BD, romans, polars, séries TV, films, théâtre, musiques… Chroniques subjectives légères, parfois sérieuses, souvent narquoises, voire râleuses.
dimanche 31 août 2014
"14-18, Le Petit Soldat" : Début de guerre, début de saga
L'entrée en matière est brutale : 1919, une femme accompagne son mari chez le médecin. Le visage enroulé dans une écharpe, l'homme se découvre. C'est une "gueule cassée" particulièrement amochée. Non seulement les restes de son visage ne sont plus guère humains, non seulement il souffre atrocement, mais il semble bien atteint psychologiquement : il anone sans arrêt la même phrase, difficilement quand on n'a plus de machoire : "Il a été blessé, il a perdu sa baïonnette, il ne peut plus se défendre, tu peux le protéger, toi, tu es un vrai soldat".
Pour comprendre cet épilogue, il faut maintenant replonger cinq ans plus tôt, au début de la guerre 14-18. Et c'est parti pour une saga de 10 albums prévus, qui paraîtront jusqu'en 2019. Le nom de la série a dû torturer les méninges d'un bataillon de communicants : "14-18". Point très positif : chaque album a un début et une fin, sans "A suivre" à la fin, même si la succession des BD suivra l'évolution de la guerre.
Le tome 1, intitulé "Le Petit Soldat", qui commence par cette scène atroce, pose le décors. Ce sera l'histoire de huit hommes et huit femmes, issus du même village, embarqués dans les atrocités du conflit. Nous sommes au début de la guerre, et on vit les premières heures de la mobilisation générale, annoncée par le garde champêtre pendant une fête de village, les trop courtes 48 heures laissées aux mobilisés pour préparer leurs affaires et profiter de la vie, puis le départ au front et les premières confrontations avec la mort.
Les dessins d'Etienne Le Roux sont très bons, le scénario bien campé par Corbeyran. Les expressions utilisées, la manière de parler, les usages,tout y est très documenté. Comme dans toute évocation de 14-18, on y retrouve aussi les dures conditions de vie des soldats, et surtout les ordres débiles de supérieurs stupides qui sacrifient la vie de leurs hommes. Le "plus" de cette série, par rapport aux BD sur le même sujet, résidera sans aucun doute dans la narration de la vie quotidienne du soldat et des familles restées au village. D'autant que chaque personnage est doté d'une vraie personnalité, d'une histoire, de quoi s'y attacher. Pour le reste, attendons les prochains albums. Le premier épisode passe du temps à installer la situation et les personnages. Gageons que les prochains seront plus "enlevés".
Pour en savoir plus, un document pdf des éditions Delcourt explique le projet.
14-18. Tome 01. Le Petit Soldat. Corbeyran et Etienne Le Roux. Coll. Histoire et Histoires. Ed Delcourt.
mardi 19 août 2014
Black Storm : un film catastrophe.Vraiment.
Voilà un film catastrophe dans tous les sens du terme.
Allez, j'exagère, les effets spéciaux sont particulièrement réussis, même sans 3D, comme quoi on peut provoquer des montées d'adrénaline sans être obligés de chausser une paire de lunettes de kéké.
Pour le reste, l'histoire est affligeante comme une histoire bien américaine où à la fin, le drapeau étoilé est en lambeaux, mais où les citoyens US se retroussent les manches pour reconstruire. Il ne manquait plus que l'intervention du président des Etats-Unis pour sauver ces pauvres gens frappés par de méchants cyclones (vraiment méchants, ceci dit), et le tableau aurait été parfait. Mais l'intérêt général n'est pas l'objet de l'intrigue de ce film, qui s'adresse plutôt à des niches de spectateurs.
Parmi ces niches : les sadiques. C'est l'objet même d'un film catastrophe que de voir des gens en danger de mort, non ? Eh bien là c'est réussi. Avec une touche supplémentaire : les personnages sont tous en train de filmer en direct tout ce qui se passe autour d'eux. Jamais vu autant de caméras (de tous genres : smartphone, mini-caméras, caméras pro...) dans un film. Ton frère est coincé sous une tonne de ferrailles dans un trou qui se remplit d'eau : avant tout, cale ta caméra sur un trépied, puis seulement, pars à sa rescousse. Ce film propose une conception des priorités qui laisse songeur.
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| Une priorité : filmer. |
Les psychologues de comptoirs et les Freud de supermarchés y trouveront également leurs comptes. Un des personnages principaux est un père qui a perdu sa femme dans un accident de voiture, du coup il est bourru, du coup il ne pense qu'au boulot, du coup il n'est pas très causant avec ses deux ados, du coup ça va lui jouer des tours dans le film, mais du coup il va prendre conscience qu'il est un peu con, et à la fin il comprend que la famille, il n'y a que ça de vrai. Voilà, tirez-en les conclusions psys qu'il faut.
