achetant des appareils toujours plus sophistiqués pour repérer les migrants, alors qu'"aucun mur, aucun radar ne peut rendre une frontière totalement étanche"...
Justice aussi que celle, "ordinaire", prononcée par les juges d'instance, dont un reportage dessiné présente les réalités quotidiennes, celles dont a affaire des gens "normaux", parfois dans la détresse, mais qui bénéficient au moins d'un système cadré par des règles démocratiques.
En dessinant les bons, les brutes et les truands, la Revue Dessinée contribue à expliquer, dénoncer, en un mot à faire la lumière. Justement, les sujets sont sombres, mais après les attentats de janvier, face à l'obscurantisme, et en empruntant à un célèbre livre sans dessins, on a envie de s'écrier "Que les Lumières soient". Tenir bon sur la liberté d'expression, sur la liberté de la presse, c'est la meilleure réponse à faire à ceux qui ont voulu, par la terreur, attaquer des valeurs fondamentales.
La Revue Dessinée n° 7 - Printemps 2015. www.larevuedessinee.fr
samedi 13 décembre 2014
Revue Dessinée d'hiver : Mâtin, quelle revue !
La 6e livraison de la Revue Dessinée est toujours sous le signe de la qualité (des reportages et des dessins), conjoncturellement sous le signe du froid (c'est le numéro d'hiver, malgré la végétation équatoriale qui tapisse sa couverture) et parcourue d'un fil rouge (enfin j'ai trouvé ça) : le risque.
Et des risques, en veux-tu, en voilà !
Le risque Sarkozy : pas seulement celui qu'il fait peser sur nous en tentant de retrouver le pouvoir, mais aussi celui qu'il a lui-même pris ces dernières années en se plaçant au centre de multiples affaires. Une enquête dessinée permet d'y voir plus clair dans ce magma nauséabond qui mériterait d'aller directement à la case Prison, sans toucher un quinquennat.
Le risque d'être un tueur : la case Prison est là inéluctable, et la revue a suivi une enquête policière de A (comme assassinat) à Z (comme Zut la police m'a retrouvé), avec des agents du fameux "36, quai des Orfèvres". Tout simplement intéressant, palpitant, humain, avec des vrais gens dedans. A ne pas rater.
Le risque Travail : là on n'est pas en prison, mais dans le témoignage d'un ancien journaliste qui a dû passer par la case intérim pour simplement vivre. Il y raconte les longues attentes auprès du téléphone dans l'espoir de grappiller quelques jours ou quelques heures de boulot, les tâches ingrates, aux gestes répétitifs, et la fâcheuse propension des employeurs de caser les intérimaires sur des jobs parfois dangereux pour la santé. Après tout, ce ne sont que des salariés de passage, non ? Avec le risque supplémentaire, quand on est précaire et qu'il n'y a pas de syndicat dans la boîte (ou que ceux-ci ne se bougent que pour les salariés stables), de se retrouver dehors si on veut dénoncer ces aberrations. Pas la prison certes, mais de fortes contraintes sur le temps, l'argent, l'esprit.
Le risque culturel osé et gagnant : on sort totalement de l'enfermement, pour entrer dans les cases... de BD, avec la narration de l'aventure du journal Pilote ("Mâtin, quel journal !") et la révolution culturelle qui agitait le monde de la bande dessinée dans les années 60. C'est pas mal fait, et surtout, elle repose sur une interview dessinée du grand, du sublime, du dieu de la BD d'humour, de faribole et de dérision : j'ai nommé Marcel Gotlib.
En revanche, si la Revue Dessinée s'est risquée à ouvrir des rubriques sur des créneaux décalés par rapport à la BD, je n'y adhère pas des masses. Toujours pas trouvé l'intérêt de l'analyse d'un film (là : Affreux, sales et méchants) avec des dessins. Quant à la chronique musicale, qui raconte la vie et l'oeuvre d'un artiste, ce mois-ci encore, elle doit s'adresser aux bobos ultra-téléramiens canal historique tendance underground. Tant pis, je n'ai pas la joie de faire partie des initiés.
Et je ne prendrai pas le risque de tenter d'en faire partie.
A noter toujours l'excellent site de la Revue Dessinée.
La Revue Dessinée. Hiver 2014-2015. N° 6.
Le risque d'être un tueur : la case Prison est là inéluctable, et la revue a suivi une enquête policière de A (comme assassinat) à Z (comme Zut la police m'a retrouvé), avec des agents du fameux "36, quai des Orfèvres". Tout simplement intéressant, palpitant, humain, avec des vrais gens dedans. A ne pas rater.
