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mercredi 25 septembre 2019

Verdun : Une série BD historique sur le massacre de 1916

BD Bamboo Editions

Des coulisses du pouvoir à l'horreur des tranchées, va se jouer le sort de la Grande Guerre
Décembre 1915, les Allemands semblent préparer une attaque d’envergure sur l’un des points stratégiques de la ligne de défense française, à Verdun. Mais le Maréchal Joffre se refuse à renforcer la zone, persuadé que la vraie bataille se jouera en Champagne. Janvier 1916, l’attaque ne fait plus le moindre doute. Seul un miracle pourrait sauver Verdun. Et le miracle se produit : pendant des jours, la pluie s’abat sur la ville, repoussant l’offensive des troupes allemandes. (présentation éditeur).


Certes je me réveille un peu tard : cette BD est sortie en 2016. Mais avouez que ça ne change rien à la date de la bataille de Verdun - révisez vos livres d'histoire, vous verrez - ni à la qualité de cet album - lisez-le, vous constaterez. Et puis c'est un cadeau de ma femme - critiquez, vous verrez.
Dans cette histoire, on parle d'Histoire. N'allez pas chercher du romanesque ou des aventures de la vie quotidienne d'obscurs citoyens de l'époque sur fond de guerre, comme la série "14-18" l'avait très bien développé (voir mes chroniques sur cette série ici). Dans "Verdun" (trois tomes parus), on met en scène le déroulement de la grande bataille, sur un scénario historique qui n'exclut pas la "petite histoire", comme ce Pétain dérangé pendant ses ébats avec sa maîtresse pour venir sauver la France, ou ce Joffre plus avide de se remplir le ventre qu'à écouter les informations alarmantes qui lui sont rapportées sur la situation de Verdun. Un livre d'histoire, en quelque sorte, porté par un excellent dessin, précis et documenté, qui permet de comprendre le contexte et suivre les faits, aussi bien côté français qu'allemand. Incontournable pour les passionnés de cette période sanglante et absurde.

Verdun. Tome 1 : "Avant l'orage". Jean-Yves Le Naour (scénario), Marko, Holgado (dessin). Bamboo Editions, coll. Grand Angle. 2016.

jeudi 12 juillet 2018

14-18 - Sur la terre comme au ciel : Vents de guerre, souffles de paix


Découvrez dans cet avant-dernier épisode l’apport décisif des États-Unis dans la résolution du conflit et accompagnez Pierre et Maurice, seuls rescapés parmi nos héros ordinaires, pour leur dernier assaut...
Le conflit ne perd pas en intensité mais l’arrivée massive du contingent américain donne un nouvel espoir. La musique et le mode de vie des Sammies réchauffent l’atmosphère de l’arrière-front et le renfort de leurs pilotes renforce le contrôle du ciel avant la bataille décisive. Mason, l’un d’entre eux, ne trouve son courage que dans la cocaïne. Mais ses réserves sont désormais épuisées…
(Présentation éditeur)

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C'est curieux comme cette guerre 14-18 n'intéresse pas des masses. Après un démarrage en fanfare en 2014, l'intérêt médiatique et politique s'est éteint très rapidement. Plus personne n'en parle, les émissions historiques qu'on peut encore glaner sur le petit écran sur des chaînes plus ou moins importantes parlent davantage de 39-45 que des affres des Poilus, alors qu'on est encore en plein dans le centenaire d'une boucherie sans nom. Mais il est vrai que cette boucherie est le fruit pourri d'une politique et d'un état-major bien de chez nous, même pas contraints par une force occupante, et que la mauvaise conscience de choix stupides et meurtriers semble traîner ses guêtres jusque dans l'inconscient de la France d'aujourd'hui. 

Bref, tout ça pour dire qu'heureusement, les projets lancés en 2014 pour se remémorer la violence extrême de cette guerre se poursuivent. C'est le cas de la série BD "14-18" (et voir mes chroniques sur les albums que j'ai lus liés à ce conflit), qui a sorti son avant-dernier album récemment pour parler de juillet 1918. Son titre, "Sur la terre comme au ciel", fait référence aux batailles aériennes, qui sont racontées au travers d'histoires individuelles, de "vrais" combattants qui transpirent la peur, les angoisses, pour leur vie, pour la crainte de ne plus revoir leurs amies, femmes, familles restées au village. Dans cet album on parle d'addiction à la cocaïne, consommée par un aviateur qui s'envoie en l'air dans tous les sens du terme, mais manipulé par un fournisseur sans scrupule ; de combattants heureux de voir arriver les Américains et de découvrir le blues ; de plan Foch ; de dessins presque poétiques de dirigeables qui naviguent dans les vents de la guerre... 
Au fil des albums de cette série, le sérieux des reconstitutions des scènes de guerre, l'émotion du point de vue des combattants et de leurs proches restés au village, l'évocation de faits historiques, mêlent magnifiquement - et douloureusement - le grand et le petit "H" d'une histoire pas si ancienne. 

