BD, romans, polars, séries TV, films, théâtre, musiques… Chroniques subjectives légères, parfois sérieuses, souvent narquoises, voire râleuses.
mercredi 31 décembre 2014
14-18, Les Chemins de l'enfer : Ces premiers humains qu'on tue
Et voici la suite de la série "14-18", qui suit un groupe d'habitants d'un petit village français au fil des années de guerre. Le premier tome, "Le Petit Soldat", campait les personnages et partait de la mobilisation générale et des prémices du conflit, avec ses répercussions sur la vie de la bande d'amis. Dans ce deuxième opus, on entre de plain-pied dans la guerre, la vraie, celle qui tue, en septembre 1914. Ce sont les débuts, rapides, d'une prise de conscience : finalement, les Boches, on ne les repoussera pas rapidement jusqu'à Berlin en quelques semaines. Cela va durer ("L'impression que ça dure depuis longtemps, que nous sommes condamnés à nous battre pour toujours", dit un personnage avant de prier en partant à l'assaut). Cela va tuer. Cela va pleurer, au front comme à l'arrière, chez les combattants comme dans leurs familles. Ce sont les premiers humains qu'on tue, c'est la peur qui ronge le ventre et qui pousse à se mutiler pour retourner à l'arrière, à mentir, à mettre un chiffon ensanglanté sur ses prétentions patriotiques, c'est la gnôle qu'on boit autant pour se remonter le moral que pour anesthésier la morale.
Ce deuxième album poursuit l'oeuvre de façon intéressante et reste dans le focus de la série : décrire le vécu des gens. L'histoire au niveau des tranchées. Avec Corbeyran au scénario et Le Roux au dessin, pas d'inquiétude, on est entre de bonnes mains.
"14-18 : Les Chemins de l'enfer (septembre 1914)" - Eric Corbeyran et Etienne Le Roux. Editions Delcourt. Novembre 2014.
mercredi 24 décembre 2014
Metronom' : La culture attaque le glauque
Ce qui frappe d'emblée dans l'univers de Metronom', c'est la glauquitude des lieux. Les couleurs sont sombres, dominantes bleues ou brunes. On est bien sur Terre, on ne sait pas trop dans quel pays, et on ne sait pas trop dans quel futur non plus, mais c'est franchement pas joyeux d'y vivre. Le niveau technologique semble élevé, mais tout est sale, plein de détritus, comme une dalle de ville nouvelle mais en plus crade et délabré encore. Ça sent la merde et l'huile de moteur à pleines pages.
Les gens sont sous le joug d'une dictature, qui prétend donner la parole aux citoyens par le biais de référendums truqués, destinés à légitimer des décisions aussi délirantes que l'interdiction du suicide. Le tout sous un régime de corsetage de la presse qui n'a rien à envier aux dictatures actuelles ou passées de tous poils. Dans cet univers oppressant et répressif, seuls les oiseaux, omniprésents et polluant de pattes de mouches chaque vue d'extérieur, semblent libres.
L'histoire elle-même recèle pas mal de dimensions - romanesque, science-fictionnelle, aventurière, policière... - mais la dimension politique est prépondérante : face au pouvoir dictatorial et totalitaire, un groupe d'individus agit pour la liberté. Par la meilleure arme de ceux qui n'ont pas de force armée : la culture. Ils préparent clandestinement une pièce de théâtre qui dénonce le totalitarisme. Et surtout ils diffusent discrètement un livre qui dénonce par allégorie les abus du pouvoir : le Métronome. En espérant que les esprits embrigadés de ceux qu'on ne peut même plus définir comme "citoyens" soient réveillés par ces pages et se révoltent pour obtenir leur émancipation. Parallèlement, d'autres individus, dont un vrai journaliste, sont en quête d'informations sur un virus qui a atteint des éboueurs de l'espace - et parmi eux le mari d'une héroïne de l'histoire -, virus dont l'existence est cachée par le pouvoir.
Un grand dessein culturo-émancipateur
Au terme du 4e et (provisoirement) dernier épisode, on semble pas loin du dénouement. Avec des tas de questions en suspens. Que vont devenir les deux personnages qui cherchent la vérité sur ce virus, et qui sont dans de sales draps depuis qu'ils se sont fait chopper par la police dans le dernier opus ? Que vont devenir les rebelles et leur grand dessein culturo-émancipateur ? Le totalitarisme tombera-t-il à la lumière du Métronome ? Ce serait en tout cas une des rares fois dans l'histoire de l'humanité qu'une rébellion interne renverse à elle seule une dictature, sans intervention ou pressions extérieures. Contre l'occupation nazie, des résistants certes, mais aussi des Alliés. Contre l'occupation britannique en Inde, l'action de Gandhi soit, mais aussi la pression internationale. Contre l'apartheid sud-africain, un Mandela bien heureusement, mais aussi un boycott économique et politique quasi mondial... Contre le communisme du bloc soviétique, des dissidents courageux, mais aussi un étranglement économique.
