Affichage des articles dont le libellé est Chat. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Chat. Afficher tous les articles

jeudi 4 octobre 2018

Le Chat du Rabbin, tome 8 : Une "patée philo" bien épicée


Présentation éditeur Ils s'aiment. Lui est juif, elle est catholique. Ils vivent à Alger, et un jour, le Rabbin voit arriver cette jeune femme qui, pour mieux s'intégrer et faire plaisir à son futur époux, veut se convertir au judaïsme. La stupeur le dispute à l'incompréhension : pourquoi vouloir embrasser une foi si compliquée, si irrationnelle, si pénible ? Le Chat et Zlabya sont tous d'accord pour la dissuader, et vont trouver en Knidelette une alliée inattendue...


Il y a des chats normaux, c'est-à-dire mi-dingos, mi-adorables, mi-énervants et mi-attendrissants (je sais il y a trop de mi et alors ? mettez des fa si vous voulez), bref des "putains de chats" comme ceux qui sont décrits dans la dernière chronique de votre serviteur. Il y a aussi le chat fou de Gaston Lagaffe, le chat métaphysique de Geluck, sans oublier Garfield, Hercule (celui de Pif), Tom (celui de Jerry) ou bien sûr Félix (le seul, l'unique). Dans cette grande famille féline de la BD, le Chat du Rabbin tient une place particulière : c'est un chat miroir. Inutile de tenter de lui échapper : il vous renvoie toutes les vérités que vous ne voulez pas entendre sur vous-même, avec une hauteur de vue et une philosophie qui confirment que Michel Onfray est un philosophe de bas étage, niveau terminale, sans vouloir faire insulte aux lycéens. La comparaison est certes facile compte tenu de la pauvreté de réflexion du prétendu philosophe gaucho, mais n'empêche, sur le même sujet de prédilection que ce dernier - la religion - le Chat du Rabbin soulève des pensées bien plus puissantes et secouantes. La "patée philo" à laquelle il nous convie dans ce 8e tome en fait de nouveau la preuve.

"Ne pas penser à la mort"

Dans cette histoire, le rabbin, sollicité par le futur marié pour convertir sa fiancée catholique au judaïsme, refuse. Pas question de remuer Ciel et Terre pour des raisons de cohésion familiale, alors qu'embrasser une religion relève de convictions bien plus profondes. Ce refus va dérégler le parcours bien huilé - bien oint, pourrions-nous dire fort à propos - que le couple avait programmé. Ou plutôt, il va mettre en lumière ce qu'il fallait illuminer. La fiancée s'engage malgré tout dans un apprentissage rigoureux, voire rigoriste, des nombreux rituels de la religion juive. Le futur mari quant à lui tombe amoureux d'une autre femme, et ne sait plus où il en est. Au milieu, le Chat (du Rabbin) philosophe sur la religion : "Tous ces rituels qu'ils accomplissent en permanence, ça sert à ne pas penser... à la mort." "Le Dieu des juifs fait tout pour décourager tout le monde. C'est une méthode pour se désangoisser. Et à mon avis, elle est foireuse."

Mais il miaule aussi psychologie, en mettant le nez du mari dans son complexe d’œdipe. Alors que celui-ci retourne chez sa mère pour examiner sa conscience, et trancher entre rester avec sa promise officielle, ou partir avec son amourette-pour-le-moment-platonique, le Chat lui assène son analyse, plus douloureuse qu'un coup de griffe : monsieur ne veut pas choisir, car "il veut juste rester chez sa maman". En lançant sa fiancée sur la voie de la religion et surtout de ses rituels implacables, il a voulu tester sa capacité à être aussi vertueuse que maman. Avec le secret espoir qu'elle se plante, pour justifier l'arrêt de leur histoire. Pas de bol, la fiancée absorbe tout et y prend même plaisir... Et si monsieur, au fond, ne voulait pas se transformer en mari ni en papa ?
Ce Chat n'a pas de tabou : les excès religieux, les traditions patriarcales mais aussi matriarcales, il les pétrit avec ses petites pattes, les coussinets en avant pour éveiller la confiance, les griffes qui pointent pour faire mal mine de rien... et la langue bien pendue. Rappeuse, comme il se doit.
Le Chat du Rabbin, tome 8 - Petit panier aux amandes. Joann Sfar. Ed. Dargaud, coll. Poisson Pilote. 2018.

lundi 24 septembre 2018

Putain de chat : Se préparer au Grand Remplacement Félin


On ne lit pas ce genre de choses sans connaître soi-même, dans sa chair et son âme, les affres de vivre avec ce fameux félin plus ou moins domestique, dominateur sans le dire, j'ai nommé : le chat. Pour ma part, le cadeau que mon frère m'a fait, en riant sous cape (j'en suis sûr), de cette trilogie (qui vient de feuler vers son 4e tome que je n'ai pas encore lu), est consécutif à l'adoption d'un spécimen de cet animal par mézigue. J'ai pu constater en peu de temps que l'auteur de ces strips bédéesques est un fin connaisseur. Que dis-je, un observateur avisé. Sans doute même mériterait-il un titre universitaire en anthropologie, en éthologie, en zoologie, en sociologie. En philosophie, aussi. Et une Légion d'honneur, pour sa patience et son sacrifice.

Une jungle domestique

Ce que racontent ces fascicules richement documentés, transpirant la violence de la jungle domestique ? La vie quotidienne d'un humain normal, qui pourrait être vous ou moi, aux prises avec les facéties inquiétantes d'un chat. "Inquiétantes", car on peut lire ce que pense la bête. Et si ce qu'on lit est vrai, il faut se tenir prêt à une prise de pouvoir de cette espèce sur la nôtre. A côté, Walking Dead, c'est "E.T" de Spielberg. Qu'on le sache : le chat nous insulte en permanence, joue délibérément voire scientifiquement avec nos nerfs, se moque de nous et cherche à agresser nos testicules quand on en a. Son objectif ultime : la prise de pouvoir. Sa méthode : la guerrilla urbaine, à coups de crottes hors-litière, de griffes en plein jeu, de chutes délibérées de vases et de téléphones portables. Il est concentré sur une guerre lente, psychologique, de déstabilisation. Pour le contrer, dame nature nous a heureusement dotés de doigts de fée pour lui grattouiller le menton et le ventre, et de croquettes pour le soumettre à son point faible : l'estomac. C'est à peu près tout, ne cherchez pas.

Afin de se préparer au GRF (le Grand Remplacement Félin), il faut avoir lu ces trois tomes et s'apprêter à lire le quatrième (s'il est encore temps). Juste un détail qui me chiffonne, comme disait l'inspecteur Columbo (qui avait un chien) : comment il sait, l'auteur, ce que les chats se disent ? Comment connaît-il leur langage ? Et si lui-même était un chat mutant, nous préparant mentalement à une domination féline ? Nous devons savoir. Le monde doit savoir. Il en va de la survie de l'espèce humaine. 

Putain de chat, 4 tomes parus. Par Stéphane Lapuss'. 2016 à 2018. Ed. Monsieur Pop Corn. 
Page Facebook Putain de Chat -> ici.