"14-18", tome 9 "Sur la terre comme au ciel (juillet 1918)". par Corbeyran et Le Roux. Ed. Delcourt.

samedi 24 juin 2017

14-18, Le Diable Rouge : Histoires fortes sur Histoire violente


Rappelons le concept : une série BD qui raconte la vie quotidienne de huit jeunes hommes issus du même village, mobilisés en 1914, qui ne savent pas encore qu'ils vont traverser plusieurs années d'enfer, de sauvagerie, de privations, de peur et de mort. Le tome 7 est sorti en avril 2017, il place le décor en avril 1917, il y a tout juste un siècle. La tragédie - une de plus dans cette guerre monstrueuse - commence le 16 avril, à 6 heures du matin, avec le début de la bataille du Chemin des Dames, dite aussi "offensive Nivelle", du nom du Général français qui avait imaginé qu'en 24 heures, 48 heures tout au plus, grâce à une progression de 100 mètres toutes les 3 minutes, les lignes allemandes seraient percées sur le "Chemin des Dames" entre Reims et Hurtebise, pour permettre aux forces françaises de s'y engouffrer et obtenir l'effondrement rapide de l'armée ennemie. Autant le dire, c'est un échec, et les pertes sont nombreuses. Or cela fait trois ans que la guerre a commencé, les soldats en ont ras le casque, les familles en ont ras le deuil, et des mutineries se produisent de plus en plus souvent, parfois encouragées par le vent de révolte voire de révolution qui souffle depuis la Russie.

Mature et complet

Ce septième épisode de "14-18" est sans doute le plus mature et le plus complet. On l'a vu, la grande Histoire qui en constitue le cadre est tragique. Elle est bien expliquée par les personnages au fil des pages. Les "petites" histoires des personnages quant à elles sont émouvantes, sans être cucul comme cela a pu être le cas dans certains épisodes précédents. Les soldats ont une immense conscience de ce qu'ils vivent et de ce qui les attend : ils savent qu'ils vont mourir, qu'ils sont guidés par des officier complètement fous et déconnectés de la réalité, ils sont habités par la mort, et ils le disent, ils le dessinent pour certains, ils l'écrivent à leurs familles. L'un d'eux se rebelle, appelle ses camarades à déposer les armes, à lorgner vers les révoltes russes. Mais comme il n'y a pas assez de morts, il est arrêté et fusillé. Les personnages s'engueulent, fraternisent, se solidarisent. A l'arrière, les femmes pleurent leurs morts, elles travaillent, et continuent de subir, même à l'usine, le patriarcat qu'elles connaissaient déjà dans leur foyer et leur village. Entre la sauvagerie de la guerre et la dureté des rapports sociaux, cet épisode dessine une époque, pas si lointaine, d'une grande violence.

La page 7


14-18 tome 7, Le Diable Rouge (avril 1917). Par Corbeyran et Le Roux. Editions Delcourt, avril 2017.

vendredi 24 mars 2017

L'Ambulance 13, tome 7 : Une ambiance de fin de guerre


Après la mort d’Émilie, Bouteloup est désespéré. Ses deux amours, son père et trop de ses amis ont été tués au cours de la Grande Guerre. Mutilé de la face et mis en disponibilité, il se sent inutile. Jusqu’au jour où le lieutenant-colonel d’Avrainville lui demande d’accompagner la folle équipée du général Jouinot-Gambetta en Orient. Louis accepte, à condition de reformer l’Ambulance 13. Au terme du voyage : Uskub, théâtre à venir de la dernière charge de la cavalerie française.
(Présentation éditeur)


Si cela ne parlait pas d'une des guerres les plus sanguinaires et cyniques de l'histoire, on pourrait appeler L'Ambulance 13 une série hospitalière. Mais le décors est celui de la guerre 1914-1918, et l'intrigue s'appuie sur la mise en place d'un service de santé "moderne" au sein de l'armée française, pour sauver les soldats ou les remettre d'aplomb pour retourner au combat. Autant dire, un service aux premières loges de la souffrance des Poilus ou de ce qui en reste après une ou deux montées au front. Autant dire (bis), rien de drôle, rien de léger. Le "héro" de la série, Louis-Charles Bouteloup, jeune officier médecin, il n'en reste pas grand chose dans ce 7e opus. Gueule cassée - il camoufle la moitié de son visage ravagé sous un masque -, vie brisée - la femme qu'il aime est morte mais vient hanter chacun de ses instants -, il s'accroche plus ou moins à la vie en se plongeant dans sa mission de sauver des vies humaines. Non plus dans le cloaque des tranchées marnaises, mais, cette fois-ci, sur une autre front, celui de l'Orient. Ce qui transporte, au passage, le lecteur dans des paysages tragiquement splendides magnifiquement dessinés par l'excellent Alain Mounier.
Mais sous ces paysages nouveaux et somptueux, l'histoire de Bouteloup transpire la fin de vie. Et sans doute aussi, la fin de série au prochain tome.

Un peu plus d'anatomie que dans les précédents albums.


Cinq étoiles

Au-delà de la dépression du jeune médecin - on y sombrerait à moins - le scénario a du mal à nous emporter, plongeant plus souvent que dans les épisodes précédents dans des considérations chirurgicales à coups de terminologies anatomiques qui ne parlent qu'aux "professionnels de la profession". La BD reste d'une grande qualité, la série mérite cinq étoiles (pas celles des gradés toujours aussi meurtriers dans cette boucherie historique !). Et au moins, contrairement à une série hospitalière télé, elle aura le bon goût, très certainement, de finir son histoire, de boucler la boucle, et de reposer en paix.