Or là, dans cette histoire, point d'acteurs externes pour l'instant en vue. Juste quelques individus courageux, de ceux dont on se dit : "Si je vivais là, j'aimerais être l'un d'eux". Aurions-nous ce courage ? Mais ne boudons pas notre plaisir de lire l'apologie de l'émancipation, et rappelons-nous qu'il reste du boulot pour éradiquer la folie totalitaire dans pas mal de contrées de notre monde actuel. Ceci dit, tant qu'on est devant notre écran d'ordinateur ou de smartphone, on ne fait pas grand-chose, hein ? Mais allez, faut pas culpabiliser.
En attendant, vivement la suite de cette série. Avec enfin une réponse à la grande question : la culture est-elle un rempart contre la barbarie ? Vous avez 5 tomes.
Metronom'. Eric Corbeyran (scénario) et Grun (dessins). Editions Glénat. 4 tomes parus de 2010 à fin 2013.
Il y a même des bandes annonces sur ces BD sur le site de Glénat. Classe.
Or là, dans cette histoire, point d'acteurs externes pour l'instant en vue. Juste quelques individus courageux, de ceux dont on se dit : "Si je vivais là, j'aimerais être l'un d'eux". Aurions-nous ce courage ? Mais ne boudons pas notre plaisir de lire l'apologie de l'émancipation, et rappelons-nous qu'il reste du boulot pour éradiquer la folie totalitaire dans pas mal de contrées de notre monde actuel. Ceci dit, tant qu'on est devant notre écran d'ordinateur ou de smartphone, on ne fait pas grand-chose, hein ? Mais allez, faut pas culpabiliser.
En attendant, vivement la suite de cette série. Avec enfin une réponse à la grande question : la culture est-elle un rempart contre la barbarie ? Vous avez 5 tomes.
Metronom'. Eric Corbeyran (scénario) et Grun (dessins). Editions Glénat. 4 tomes parus de 2010 à fin 2013.
Il y a même des bandes annonces sur ces BD sur le site de Glénat. Classe.
samedi 13 décembre 2014
"Stratégie de l'Inespoir" : Thiéfaine a marché dans le vécu
Rien que la couverture du dernier album de Thiéfaine, Stratégie de l'Inespoir, c'est genre : j'ai un truc pour mettre sur les yeux pour quand je suis dans l'avion et que je veux dormir, mais ça veut pas dire que je passe mon temps dans un avion, mais que vraiment le monde va si mal que je suis dans l'inespoir et que je ne veux plus rien voir.
Bon franchement j'ai adoré Hubert-Felix Thiéfaine quand j'étais jeune, comme tous les quinquas ou quasi-quinquas d'aujourd'hui qui avaient 25 ans à l'époque, à trouver vachement super cool éclatant des chansons comme La Fille du Coupeur de joints, vachement dansé et hurlé dans les soirées légèrement alcoolisées au vin rouge qui tache ; ou Loreleï, Loreleï, au rythme vachement lancinant mais beau ; ou encore Les Dingues et les Paumés, vachement signifiant parce qu'à ce qu'il paraît Hubert Félix fut infirmier psychiatrique et il en gardé des souvenirs hyper marquant tu vois. Je rigole un peu, mais j'adorais vraiment, et je trouve Les Dingues et les Paumés très (voire vachement) abouti.
Donc là surgit un nouvel album du Maître, je me dis "Tiens je vais écouter, on ne sait jamais, ça fait hyper (voire vachement) longtemps que je n'ai pas écouté du HFT". Et là, gonflade rapide. La musique, passe encore. Rien de très prenant, rien de lancinant, rien d'entraînant, mais peut-être n'ais-je pas pris le temps de la pénétration musicale dans mes petits neurones. Mais alors les paroles ! Non vraiment, une caricature des paroles les plus "baths" de l'artiste dans les années 80, des mots qui se suivent et qui se veulent ultra interpellant au niveau du vécu, comme un poème d'ado qui se dit que "si l'auditeur ne comprend pas c'est normal c'est profond tu peux pas comprendre".
Eh ben mon gars, si je ne peux pas comprendre, je ne peux pas acheter. Si on me demande de marcher dans le vécu, je fais gaffe à mes pompes. Je viens de trouver sur le site de France Inter la preuve absolue que j'ai vachement raison. On y trouve une parole de Hubert-Felix Thiéfaine qui dit : "J'élargis le hublot pour laisser entrer le soleil. J'ai en moi de la grisaille et des brumes d'automne, mais en même temps des envies de ramener des couleurs plus vives".
Mais surtout, on a une citation de Didier Varrod, directeur de la musique de France Inter, que je ne connais pas mais ce n'est vraiment pas grave, et qui justifie le ton de cette modeste chronique :"C’est le grand retour de Thiéfaine, cet aviveur de mots, à peine revenu de l’état des lieux Nietzschéen de son précédent album "suppléments de mensonges", et déjà remis en selle par la grâce d’un néologisme verlainien "l’inespoir" comme pour nous signifier un état de conscience d’extrême lucidité qui transcende toute la noirceur du désespoir."