N'oublions pas les geeks : comme tout film des années 2010, il faut que tout le monde soit branché sur son portable, son smartphone, etc. Je l'ai dit plus haut, ils ont tous un appareil à la main pour filmer tout en permanence. Même sous des vents à 350 km/h, ils sont dehors, l'oeil sur l'écran. Au passage, histoire de décontracter les choses, on a l'apparition de deux crétins geeks complètement bourrés qui filment les cyclones pour briller sur YouTube, qui se font embarquer par les vents, et qui ne meurent pas à la fin : ils se retrouvent juste accrochés à un arbre, et il y en a un qui tombe juste avant le générique final. Lol, mdr, ptdr.
Les écolos devraient s'y retrouver un tout petit peu dans ce film. Mais vraiment un tout petit peu. Car la multiplication des cyclones,ça pourrait avoir un lien avec le dérèglement climatique. Ouhla ! Mais attention, on est aux States : pas question d'accuser la pollution ou les gaz à effets de serre ! Le monde ne tourne plus rond, brothers et sisters ! Voilà l'explication (énoncée par un bon vieux gars qui a connu le bon vieux temps où il n'y avait pas de tempête). Mais n'accusons pas le mode de vie des habitants des pays évolués, ce sont ceux qui viennent se régaler devant les films catastrophes !
En tout cas moi j'ai bien aimé et j'ai bien ri (intérieurement, car je sais me tenir). De là à me retrouver dans une des niches que je viens de citer... Quoique, à bien y penser...
Pour aller plus loin... (pas difficile)
Il y en a qui se demandent si on ne peut pas détruire un cyclone avec une arme nucléaire... Si, je vous jure, et c'est sur la FAQ d'un site apparemment sérieux, le bien nommé ouragan.com...Et y a-t-il un lien entre les cyclones et le changement climatiques ? Des éléments de réponses ici. Intéressant.
dimanche 17 août 2014
Ne lâche pas ma main : tripes, stress, torpeur et ti-punch
La couverture est hideuse, genre à faire honte de sortir le livre dans le métro. Et les correcteurs de texte devaient se prélasser (sans doute un ti-punch à la main, sur l'Île de la Réunion où se déroule l'intrigue du roman), car quelques mots ont sauté dans cette édition (j'en ai repéré au moins deux, exemple en p. 283).
Voilà, j'ai fait mon petit caca nerveux, mais c'était nécessaire. Ce n'est pas parce que c'est un livre de poche que le lecteur est un sous-lecteur.
Passons au fond de l'affaire de ce polar. Tout se passe à la Réunion, donc. Un homme, soupçonné du meurtre de sa femme, s'enfuit à travers l'île pour échapper à la police. Dans cette chasse à l'homme, il y a aussi un enfant, sa fille (d'où le titre). Mais les choses ne sont pas si claires que cela...
Voilà, je ne peux pas en dire plus, sauf à éveiller des soupçons chez le futur lecteur, ou lui gâcher le plaisir du suspens, et ça serait dommage. Car ce polar est d'une efficacité redoutable pour prendre aux tripes et ne les relâcher qu'une fois lue la toute dernière page. Un modèle du genre. Des fins de chapitres qui rebondissent, mais dont la suite n'est pas dans la page suivante (ce serait trop simple). Des flics qui foncent, avec nous, dans d'apparentes évidences qui s'avèrent trompeuses. Une narration explosée sur plusieurs trajectoires d'histoires qui finissent bien sûr par se rejoindre. Des personnages qui parlent à la première personne, qui ont des tripes, une vie perso, bref des gens auxquels on s'identifie facilement.
Seul bémol : c'est presque trop. L'intrigue est prenante, bien imaginée, pleinement logique, mais un peu tordue. Toutes les recettes du suspens sont là, on se laisse certes porter, mais on sait que ce sont des recettes. C'est la seule limite de ce polar. Mais après tout, comme ce sont les vacances, lâchons-nous. Il faut plonger sans réfléchir et avec plaisir dans cette histoire, sentir la moite torpeur de l'île, entendre parler créole, galoper avec les personnages dans la végétation tropicale, marcher sur les cendres chaudes du volcan. Le tout en sirotant un bon ti-punch, comme il se doit.
Et pour aller plus loin...