La page 7


L'Ambulance 13, tome 7. "Les Oubliés d'Orient". Patrice Ordas, Alain Mounier. Editions Bamboo. Octobre 2016. 

vendredi 6 janvier 2017

Le Dernier Assaut : Replonger les yeux dans le cambouis


Pour le contemporain qui n'aurait pas encore compris l'horrible boucherie qu'a constituée la guerre 14-18, Tardi remet ici un coup de baïonnette (final ?) sur notre mémoire collective. Il suit Augustin, un "branco" un peu paumé sur le champ de bataille, qui invite le lecteur, au gré de ses rencontres et de ses pensées, à replonger dans les rapports de force géopolitiques de l'époque, à voir l'implication de tant de peuples du monde - du Néo-zélandais au Britannique en passant par l'Africain colonisé - sur des terrains de bataille de dimension si petite, à s'insurger contre les plans meurtriers d'un état-major dépassé par l'histoire, à toucher modestement du doigt à quel point les souffrances des soldats lourdement blessés, amputés ou gueules cassées, pouvaient leur faire regretter de ne pas être morts. 

Au passage Augustin nous fait découvrir le bataillon des "bantams", composé de soldats britanniques de taille inférieure à 1,60 m. Et nous fait réfléchir sur les battements d'ailes des papillons et leurs conséquences sur les ouragans : une scène montre Augustin hésitant à "tirer dans le cul" d'un soldat allemand en train de pisser, qu'il tient en ligne de mire. Il s'abstient finalement de tirer dans le dos de l'ennemi. Pas de bol, le boche n'est autre que le soldat Hitler. 

Pour son dernier assaut contre la boucherie 14, Tardi accomplit une nouvelle oeuvre qui donne envie de ressortir les albums précédents. Replonger les yeux dans le cambouis, pour assainir la mémoire. 

La page 77 (et 88)



Le Dernier Assaut, de Tardi. L'album contient également un CD de chansons liées à la guerre interprétées par Dominique Grange. Editions Casterman. 2016. 
 

samedi 8 octobre 2016

14-18, Le Colosse d'ébène : Arsène est un con, mais il n'est pas le seul


La der des ders au quotidien. Février 1916 voit le commencement de la bataille de Verdun, l’une des plus meurtrières de la Grande Guerre. Un déluge d’obus s’abat sur nos héros. Tous ne se relèveront pas…
Verdun, 21 février 1916. L’artillerie allemande débute le pilonnage systématique du secteur dans
le but de « saigner à blanc l’armée française ». Parmi les renforts qui affluent, la présence de tirailleurs sénégalais crée des tensions dans la troupe. C’est dans ce contexte que la compagnie commandée par Armand est envoyée au fort de Douaumont sur le point d’être pris par l’ennemi…

(Présentation éditeur)

La série 14-18 poursuit son évocation de la première guerre mondiale au travers des histoires singulières d'un groupe de copains venant d'un même village et confrontés aux mêmes atrocités du front. Dans ce cinquième opus (le précédent, "La Tranchée perdue", est chroniqué ici), nous sommes en février 1916 et le calvaire des combattants se fait long, très long. Surtout avec une hiérarchie militaire au-dessous de tout, sans véritable stratégie si ce n'est celle d'amasser le plus de chair humaine face aux canons ennemis en se disant qu'il en restera bien un peu de vivante pour crier victoire.
Pendant qu'à l'arrière les femmes travaillent pour remplacer les hommes dans les usines d'armement (et elles sont "plus résistantes" qu'eux, "du coup le rendement est plus intéressant", dit la femme d'un des petits soldats de la série), sur le front on tente d'éviter les millions d'obus qu'elles produisent. Et la France coloniale, non contente de presser le citron des pays africains occupés en exploitant leurs matières premières, n'hésite pas à exploiter aussi leurs matières humaines, en extrayant les indigènes de leurs villages ensoleillés pour les envoyer combattre dans le froid, la pluie et la fureur de l'est et du nord de l'Hexagone.

Normal qu'ils se fassent tuer

Et c'est là qu'intervient Arsène, un des compères du groupe de petits soldats. Et Arsène est un con. Un vrai. Les Noirs ? Des babouins, des singes, des sous-hommes. Leur parler, c'est pactiser avec... avec qui ? quoi ? Il ne sait pas : il est con. Les Africains, on leur a apporté la civilisation, normal qu'il viennent se faire tuer pour sauver le pays. Il a beau se faire rabrouer par ses copains, qui le traitent de con - c'est vrai, qu'est-ce qu'il est con... - il continue et provoque un de ces "négros".

Sans vouloir spoiler, la morale de l'histoire sera sauve, et émouvante. Certes l'intrigue est pour le coup un chouïa trop angélique, car en 1916, la plupart des combattants étaient certainement aussi racistes qu'Arsène qui, dans cet album, est seul à défendre sa bêtise. Mais l'épisode permet de rappeler le rôle éminent des populations africaines colonisées dans la défense de nos frontières lors de cette guerre (et de bien d'autres, d'ailleurs). Il nous confirme également qu'il y a une personnalité politique actuelle qui est au moins aussi con qu'Arsène : si on est Français aujourd'hui, c'est peut-être parce qu'il y a eu des Gaulois à une époque. Mais plus récemment, c'est aussi parce qu'il y a eu des Africains, et des tas d'autres étrangers solidaires, qui nous ont permis de le rester.