Le risque Travail : là on n'est pas en prison, mais dans le témoignage d'un ancien journaliste qui a dû passer par la case intérim pour simplement vivre. Il y raconte les longues attentes auprès du téléphone dans l'espoir de grappiller quelques jours ou quelques heures de boulot, les tâches ingrates, aux gestes répétitifs, et la fâcheuse propension des employeurs de caser les intérimaires sur des jobs parfois dangereux pour la santé. Après tout, ce ne sont que des salariés de passage, non ? Avec le risque supplémentaire, quand on est précaire et qu'il n'y a pas de syndicat dans la boîte (ou que ceux-ci ne se bougent que pour les salariés stables), de se retrouver dehors si on veut dénoncer ces aberrations. Pas la prison certes, mais de fortes contraintes sur le temps, l'argent, l'esprit.
Le risque culturel osé et gagnant : on sort totalement de l'enfermement, pour entrer dans les cases... de BD, avec la narration de l'aventure du journal Pilote ("Mâtin, quel journal !") et la révolution culturelle qui agitait le monde de la bande dessinée dans les années 60. C'est pas mal fait, et surtout, elle repose sur une interview dessinée du grand, du sublime, du dieu de la BD d'humour, de faribole et de dérision : j'ai nommé Marcel Gotlib.
En revanche, si la Revue Dessinée s'est risquée à ouvrir des rubriques sur des créneaux décalés par rapport à la BD, je n'y adhère pas des masses. Toujours pas trouvé l'intérêt de l'analyse d'un film (là : Affreux, sales et méchants) avec des dessins. Quant à la chronique musicale, qui raconte la vie et l'oeuvre d'un artiste, ce mois-ci encore, elle doit s'adresser aux bobos ultra-téléramiens canal historique tendance underground. Tant pis, je n'ai pas la joie de faire partie des initiés.
Et je ne prendrai pas le risque de tenter d'en faire partie.
A noter toujours l'excellent site de la Revue Dessinée.
La Revue Dessinée. Hiver 2014-2015. N° 6.
dimanche 9 novembre 2014
Revue Dessinée d'automne : une bonne livraison d'enquêtes politiques et sociales
Oui je sais, le numéro 5 d'automne de la Revue Dessinée est paru depuis début septembre et nous sommes début novembre. Mais on est encore en automne que je sache, donc je suis dans les temps.
Cette nouvelle livraison présente toujours des enquêtes, des reportages, des documentaires très bien fouillés, avec un vrai travail de journalisme mis en scène par une excellente troupe de dessinateurs. Sur le principe, sur la forme, c'est (toujours) très bon.
Les années 70, société violente
Dans ce numéro : une enquête sur l'assassinat du juge Renaud, en 1975. Le titre de cette séquence résume bien le contexte : "Crime d'Etat". C'est la grande époque de la Guerre froide, des "années de plomb" qui suivent Mai-68, c'est le règne du SAC, Service d'action civique, et de ses basses œuvres. C'est une société violente au sens premier du terme. La société d'aujourd'hui est également violente, c'est vrai, mais surtout sur le plan social et économique. A l'époque, on n'hésite pas à poser des bombes ou à tirer à vue sur des gens dans l'espoir crétin de faire triompher une cause.Face à ces malfrats, il y avait des héros, et apparemment le juge Renaud en faisait partie, qui prétendait pouvoir faire face : "Que ce soit le pape ou le président de la République, des députés ou des sénateurs, j'en ai rien à foutre, si quelqu'un doit aller en taule, il ira !" disait-il. Courageux. Mais suicidaire, dans le contexte, quand on s'attaque, comme lui, ni plus ni moins qu'au financement occulte et voyou d'un parti politique au pouvoir, défendu par le sinistre SAC.
Bref, Benoît Collombat, grand reporter à France Inter, enquête sur cette trouble affaire, sous le crayon de Etienne Davodeau. Et le moins qu'on puisse dire c'est que c'est glauque, et que les affaires qui touchent aujourd'hui l'UMP - ou je ne sais quel tordu dit "de gauche" qui ne paye pas ses impôts ou planque son argent en Suisse - à côté, c'est les aventures du Club des Cinq (pour repiquer dans une littérature jeunesse de la Bibliothèque Verte des mêmes années 70). Une enquête très bien menée. Seul bémol, la BD relate les entretiens avec les différents protagonistes encore en vie, mais du coup le dessin n'apporte pas beaucoup de plus-value par rapport à un reportage écrit. Cette remarque est valable pour d'autres BD de la Revue.