Et je ne vous parle pas de la critique dithyrambique de Télérama. Quelqu'un a un doliprane ? Allez, au revoir...
Revue Dessinée d'hiver : Mâtin, quelle revue !
La 6e livraison de la Revue Dessinée est toujours sous le signe de la qualité (des reportages et des dessins), conjoncturellement sous le signe du froid (c'est le numéro d'hiver, malgré la végétation équatoriale qui tapisse sa couverture) et parcourue d'un fil rouge (enfin j'ai trouvé ça) : le risque.
Et des risques, en veux-tu, en voilà !
Le risque Sarkozy : pas seulement celui qu'il fait peser sur nous en tentant de retrouver le pouvoir, mais aussi celui qu'il a lui-même pris ces dernières années en se plaçant au centre de multiples affaires. Une enquête dessinée permet d'y voir plus clair dans ce magma nauséabond qui mériterait d'aller directement à la case Prison, sans toucher un quinquennat.
Le risque d'être un tueur : la case Prison est là inéluctable, et la revue a suivi une enquête policière de A (comme assassinat) à Z (comme Zut la police m'a retrouvé), avec des agents du fameux "36, quai des Orfèvres". Tout simplement intéressant, palpitant, humain, avec des vrais gens dedans. A ne pas rater.
Le risque Travail : là on n'est pas en prison, mais dans le témoignage d'un ancien journaliste qui a dû passer par la case intérim pour simplement vivre. Il y raconte les longues attentes auprès du téléphone dans l'espoir de grappiller quelques jours ou quelques heures de boulot, les tâches ingrates, aux gestes répétitifs, et la fâcheuse propension des employeurs de caser les intérimaires sur des jobs parfois dangereux pour la santé. Après tout, ce ne sont que des salariés de passage, non ? Avec le risque supplémentaire, quand on est précaire et qu'il n'y a pas de syndicat dans la boîte (ou que ceux-ci ne se bougent que pour les salariés stables), de se retrouver dehors si on veut dénoncer ces aberrations. Pas la prison certes, mais de fortes contraintes sur le temps, l'argent, l'esprit.
Le risque culturel osé et gagnant : on sort totalement de l'enfermement, pour entrer dans les cases... de BD, avec la narration de l'aventure du journal Pilote ("Mâtin, quel journal !") et la révolution culturelle qui agitait le monde de la bande dessinée dans les années 60. C'est pas mal fait, et surtout, elle repose sur une interview dessinée du grand, du sublime, du dieu de la BD d'humour, de faribole et de dérision : j'ai nommé Marcel Gotlib.
En revanche, si la Revue Dessinée s'est risquée à ouvrir des rubriques sur des créneaux décalés par rapport à la BD, je n'y adhère pas des masses. Toujours pas trouvé l'intérêt de l'analyse d'un film (là : Affreux, sales et méchants) avec des dessins. Quant à la chronique musicale, qui raconte la vie et l'oeuvre d'un artiste, ce mois-ci encore, elle doit s'adresser aux bobos ultra-téléramiens canal historique tendance underground. Tant pis, je n'ai pas la joie de faire partie des initiés.
Et je ne prendrai pas le risque de tenter d'en faire partie.
A noter toujours l'excellent site de la Revue Dessinée.
La Revue Dessinée. Hiver 2014-2015. N° 6.
Le risque d'être un tueur : la case Prison est là inéluctable, et la revue a suivi une enquête policière de A (comme assassinat) à Z (comme Zut la police m'a retrouvé), avec des agents du fameux "36, quai des Orfèvres". Tout simplement intéressant, palpitant, humain, avec des vrais gens dedans. A ne pas rater.
Le risque Travail : là on n'est pas en prison, mais dans le témoignage d'un ancien journaliste qui a dû passer par la case intérim pour simplement vivre. Il y raconte les longues attentes auprès du téléphone dans l'espoir de grappiller quelques jours ou quelques heures de boulot, les tâches ingrates, aux gestes répétitifs, et la fâcheuse propension des employeurs de caser les intérimaires sur des jobs parfois dangereux pour la santé. Après tout, ce ne sont que des salariés de passage, non ? Avec le risque supplémentaire, quand on est précaire et qu'il n'y a pas de syndicat dans la boîte (ou que ceux-ci ne se bougent que pour les salariés stables), de se retrouver dehors si on veut dénoncer ces aberrations. Pas la prison certes, mais de fortes contraintes sur le temps, l'argent, l'esprit.
Le risque culturel osé et gagnant : on sort totalement de l'enfermement, pour entrer dans les cases... de BD, avec la narration de l'aventure du journal Pilote ("Mâtin, quel journal !") et la révolution culturelle qui agitait le monde de la bande dessinée dans les années 60. C'est pas mal fait, et surtout, elle repose sur une interview dessinée du grand, du sublime, du dieu de la BD d'humour, de faribole et de dérision : j'ai nommé Marcel Gotlib.