La page 7


14-18 : Le Colosse d'ébène (Février 1916). Tome 5. Corbeyran et Le Roux. Ed. Delcourt. 2016.

samedi 5 mars 2016

Paroles de poilus : Guerre, pères et manques


Il y a tous ces pères qui écrivent à leurs enfants qu'ils vont enfin se revoir quand ils rentreront de cette foutue guerre, victorieux il va de soi, mais qui leur conseillent, si un malheur arrivait, d'aider leurs mères dans leur quotidien, et de les respecter.
Il y a ce soldat qui n'a jamais vu sa fille, rêve de la voir, lui écrit pour qu'elle pense à lui plus tard, et qui, anarchiste refusant la guerre, conchiant les gradés, est contraint d'être au front, admirant la beauté terrifiante des fils de lumière que les balles traçantes dessinent dans le ciel nocturne. 
Il y a ce papa qui s'en est sorti, c'est la fin de la guerre, il attend sa femme et son enfant, mais ce dernier joue avec une grenade tombée de la poche d'un soldat, sur le quai de la gare, la dégoupille et tue sa mère. I
l y a cet amour que porte une enfant (Françoise Dolto !) pour son oncle parti au front, elle lui écrit qu'ils vont se marier, il lui répond que oui bien sûr, avec un smiley si le smiley avait existé à l'époque, mais il meurt. 
Il y a des dizaines de lettres de combattants de 14-18 à leurs enfants, qui tentent de rester pudiques sur la violence qu'ils vivent à chaque instant, pour ne pas les choquer, pour instaurer une parenthèse épistolaire de douceur, un cessez-le-feu momentané, le temps d'écrire leur amour et leurs espoirs, mais qui laissent transpirer entre les mots la douleur du manque, et l'angoisse de mort.

Cet opus se compose, comme le premier tome, d'une partie écrite - le courrier du combattant à son enfant - transposée ensuite en bande dessinée. Les textes sont poignants, les dessins sont beaux malgré le sujet tragique, celui du vécu de ceux qui, pour beaucoup, allaient mourir.


La page 7



Paroles de poilus, tome 2, Mon Papa en guerre. Les Editions Soleil. 2012. 

mercredi 4 novembre 2015

L'Ambulance 13, T6 : La gueule ouverte sur la guerre 14


Chirurgien militaire, Louis Bouteloup est désormais entre les mains de ses pairs. Grièvement blessé et défiguré sur le front alsacien, il peut cependant compter sur les talents de sculpteur d’Émilie pour retrouver un visage. Mis hors du cadre de l’armée, Louis est confronté aux peurs de l’arrière, aux monstrueux canons bombardant la capitale. Il découvre aussi le sentiment profond qu’il éprouve pour Émilie. Sera-t-il trop tard pour reconstruire leur vie ?
(Présentation éditeur)

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Nostalgiques d'Urgences, fans de Grey's Anatomy, éteignez vos écrans HD, coupez les gyrophares de vos véhicules rutilants, oubliez les histoires d'amour qui fleurissent à deux pas des entubés, rangez votre ouate immaculée dans vos boîtes bien stérilisées. Nous sommes en guerre, l'une des plus dégueulasses de l'histoire, celle de 14-18.

Ici "l'ambulance 13" fait ce qu'elle peut, auprès des blessés, des gazés, des mutilés, avec les moyens du bord, mais avec les avancées de la science. Pour réparer les corps, et fissa les renvoyer au front. 
Ici, même le personnage principal, le chirurgien Louis Bouteloup, en prend plein la tronche, dans tous les sens du terme, et se retrouve "gueule cassée". Mais c'est un héros, un vrai, qui n'a que faire, à juste raison, que la mort le voie avec un visage à faire peur aux enfants. Au contraire, il tient tête à la Faucheuse : bien qu'en permission, il repart rejoindre ses camarades pour soigner, panser, soulager, réparer. Il défie la Camarde, mais aussi ses zélés auxiliaires, les hauts gradés de l'état-major, à qui il veut faire entendre, en vain, que les traumatisés psychiques ne simulent pas leurs souffrances, que leurs cris, leurs gestes fous qui les rendent inaptes au combat ne méritent pas qu'ils finissent devant un peloton d'exécution.

Ici, l'univers n'est pas aseptisé, et cette très bonne série "ambulancière" donne à voir un versan peu traité de la boucherie à cœur ouvert que fut la guerre 14-18. 

