lundi 18 février 2019

Tarzan, le film : Les navets poussent même dans la jungle


Il y a quelques temps, j'avais chroniqué le vrai roman de Tarzan, une aventure sauvage pleine de questionnements sur l'humanité, la nature, et l'identité. Hier soir devant la première chaîne en couleurs de mon petit écran, je frétillai dans mon pagne à l'idée de regarder la diffusion du film, dernier en date des adaptations de l'histoire du seigneur de la jungle. Disons-le tout de go(-rille ! ah ah !), c'était pitoyable. Peu d'éléments étaient concordants avec le roman, à part la scène vite expédiée de la mort de la mère d'une maladie sans doute douloureuse dans une jungle hostile où en plus il pleut, puis celle du père attaqué par un singe qui a vraiment une sale gueule, puis le vol du bébé par une bonne vieille singe femelle à l'air gentil, bébé qui deviendra, on l'aura compris, le grand Tarzan.
Les scénaristes du film ont ensuite imaginé une histoire de justicier dans laquelle Tarzan, devenu un vrai gentleman grâce à la civilisation qu'il a fini par intégrer, repart dans la jungle du Congo belge pour traquer de méchants Blancs qui organisent une traite des Noirs. Bien sûr il aura le dernier mot, comme quoi un bon Blanc bien british, au sang bleu, toujours bien rasé mais avec un peu de sauvagerie dans l'âme, est capable de sauver plein d'indigènes à lui tout seul, un peu aidé tout de même par sa femme Jane qui s'est imposée dans le voyage et qui restera de bout en bout d'une rare élégance vestimentaire.
Mais le plus costaud dans cette histoire, c'est la capacité de Tarzan à faire ce qu'il veut de la jungle. Le gars, il maîtrise son sujet, il n'y a aucun doute. Quand il saute dans le vide, il trouve toujours une liane qui traîne là pour s'en saisir et faire des trajets de plusieurs centaines de mètres sans en changer, comme si la liane agrippée était accrochée au sommet de la Tour Eiffel. Quand il croise des lionnes, c'est des copines, il leur fait des câlins. Quand il se bat avec un gorille, il perd, mais il n'a que quelques blessures, moins graves que celles que lui auraient infligées Bruce Lee s'il l'avait croisé dans La Fureur de Vaincre. Tarzan, c'est aussi celui qui sait lire les émotions dans les yeux d'un éléphant. Ou qui sait faire courir des milliers de zébus sur les méchants colons pour les écraser, ou mobiliser des crocodiles pour venir manger le super-méchant qui finit croqué dans d'atroces souffrances et c'est bien fait. Juste un truc : il faudrait que Tarzan suce quelques cachous, parce que son cri est un peu ridicule.
Pour finir, un conseil aux scénaristes d'un éventuel Tarzan 2, le retour : ça coûterait moins cher de le filmer dans l'émission télé "Une Saison au Zoo". Ça serait plus crédible, et plus palpitant qu'au ciné (-léphant... Ah ah !).

Tarzan, réalisé par David Yates, 2016.

lundi 11 février 2019

Hypothermie : Enfile ton polar !


Au bout de la corde bleutée, le cadavre de Maria. Un suicide ? Erlendur n'y croit pas. Il rouvre le dossier. La vie de la jeune femme est un théâtre d'ombres : médiums, insomnies glacées, terreurs nocturnes, les morts vivaient à ses côtés. Quand elle était enfant, son père s'est noyé sous ses yeux. En Islande, on murmure que les secrets les mieux gardés demeurent au fond des lacs. 
(Présentation éditeur)

Sacré Erlendur. Je ne connaissais pas encore ce personnage enquêteur récurrent d'Arnaldur Inidridason, mais en un polar il m'a paru extrêmement sympathique. Humain et torturé de la tête depuis la disparition de son frère dans une tempête de neige alors qu'il l'accompagnait avec son père dans la nature islandaise quand ils étaient enfants, événement dont il garde la culpabilité de celui qui a survécu et pas l'autre. Humain et tracassé par la situation de ses deux enfants, jeunes adultes, en particulier celle de sa fille qui cherche à sortir de sa toxicomanie, et qui le force à discuter avec son ex-femme, comme si un apaisement entre le père et la mère allait soulager le mal-être et guérir ses addictions. Humain et avide de vérité, au point qu'il enquête en marge de ses fonctions officielles de policier, juste parce qu'il a un doute, juste parce que ce suicide par pendaison, dans une maison isolée au bord d'un lac, de la part d'une femme qui a une peur viscérale de la solitude, il y a quelque chose qui le chiffonne, comme dirait Columbo. Il est sensible, et il a du pif, quoi. En remuant les eaux froides du lac, en plongeant un peu dans l'histoire personnelle douloureuse de la victime, en faisant le lien entre ses croyances sur la vie après la mort, et les expériences morbides auxquelles se sont adonnés certains membres de son entourage quand ils étaient jeunes carabins, Erlendur combat les fantômes - y compris les siens -,  et détricote les apparences. Et chacun le sait, quand on détricote, on a froid, surtout en Islande. Alors pour éviter les frissons, le froid dans le dos, ou pire, l'hypothermie, rien de tel qu'un bon polaire pour se tenir chaud. En plus, les polaires, c'est écologique, vu que c'est fabriqué à partir de bouteilles en plastique. Cela tombe bien, Arnaldur Indridason en a, de la bouteille, et ça donne un polar polaire qui s'enfile aisément et qui donne chaud.

