Affichage des articles dont le libellé est Tardi. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Tardi. Afficher tous les articles

vendredi 6 janvier 2017

Le Dernier Assaut : Replonger les yeux dans le cambouis


Pour le contemporain qui n'aurait pas encore compris l'horrible boucherie qu'a constituée la guerre 14-18, Tardi remet ici un coup de baïonnette (final ?) sur notre mémoire collective. Il suit Augustin, un "branco" un peu paumé sur le champ de bataille, qui invite le lecteur, au gré de ses rencontres et de ses pensées, à replonger dans les rapports de force géopolitiques de l'époque, à voir l'implication de tant de peuples du monde - du Néo-zélandais au Britannique en passant par l'Africain colonisé - sur des terrains de bataille de dimension si petite, à s'insurger contre les plans meurtriers d'un état-major dépassé par l'histoire, à toucher modestement du doigt à quel point les souffrances des soldats lourdement blessés, amputés ou gueules cassées, pouvaient leur faire regretter de ne pas être morts. 

Au passage Augustin nous fait découvrir le bataillon des "bantams", composé de soldats britanniques de taille inférieure à 1,60 m. Et nous fait réfléchir sur les battements d'ailes des papillons et leurs conséquences sur les ouragans : une scène montre Augustin hésitant à "tirer dans le cul" d'un soldat allemand en train de pisser, qu'il tient en ligne de mire. Il s'abstient finalement de tirer dans le dos de l'ennemi. Pas de bol, le boche n'est autre que le soldat Hitler. 

Pour son dernier assaut contre la boucherie 14, Tardi accomplit une nouvelle oeuvre qui donne envie de ressortir les albums précédents. Replonger les yeux dans le cambouis, pour assainir la mémoire. 

La page 77 (et 88)



Le Dernier Assaut, de Tardi. L'album contient également un CD de chansons liées à la guerre interprétées par Dominique Grange. Editions Casterman. 2016. 
 

dimanche 11 janvier 2015

Moi René Tardi... Tome 2 : Une longue, longue marche pour une longue lecture


Suite de la mise en images des carnets de guerre du père de Tardi, René, prisonnier au stalag II B, en Pologne, pendant cinq ans durant la dernière guerre mondiale.
Tardi est davantage connu pour ses œuvres sur 14-18, mais il les avait mises entre parenthèses en 2012 pour accomplir un travail plus personnel sur le douloureux quotidien de son père pendant la 2e guerre mondiale. Le premier opus traitait de la vie - de la survie devrais-je écrire - de René Tardi dans le Stalag.
Dans ce deuxième volume, on suit le père Tardi et les autres prisonniers de guerre, évacués du Stalag en janvier 1945, toujours sous les ordres des geôliers allemands, marchant parfois sans trop savoir où aller, pour éviter les redoutables troupes soviétiques, dans un froid extrême, la faim au ventre, la haine des boches au cœur, mais aussi l'espoir en tête, celui d'un retour rapide à la maison tant il est manifeste que l'Allemagne nazie vit ses derniers jours.

Le témoignage est fort, passionnant, rude. Et on comprend l'importance pour Tardi de "sortir" sur papier blanc ces pages sombres de l'histoire familiale. Comme dans le premier épisode, Tardi se met en scène, enfant, auprès de son père, comme une sorte de "fantôme inversé" qui revient dans le passé, questionnant virtuellement son père sur des manques de précisions dans ses carnets, ou l'informant (et nous aussi par la même occasion) de ce qui se passe au même moment ailleurs dans le conflit. Le tout, sans idéalisation du comportement du père : la pendaison des geôliers par les prisonniers, à laquelle participe René Tardi, ou ces véhicules Alliés qui renversent gratuitement des civils allemands juste par vengeance, effraie le petit Tardi virtuel, mais ces choses-là aussi font partie de la guerre.

Mais ce volume a les défauts de son réalisme : la marche forcée des prisonniers devient une lecture forcée d'images répétitives et de textes à foison. La colonne de prisonniers se perd dans les campagnes désolées de Pologne : mais nous aussi, lecteurs, nous perdons dans les noms de villes et dans la géographie. Intéressant, instructif, mais parfois lassant.

On attend maintenant la suite : le retour du père Tardi à la vie civile, à une vie qui ne peut sans doute plus être tout à fait "normale".

"Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB. Tome 2. Mon retour en France". Jacques Tardi. Casterman. 

dimanche 5 octobre 2014

"1914-1918, Chansons contre la guerre" : Pour que règnent la paix, la justice et la liberté !



Les "Chansons contre la guerre", c'est comme un album de CD qui serait particulièrement complet. Il y a le CD à l'intérieur bien sûr. Mais aussi des textes, qui expliquent le contexte de chaque chanson, avec leurs paroles. Et des dessins de Tardi. Comme une évidence, tant Tardi a travaillé et produit sur la guerre 14-18. D'ailleurs sur le CD, on entend Tardi dire des morceaux de textes extraits de ses BD, entre deux chansons. A la fin du recueil, on trouve aussi quelques photos d'époque.

Le CD, donc. Des chansons contre la guerre, comme son nom l'indique, la guerre 14-18. Des chansons qu'on n'écouterait pas tous les jours, c'est pas du joyeux. Mais chaque fois ça prend aux tripes (sans mauvais jeu de mots avec les horreurs que subissaient les soldats à l'époque). On y trouve bien sûr le Déserteur, de Vian, mais aussi, moins connue, la Butte rouge, la Chanson de Craonne, ou encore d'autres chansons du même tonneau écrites et/ou interprétées par Dominique Grange. Des chansons qui disent par exemple ("Fraternité", de Sébastien Faure) :
"Nous, nous voulons, amis
Que sur toute la terre
Règnent avec la paix, justice et liberté
Nous voulons, des pays
Abolir les frontières
Tous les peuples sont faits pour la fraternité !"

Alors oui, il y a de la naïveté. Une naïveté qui me touche car elle fleure bon ma jeunesse antikaki, ma crise d'ado contre la société, mes espoirs de jours meilleurs. J'aurais pu être séminariste pour faire chier mes parents, rock star pour emmerder mes voisins, clown pour faire peur aux gamins... Mais non, j'étais juste contre l'armée. Et même si je ne suis plus antimilitariste, même si l'anarchie n'est plus pour moi qu'une poésie politique, je reste horrifié par la bêtise absolue que représente la guerre 14-18. Et en 14-18, pas de naïveté. Quand on fréquente la mort au quotidien, il faut chanter pour s'accrocher. J'aurais aussi chanté ces chansons. Enfin, j'espère.

Ces chansons sont touchantes parce qu'elles sont de chair (pas de celle prévue pour le canon) et d'os (pas de ceux qu'on jette aux chiens). D'hommes, quoi. D'hommes qui crient leur dignité, et proclament haut et fort la supériorité des valeurs humaines sur la redoutable crétinerie de la hiérarchie de guerre. Ils chantaient des vers pour se moquer de la mort, ils chantaient en canon pour oublier la mitraille, ils poussaient la complainte pour recouvrir les râles. Mais aussi pour rêver de la paix et d'un monde meilleur. Voilà un beau recueil pour ne pas oublier l'essentiel.


Chansons contre la guerre. Chansons : Dominique Grange. Textes : Jean-Pierre Verney. Dessins : Tardi. Casterman. Août 2014




mercredi 29 janvier 2014

Tardi et la Grande Guerre : au front mais pas en mission

Lire les albums de Tardi sur la guerre 14-18, c'est plonger dans l'horreur mais aussi dans le fascinant réel de l'époque. En cette année du centenaire de la Grande Guerre, on ne peut que regretter que le dessinateur n'ait pas accepté de travailler avec la Mission gouvernementale adhoc. Je comprends son émoi quand il a appris qu'il figurait parmi les récipiendaires de la Légion d'Honneur. Les médailles, ça décore certes des gens biens, mais ça orne aussi les morts et ceux qui les ont envoyés mourir, en particulier bon nombre de hauts gradés de la Grande Guerre. 
Donc ok Jacques, on comprend que tu ne veuilles pas porter cette breloque et côtoyer certains étoilés sanguinaires dans la grande liste des décorés de la Légion d'Honneur. Mais dommage que du coup, en représailles de cette mauvaise surprise, tu aies refusé de participer à la Mission du Centenaire. Qu'est-ce que ça aurait eu de la gueule que tu jettes ton grain de sable - que dis-je ton pavé - dans ce qui risque d'être une succession ronronnante de commémorations à la gloire de tous, aussi bien des pauvres Poilus que des crétins qui les ont envoyés se faire faucher, comme si tout le peuple français, des élites aux troufions, avait "consenti" à l'horreur.