L'Ambulance 13, tome 6. Gueule de guerre. Par Patrice Ordas (scénario), Alain Mounier (dessin). Ed. Bamboo. 

jeudi 29 octobre 2015

14-18, La Tranchée perdue : Un épisode qui prend à la gorge


De retour d'une escapade, à la recherche du « repos du guerrier », Arsène et Jacques dépassent leurs lignes et tombent par hasard sur la tranchée ennemie faisant face à la leur. À leur grand étonnement, elle est déserte. Prévenu, le commandement ordonne une incursion par voie de tunnel. Pierre et Jules, désignés pour cette mission, découvrent au cours de leur progression un étrange objet cylindrique. 
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Quatrième épisode de la saga "14-18" des très bons Corbeyran et Le Roux (lire mes précédentes chroniques ici), on retrouve les aventures individuelles et collective d'un groupe de soldats, tirés du même village pour affronter les horreurs de la guerre. En ce mois d'avril 1915, il n'y a qu'une seule bonne nouvelle à se mettre sous la dent : l'état major a enfin compris que les pantalons rouges, pour faire la guerre, ce n'est pas l'idéal. Les soldats porteront maintenant une seyante couleur bleu horizon, moins propice à se faire canarder par les Boches comme de vulgaires cibles de fêtes foraines. 
Pour le reste, rien pour réjouir le Poilu. La guerre s'enlise, les couples se déchirent, et les gaz de combat font leur apparition. Cet opus est sans doute le plus sombre de la série, mais aussi celui où les personnages ont le plus d'épaisseur, et le scénario le plus dramatique, voire le plus atroce. La lente progression du nuage de gaz poussés par les vents, vers les combattants français qui se protègent de leur pauvre mouchoir, prend à la gorge, au sens propre comme au figuré. Dans le même temps, les tragédies familiales qui se jouent à l'arrière du front, à cause de cette p... de guerre qui dure, conduisent des hommes déjà rendus fous par les combats, à porter cette folie à leur zénith. 

Un scénario dramatique, des personnages qui prennent de l'épaisseur : cet épisode, chargé d'humanité dans un contexte pourtant apocalyptique, est le meilleur de la série. Pour l'instant.


Pour aller plus loin 

Sur le site de la Mission du Centenaire, une page intéressante sur le gaz moutarde et ses dégâts. Première utilisation : le 22 avril 1915, événement que retrace cet épisode de "14-18'.

14-18 Tome 04 - La Tranchée perdue (avril 1915). Par Corbeyran, Etienne Le Roux et Jérôme Brizard. Editions Delcourt. Coll. Histoire & Histoires. 

    mardi 20 octobre 2015

    Paroles de Poilus : Les tripes à l'air


    Oui ok cet album est paru il y a neuf ans. Une éternité. Mais d'une part, cela fait un siècle que ces "lettres et carnets du front" ont été produites par les soldats, on n'est pas à une décennie près. D'autre part une "intégrale" vient de sortir, regroupant ce tome ainsi que le 2e intitulé "1914-1918 : mon papa en guerre". Donc je reste dans l'actu.

    Mais là n'est pas le propos ni l'important. Cette BD secoue. Les textes ont certes été sélectionnés, mais ces soldats, ouvriers ou paysans dans la vie civile antérieure, manient une plume chargée de détails, d'images, d'odeurs et d'émotions. Ils déballent leur âme avant de vider leur arme, et souvent leurs tripes, avec une classe qui tranche avec l'horreur du contexte qu'on imagine.

    Les dessinateurs qui ont manié la leur, de plume, pour traduire en bandes dessinées ces courriers et ces journaux personnels, ont joué le jeu avec splendeur. Parfois en donnant "à voir", parfois en transcendant le texte par la suggestion. Le décalage entre la beauté du verbe et la noirceur de l'image qui l'accompagne frise même l'incongru. Une incongruité inhérente à la rencontre de l'humanité avec la guerre, en fait.

    Paroles de Poilus. Lettres et carnets du front 1914-1918. Ed. Soleil/France Inter. 2006. 

    lundi 25 mai 2015

    14-18, Le Champ d'Honneur, qui ne l'est pas


    C'est reparti pour un nouvel épisode de la saga qui va suivre pour dix albums jusque 2018, le terrible quotidien de Louis, Jacques, Maurice, Armand, Denis, Arsène, Pierre et Jules, huit compagnons du même village, mobilisés le 1er août 1914 dans le même régiment, pour une des plus belles boucheries inventées par le genre humain.

    Après Le Petit Soldat (Août 1914) et Les Chemins de l'Enfer (Septembre 1914), voici les huit compères dans Le Champ d'Honneur. Un titre bien ironique tant l'honneur n'existe plus depuis belle lurette dans la hiérarchie militaire. Dans les phrases, les discours, les harangues, oui sans doute. Pour tenter de donner du sens au massacre, pour faire croire au soldat qu'il va se faire tuer pour quelque chose, certainement. On s'y réfère, à l'honneur. On le porte en étendard. Mais il est massacré lui aussi. Dans cet épisode, les officiers, en fin stratèges, envoient un groupe de soldats attirer l'attention des bombes et des balles allemandes sur eux, en vue d'une attaque surprise sur l'autre flan. La moitié du groupe tombera au champ "d'honneur". Pour rien, car pas un mètre de terrain ne sera gagné par les troupes françaises.