La page 77




Pour aller un chouïa plus loin

- En savoir plus sur l'écrivain islandais Arnaldur Indridason (Wikipedia). Vous allez voir, le 2e "d" de son nom n'est pas vraiment un "d".
- Et sur l'expérience de mort imminente, dont il est question dans le livre (Wikipedia).

Hypothermie, de Arnaldur Indridason. Ed. Points. 2007.

dimanche 20 janvier 2019

Voyage au centre de la Terre : Rêver de progrès au fond du trou


Le professeur Lidenbrock trouve un document dans lequel il apprend l'existence d'un volcan éteint dont la cheminée pourrait le conduire jusqu'au centre de la Terre. Accompagné de son neveu Axel et du guide Hans, il se rend au volcan Sneffels, en Islande, et s'engouffre dans les entrailles de la Terre. Ils ne tarderont pas à faire d'étonnantes découvertes...

Dans le genre "grands classiques", Voyage au centre de la terre", c'est du lourd. Des héros qui crient "Diable !" à la place de "P... de b... de m..." comme tout héro moderne normalement constitué, et qui parlent au passé simple, déjà, ça vous classe dans la catégorie des livres qu'on se farcit au collège avec une prof de français qui fait remarquer à quel point certains passage sont désopilants alors qu'ils ne font rire personne. Mais c'est un détail. Jules Verne, c'est avant tout des aventures extraordinaires, qui dépassent les limites de la science. Un auteur qui a imaginé un voyage sur la lune, un tour du monde en 80 jours ou un périple sous les mers, à une époque où c'était de la science fiction, ne peut qu'être admirable. A noter que cette imagination anticipatrice était optimiste : des mondes étaient à découvrir, les sciences allaient inéluctablement nous y promener. On y croyait, aux progrès, du temps du grand Jules ! S'il entendait qu'aujourd'hui certains assurent que nous sommes manipulés par les Illuminatis ou que la terre est plate, il pourrait se vanter de créer le mouvement perpétuel à force de se retourner dans sa tombe.

Aimer l'avenir

La terre plate, justement : s'il était aussi con que certains de nos contemporains adeptes de cette croyance, comment aurait-il créé "Voyage au centre de la Terre" ? En ouvrant un blog sur "Comment ne pas tomber dans le vide sidéral en creusant un trou trop profond" ? Que nenni. Jules Verne était un visionnaire, un homme à l'imagination ancrée dans le réel. Alors certes, souvent, ses œuvres proposent des passages un peu pénibles, de véritables traités de géologie, de paléontologie, de chimie... Dans cette oeuvre, il en est question : on y voit de la roche, du volcan, des phénomènes climatiques, des curiosités phoniques, des bestioles préhistoriques, des effets physiques... Passez-les vite, ou au contraire puisez-y la certitude que le progrès scientifique est avant tout positif et propice aux rêves. Redevenez des gamins passionnés par l'aventure, et des citoyens qui aiment l'avenir ! Lisez du Jules Verne, ça fait du bien ! Que diable !

Voyage au centre de la Terre, par Jules Verne. Téléchargeable gratuitement sur Kobo (avec de belles illustrations d'époque).  

samedi 29 décembre 2018

Cendrillon : Un bon coup de ballet


Si on m'avait dit qu'un jour j'aurais souri, presque ri, devant un ballet à l'opéra, je me serais esclaffé bruyamment à la face du délirant qui m'aurait raconté une telle fadaise. Surtout s'il m'avait précisé que ce serait devant l'histoire de Cendrillon. Je n'aime pas les tutus ni regarder de la danse en général, je souffre devant les comédies musicales, je comprends rarement les histoires musicales sans paroles, et quand elles sont chantées par des barytons, des sopranos ou je ne sais quels ténors, je suis capable de hurler plus fort qu'eux pour qu'ils arrêtent de déclamer des phrases que personne ne comprend sans sous-titrage. Autant dire que quand j'ai décidé de prendre une place pour voir Cendrillon à l'opéra Bastille, je me suis motivé uniquement parce que c'était une expérience à vivre une fois dans sa vie.