Rions sur la xyloglossie
A propos de politique, j'aime bien la petite chronique sur le langage, "La sémantique, c'est élastique", consacrée cette fois-ci à la "xyloglossie", autrement dit à la "langue de bois". Où on apprend que l'expression vient du russe "langue de chêne", qui se moquait de la bureaucratie tsariste, et qui est devenue "langue de bois" à l'époque soviétique. En Allemagne on parle de "langue de béton" et de "langue de plomb" en Chine... Le "héros" linguiste de la chronique interpelle François Hollande et Jean-François Copé, qui répliquent dans une parfaite xyloglossie, c'est assez marrant.
Côté social, on trouve une enquête intéressante sur les salariés qui doivent se déplacer à la semaine pour renforcer des équipes sur un autre site, éloigné, de leur entreprise. Un univers d'hommes, contraints de s'éloigner de leurs familles toute la semaine, pour garder un emploi. Dommage, ce reportage n'est pas en BD, et les illustrations ne me plaisent pas. Pas inintéressant mais un peu trop prudent : l'auteur ne s'avance pas beaucoup. C'est bien ou pas ? Après tout, la mobilité géographique est une question importante qui mérite d'être questionnée dans un pays où ce n'est pas, loin de là, inscrit dans les habitudes... Mais cette séquence ne permet pas trop d'avancer sur le sujet.
Enfin de la pédagogie économique, avec une explication un peu ardue mais passionnante et éclairante sur le piège des emprunts toxiques dans lequel sont tombés moult communes de France. L'engrenage est redoutable.
Enfin de la pédagogie économique, avec une explication un peu ardue mais passionnante et éclairante sur le piège des emprunts toxiques dans lequel sont tombés moult communes de France. L'engrenage est redoutable.
En revanche, je reste froid devant la nouvelle rubrique "La Revue des cinés", qui commente et explique une séquence d'un film culte. En l'occurrence un extrait du "Cabinet du Dr Caligari". Je ne vois pas l'intérêt, dans le registre visuel, de reprendre un autre registre visuel. Là aussi, la plus-value de la BD m'échappe.
Mais au total, encore un beau numéro, très pédago, et un appel à s'abonner à cette Revue car elle est une initiative originale qui mérite de s'inscrire dans le long terme.
La Revue Dessinée n° 5. Automne 2014. http://www.larevuedessinee.fr
Mais au total, encore un beau numéro, très pédago, et un appel à s'abonner à cette Revue car elle est une initiative originale qui mérite de s'inscrire dans le long terme.
La Revue Dessinée n° 5. Automne 2014. http://www.larevuedessinee.fr
mercredi 30 avril 2014
La peine de mort est barbare, la Revue dessinée le rappelle superbement
J'ai lu avec horreur ce matin que l'exécution d'un condamné à mort aux Etats-Unis, par injection de produits chimiques, s'était très mal passée. Le type est mort, ce qui est déjà une abomination en soi. Mais surtout il a souffert pendant trois quarts d'heure, à cause d'un sédatif qui n'a pas été bien injecté. Et là, on se dit, "c'est abject, c'est barbare, abolissons la peine de mort vite partout dans le monde !".
Eh bien non. Ou pas tout à fait, dirais-je avec moins de provocation. L'émoi provoqué par cette nouvelle est normal. Mais ce n'est pas parce que la peine de mort peut être douloureuse qu'il faut l'abolir. C'est parce qu'elle est par essence barbare, et qui plus est, inutile.
Ce qui m'amène à ma lecture de ces derniers jours. Dans la Revue dessinée n° 3, il y a justement un documentaire sur l'histoire de la guillotine (par Marie Gloris, dessiné superbement par Rica). Or, en instituant la "décapitation mécanique" en 1789, nos ancêtres révolutionnaires voulaient justement humaniser la peine de mort. Une peine égalitaire : tous les condamnés à mort, quel que soit leur niveau dans la société, auraient dorénavant la tête tranchée, alors qu'avant, la décapitation était réservée aux nobles. Dans cet article en BD, la Revue décrit avec précision comment on en arrive à ce "fait étrange : la guillotine matérialise les idées nouvelles et révolutionnaires dans le domaine de la justice. Le postulat est humaniste et philanthropique, mais l'idée aberrante est bien celle de vouloir humaniser la peine de mort. Décapiter semble plus propre, plus humain que les tortures jusqu'alors en vigueur". Qu'on en juge en effet : le supplice du chien, l'éventrement, le bûcher, le pal, le sciage (oui, le condamné suspendu les jambes en l'air écartées, et on le coupait en deux avec une grande scie en partant de l'entre-jambes).