    Mais l'histoire principale de cet album n'est pas seulement dans la dénonciation des ordres absurdes de la hiérarchie militaire. Ça, malheureusement, on connaît, c'est une toile de fond permanente dans cette guerre. Corbeyran et Le Roux décrivent dans cette série des gens, des histoires singulières, qui s'affinent peu à peu. Dans ce troisième tome : l'affichage, la dénonciation, au sein du groupe de camarades, de choses qui relèvent de l'intime de certains d'entre eux. Pour rappeler que derrière les chiffres de masse qu'arbore habituellement le discours sur la guerre 14-18, il y a des individus, faits de chair, d'os et d'esprit, avant d'être des chairs à canon.

    14-18 - Tome 3 - Le Champ d'Honneur (Septembre 1915) - Corbeyran, Etienne Le Roux - Ed. Delcourt.


    lundi 16 février 2015

    L'Ambulance 13 : ne tirez pas sur cet album



    Et c'est reparti pour les aventures du Docteur Louis-Charles Bouteloup, réparateur des corps des pauvres bougres qui se font hacher menu sur le front, dénonciateur de l'ignominie et de la bêtise des galonnés de cette boucherie sans nom que fut la guerre 14-18. Cette fois-ci, en cet avant-dernier tome de la série, le voilà muté dans les Vosges, pour l'éloigner de son père, officier supérieur, qui en a ras-le-képi de voir sa réputation ternie par son rebelle de rejeton.

    Sur la ligne bleue des Vosges, il intègre une troupe de courageux soldats qui agissent en autonomes, les Corps Francs. Et avec eux, les Américains, intervenant enfin dans la guerre, apprennent tellement vite à se battre qu'ils envoient d'abord en première ligne des Indiens Cheyenne arrachés de leurs réserves, et dont on apprend rapidement qu'il serait de bon ton qu'ils soient décimés, car leurs terrains, au pays, intéressent des hommes d'affaires.

    Voilà qui est donc bien crade et vil, et notre Docteur Justice du front Est, notre Rahan des temps modernes, bref notre justicier casqué, va dénoncer à tour de bras, détourner les ordres de supérieurs sans foi ni loi, et tenter de sauver ce qui peut l'être.Là-dessus, ajoutez des morceaux d'histoires qui se passent à l'arrière, à Paris, et vous avez un album assez bizarre, comme en position d'attente avant le tome final.

    Je ne tirerai pas sur cette Ambulance, car l'ensemble de la série garde tout son intérêt, mais là, on passe par une phase un peu caricaturale, avec un personnage principal dégoulinant de bonnes intentions, évoluant dans une histoire pleine de fourberies, comme si la guerre en elle-même n'était pas suffisante à être haïssable.

    Certes, tout cela est à l'honneur du service de santé des armées, créé justement il y a un siècle, et dont il est question dans un petit livret en fin d'album. Ce service et ses serviteurs méritent pleinement tous les honneurs, pour le sacrifice et le dévouement dont ils ont toujours fait preuve en sauvant des vies humaines. Mais je suis sûr que la modestie fait aussi partie de leurs valeurs. Et le héro de cet album - juste de cet album - en manque un peu.

    L'Ambulance 13. Les Plumes de Fer. Par Patrice Ordas (scénario) et Alain Mounier (dessins). Bamboo Editions.  

    mercredi 31 décembre 2014

    14-18, Les Chemins de l'enfer : Ces premiers humains qu'on tue


    Et voici la suite de la série "14-18", qui suit un groupe d'habitants d'un petit village français au fil des années de guerre. Le premier tome, "Le Petit Soldat", campait les personnages et partait de la mobilisation générale et des prémices du conflit, avec ses répercussions sur la vie de la bande d'amis. Dans ce deuxième opus, on entre de plain-pied dans la guerre, la vraie, celle qui tue, en septembre 1914. Ce sont les débuts, rapides, d'une prise de conscience : finalement, les Boches, on ne les repoussera pas rapidement jusqu'à Berlin en quelques semaines. Cela va durer ("L'impression que ça dure depuis longtemps, que nous sommes condamnés à nous battre pour toujours", dit un personnage avant de prier en partant à l'assaut). Cela va tuer. Cela va pleurer, au front comme à l'arrière, chez les combattants comme dans leurs familles. Ce sont les premiers humains qu'on tue, c'est la peur qui ronge le ventre et qui pousse à se mutiler pour retourner à l'arrière, à mentir, à mettre un chiffon ensanglanté sur ses prétentions patriotiques, c'est la gnôle qu'on boit autant pour se remonter le moral que pour anesthésier la morale.
    Ce deuxième album poursuit l'oeuvre de façon intéressante et reste dans le focus de la série : décrire le vécu des gens. L'histoire au niveau des tranchées. Avec Corbeyran au scénario et Le Roux au dessin, pas d'inquiétude, on est entre de bonnes mains.

    "14-18 : Les Chemins de l'enfer (septembre 1914)" - Eric Corbeyran et Etienne Le Roux. Editions Delcourt. Novembre 2014.

    dimanche 5 octobre 2014

    "1914-1918, Chansons contre la guerre" : Pour que règnent la paix, la justice et la liberté !



    Les "Chansons contre la guerre", c'est comme un album de CD qui serait particulièrement complet. Il y a le CD à l'intérieur bien sûr. Mais aussi des textes, qui expliquent le contexte de chaque chanson, avec leurs paroles. Et des dessins de Tardi. Comme une évidence, tant Tardi a travaillé et produit sur la guerre 14-18. D'ailleurs sur le CD, on entend Tardi dire des morceaux de textes extraits de ses BD, entre deux chansons. A la fin du recueil, on trouve aussi quelques photos d'époque.