Eh bien j'avais tort. Oui j'avoue, j'ai souri, voire ri, devant les deux sœurs immondes de Cendrillon, ces potiches stupides, dont le jeu chorégraphique faisait transpirer leur caractère cruche. J'ai admiré cette horloge des douze coups de minuit, composée de douze danseurs au rythme saccadé et rapide, tombant l'un après l'autre au sol au moment fatidique. J'ai même apprécié les passages plus classiques, faits d'entrechats et de pirouettes romantiques. J'ai aimé l'adaptation du conte de Perrault à un monde plus moderne : nous sommes à Hollywood, et Cendrillon veut devenir actrice de cinéma. Elle rencontrera un acteur-vedette en guise de prince charmant, qui, après une mi-nuit mémorable à danser comme des petits foufous, la recherchera avec le soulier de verre perdu, dans des lieux de débauche : une taverne espagnole, un bouge chinois ou un cabaret russe... Tout cela sans dire un mot, juste en dansant ! Et j'ai tout compris ! C'est vous dire !
Il est vrai que l'oeuvre réunit toutes les qualités d'artistes de talent et d'auteurs grandioses : adaptation chorégraphique du grand Rudolf Noureev, sous la musique du grand Serge Prokofiev magistralement interprétée par l'orchestre. J'aurais sans doute pu vous livrer ces noms dès le début de cette chronique, vous auriez été convaincu d'emblée, et ça vous aurait évité de lire mes appréciations personnelles sans intérêt. Allez-y, continuez, soyez désagréables, de toute façon j'ai encore trois machines à étendre, trois kilos de linge à repasser, la vaisselle à faire et le balai à passer. J'ai aussi une drôle de pantoufle toute brillante à lustrer, mais je ne vois pas la deuxième... Si vous la trouvez, vous me dites.

Cendrillon, ballet en trois actes d'après le conte de Charles Perrault. Musique de Serge Prokofiev, adaptation, chorégraphie et mise en scène de Rudolf Noureev. A l'Opéra Bastille jusqu'au 2 janvier, dépêchez-vous enfin ! 

lundi 26 novembre 2018

L'Apocalypse est pour demain : Ne pas franchir la ligne "jaune"


Les manifs et blocages des "gilets jaunes" m'ont remémoré un livre que j'avais lu quand j'avais une quinzaine d'années : L'Apocalypse est pour demain, ou les aventures de Robin Cruso. Ecrit par l'humoriste et acteur Jean Yanne, qu'il avait raconté sous forme de feuilleton radiophonique en 1977, il raconte l'aventure d'un pauvre individu dans un monde futur où la voiture est tellement reine qu'elle occupe la quasi-totalité du territoire dans un embouteillage chronique monstrueux. C'est bien simple, on habite dans sa voiture, on y vit, on y mange, presque en permanence, car à raison de pointes de vitesses de 8 mètres à l'heure, on a à peine le temps de travailler une demi-heure par mois (un acquis syndical !) qu'il faut rejoindre, en une quinzaine de jours, sa place de parking attitrée pour s'y reposer, avant de repartir pour la demi-heure de boulot du mois suivant. Le maître du pays n'est autre que le Grand Préfet, qui traite avec mépris tous ces pauvres gens qui passent leur vie au volant, et qui se targue d'éliminer 40 % de véhicule - et leurs occupants - par an, à coups de rayons laser, notamment ceux qui ont la malchance de se retrouver coincés au milieu d'un carrefour juste après le passage au rouge d'un feu de signalisation... Et le pouvoir n'est pas seulement violemment répressif du point de vue de la circulation, il est aussi totalitaire : ainsi, tout le monde doit écouter la même radio au même moment, sauf à être considéré comme de "mauvaise volonté" et rapidement éliminé au laser... Le règne de la voiture, sa place omniprésente, ses méfaits et les excès antidémocratiques qu'elle peut générer étaient - déjà ? - imaginés il y a une quarantaine d'années.

Parallèlisme

Alors je ne vais pas être méchant et faire un parallèle entre l'univers que nous promettent, sans le dire, certains "gilets jaunes", et l'avenir angoissant que dépeignait Jean Yanne il y a quelques décennies. N'empêche... Je ne parle pas de ceux qui galèrent avec leur véhicule pour aller au boulot parce qu'ils n'ont pas d'autre choix : ceux-là sont contraints par une histoire politique française qui a toujours privilégié la bagnole ; qui a "oublié" d'investir dans un maillage territorial de transports qui permettrait de limiter le recours au véhicule individuel ; qui a poussé les gens à être propriétaires de leur logement, provoquant ainsi un éloignement progressif des lieux de vie et de travail pour trouver du mètre carré moins cher... Je parle des gros beaufs qui ont des grosses voitures qui consomment beaucoup pour avoir l'impression d'être puissants eux-mêmes, et qui les utilisent pour parcourir les 300 mètres qui les séparent de la boulangerie du coin. Je parle des abrutis qui font partie des associations de défense des automobilistes, comme si conduire une voiture était un statut d'honneur à protéger. On pourra me traiter de bobo je m'en fous, n'empêche que cette catégorie est bien présente parmi les "gilets jaunes", et qu'elle nous mène tout droit vers l'univers stressant imaginé par Jean Yanne. Alors oui à la transition énergétique, écologique et sociale. Les hésitants ? Les incrédules ? Lisez "L'Apocalypse est pour demain", on en recause après.