En revanche, si la Revue Dessinée s'est risquée à ouvrir des rubriques sur des créneaux décalés par rapport à la BD, je n'y adhère pas des masses. Toujours pas trouvé l'intérêt de l'analyse d'un film (là : Affreux, sales et méchants) avec des dessins. Quant à la chronique musicale, qui raconte la vie et l'oeuvre d'un artiste, ce mois-ci encore, elle doit s'adresser aux bobos ultra-téléramiens canal historique tendance underground. Tant pis, je n'ai pas la joie de faire partie des initiés.
Et je ne prendrai pas le risque de tenter d'en faire partie.
A noter toujours l'excellent site de la Revue Dessinée.
La Revue Dessinée. Hiver 2014-2015. N° 6.
lundi 1 décembre 2014
Le Lauréat : MILF, amour et révolte
![]() |
| Cette jambe féminine n'appartient pas à Anne Bancroft. Mais à Linda Gray : Sue Ellen dans Dallas ! (info véridique, importante pour briller en soirée) |
Revoir Le Lauréat (de Mike Nichols, faut-il le préciser), lundi soir sur la télévision numérique terrestre, trente ans après l'avoir vu au cinéma... Snif, la nostalgie m'étreint (de voyageurs. C'est pas drôle ok mais c'est moins dangereux que la nostalgie m'habite). Une nostalgie d'autant plus saisissante (yago du Chili) que la musique, de Paul Simon, dont le célébrissime "Mrs Robinson", fait partie d'un 33 tours que j'écoutais en boucles quand j'avais 13 ans chez un pote qui écoutait aussi Johnny Halliday, c'est vous dire comment je l'ai échappé belle niveau choix musicaux.
Trente ans donc que je ne l'avais pas vu, ce film. Et il avait déjà 17 ans (calculez bien : il est donc sorti en 1967, bravo).
Quand on y pense... Dans les années 60, le film fait le gros scandale sur un truc qui fait maintenant partie des fantasmes favoris des fans de Youporn des années 2010 : un petit jeune (Dustin Hoffman) se fait honteusement draguer par une MILF (Anne Bancroft) et se la tape ! Et bien sûr (mais là on sort du genre Youporn pour aller sur le drame antique), il finit par tomber amoureux de sa fille (à la MILF, suivez un peu), jouée par Katharine Ross.
Mais !
Mais comme on n'est pas à une contradiction près, et comme on n'est pas encore en 1968 (à un an près) et que la dépravation n'a pas totalement atteint l'esprit fragile des jeunes, s'il est amoureux, alors il faut se marier ! Bah oui. Et là, on sent le poids des habitudes familiales, de l'autorité, des interdits édictés par les parents (ah le bon vieux temps). La maman (la MILF donc), ultra jalouse et fort marrie d'avoir perdu son amant (ah ah !), use de fourberie pour conduire sa fille à rejeter Dustin Hoffman, et lui faire préférer un autre jeune homme, de bonne famille certes, mais de bonne tête de nœud aussi. Et là c'est triste, car malgré une course haletante du héros pour tenter de stopper l'inéluctable, le mariage a bien lieu avec le naze.
Mais !
Mais comme on n'est pas loin non plus de 1968, le final du film livre en quelques minutes tous les éléments de rébellion contre la société que la jeunesse portera dans cette période. Le héros enlève sa bien aimée consentante, et le jeune couple convole. Ainsi soit-il : famille, je vous hais et je vous emmerde ; le mariage est prononcé mais on s'en fout ; la croix chrétienne n'est pas sacrée ; il n'y a pas de chemin tout tracé décidé par d'autres que moi...
Et finalement, même trente après, c'est frais.
lundi 24 novembre 2014
Raoul Petite, le grand nom du Luberon
Je ne connaissais pas Raoul Petite avant de tomber dessus par hasard sur un site de musique à la demande dont je tairai le nom mais qui sonne à l'oreille comme l'heure à laquelle je commence seulement à me déglauquer le matin.
Et Raoul Petite, pour déglauquer, ça déglauque. A toute heure du jour et de la nuit.
En résumé, et sur trois axes (comme disent les diplômés) :
- Ça râle : contre le systême qui ne le récupèrera pas ("Ouais c'est ça ouais..."), contre le colonialisme et ses suites (avec une excellente reprise de Mamadou m'a dit de François Béranger), contre les dérives commerciales en tous genres.
- Ça rigole : sur les paranos (Paranorama), sur la voisine (Voisine), sur soi-même (Raoul Petite n'est pas avare d'autodérision), et sur tout ce qu'on veut...
- Ça met la pêche : "si Raoul Petite a su créer son propre style, tour à tour qualifié de « barock’n roll » ou de « rock agricole sophistiqué », certaines influences sont indéniables, en particulier celle de Frank Zappa à qui il est explicitement rendu hommage dans différents albums. Le groupe associe des textes humoristiques, ciselés et décalés, à des airs métissés, alternant les riffs arabo-reggae aux morceaux plus hard, les hymnes folk-rock aux rengaines slaves" (article de Wikipedia, sans qui j'aurais été incapable de mettre des mots sur ce style de musique).