La recette du ti-punch réunionnais c'est ici ! Et des images de cette île, c'est là !Ne lâche pas ma main, de Michel Bussi. Pocket. 448 pages.
vendredi 8 août 2014
Je suis un sournois : Un polar plein de saouls entendus
Un polar assez spécial, raconté à la première personne par le chef de la police du bled où vient d'avoir lieu un meurtre. Le gars est un bon flic, mais aussi un bon chrétien, adulé par tous les vieux du coin, pour sa réputation de perfection morale.
Sauf que le titre du livre annonce la couleur : le gars est un "sournois", un faux-cul, bref, il n'est pas aussi "moral" qu'il n'en a l'air. Et pour cause : il fornique (mais avec amour quand même) avec une amie d'enfance aussi engagée que lui dans la paroisse, mais surtout mariée. Mariée à un véritable crétin qui ne l'a jamais touchée, certes, mais mariée quand même. Et ça, c'est pas bien.
Cette situation va interférer avec l'enquête qu'il doit mener pour déterminer qui a tué Rita, une femme dite aux "moeurs légères", bref une femme à hommes. Et justement les hommes du village sont quasiment tous divisés en deux catégories : ceux qui ont couché avec elle, et ceux qui en rêvent. D'où quelques "tiraillements" entre les mâles, aggravés par une propension assez nette à consommer de l'eau de feu sans modération.
L'enquête est donc assez compliquée pour le héros, qui doit faire face à des zigotos qui n'hésiteront pas à s'accuser mutuellement, à menacer de dévoiler ce qu'ils savent les uns des autres, ou à jeter en pâture de la police le moindre maillon faible un peu plus imbibé d'alcool que les autres. Et comme tous ont des idées "malsaines" ou des actes "impurs" à se reprocher, cela donne des scènes assez drôles où ce ramassis d'ivrognes libidineux déploie une imagination débordante pour se sortir d'affaire par alliances de circonstances ou par basses attaques entre eux. Et il faut finalement du temps pour le lecteur (et un peu de mémoire des noms) pour que les soupçons deviennent des certitudes. Original.
Je suis un sournois. De Peter Duncan. Folio Policier. 256 pages.
vendredi 1 août 2014
La Planète des Singes-L'Affrontement : Ces singes qui singent les Hommes comme des cons
Les militants de la Ligue de défense des animaux, de la SPA, Brigitte Bardot et les téléspectateurs de 30 millions d'amis n'ont plus qu'à vaquer à d'autres occupations (aller à la pêche par exemple) : les animaux sont aussi cons que les humains. La preuve dans cette reconstitution historique (un peu par anticipation certes) qui explique pourquoi un jour le singe sera totalement maître du monde, comme l'a très bien expliqué Pierre Boulle dans son documentaire La Planète des Singes.
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| Le documentaire filmé de La Planète des Singes (1968) finissait comme ceci. Souvenez-vous. |
Ainsi donc, La Planète des Singes-L'Affrontement montre les débuts de la coexistence d'un groupe d'humains rescapés de l'épidémie mondiale qui a décimé l'humanité il y a dix ans, et un groupe de singes devenus intelligents comme les humains. De là, il y a les gentils humains et singes, qui souhaitent une coexistence pacifique, et qui se font confiance. Mais il y a aussi les méchants dans les deux camps, qui ont soif de vengeance (des hommes qui ont peur des singes, des singes qui se souviennent comment les hommes les ont traités), et qui sont prêts à toutes les bassesses pour attiser les peurs pour mieux provoquer des violences.
Et là bien sûr, on pense à des tas de conflits qu'on connaît ou qu'on a connus, ou qu'on a lus dans les livres d'histoire. Mais on voit surtout que les singes, une fois affublés de l'intelligence humaine, peuvent devenir aussi redoutables que les humains.
Alors pour vivre heureux, vivons cons ? N'allons pas jusque là : l'intelligence humaine apporte, on le voit aussi dans le film, la capacité à prendre de la distance, être capable de discuter, de négocier, de faire confiance.
En fait, devant le bien et le mal, face à la haine et à la confiance, les singes deviennent comme les humains : il faut faire avec ces sentiments ambivalents, mais c'est justement cela qui fait de nous des humains.
Là où c'est désespérant, mais après tout on ne fait pas mieux, c'est que les autres singes (le peuple en quelque sorte) suivraient n'importe quel petit Hitler qui leur promettrait vengeance, pureté, contrôle du territoire.