L'Apocalypse est pour demain, ou les aventures de Robin Cruso. Par Jean Yanne. Ed. Jean-Claude Simoën. 1977.

samedi 17 novembre 2018

Zarbi dans le métro : A la chasse aux perles souterraines


Une femme bourrée qui chante Tata Yoyo, un acteur qui révise son Marivaux, un trio théâtral qui se sépare sans un mot, un maladroit qui drague une femme en talons hauts, des collégiennes qui écrivent un mot, une vieille et son fardeau, une femme qui veut photographier son homme parce qu’il est beau… Des transports amoureux, agacés, royaux. Des moments de grâce, des épisodes bizarres voire anormaux. Des bobos, des clodos, des intellos, des marginaux, des soûlots et des spéciaux... Du vécu, rien de faux, dans ces 28 épisodes insolites du métro…

Rien à ajouter à cette excellente présentation de l'éditeur, puisque c'est moi qui l'ai écrite. On n'est jamais si bien servi que par soit-même, n'est-ce pas ? Depuis plusieurs années je tenais un blog de choses vues dans le métro, et j'ai trouvé qu'en faire un recueil était une fichtre bonne idée. D'autant que ça peut donner l'idée d'en faire un tome 2 puis 3, etc. En tout cas, le temps que j'habite près de Paris et que je prends le métro.
Le métro, j'aime bien. Pas entassé dans la foule, certes. Mais même là, pour passer le temps, j'observe. Les détails, les énormités. Dans le métro, il se passe toujours quelque chose. Ouvrez les yeux, vous verrez, et vous ne vous ennuierez plus. Et dans ces petits événements de la vie quotidienne, il y a des perles. Ou des riens, qu'on peut transformer en perles. C'était un peu ça, mon ambition de "Zarbi dans le métro" : cueillir des perles.

Zarbi dans le métro, par Séverin Prené. Novembre 2018. 0,99 euro. Uniquement en ebook, disponible sur Amazon (format Kindle), Fnac (ePub) et Kobo (ePub).


jeudi 18 octobre 2018

Arto Paasilinna rejoint le fils du Dieu de l'orage


Les saunas sont glaciaux, la vodka a un drôle de goût, les lièvres des steppes finlandaises ont rejoint leurs terriers, la douce empoisonneuse a dû encore frapper sans s'en rendre compte, et les prisonniers du paradis l'ont accueilli, à coup sûr, les bras ouverts, en compagnie du fils du dieu de l'orage : Arto Paasilinna n'est plus. Du moins, son enveloppe charnelle. Le mot n'est pas trop fort car il était bien charnu. Bien charnu comme un type rempli de vie, d'humour, d'expérience. Comme un type modeste qui avait exercé mille métiers avant de se découvrir écrivain, devenu star planétaire de la littérature. L'antithèse de l'élitisme culturel porté par les cultureux vaniteux qui prétendent écrire des livres, qui ne seront lus que par des cultivés vaniteux. Lui, s'est mis à raconter des histoires délirantes avec des personnages aux noms imprononçables pour tout autre peuple que celui de Finlande, dans des contrées inconnues pour ceux qui n'ont jamais été plus au nord que Dunkerque, sur des thèmes aussi légers que la mort, la religion, la turpitude, la vanité et tout ce que peut commettre un humain normal, mais dans un univers qui dérape.
Il écrivait beaucoup, presque un livre par an, d'où parfois des baisses de régime, des histoires moins palpitantes, des intrigues un peu trop tordues (à ce sujet, le fameux Lièvre de Vatanen n'est pas, selon moi, le meilleur de ses romans). Mais se plonger dans ses livres c'est l'amusement garanti, le sourire assuré, le rire qui se fraye un chemin dans la gorge même quand il ne faut pas faire de bruit parce que ton conjoint dort à côté de toi pendant que tu lis. Seuls les professionnels de la correction orthographique doivent souffler, quand écrire son simple nom est déjà une torture (mais bordel il y a deux "a", mais c'est deux "s", deux "l" ou deux "n" ?!). Mais ils vont s'ennuyer un peu, je pense. Comme nous tous, j'en suis sûr.

Page Wiki sur Arto Paasilinna

  

jeudi 4 octobre 2018

Le Chat du Rabbin, tome 8 : Une "patée philo" bien épicée


Présentation éditeur Ils s'aiment. Lui est juif, elle est catholique. Ils vivent à Alger, et un jour, le Rabbin voit arriver cette jeune femme qui, pour mieux s'intégrer et faire plaisir à son futur époux, veut se convertir au judaïsme. La stupeur le dispute à l'incompréhension : pourquoi vouloir embrasser une foi si compliquée, si irrationnelle, si pénible ? Le Chat et Zlabya sont tous d'accord pour la dissuader, et vont trouver en Knidelette une alliée inattendue...


Il y a des chats normaux, c'est-à-dire mi-dingos, mi-adorables, mi-énervants et mi-attendrissants (je sais il y a trop de mi et alors ? mettez des fa si vous voulez), bref des "putains de chats" comme ceux qui sont décrits dans la dernière chronique de votre serviteur. Il y a aussi le chat fou de Gaston Lagaffe, le chat métaphysique de Geluck, sans oublier Garfield, Hercule (celui de Pif), Tom (celui de Jerry) ou bien sûr Félix (le seul, l'unique). Dans cette grande famille féline de la BD, le Chat du Rabbin tient une place particulière : c'est un chat miroir. Inutile de tenter de lui échapper : il vous renvoie toutes les vérités que vous ne voulez pas entendre sur vous-même, avec une hauteur de vue et une philosophie qui confirment que Michel Onfray est un philosophe de bas étage, niveau terminale, sans vouloir faire insulte aux lycéens. La comparaison est certes facile compte tenu de la pauvreté de réflexion du prétendu philosophe gaucho, mais n'empêche, sur le même sujet de prédilection que ce dernier - la religion - le Chat du Rabbin soulève des pensées bien plus puissantes et secouantes. La "patée philo" à laquelle il nous convie dans ce 8e tome en fait de nouveau la preuve.