Et puis un groupe qui se forme à Apt dans le Luberon, avec un leader surnomme Carton, ça ne peut qu'être intéressant à écouter. Voyez et écoutez plutôt :
lundi 17 novembre 2014
Rugby : Assez des "Cinq dernières minutes", rendez-nous Columbo
J'ai regardé le match de rugby France-Australie samedi soir.
Je pense que le XV de France est sponsorisé par les canapés Château d'Ax (sans la pouf blonde de la pub). Anéfé, les canapés ne peuvent pas résister aux griffes des membres supérieurs d'un individu normalement constitué atteint de gestes de nervosité extrême face aux cinq dernières minutes que cette équipe nous inflige systématiquement. Les Boules Quies sont aussi de la partie, à n'en pas douter, pour protéger les oreilles des hurlements du supporter moyen en train d'estimer que "non vraiment ptain mais pourquoi on se fait rattraper à chaque fois?!"
C'est insupportable. Étouffant. Pas croyable.
Et pourtant. La source de tous ces maux est facile à identifier : les managers du XV des Bleus ont la quarantaine. Ils ont été biberonnés à des séries policières dans les années 80 qui les ont marqués. Séries dont le dénouement final rivalisait d'ingéniosité pour susciter un torride suspens. Rappelez-vous : Arsène Lupin, L'Heure Simenon, Mimi Cracra... Autant de bijoux télévisuels qui ont donné à nos vaillants managers rugbystiques un goût prononcé pour le péril de dernière minute. Pensez-y. Et vous vous direz : bon sang de bon soir, mais c'est bien sûr !
Comparez : la génération précédente, avec des fins de matchs moins stressantes, de qui est-elle l'héritière ? De Columbo. On sait tout dès le départ.
Il y a toujours des retours de mode. Ça tombe bien, et je le dis haut et fort à la face de la FFR : rendez-nous Columbo !
dimanche 9 novembre 2014
Revue Dessinée d'automne : une bonne livraison d'enquêtes politiques et sociales
Oui je sais, le numéro 5 d'automne de la Revue Dessinée est paru depuis début septembre et nous sommes début novembre. Mais on est encore en automne que je sache, donc je suis dans les temps.
Cette nouvelle livraison présente toujours des enquêtes, des reportages, des documentaires très bien fouillés, avec un vrai travail de journalisme mis en scène par une excellente troupe de dessinateurs. Sur le principe, sur la forme, c'est (toujours) très bon.
Les années 70, société violente
Dans ce numéro : une enquête sur l'assassinat du juge Renaud, en 1975. Le titre de cette séquence résume bien le contexte : "Crime d'Etat". C'est la grande époque de la Guerre froide, des "années de plomb" qui suivent Mai-68, c'est le règne du SAC, Service d'action civique, et de ses basses œuvres. C'est une société violente au sens premier du terme. La société d'aujourd'hui est également violente, c'est vrai, mais surtout sur le plan social et économique. A l'époque, on n'hésite pas à poser des bombes ou à tirer à vue sur des gens dans l'espoir crétin de faire triompher une cause.Face à ces malfrats, il y avait des héros, et apparemment le juge Renaud en faisait partie, qui prétendait pouvoir faire face : "Que ce soit le pape ou le président de la République, des députés ou des sénateurs, j'en ai rien à foutre, si quelqu'un doit aller en taule, il ira !" disait-il. Courageux. Mais suicidaire, dans le contexte, quand on s'attaque, comme lui, ni plus ni moins qu'au financement occulte et voyou d'un parti politique au pouvoir, défendu par le sinistre SAC.
Bref, Benoît Collombat, grand reporter à France Inter, enquête sur cette trouble affaire, sous le crayon de Etienne Davodeau. Et le moins qu'on puisse dire c'est que c'est glauque, et que les affaires qui touchent aujourd'hui l'UMP - ou je ne sais quel tordu dit "de gauche" qui ne paye pas ses impôts ou planque son argent en Suisse - à côté, c'est les aventures du Club des Cinq (pour repiquer dans une littérature jeunesse de la Bibliothèque Verte des mêmes années 70). Une enquête très bien menée. Seul bémol, la BD relate les entretiens avec les différents protagonistes encore en vie, mais du coup le dessin n'apporte pas beaucoup de plus-value par rapport à un reportage écrit. Cette remarque est valable pour d'autres BD de la Revue.
Rions sur la xyloglossie
A propos de politique, j'aime bien la petite chronique sur le langage, "La sémantique, c'est élastique", consacrée cette fois-ci à la "xyloglossie", autrement dit à la "langue de bois". Où on apprend que l'expression vient du russe "langue de chêne", qui se moquait de la bureaucratie tsariste, et qui est devenue "langue de bois" à l'époque soviétique. En Allemagne on parle de "langue de béton" et de "langue de plomb" en Chine... Le "héros" linguiste de la chronique interpelle François Hollande et Jean-François Copé, qui répliquent dans une parfaite xyloglossie, c'est assez marrant.