En deux mots, le film est bien fait, on ne s'ennuie pas (ou peu), il y a de l'action, et les effets spéciaux sont plus que jamais bluffants.
| On vous dit tout : en fait César, le singe principal du film, c'est lui, Andy Serkis. Ça s'appelle un "effet spécial". |
Réflexion finale : par contre les téléspectateurs qui, comme moi, aiment regarder des documentaires animaliers les nuits d'insomnie à 2 heures du mat' peuvent continuer : savoir que ces connasses de bestioles seraient capables, devant les caméras, d'accomplir des trucs très humains (fourberie, violence, mensonges, manipulation...), voilà qui peut dilater les pupilles. Restez attentifs.
mercredi 30 juillet 2014
Fleur de Tonnerre : Arsenic et serial coliques
Hélène Jegado a tué des dizaines (oui, des dizaines) de gens. C'était en Bretagne, dans la première moitié du 19e siècle. Il en a fallu du temps, pour la débusquer, et comprendre que partout où elle passait, elle empoisonnait le monde, au sens premier du terme. A coups de soupes aux herbes ou de gâteaux garnis d'arsenic, elle a ainsi tué sa mère, des vieux, des jeunes, des enfants et des nourrissons. Pour rien, comme ça. Plus fort qu'elle. A l'époque, point de moyens modernes de communication, sa réputation de malheur n'avait pas trop le temps de se faire ici qu'elle repartait là-bas vers d'autres contrées pour continuer ses basses oeuvres, sous couvert de son métier de cuisinière dans les maisons bourgeoises. Ce n'est qu'au bout de 18 ans de meurtres qu'elle s'est fait cueillir, elle que sa mère avait appelé Fleur de Tonnerre, surnom donné au coquelicot, dont les croyances populaires disent que l'arracher attire l'orage et porte malheur. Bien vu.
Jean Teulé raconte tout ça, de l'enfance d'Hélène jusqu'à sa décapitation par guillotine le 26 février 1852. Romancé bien sûr : il n'y était pas. Mais la longue litanie des détails des empoisonnements finit par lasser. De temps en temps une variante - elle tue quelqu'un qui cherche la fin de vie, ou vit une histoire d'amour avec un homme qu'elle a rendu veuf. C'est à ce moment qu'on comprend qu'elle est prise par les affres d'une "voix intérieure" qui la pousse à tuer. La fin de l'ouvrage, au moment du procès, ouvre des tentatives intéressantes sur la situation politique du pays - Napoléon et son score de 2 millions de morts épate totalement Hélène - et avance quelques explications psychanalytiques sur les pulsions de Fleur de Tonnerre, qui se prend pour l'Ankou, un personnage mythique qui amène la mort dans les campagnes de l'époque, et fait cauchemarder les petits enfants. Donc un livre pas inintéressant, mais on finit par s'ennuyer un peu des morbides escales d'Hélène, et on aurait aimé davantage entrer dans sa tête pour mieux la détester, ou l'apprécier, ou la plaindre, ou avoir pitié, comprendre ses affres d'enfant, ses luttes internes, son alcoolisme progressif, bref, un peu d'humain dans ce compte rendu.
Pour aller plus loin
Préparez aussi votre mixture, faites comme Hélène Jedago ! Mais avant, lisez bien ce que c'est l'arsenic. Et une interview sur l'histoire des meurtres à l'arsenic. Bref, empoisonnez intelligemment ! (c'est pour rire ce que j'écris, hein ?)Quant à la vie d'Hélène Jegado, c'est par ici, notamment.
Fleur de Tonnerre. Jean Teulé. Editions Julliard. 2013. 260 pages
jeudi 19 juin 2014
La Cote 512 : un meurtre parmi les meurtres
Dans la flopée de livres sur la guerre 14-18 qui ornent les rayons des librairies en cette période célébro-centenaire, il y a des rééditions récentes intéressantes. La Cote 512, paru en 2005, en fait partie.
L'histoire ? Un mort sur le champ de bataille.
- Original... Quel talent ! Il y avait un carnage à cette époque, monsieur. Vous n'avez rien d'autre à raconter ? Fermez votre blog !
Mais attendez, vous allez voir ! Un mort sur le champ de bataille, en 1914, au cours d'une attaque. La mort d'un officier français, un balle dans le dos. A ses côtés, au moment où il meurt, il y a Célestin Louise. Un officier de police dans le civil, simple poilu pendant la guerre. Ses instincts policiers restent vifs : pour lui, ce n'est pas une balle perdue. Au milieu de l'assassinat industriel que représente la guerre, il voit en la mort de cet officier un assassinat crapuleux. Policier dans l'âme, il veut comprendre et mène l'enquête...
Ce roman policier en période de guerre débute au moment de la mobilisation générale. On suit Célestin Louise, avec en toile de fond l'enthousiasme délirant des populations pour partir batailler contre les Boches. Louise lui-même pourrait rester policier à Paris : il refuse, préfère partir en première ligne. "Je n'aurais pas supporté de savoir les copains au front". Rapidement, c'est l'enlisement qu'on connaît. Et les deux mondes qui s'éloignent, entre le front, sanglant et dégueulasse, et l'insouciance de l'arrière.