"Ne pas penser à la mort"

Dans cette histoire, le rabbin, sollicité par le futur marié pour convertir sa fiancée catholique au judaïsme, refuse. Pas question de remuer Ciel et Terre pour des raisons de cohésion familiale, alors qu'embrasser une religion relève de convictions bien plus profondes. Ce refus va dérégler le parcours bien huilé - bien oint, pourrions-nous dire fort à propos - que le couple avait programmé. Ou plutôt, il va mettre en lumière ce qu'il fallait illuminer. La fiancée s'engage malgré tout dans un apprentissage rigoureux, voire rigoriste, des nombreux rituels de la religion juive. Le futur mari quant à lui tombe amoureux d'une autre femme, et ne sait plus où il en est. Au milieu, le Chat (du Rabbin) philosophe sur la religion : "Tous ces rituels qu'ils accomplissent en permanence, ça sert à ne pas penser... à la mort." "Le Dieu des juifs fait tout pour décourager tout le monde. C'est une méthode pour se désangoisser. Et à mon avis, elle est foireuse."

Mais il miaule aussi psychologie, en mettant le nez du mari dans son complexe d’œdipe. Alors que celui-ci retourne chez sa mère pour examiner sa conscience, et trancher entre rester avec sa promise officielle, ou partir avec son amourette-pour-le-moment-platonique, le Chat lui assène son analyse, plus douloureuse qu'un coup de griffe : monsieur ne veut pas choisir, car "il veut juste rester chez sa maman". En lançant sa fiancée sur la voie de la religion et surtout de ses rituels implacables, il a voulu tester sa capacité à être aussi vertueuse que maman. Avec le secret espoir qu'elle se plante, pour justifier l'arrêt de leur histoire. Pas de bol, la fiancée absorbe tout et y prend même plaisir... Et si monsieur, au fond, ne voulait pas se transformer en mari ni en papa ?
Ce Chat n'a pas de tabou : les excès religieux, les traditions patriarcales mais aussi matriarcales, il les pétrit avec ses petites pattes, les coussinets en avant pour éveiller la confiance, les griffes qui pointent pour faire mal mine de rien... et la langue bien pendue. Rappeuse, comme il se doit.
Le Chat du Rabbin, tome 8 - Petit panier aux amandes. Joann Sfar. Ed. Dargaud, coll. Poisson Pilote. 2018.

lundi 24 septembre 2018

Putain de chat : Se préparer au Grand Remplacement Félin


On ne lit pas ce genre de choses sans connaître soi-même, dans sa chair et son âme, les affres de vivre avec ce fameux félin plus ou moins domestique, dominateur sans le dire, j'ai nommé : le chat. Pour ma part, le cadeau que mon frère m'a fait, en riant sous cape (j'en suis sûr), de cette trilogie (qui vient de feuler vers son 4e tome que je n'ai pas encore lu), est consécutif à l'adoption d'un spécimen de cet animal par mézigue. J'ai pu constater en peu de temps que l'auteur de ces strips bédéesques est un fin connaisseur. Que dis-je, un observateur avisé. Sans doute même mériterait-il un titre universitaire en anthropologie, en éthologie, en zoologie, en sociologie. En philosophie, aussi. Et une Légion d'honneur, pour sa patience et son sacrifice.

Une jungle domestique

Ce que racontent ces fascicules richement documentés, transpirant la violence de la jungle domestique ? La vie quotidienne d'un humain normal, qui pourrait être vous ou moi, aux prises avec les facéties inquiétantes d'un chat. "Inquiétantes", car on peut lire ce que pense la bête. Et si ce qu'on lit est vrai, il faut se tenir prêt à une prise de pouvoir de cette espèce sur la nôtre. A côté, Walking Dead, c'est "E.T" de Spielberg. Qu'on le sache : le chat nous insulte en permanence, joue délibérément voire scientifiquement avec nos nerfs, se moque de nous et cherche à agresser nos testicules quand on en a. Son objectif ultime : la prise de pouvoir. Sa méthode : la guerrilla urbaine, à coups de crottes hors-litière, de griffes en plein jeu, de chutes délibérées de vases et de téléphones portables. Il est concentré sur une guerre lente, psychologique, de déstabilisation. Pour le contrer, dame nature nous a heureusement dotés de doigts de fée pour lui grattouiller le menton et le ventre, et de croquettes pour le soumettre à son point faible : l'estomac. C'est à peu près tout, ne cherchez pas.