Côté social, on trouve une enquête intéressante sur les salariés qui doivent se déplacer à la semaine pour renforcer des équipes sur un autre site, éloigné, de leur entreprise. Un univers d'hommes, contraints de s'éloigner de leurs familles toute la semaine, pour garder un emploi. Dommage, ce reportage n'est pas en BD, et les illustrations ne me plaisent pas. Pas inintéressant mais un peu trop prudent : l'auteur ne s'avance pas beaucoup. C'est bien ou pas ? Après tout, la mobilité géographique est une question importante qui mérite d'être questionnée dans un pays où ce n'est pas, loin de là, inscrit dans les habitudes... Mais cette séquence ne permet pas trop d'avancer sur le sujet.
Enfin de la pédagogie économique, avec une explication un peu ardue mais passionnante et éclairante sur le piège des emprunts toxiques dans lequel sont tombés moult communes de France. L'engrenage est redoutable.
Enfin de la pédagogie économique, avec une explication un peu ardue mais passionnante et éclairante sur le piège des emprunts toxiques dans lequel sont tombés moult communes de France. L'engrenage est redoutable.
En revanche, je reste froid devant la nouvelle rubrique "La Revue des cinés", qui commente et explique une séquence d'un film culte. En l'occurrence un extrait du "Cabinet du Dr Caligari". Je ne vois pas l'intérêt, dans le registre visuel, de reprendre un autre registre visuel. Là aussi, la plus-value de la BD m'échappe.
Mais au total, encore un beau numéro, très pédago, et un appel à s'abonner à cette Revue car elle est une initiative originale qui mérite de s'inscrire dans le long terme.
La Revue Dessinée n° 5. Automne 2014. http://www.larevuedessinee.fr
Mais au total, encore un beau numéro, très pédago, et un appel à s'abonner à cette Revue car elle est une initiative originale qui mérite de s'inscrire dans le long terme.
La Revue Dessinée n° 5. Automne 2014. http://www.larevuedessinee.fr
jeudi 23 octobre 2014
The Walking Dead : Et vous, combien de rôdeurs avez-vous tué ?
Des râles, un corps qui se déplace comme un gros naze, de la chair putréfiée, un regard qui manifeste assez peu d'amour pour son prochain, une mâchoire qui se referme sur votre épaule... Trop tard, vous voilà vous aussi, dans quelques minutes, un "walking dead".
Devenir accro à la série The Walking Dead prend le même chemin contaminant : l'approcher, la regarder, y entrer, se laisser entraîner, c'est choper le virus. Idem pour la BD, qui est à l'origine de la série télé, avec le même fond de contexte, les mêmes personnages, mais pas toujours les mêmes aventures et en tout cas (sauf le tome 1) pas dans le même tempo. Du coup, évitez de suivre la série sur les deux supports en même temps : ça embrouille sec.
A l'approche de l'arrivée de la saison 5 sur les écrans français (mais diffusé en ce moment même aux USA et qu'on peut voir sur internet en cherchant un peu), je veux le dire : le virus m'a atteint.
Au moins deux ou trois causes à l'origine de ma contamination :
- C'est la fin du monde. Ou d'un monde. Et c'est super excitant. Qui n'a jamais, dans sa tendre jeunesse boutonneuse, fantasmé qu'en se réveillant demain matin, on se retrouverait seul au monde, tout le monde aurait disparu, sauf peut-être sa petite copine (ou petit copain, je ne veux me fâcher avec personne) ? Bon certes, dans The Walking Dead on n'aurait pas envie de se retrouver totalement tout seul. Mais refaire le monde, c'est un job fascinant.
- J'aime bien Man vs Wild. Vous savez, le timbré, Bear Grylls, qui se jette dans les canyon avec un intestin de coyote gonflé en guise de bouée, qui traverse des déserts sous un soleil de plomb en buvant son urine ou qui plonge à poil dans l'eau gelée du pôle Sud juste pour plonger à poil dans l'eau gelée du pôle Sud ? Eh bien j'aime bien. Et The Walking Dead c'est un peu pareil : des humains qui doivent survivre dans une nature hostile. Comme dans Man vs Wild, on ne sait pas où ils vont. Vous avez remarqué ? Où il va, Bear Grylls ? Ben on ne sait pas. Par contre, franchement, les humains de la série sont gâtés : ils mangent des écureuils, tandis que l'autre tordu se contente de vers gluants.
- Enfin, dernier point qui m'a attiré dans les bras des Walking Dead : je suis misanthrope. Et dans la série, finalement, les pires, ce sont les autres humains. Les zombies, on sait facilement ce qu'ils veulent : vous bouffer. Les humains, c'est plus sournois. Il y en a même, dans la saison 5 (attention je vais spoiler) qui cherchent à vous bouffer aussi.