Ces imbéciles galonnés qui rêvaient de médailles sans avoir jamais connu la guerre...
L'intrigue réside dans l'enquête policière, certes. Mais elle permet de flinguer au passage l'absurdité et l'ignominie de la guerre et de ses acteurs. Magnifiquement écrit, on lit dans ce roman la haine, la bêtise, la foule inconsciente. Ce sentiment du personnage principal, certainement partagé par le plus grand nombre, que cette guerre ne serait pas plus violente que la société dans laquelle on vivait : "Le jeune flic connaissait la barbarie des hommes, il en avait trop vu, de ces pauvres types assommés, égorgés, éventrés à la suite de mauvaises rixes, des querelles d'alcool, de filles et de misère qui laissaient chaque semaine à la morgue une litanie de cadavres effarés". Après tout, la guerre, c'était juste une violence comme les autres, mais institutionnelle...
Mais rapidement, on lit aussi la haine générale, la foule haineuse, ce début d'émeute contre des Allemands faits prisonniers et trimbalés dans des wagons à bestiaux... les mêmes wagons à bestiaux qui serviront à emmener les soldats français au front. Et pendant ce temps, les hauts gradés qui s'acharnent à envoyer toujours plus de chair à canon pour gagner quelques mètres de terrain. Ces "imbéciles galonnés qui rêvaient de médailles sans avoir jamais connu la guerre", mais à qui il fallait obéir. Les gradés en prennent... pour leur grade : ainsi celui-ci, qui "portait les galons d'adjudant et, sur son visage, la marque d'une insondable bêtise."
Le tout est fascinant, car sur une toile de fond ensanglantée, meurtrière, peuplée de chefs complètement timbrés, l'enquête est passionnante, l'écriture superbe, et au final, ce meurtre qui aurait paru odieux dans n'importe quelle histoire, paraît finalement bien pâle dans la boucherie ambiante.
Pour aller plus loin...
Les sites sur la guerre 14-18 sont légions. A noter un intéressant "lexique des termes employés en 1914-1918", ou la page Facebook de Léon Vivien, journal d'un poilu mort le 19 mai 1915.La Cote 512 - Une enquête de Célestin Louise, flic et soldat dans la guerre de 14-18. Thierry Bourcy. Folio Policier. 2005.
samedi 24 mai 2014
Frites Moules : les Nonnes Troppo, mieux que Stromae
Arrêtez, mais arrêtez avec votre Stromae. Le "nouveau Brel" ! Et puis quoi encore ? Ah oui, si ! Le Brel du film "L'Emmerdeur" !
Notez-le bien : le chanteur qui fait vibrer les bobos d'aujourd'hui ne fera plus rêver les vieux bourges de demain. Il ne sera plus sur le marché. On en reparle dans vingt ans. Allez, même dans dix ans.
Il paraît qu'il est l'auteur d'une chanson qui s'appelle "Moules Frites". Je ne l'ai pas écoutée, et je m'en fous. Pourquoi je vous parle de moules-frites ? Parce que j'ai failli prendre ça l'autre soir dans une brasserie au Havre, et finalement j'ai pris un steak tartare. Intéressant hein ? Oui, mais pas plus-pas moins que les paroles de votre Stromae.
Et à propos de ce plat aussi simple que bon, moi je vous conseille d'écouter plutôt "Frites Moules", par les Nonnes Troppo. Certes ça date un peu (une vingtaine d'années), certes on n'entend plus parler des Nonnes Troppo (comme Stromae dans 20 ans). Mais au moins c'est drôle, ça se la pète pas, c'est pas cérébralo-prétentieux, pas besoin de quarante musiciens, pas besoin de soixante intermittents pour monter la scène. Bref, beaucoup plus digeste. Bon app'.
Notez-le bien : le chanteur qui fait vibrer les bobos d'aujourd'hui ne fera plus rêver les vieux bourges de demain. Il ne sera plus sur le marché. On en reparle dans vingt ans. Allez, même dans dix ans.
Il paraît qu'il est l'auteur d'une chanson qui s'appelle "Moules Frites". Je ne l'ai pas écoutée, et je m'en fous. Pourquoi je vous parle de moules-frites ? Parce que j'ai failli prendre ça l'autre soir dans une brasserie au Havre, et finalement j'ai pris un steak tartare. Intéressant hein ? Oui, mais pas plus-pas moins que les paroles de votre Stromae.