Afin de se préparer au GRF (le Grand Remplacement Félin), il faut avoir lu ces trois tomes et s'apprêter à lire le quatrième (s'il est encore temps). Juste un détail qui me chiffonne, comme disait l'inspecteur Columbo (qui avait un chien) : comment il sait, l'auteur, ce que les chats se disent ? Comment connaît-il leur langage ? Et si lui-même était un chat mutant, nous préparant mentalement à une domination féline ? Nous devons savoir. Le monde doit savoir. Il en va de la survie de l'espèce humaine. 

Putain de chat, 4 tomes parus. Par Stéphane Lapuss'. 2016 à 2018. Ed. Monsieur Pop Corn. 
Page Facebook Putain de Chat -> ici. 

mardi 4 septembre 2018

Téléski qui croyait prendre : Un Poulpe aux petits tentacules


Résumé éditeur

Privé de son quotidien de prédilection, Gabriel Lecouvreur, dit le Poulpe, se retrouve à éplucher les faits divers d’un journal de province. Il s’entiche d’une affaire étrange qui va le mener dans la noirceur des secrets d’une des familles les plus puissantes de Courchevel. Un magnat du monde de la nuit laissé pour mort au beau milieu de son chalet de luxe et de vieilles connaissances de Gabriel accusées à tort, c’est le Poulpe au pays de l’or blanc.
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Lire une histoire policière du Poulpe c'est comme manger une pizza : quel que soit le restaurant, la base est la même, seuls les ingrédients peuvent être très différents. A tel point que son inventeur ouvre à n'importe quel écrivain la possibilité d'écrire une aventure du détective Gabriel Lecouvreur (le vrai nom du gastéropode susnommé, qui lui est accolé à cause de la taille de ses bras, selon la légende), à condition de respecter un cahier des charges, une "base", qui précise les personnages principaux, les habitudes du Poulpe à mettre en valeur - il ne boit que de la bière par exemple, pas de vin -, la structuration générale du livre, et l'obligation d'un jeu de mots dans le titre. Près de 300 histoires ont ainsi été publiées, écrites par des dizaines d'auteurs différents, dont des cadors comme Didier Daeninckx.

A vrai dire, je te dis ça parce que je me suis renseigné mais je n'avais jamais lu de "Poulpe". Pas de rejet, non, au contraire, la réputation anarchiste de ce personnage haut en couleurs m'attirait, mais bon, voilà, c'est la vie, il y a des tas de choses qu'on aimerait faire, parfois même qu'on peut faire facilement, mais ça ne se présente pas, c'est comme ça. Et paf, que vois-je en parcourant une plateforme d'ebooks au chapitre des gratuits ? Une histoire du Poulpe ! Affublé d'un hilarant jeu de mots en titre, dont j'apprendrai par la suite qu'il est le premier signe du cahier des charges. Une aventure policière chez les gros riches de Courchevel, voilà qui allait donner de quoi balancer de l'explosif - symbolique, car Gabriel Lecouvreur ne tue point - sur la haute bourgeoisie, dénoncer leur turpitude, leur égoïsme, leur hypocrisie... Qu'importe le meurtre, pourvu qu'on perturbe la messe !

Allons droit au but : les éléments de base sont certes respectés, la lecture est agréable, fluide, mais le Poulpe m'a paru bien mou du genoux. Ce qui, pour un mollusque gastéropode est un comble, tu le reconnaîtras bien volontiers. Je ne sais pas si ses frères jumeaux des autres romans sont plus virulents, mais celui-ci manque de personnalité, et m'a laissé sur ma faim. La fin m'a également laissé dessus (sur ma faim donc, suis un peu...), mais je ne veux pas en rajouter ni dévoiler le dénouement. L'explication de ce sentiment de goûter un plat insuffisamment relevé tient peut-être dans l'explication que l'auteur donne lui-même en post-face : cet épisode du Poulpe n'a pas été intégré dans la série historique du personnage. Une sorte de livre pirate, mais respectueux, indéniablement, des lois, us et coutumes édictés depuis l'origine. Alors pour un ebook gratuit, il ne faut pas se gêner, ça fait passer un bon moment. Comme une pizza à la sauce tomate, sans sauce piquante.

Pour aller plus loin

Le plus simple, c'est d'aller sur la page Wikipédia consacrée au Poulpe. On y trouve les règles d'écriture (si tu veux écrire toi aussi un épisode), tous les titres (donc pas celui qui fait l'objet de cette chronique), et même ce qu'il a inspiré dans d'autres arts : BD, films, musique.

Téléski qui croyait prendre, par Florian P. Dennisson. Ed. Chambre noire. 2016. A télécharger par exemple ici.

dimanche 12 août 2018

Mode de rue : Le téléphone pleure

On s'y était fait aux gens qui parlent tout seul dans la rue et qui paraissaient un peu fous, les premières fois qu'on en vit, jusqu'à ce qu'on comprenne qu'ils avaient une oreillette et qu'ils étaient, en fait, en pleine conversation téléphonique. On s'y était fait à tel point qu'on s'y était tous mis, à ce soliloque apparent, alors qu'on s'était jurés que non, jamais on n'adopterait cette allure bizarre du badaud qui semble parler à une voix dans sa tête.