Et puis ils sont bien foutus, les "rôdeurs" : ils sont laids, ils font autant frémir que les zombies de la Nuit des Morts Vivants du siècle dernier (donc ils font rire), et leur démarche est impayable. Non, ce qui fait le plus peur, c'est cette situation de grande crise des relations humaines. C'est la jungle, la préhistoire, et il faut compter sur un effort d'humanité terrible des héros de la série. Finalement, on se plaint aujourd'hui, mais on arrive à vivre en société. Certes, il suffirait de peu pour réveiller la bête qui dort, et chez certains, le pas vers la zombification est sans doute franchi. Restons donc vigilants, les "rôdeurs" ne sont pas loin... Comme Rick, le héro principal, posons systématiquement la question à ceux que nous rencontrons : "Combien de rôdeurs avez-vous tué ? Combien de personnes ? Pourquoi ?"
Je suis misanthrope, je vous dis.
Pour aller plus loin
Un site fait la comparaison entre la BD et la série. Intéressant, mais attention, ça spoile dans tous les coins...dimanche 5 octobre 2014
"1914-1918, Chansons contre la guerre" : Pour que règnent la paix, la justice et la liberté !
Les "Chansons contre la guerre", c'est comme un album de CD qui serait particulièrement complet. Il y a le CD à l'intérieur bien sûr. Mais aussi des textes, qui expliquent le contexte de chaque chanson, avec leurs paroles. Et des dessins de Tardi. Comme une évidence, tant Tardi a travaillé et produit sur la guerre 14-18. D'ailleurs sur le CD, on entend Tardi dire des morceaux de textes extraits de ses BD, entre deux chansons. A la fin du recueil, on trouve aussi quelques photos d'époque.
Le CD, donc. Des chansons contre la guerre, comme son nom l'indique, la guerre 14-18. Des chansons qu'on n'écouterait pas tous les jours, c'est pas du joyeux. Mais chaque fois ça prend aux tripes (sans mauvais jeu de mots avec les horreurs que subissaient les soldats à l'époque). On y trouve bien sûr le Déserteur, de Vian, mais aussi, moins connue, la Butte rouge, la Chanson de Craonne, ou encore d'autres chansons du même tonneau écrites et/ou interprétées par Dominique Grange. Des chansons qui disent par exemple ("Fraternité", de Sébastien Faure) :
"Nous, nous voulons, amis
Que sur toute la terre
Règnent avec la paix, justice et liberté
Nous voulons, des pays
Abolir les frontières
Tous les peuples sont faits pour la fraternité !"
Alors oui, il y a de la naïveté. Une naïveté qui me touche car elle fleure bon ma jeunesse antikaki, ma crise d'ado contre la société, mes espoirs de jours meilleurs. J'aurais pu être séminariste pour faire chier mes parents, rock star pour emmerder mes voisins, clown pour faire peur aux gamins... Mais non, j'étais juste contre l'armée. Et même si je ne suis plus antimilitariste, même si l'anarchie n'est plus pour moi qu'une poésie politique, je reste horrifié par la bêtise absolue que représente la guerre 14-18. Et en 14-18, pas de naïveté. Quand on fréquente la mort au quotidien, il faut chanter pour s'accrocher. J'aurais aussi chanté ces chansons. Enfin, j'espère.
Ces chansons sont touchantes parce qu'elles sont de chair (pas de celle prévue pour le canon) et d'os (pas de ceux qu'on jette aux chiens). D'hommes, quoi. D'hommes qui crient leur dignité, et proclament haut et fort la supériorité des valeurs humaines sur la redoutable crétinerie de la hiérarchie de guerre. Ils chantaient des vers pour se moquer de la mort, ils chantaient en canon pour oublier la mitraille, ils poussaient la complainte pour recouvrir les râles. Mais aussi pour rêver de la paix et d'un monde meilleur. Voilà un beau recueil pour ne pas oublier l'essentiel.
Chansons contre la guerre. Chansons : Dominique Grange. Textes : Jean-Pierre Verney. Dessins : Tardi. Casterman. Août 2014
mardi 16 septembre 2014
Juillet de Sang : Je ne vous dis que ça
Richard Dane se fait cambrioler mais il tue le malfrat. Pas de bol, le père du malfrat n'est pas content et veut se venger. Mais... Je n'en dis pas plus. J'ajoute juste que tout cela va finir en bain de sang et impliquer une mafia mexicaine du sud des Etats-Unis.
Je n'en dis pas plus, mais j'aurais bien envie de vous dévoiler toute l'intrigue, tant elle est étonnante, stressante et parfois drôle. Vous me diriez : "Pas grave, je ne lirai pas ce polar, il y en a plein d'autres." Vous auriez en partie raison. D'autant que pour avoir lu un autre polar du même auteur (L'Arbre à Bouteilles), vous pourriez vous tourner vers une autre de ses œuvres et y prendre le même plaisir que j'ai eu à les lire.