Tout est décrit dans cet article. Même la mécanique de la guillotine. La science au service de la mort programmée. Ainsi sait-on que le couperet arrivait à la vitesse de 23,4 km/h sur la nuque du condamné. Entre le déclenchement du couperet et la fin de la "décollation", s'écoulait moins d'une demi-seconde. Mais l'important c'est que tout ça, c'était mieux qu'avant, c'était égalitaire, c'était propre et net.
Et pourtant. Même avec cet instrument de sciences, il arrivait parfois des problèmes. S'y reprendre à deux fois pour trancher la tête, parce que le condamné est trop gros, ou trop agité (tranchage de la calotte crânienne le 10 juin 1916...). Finir le travail au couteau (la tête doit être totalement tranchée, article 12 du Code pénal).
Tout ça pour dire quoi ? Oui une exécution c'est affreux parce que ça peut être douloureux et complètement gore. Mais même avec un instrument de la plus grande précision, qui fonctionnerait bien à 100 %, et qui ferait même presque le plus grand bien au condamné dans le dixième de seconde qui précède sa mort, même avec le plus merveilleux des instruments, la peine de mort doit être abolie.
Point barre.
Outre le coup de chapeau à cet article de la Revue dessinée, je salue une revue vraiment bien foutue, avec de très bons dessins, qui racontent des tas de sujets très intéressants et très documentés. Par exemple un sujet complet sur le Front national, que je vais m'empresser de lire. Un vrai travail de journalisme et de dessinateurs réunis. Non seulement je préconise, mais je vais de ce pas m'abonner. Allez voir leur site, c'est vraiment très bon.
La Revue Dessinée n° 3. 15 euros. En librairie.
Eh bien non. Ou pas tout à fait, dirais-je avec moins de provocation. L'émoi provoqué par cette nouvelle est normal. Mais ce n'est pas parce que la peine de mort peut être douloureuse qu'il faut l'abolir. C'est parce qu'elle est par essence barbare, et qui plus est, inutile.
Ce qui m'amène à ma lecture de ces derniers jours. Dans la Revue dessinée n° 3, il y a justement un documentaire sur l'histoire de la guillotine (par Marie Gloris, dessiné superbement par Rica). Or, en instituant la "décapitation mécanique" en 1789, nos ancêtres révolutionnaires voulaient justement humaniser la peine de mort. Une peine égalitaire : tous les condamnés à mort, quel que soit leur niveau dans la société, auraient dorénavant la tête tranchée, alors qu'avant, la décapitation était réservée aux nobles. Dans cet article en BD, la Revue décrit avec précision comment on en arrive à ce "fait étrange : la guillotine matérialise les idées nouvelles et révolutionnaires dans le domaine de la justice. Le postulat est humaniste et philanthropique, mais l'idée aberrante est bien celle de vouloir humaniser la peine de mort. Décapiter semble plus propre, plus humain que les tortures jusqu'alors en vigueur". Qu'on en juge en effet : le supplice du chien, l'éventrement, le bûcher, le pal, le sciage (oui, le condamné suspendu les jambes en l'air écartées, et on le coupait en deux avec une grande scie en partant de l'entre-jambes).
Tout est décrit dans cet article. Même la mécanique de la guillotine. La science au service de la mort programmée. Ainsi sait-on que le couperet arrivait à la vitesse de 23,4 km/h sur la nuque du condamné. Entre le déclenchement du couperet et la fin de la "décollation", s'écoulait moins d'une demi-seconde. Mais l'important c'est que tout ça, c'était mieux qu'avant, c'était égalitaire, c'était propre et net.
Et pourtant. Même avec cet instrument de sciences, il arrivait parfois des problèmes. S'y reprendre à deux fois pour trancher la tête, parce que le condamné est trop gros, ou trop agité (tranchage de la calotte crânienne le 10 juin 1916...). Finir le travail au couteau (la tête doit être totalement tranchée, article 12 du Code pénal).
Tout ça pour dire quoi ? Oui une exécution c'est affreux parce que ça peut être douloureux et complètement gore. Mais même avec un instrument de la plus grande précision, qui fonctionnerait bien à 100 %, et qui ferait même presque le plus grand bien au condamné dans le dixième de seconde qui précède sa mort, même avec le plus merveilleux des instruments, la peine de mort doit être abolie.
Point barre.
Outre le coup de chapeau à cet article de la Revue dessinée, je salue une revue vraiment bien foutue, avec de très bons dessins, qui racontent des tas de sujets très intéressants et très documentés. Par exemple un sujet complet sur le Front national, que je vais m'empresser de lire. Un vrai travail de journalisme et de dessinateurs réunis. Non seulement je préconise, mais je vais de ce pas m'abonner. Allez voir leur site, c'est vraiment très bon.
La Revue Dessinée n° 3. 15 euros. En librairie.
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