    Le CD, donc. Des chansons contre la guerre, comme son nom l'indique, la guerre 14-18. Des chansons qu'on n'écouterait pas tous les jours, c'est pas du joyeux. Mais chaque fois ça prend aux tripes (sans mauvais jeu de mots avec les horreurs que subissaient les soldats à l'époque). On y trouve bien sûr le Déserteur, de Vian, mais aussi, moins connue, la Butte rouge, la Chanson de Craonne, ou encore d'autres chansons du même tonneau écrites et/ou interprétées par Dominique Grange. Des chansons qui disent par exemple ("Fraternité", de Sébastien Faure) :
    "Nous, nous voulons, amis
    Que sur toute la terre
    Règnent avec la paix, justice et liberté
    Nous voulons, des pays
    Abolir les frontières
    Tous les peuples sont faits pour la fraternité !"

    Alors oui, il y a de la naïveté. Une naïveté qui me touche car elle fleure bon ma jeunesse antikaki, ma crise d'ado contre la société, mes espoirs de jours meilleurs. J'aurais pu être séminariste pour faire chier mes parents, rock star pour emmerder mes voisins, clown pour faire peur aux gamins... Mais non, j'étais juste contre l'armée. Et même si je ne suis plus antimilitariste, même si l'anarchie n'est plus pour moi qu'une poésie politique, je reste horrifié par la bêtise absolue que représente la guerre 14-18. Et en 14-18, pas de naïveté. Quand on fréquente la mort au quotidien, il faut chanter pour s'accrocher. J'aurais aussi chanté ces chansons. Enfin, j'espère.

    Ces chansons sont touchantes parce qu'elles sont de chair (pas de celle prévue pour le canon) et d'os (pas de ceux qu'on jette aux chiens). D'hommes, quoi. D'hommes qui crient leur dignité, et proclament haut et fort la supériorité des valeurs humaines sur la redoutable crétinerie de la hiérarchie de guerre. Ils chantaient des vers pour se moquer de la mort, ils chantaient en canon pour oublier la mitraille, ils poussaient la complainte pour recouvrir les râles. Mais aussi pour rêver de la paix et d'un monde meilleur. Voilà un beau recueil pour ne pas oublier l'essentiel.


    Chansons contre la guerre. Chansons : Dominique Grange. Textes : Jean-Pierre Verney. Dessins : Tardi. Casterman. Août 2014




    dimanche 31 août 2014

    "14-18, Le Petit Soldat" : Début de guerre, début de saga



    L'entrée en matière est brutale : 1919, une femme accompagne son mari chez le médecin. Le visage enroulé dans une écharpe, l'homme se découvre. C'est une "gueule cassée" particulièrement amochée. Non seulement les restes de son visage ne sont plus guère humains, non seulement il souffre atrocement, mais il semble bien atteint psychologiquement : il anone sans arrêt la même phrase, difficilement quand on n'a plus de machoire : "Il a été blessé, il a perdu sa baïonnette, il ne peut plus se défendre, tu peux le protéger, toi, tu es un vrai soldat".

    Pour comprendre cet épilogue, il faut maintenant replonger cinq ans plus tôt, au début de la guerre 14-18. Et c'est parti pour une saga de 10 albums prévus, qui paraîtront jusqu'en 2019. Le nom de la série a dû torturer les méninges d'un bataillon de communicants : "14-18". Point très positif : chaque album a un début et une fin, sans "A suivre" à la fin, même si la succession des BD suivra l'évolution de la guerre.

    Le tome 1, intitulé "Le Petit Soldat", qui commence par cette scène atroce, pose le décors. Ce sera l'histoire de huit hommes et huit femmes, issus du même village, embarqués dans les atrocités du conflit. Nous sommes au début de la guerre, et on vit les premières heures de la mobilisation générale, annoncée par le garde champêtre pendant une fête de village, les trop courtes 48 heures laissées aux mobilisés pour préparer leurs affaires et profiter de la vie, puis le départ au front et les premières confrontations avec la mort.

    Les dessins d'Etienne Le Roux sont très bons, le scénario bien campé par Corbeyran. Les expressions utilisées, la manière de parler, les usages,tout y est très documenté. Comme dans toute évocation de 14-18, on y retrouve aussi les dures conditions de vie des soldats, et surtout les ordres débiles de supérieurs stupides qui sacrifient la vie de leurs hommes. Le "plus" de cette série, par rapport aux BD sur le même sujet, résidera sans aucun doute dans la narration de la vie quotidienne du soldat et des familles restées au village. D'autant que chaque personnage est doté d'une vraie personnalité, d'une histoire, de quoi s'y attacher. Pour le reste, attendons les prochains albums. Le premier épisode passe du temps à installer la situation et les personnages. Gageons que les prochains seront plus "enlevés".

    Pour en savoir plus, un document pdf des éditions Delcourt explique le projet.