Et à propos de ce plat aussi simple que bon, moi je vous conseille d'écouter plutôt "Frites Moules", par les Nonnes Troppo. Certes ça date un peu (une vingtaine d'années), certes on n'entend plus parler des Nonnes Troppo (comme Stromae dans 20 ans). Mais au moins c'est drôle, ça se la pète pas, c'est pas cérébralo-prétentieux, pas besoin de quarante musiciens, pas besoin de soixante intermittents pour monter la scène. Bref, beaucoup plus digeste. Bon app'.
mercredi 30 avril 2014
La peine de mort est barbare, la Revue dessinée le rappelle superbement
J'ai lu avec horreur ce matin que l'exécution d'un condamné à mort aux Etats-Unis, par injection de produits chimiques, s'était très mal passée. Le type est mort, ce qui est déjà une abomination en soi. Mais surtout il a souffert pendant trois quarts d'heure, à cause d'un sédatif qui n'a pas été bien injecté. Et là, on se dit, "c'est abject, c'est barbare, abolissons la peine de mort vite partout dans le monde !".
Eh bien non. Ou pas tout à fait, dirais-je avec moins de provocation. L'émoi provoqué par cette nouvelle est normal. Mais ce n'est pas parce que la peine de mort peut être douloureuse qu'il faut l'abolir. C'est parce qu'elle est par essence barbare, et qui plus est, inutile.
Ce qui m'amène à ma lecture de ces derniers jours. Dans la Revue dessinée n° 3, il y a justement un documentaire sur l'histoire de la guillotine (par Marie Gloris, dessiné superbement par Rica). Or, en instituant la "décapitation mécanique" en 1789, nos ancêtres révolutionnaires voulaient justement humaniser la peine de mort. Une peine égalitaire : tous les condamnés à mort, quel que soit leur niveau dans la société, auraient dorénavant la tête tranchée, alors qu'avant, la décapitation était réservée aux nobles. Dans cet article en BD, la Revue décrit avec précision comment on en arrive à ce "fait étrange : la guillotine matérialise les idées nouvelles et révolutionnaires dans le domaine de la justice. Le postulat est humaniste et philanthropique, mais l'idée aberrante est bien celle de vouloir humaniser la peine de mort. Décapiter semble plus propre, plus humain que les tortures jusqu'alors en vigueur". Qu'on en juge en effet : le supplice du chien, l'éventrement, le bûcher, le pal, le sciage (oui, le condamné suspendu les jambes en l'air écartées, et on le coupait en deux avec une grande scie en partant de l'entre-jambes).
Tout est décrit dans cet article. Même la mécanique de la guillotine. La science au service de la mort programmée. Ainsi sait-on que le couperet arrivait à la vitesse de 23,4 km/h sur la nuque du condamné. Entre le déclenchement du couperet et la fin de la "décollation", s'écoulait moins d'une demi-seconde. Mais l'important c'est que tout ça, c'était mieux qu'avant, c'était égalitaire, c'était propre et net.
Et pourtant. Même avec cet instrument de sciences, il arrivait parfois des problèmes. S'y reprendre à deux fois pour trancher la tête, parce que le condamné est trop gros, ou trop agité (tranchage de la calotte crânienne le 10 juin 1916...). Finir le travail au couteau (la tête doit être totalement tranchée, article 12 du Code pénal).
Tout ça pour dire quoi ? Oui une exécution c'est affreux parce que ça peut être douloureux et complètement gore. Mais même avec un instrument de la plus grande précision, qui fonctionnerait bien à 100 %, et qui ferait même presque le plus grand bien au condamné dans le dixième de seconde qui précède sa mort, même avec le plus merveilleux des instruments, la peine de mort doit être abolie.
Point barre.
Outre le coup de chapeau à cet article de la Revue dessinée, je salue une revue vraiment bien foutue, avec de très bons dessins, qui racontent des tas de sujets très intéressants et très documentés. Par exemple un sujet complet sur le Front national, que je vais m'empresser de lire. Un vrai travail de journalisme et de dessinateurs réunis. Non seulement je préconise, mais je vais de ce pas m'abonner. Allez voir leur site, c'est vraiment très bon.
La Revue Dessinée n° 3. 15 euros. En librairie.
Eh bien non. Ou pas tout à fait, dirais-je avec moins de provocation. L'émoi provoqué par cette nouvelle est normal. Mais ce n'est pas parce que la peine de mort peut être douloureuse qu'il faut l'abolir. C'est parce qu'elle est par essence barbare, et qui plus est, inutile.