Et puis voilà que depuis quelques temps débarque une nouvelle mode : parler à son interlocuteur téléphonique (jusque là tout va bien), avec le portable placé horizontalement à quelques centimètres de la bouche, sans oreillette et donc avec le haut parleur. Bah oui sinon vous n'entendriez pas ! Et nous non plus...

D'où une merveilleuse ambiance de rue où chacun peut profiter de l'engueulade entre mari et femme, des derniers potins au boulot de monsieur ou des dernières conquêtes de madame, ou l'inverse comme voulez je ne veux pas paraître sexiste. Mais une chose est sûre : on s'en fout. Vous vous rendez compte, adeptes de cette méthode, que vous êtes impudiques ? Car non, ce n'est pas comme parler à deux physiquement dans la rue. Au téléphone on se place dans une bulle.
Non seulement on s'en fout de vos affaires mais regardez-vous ! Les gamins qui s'amusent à faire une ligne téléphonique avec une ficelle et des boîtes de conserve ont la même gestuelle. Bref vous occupez l'espace publique sonore et visuel sans gêne. Sans vous rendre compte de votre forfait (téléphonique ! Ah ah !).

Complot libéralo-maçonnique
Mais la question principale reste entière : pourquoi ? Plusieurs hypothèses se dessinent. La première : vous avez peur des ondes qui se dégageraient du portable et viendrait pourrir les neurones qui vous restent. Dans une période totalement irrationnelle où les gens se mettent à avoir peur des vaccins - alors que ceux-ci ont sauvé des millions d'individus de la mort ou de maladies invalidantes - ou prétendent que ces mêmes injections feraient la honteuse richesse du grand capital pharmaceutique - alors que les entreprises en question y gagneront davantage avec une bonne vieille épidémie de rougeole -, dans ce contexte débile, la peur des ondes ne serait pas anachronique. Et qu'importe que les études prouvent qu'il faudrait se coller un portable 7 ou 8 heures par jour à l'oreille pour commencer à se dire que le holà s'impose : tout ça c'est de la manipulation scientiste, du complot libéralo-maçonnique ! 
Autre hypothèse : la gestuelle de porter son combiné à l'oreille fait partie de l'ancien monde. C'est ringard, vieillot, valable pour les quelques adeptes du téléphone gris à cadran rond... Et là on attend avec impatience la prochaine mode téléphonique qui viendra supplanter l'actuelle. 
Enfin dernière supposition, que j'évoquais plus haut : l'idée que "les autres ont s'en fout, ma bulle n'est pas étanche, et alors ?"
Ce qui est à craindre, c'est que cette mode soit le fruit amer de ces trois tendances : "Mon comportement est sain parce que j'y crois, révolutionnaire parce que c'est nouveau, et je vous emmerde", voilà le message.

Mais soyons optimistes : puisque vous tendez si généreusement le micro de votre portable vers les autres tout en parlant à votre compagnon de jeu téléphonique, c'est peut-être que vous cherchez à nous faire participer à vos échanges ? Alors promis, puisque votre objectif est la convivialité, peut-être même le débat public, la prochaine fois qu'on vous croise on s'introduira dans votre conversation. Ce sera révolutionnaire, vous ne serez pas déçus.

jeudi 12 juillet 2018

14-18 - Sur la terre comme au ciel : Vents de guerre, souffles de paix


Découvrez dans cet avant-dernier épisode l’apport décisif des États-Unis dans la résolution du conflit et accompagnez Pierre et Maurice, seuls rescapés parmi nos héros ordinaires, pour leur dernier assaut...
Le conflit ne perd pas en intensité mais l’arrivée massive du contingent américain donne un nouvel espoir. La musique et le mode de vie des Sammies réchauffent l’atmosphère de l’arrière-front et le renfort de leurs pilotes renforce le contrôle du ciel avant la bataille décisive. Mason, l’un d’entre eux, ne trouve son courage que dans la cocaïne. Mais ses réserves sont désormais épuisées…
(Présentation éditeur)

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C'est curieux comme cette guerre 14-18 n'intéresse pas des masses. Après un démarrage en fanfare en 2014, l'intérêt médiatique et politique s'est éteint très rapidement. Plus personne n'en parle, les émissions historiques qu'on peut encore glaner sur le petit écran sur des chaînes plus ou moins importantes parlent davantage de 39-45 que des affres des Poilus, alors qu'on est encore en plein dans le centenaire d'une boucherie sans nom. Mais il est vrai que cette boucherie est le fruit pourri d'une politique et d'un état-major bien de chez nous, même pas contraints par une force occupante, et que la mauvaise conscience de choix stupides et meurtriers semble traîner ses guêtres jusque dans l'inconscient de la France d'aujourd'hui. 