Mais vous n'auriez qu'en partie raison de prendre cette menace à la légère. Car Juillet de Sang a été porté en film, et sortira dans les salles françaises en décembre. Là, dans peu de temps. Et les extraits que j'ai pu voir ainsi que la bande annonce sentent bon l'ambiance terrible du livre, la tension qui monte, les personnages hauts en couleur, la violence latente et la violence déclarée, les menaces... Une bonne transposition, apparemment. Et donc si le battage médiatique est bon, et comme vous n'êtes pas raisonnables, vous irez voir le film. Vous aurez sûrement raison. Mais si je vous ai tout dit avant, ça risque de gâcher.
Je serai donc bon seigneur et... je n'en dirai pas plus. Ce n'est pas le chef-d'oeuvre inoubliable, mais l'intrigue est originale et bien ficelée. Entre le personnage principal qui se demande dans quel merdier il est tombé, le père qui veut se venger mais qui finira par (je n'en dis pas plus), et le détective un peu plouc-Texan-macho mais très pro (et au comportement lourdingue qui force le rire), on ne s'ennuie pas.
J'ai lu le livre, j'ai hâte de voir le film. Mais si vous l'avez déjà vu (aux Etats-Unis où il est sorti depuis janvier)... ne m'en dites pas plus.
Juillet de Sang, par Joe R. Lansdale, Folio Policier, 320 pages.
lundi 1 septembre 2014
The Salvation : Moi, spectateur, j'ai bien aimé
Parce que moi, spectateur, j'aime bien regarder des westerns des fois.
Moi spectateur, j'aime bien les westerns qui ne concernent pas les Indiens, mais qui rappellent que les "cow-boys" était des immigrés d'Europe, des Danois, des Français, des Italiens, et pas seulement des Anglais.
Moi, spectateur, j'aime bien voir le sang gicler et les tripes s'étaler.
Moi, spectateur, j'aime bien sentir mon sang glacer et mes tripes se nouer. Sans pause, pendant une heure et demie.
Moi, spectateur, j'aime voir les personnages fourbes se faire détruire par les gentils. Et haïr les méchants qui font du mal aux gens biens.
Moi, spectateur, j'aime bien Eric Cantonna, même quand il joue au méchant, et même si on ne le voit que quelques minutes pour dire trois pauvres phrases en anglais, sans bien se rendre compte s'il les prononce avec l'accent méridional et ça c'est dommage.
Bref, moi spectateur, j'aime bien regarder un bon vieux film avec toutes les bonnes recettes du western à la Sergio Leone et de superbes images en plus, et j'ai bien aimé ce film.
The Salvation. Western britannico-dano-sud-africain (rien que ça, ça m'éclate), réalisé par Kristian Levring.
dimanche 31 août 2014
"14-18, Le Petit Soldat" : Début de guerre, début de saga
L'entrée en matière est brutale : 1919, une femme accompagne son mari chez le médecin. Le visage enroulé dans une écharpe, l'homme se découvre. C'est une "gueule cassée" particulièrement amochée. Non seulement les restes de son visage ne sont plus guère humains, non seulement il souffre atrocement, mais il semble bien atteint psychologiquement : il anone sans arrêt la même phrase, difficilement quand on n'a plus de machoire : "Il a été blessé, il a perdu sa baïonnette, il ne peut plus se défendre, tu peux le protéger, toi, tu es un vrai soldat".
Pour comprendre cet épilogue, il faut maintenant replonger cinq ans plus tôt, au début de la guerre 14-18. Et c'est parti pour une saga de 10 albums prévus, qui paraîtront jusqu'en 2019. Le nom de la série a dû torturer les méninges d'un bataillon de communicants : "14-18". Point très positif : chaque album a un début et une fin, sans "A suivre" à la fin, même si la succession des BD suivra l'évolution de la guerre.
Le tome 1, intitulé "Le Petit Soldat", qui commence par cette scène atroce, pose le décors. Ce sera l'histoire de huit hommes et huit femmes, issus du même village, embarqués dans les atrocités du conflit. Nous sommes au début de la guerre, et on vit les premières heures de la mobilisation générale, annoncée par le garde champêtre pendant une fête de village, les trop courtes 48 heures laissées aux mobilisés pour préparer leurs affaires et profiter de la vie, puis le départ au front et les premières confrontations avec la mort.
Les dessins d'Etienne Le Roux sont très bons, le scénario bien campé par Corbeyran. Les expressions utilisées, la manière de parler, les usages,tout y est très documenté. Comme dans toute évocation de 14-18, on y retrouve aussi les dures conditions de vie des soldats, et surtout les ordres débiles de supérieurs stupides qui sacrifient la vie de leurs hommes. Le "plus" de cette série, par rapport aux BD sur le même sujet, résidera sans aucun doute dans la narration de la vie quotidienne du soldat et des familles restées au village. D'autant que chaque personnage est doté d'une vraie personnalité, d'une histoire, de quoi s'y attacher. Pour le reste, attendons les prochains albums. Le premier épisode passe du temps à installer la situation et les personnages. Gageons que les prochains seront plus "enlevés".
Pour en savoir plus, un document pdf des éditions Delcourt explique le projet.
14-18. Tome 01. Le Petit Soldat. Corbeyran et Etienne Le Roux. Coll. Histoire et Histoires. Ed Delcourt.
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