Ce qui m'amène à ma lecture de ces derniers jours. Dans la Revue dessinée n° 3, il y a justement un documentaire sur l'histoire de la guillotine (par Marie Gloris, dessiné superbement par Rica). Or, en instituant la "décapitation mécanique" en 1789, nos ancêtres révolutionnaires voulaient justement humaniser la peine de mort. Une peine égalitaire : tous les condamnés à mort, quel que soit leur niveau dans la société, auraient dorénavant la tête tranchée, alors qu'avant, la décapitation était réservée aux nobles. Dans cet article en BD, la Revue décrit avec précision comment on en arrive à ce "fait étrange : la guillotine matérialise les idées nouvelles et révolutionnaires dans le domaine de la justice. Le postulat est humaniste et philanthropique, mais l'idée aberrante est bien celle de vouloir humaniser la peine de mort. Décapiter semble plus propre, plus humain que les tortures jusqu'alors en vigueur". Qu'on en juge en effet : le supplice du chien, l'éventrement, le bûcher, le pal, le sciage (oui, le condamné suspendu les jambes en l'air écartées, et on le coupait en deux avec une grande scie en partant de l'entre-jambes).
Tout est décrit dans cet article. Même la mécanique de la guillotine. La science au service de la mort programmée. Ainsi sait-on que le couperet arrivait à la vitesse de 23,4 km/h sur la nuque du condamné. Entre le déclenchement du couperet et la fin de la "décollation", s'écoulait moins d'une demi-seconde. Mais l'important c'est que tout ça, c'était mieux qu'avant, c'était égalitaire, c'était propre et net.
Et pourtant. Même avec cet instrument de sciences, il arrivait parfois des problèmes. S'y reprendre à deux fois pour trancher la tête, parce que le condamné est trop gros, ou trop agité (tranchage de la calotte crânienne le 10 juin 1916...). Finir le travail au couteau (la tête doit être totalement tranchée, article 12 du Code pénal).
Tout ça pour dire quoi ? Oui une exécution c'est affreux parce que ça peut être douloureux et complètement gore. Mais même avec un instrument de la plus grande précision, qui fonctionnerait bien à 100 %, et qui ferait même presque le plus grand bien au condamné dans le dixième de seconde qui précède sa mort, même avec le plus merveilleux des instruments, la peine de mort doit être abolie.
Point barre.
Outre le coup de chapeau à cet article de la Revue dessinée, je salue une revue vraiment bien foutue, avec de très bons dessins, qui racontent des tas de sujets très intéressants et très documentés. Par exemple un sujet complet sur le Front national, que je vais m'empresser de lire. Un vrai travail de journalisme et de dessinateurs réunis. Non seulement je préconise, mais je vais de ce pas m'abonner. Allez voir leur site, c'est vraiment très bon.
La Revue Dessinée n° 3. 15 euros. En librairie.
jeudi 3 avril 2014
La Maison à Vapeur : du Jules Verne, du pur chocolat dégusté sur un lit
Un gamin... Comme un gamin que j'étais à lire cette BD inspirée d'un roman de Jules Verne (pas sûr que la BD corresponde vraiment au roman, celui-ci je ne l'ai pas lu, mais qu'importe). Comme un gamin que j'étais qui rêvait sur toutes les histoires du père Jules, que ce soit un Capitaine de 15 ans, 20 000 lieues sous les mers, Le Tour du Monde en 80 jours, etc. Tout ça m'a fait profondément rêver, m'a évadé, m'a forgé, même. Juste un truc : malgré les aventures aux quatre coins du monde qu'a racontées l'écrivain, je ne suis pas un globe trotter. Mais Jules Verne non plus, à ce que je sache. Et qu'importe, tout cela n'est que littérature. Et c'est déjà beaucoup.
Bref, toujours est-il que l'aventure racontée dans cette BD est typique "vernien". D'abord une avancée technologique (imprégnée d'un côté bien suranné typique de l'époque) : une machine à vapeur qui permet de se déplacer en-dehors d'une ligne de chemin de fer (un truc de ouf) sur de longues distances, avec des wagons derrière. Côté "époque", la machine à vapeur a l'allure d'un éléphant. Tranquille, mais puissant. On est, avec Jules Verne, dans l'idée que le progrès scientifique est sans limite, il est en marche et ne s'arrêtera pas.
Là-dessus, un voyage à travers des pays exotiques. Ce sera en Inde que se traînera l'éléphant à vapeur. Ce sont les nouvelles frontières du monde, qu'il faut explorer puis civiliser.
Et puis, pour le côté "ouhla, une histoire à faire frissonner"... un histoire à faire frissonner, lardée de populations locales un peu frustres et violentes (les civiliser, vous dis-je !).
Tout y est, le progrès, l'exotisme, la civilisation en marche, les sauvages à faire évoluer, une intrigue simple mais efficace. A déguster, vautré sur son lit, avec un carré de chocolat, comme quand on avait 10 ans.