    14-18. Tome 01. Le Petit Soldat. Corbeyran et Etienne Le Roux. Coll. Histoire et Histoires. Ed Delcourt.


    jeudi 19 juin 2014

    La Cote 512 : un meurtre parmi les meurtres



    Dans la flopée de livres sur la guerre 14-18 qui ornent les rayons des librairies en cette période célébro-centenaire, il y a des rééditions récentes intéressantes. La Cote 512, paru en 2005, en fait partie.

    L'histoire ? Un mort sur le champ de bataille.
    - Original... Quel talent ! Il y avait un carnage à cette époque, monsieur. Vous n'avez rien d'autre à raconter ? Fermez votre blog !
    Mais attendez, vous allez voir ! Un mort sur le champ de bataille, en 1914, au cours d'une attaque. La mort d'un officier français, un balle dans le dos. A ses côtés, au moment où il meurt, il y a Célestin Louise. Un officier de police dans le civil, simple poilu pendant la guerre. Ses instincts policiers restent vifs : pour lui, ce n'est pas une balle perdue. Au milieu de l'assassinat industriel que représente la guerre, il voit en la mort de cet officier un assassinat crapuleux. Policier dans l'âme, il veut comprendre et mène l'enquête...
    Ce roman policier en période de guerre débute au moment de la mobilisation générale. On suit Célestin Louise, avec en toile de fond l'enthousiasme délirant des populations pour partir batailler contre les Boches. Louise lui-même pourrait rester policier à Paris : il refuse, préfère partir en première ligne. "Je n'aurais pas supporté de savoir les copains au front". Rapidement, c'est l'enlisement qu'on connaît. Et les deux mondes qui s'éloignent, entre le front, sanglant et dégueulasse, et l'insouciance de l'arrière.

    Ces imbéciles galonnés qui rêvaient de médailles sans avoir jamais connu la guerre...
    L'intrigue réside dans l'enquête policière, certes. Mais elle permet de flinguer au passage l'absurdité et l'ignominie de la guerre et de ses acteurs. Magnifiquement écrit, on lit dans ce roman la haine, la bêtise, la foule inconsciente. Ce sentiment du personnage principal, certainement partagé par le plus grand nombre, que cette guerre ne serait pas plus violente que la société dans laquelle on vivait : "Le jeune flic connaissait la barbarie des hommes, il en avait trop vu, de ces pauvres types assommés, égorgés, éventrés à la suite de mauvaises rixes, des querelles d'alcool, de filles et de misère qui laissaient chaque semaine à la morgue une litanie de cadavres effarés". Après tout, la guerre, c'était juste une violence comme les autres, mais institutionnelle...
    Mais rapidement, on lit aussi la haine générale, la foule haineuse, ce début d'émeute contre des Allemands faits prisonniers et trimbalés dans des wagons à bestiaux... les mêmes wagons à bestiaux qui serviront à emmener les soldats français au front. Et pendant ce temps, les hauts gradés qui s'acharnent à envoyer toujours plus de chair à canon pour gagner quelques mètres de terrain. Ces "imbéciles galonnés qui rêvaient de médailles sans avoir jamais connu la guerre", mais à qui il fallait obéir. Les gradés en prennent... pour leur grade : ainsi celui-ci, qui "portait les galons d'adjudant et, sur son visage, la marque d'une insondable bêtise."
    Le tout est fascinant, car sur une toile de fond ensanglantée, meurtrière, peuplée de chefs complètement timbrés, l'enquête est passionnante, l'écriture superbe, et au final, ce meurtre qui aurait paru odieux dans n'importe quelle histoire, paraît finalement bien pâle dans la boucherie ambiante.

    Pour aller plus loin...

    Les sites sur la guerre 14-18 sont légions. A noter un intéressant "lexique des termes employés en 1914-1918", ou la page Facebook de Léon Vivien, journal d'un poilu mort le 19 mai 1915.

    La Cote 512 - Une enquête de Célestin Louise, flic et soldat dans la guerre de 14-18. Thierry Bourcy. Folio Policier. 2005.

    mercredi 29 janvier 2014

    Tardi et la Grande Guerre : au front mais pas en mission

    Lire les albums de Tardi sur la guerre 14-18, c'est plonger dans l'horreur mais aussi dans le fascinant réel de l'époque. En cette année du centenaire de la Grande Guerre, on ne peut que regretter que le dessinateur n'ait pas accepté de travailler avec la Mission gouvernementale adhoc. Je comprends son émoi quand il a appris qu'il figurait parmi les récipiendaires de la Légion d'Honneur. Les médailles, ça décore certes des gens biens, mais ça orne aussi les morts et ceux qui les ont envoyés mourir, en particulier bon nombre de hauts gradés de la Grande Guerre. 
    Donc ok Jacques, on comprend que tu ne veuilles pas porter cette breloque et côtoyer certains étoilés sanguinaires dans la grande liste des décorés de la Légion d'Honneur. Mais dommage que du coup, en représailles de cette mauvaise surprise, tu aies refusé de participer à la Mission du Centenaire. Qu'est-ce que ça aurait eu de la gueule que tu jettes ton grain de sable - que dis-je ton pavé - dans ce qui risque d'être une succession ronronnante de commémorations à la gloire de tous, aussi bien des pauvres Poilus que des crétins qui les ont envoyés se faire faucher, comme si tout le peuple français, des élites aux troufions, avait "consenti" à l'horreur.