Bref, tout ça pour dire qu'heureusement, les projets lancés en 2014 pour se remémorer la violence extrême de cette guerre se poursuivent. C'est le cas de la série BD "14-18" (et voir mes chroniques sur les albums que j'ai lus liés à ce conflit), qui a sorti son avant-dernier album récemment pour parler de juillet 1918. Son titre, "Sur la terre comme au ciel", fait référence aux batailles aériennes, qui sont racontées au travers d'histoires individuelles, de "vrais" combattants qui transpirent la peur, les angoisses, pour leur vie, pour la crainte de ne plus revoir leurs amies, femmes, familles restées au village. Dans cet album on parle d'addiction à la cocaïne, consommée par un aviateur qui s'envoie en l'air dans tous les sens du terme, mais manipulé par un fournisseur sans scrupule ; de combattants heureux de voir arriver les Américains et de découvrir le blues ; de plan Foch ; de dessins presque poétiques de dirigeables qui naviguent dans les vents de la guerre... 
Au fil des albums de cette série, le sérieux des reconstitutions des scènes de guerre, l'émotion du point de vue des combattants et de leurs proches restés au village, l'évocation de faits historiques, mêlent magnifiquement - et douloureusement - le grand et le petit "H" d'une histoire pas si ancienne. 

"14-18", tome 9 "Sur la terre comme au ciel (juillet 1918)". par Corbeyran et Le Roux. Ed. Delcourt.

mardi 1 mai 2018

The Terror : Une série qui fait trembler... de froid


En 1847, le navire britannique HMS Terror est pris dans les glaces alors qu'il était à la recherche du passage du Nord-Ouest. Aux conditions de survie déjà difficiles viennent bientôt s'ajouter les attaques d'une mystérieuse créature...

Avec un titre pareil je m'attendais à frissonner de trouille devant cette série de dix épisodes. Au mieux j'ai eu quelques frissons de froid empathiques à l'égard de ces pauvres marins frigorifiés dans leurs bateaux coincés au milieu des glaces polaires. Les acteurs sont très bons. Heureusement, car le rythme est très lent et les décors sont limités : deux bateaux dans la banquise, puis, après une année bloqués dans les glaces, et suite à quelques jours de marche pour tenter d'en sortir, un désert de cailloux.

Il en faut du courage, pour affronter ce froid, ces nuits polaires de plusieurs mois, cette promiscuité, ce paysage monotone à faire passer le Plat Pays de Brel pour un parc d'attractions. Sans compter que la nourriture n'est pas terrible : des boîtes de conserve, dont on finit par apprendre que pour des raisons budgétaires elles ont été achetées à des marchands peu scrupuleux, qui les ont mal soudées et qui diffusent des taux de plombs à faire crever 60 millions de consommateurs (message pour Elise Lucet : du caaaalme, trop tard, ce scandale alimentaire c'était il y a longtemps). Et avec toutes ces conditions de travail déplorables capables de provoquer le burn out d'un CHSCT, le tout pendant plusieurs années, les marins ne se mutinent même pas. Ils sont braves et volontaires il est vrai, mais même Colomb n'aurait pas osé réussi à imposer ça (Christophe hein, l'aventurier aux nouveaux horizons, pas Gérard, le beauf aux nouveaux barbelés aux frontières).


On attend la bête

Mais surtout - surtout ! - il y a une sorte de bête bizarre, issue de la mythologie esquimaude, qui vient tuer les marins. Elle ressemble à un ours énorme avec une tête presque humaine, elle est très fâchée, très puissante, et elle mange les hommes qu'elle trouve sous sa patte. Elle doit avoir un lien, de ce qu'on peut comprendre, avec une esquimaude, accueillie par l'équipage alors qu'elle était en perdition sur la banquise. Coup de bol le capitaine de l'expédition parle sa langue, et apprécie la culture de ce peuple. Le médecin de bord l'aime bien, aussi, et il tombe amoureux d'elle. Un peu d'humanité fraternelle au milieu d'un tas de brutes à peine civilisés par la culture britannique - donc à peine.

Bref, cette grosse bête, c'est une vrai récréation, on ne fait que l'attendre, ça rompt la monotonie et la langueur de l'histoire. Vivement qu'elle vienne chercher à bouffer, se dit-on avec un peu de honte au fond de nous-même.

En attendant l'hiver se prolonge et les marins sont toujours coincés dans les glaces. Alors ils partent à pieds, et certains se mutinent. Les mutins sont des méchants qui pratiquent l'anthropophagie, et heureusement leur chef est bête et croit qu'il pourra amadouer la grosse bête en lui offrant un bout de sa propre langue qu'il découpe courageusement avec son couteau - il faut dire qu'il est un peu jeté, le mec. Mais comme le gros ours n'a aucun sens de la valeur héroïque du geste, il mange le bonhomme avec. Tu parles d'un balourd lui aussi, pour une divinité mythologique on a fait mieux.

Et tout cela nous amène à la fin de l'histoire, où, sans vouloir spoiler, entre les morts de froid, les intoxiqués du plomb, les anthropophagés et les digérés de la bête, il ne reste pas grand monde... Mais à vrai dire, on peut parier que du monde, il n'en reste pas non plus beaucoup devant l'écran...


The Terror, série d'une saison de 10 épisodes, créée par David Kajganich et Soo Hugh à partir du roman Terreur de Dan Simmons. Disponible sur Prime Video.