Et pour aller plus loin...
Le 24 mars dernier, Jules Verne disparaissait il y a 109 ans. La Maison de Jules Verne à Amiens peut être visitée. Mais il y a surtout les Machines de l'Ile, à Nantes (où il est né en 1828) qui font partir en vrille l'imagination des visiteurs. A voir absolument, c'est fantastique.La Maison à Vapeur. Samuel Figuière. Ed. Clair de Lune.
mercredi 26 mars 2014
Meilleurs vœux de Mostar : une tranche de vie dans les Balkans
Frano Petrusa raconte une belle histoire de gamin, avec ses émois amoureux, ses rivalités entre potes, ses bagarres de kids, ses admirations de héros sportifs... Tout ça dans une ville splendide...
Je reprends : Frano Petrusa est né en Croatie et part vivre en Bosnie-Herzégovine chez sa grand-mère, après la mort de sa mère, dans la splendide ville de Mostar. Il y vit ses premières années d'adolescence, ses émois amoureux pour une jeune fille musulmane, ses rivalités avec son pote serbe, ses bagarres avec des kids d'autres communautés, son admiration pour un basketteur black... C'est en 1991, et il devient "le plus heureux" de gamins de Bosnie-Herzégovine, pendant que la guerre frappe la Croatie.
Cette BD est très centrée sur la vie de l'auteur, avec ses anecdotes d'ado, mais laisse apparaître le contexte difficile de l'époque. Elle montre, en arrière-plan, puis insensiblement au premier plan, comment des conflits décidés ailleurs finissent pas réveiller des instincts identitaires excluant, dans un pays où des communautés diverses (religieuses et culturelles) avaient l'habitude de vivre ensemble. "Heureusement, il y a toujours un crétin qui arrive pour t'expliquer, pour te rappeler, à quel point nous sommes différents", écrit l'auteur, tandis que la ville commence à être défigurée par des bombardements.
Une belle BD, émouvante, délicate, qui plaide pour la fraternité avec subtilité. On aurait envie de la diffuser auprès de bon nombre d'électeurs français qui ont voté récemment pour le repli sur soi et l'exclusion des autres. Une méthode (le repli) qui n'a jamais, mais alors jamais, dans toute l'histoire de l'humanité, permis de s'en sortir.
Un ptit tour autour du sujet...
Voici où Mostar se trouve (je vous conseille la visite guidée proposée, c'est joli).Mais avant, pour mieux comprendre le contexte de cette BD, faire un tour sur le site d'Hérodote pour lire un résumé de l'histoire de cette guerre des Balkans des années 90.
Meilleurs vœux de Mostar. Par Frano Petrusa. Ed. Dargaud. Coll. Long Courrier.
vendredi 21 mars 2014
Bête à Bon Dieu : un polar sur la table de nuit
Je m'emm... à lire ce roman, mais je m'emm... Quatre fois (pas plus, pas moins) que je recommence à le lire. Et je n'arrive pas à trouver le déclic qui fait que ça m'intéresse, que je me passionne, que j'ai envie de lire la page suivante. Je n'ai même pas envie de vous raconter l'histoire, autant que vous la lisiez là (et encore, le début du résumé fait peur : "Bête à Bon Dieu est un livre crépusculaire et sans issue". Mdr, ptdr, lol.)
Résultat, impossible de passer les 50 premières pages. Frustration. Enervement. Envie de balancer le bouquin contre le mur. Ce côté insupportable des auteurs qui veulent faire de l'intimisme en entrant dans la tête du héro, et qui veulent en profiter pour faire des belles phrases "bien pensées". Genre : "Nous trimbalons notre monde avec nous". Ou "Si l'humanité ne supporte pas trop la réalité, elle n'a pas non plus besoin qu'on lui parle avec trop de vérité". On devine le gars qui veut faire des phrases mémorables. En attendant, puisque c'est un polar, je cherche toujours l'objet du défi. Du coup ça reste sur ma table de nuit, ça l'encombre, il y a de la poussière qui commence à grandir dessus...
Il y a des oeuvres comme ça, qu'on commence à lire et, chose terrible, on n'accroche pas. Ouf je ne suis pas le seul, sur ce blog quelqu'un s'épanche sur le même problème, et en plus sur des oeuvres qu'on n'a pas le droit de ne pas aimer. Mais je suis très d'accord avec elle, et je sens que j'ai les mêmes "non-envie" qu'elle. Et sur ce roman, non, je n'ai pas envie. Dommage, ça avait l'air bien.
Bête à Bon Dieu, une enquête de Lew Griffin. Par James Sallis. Folio.
dimanche 9 mars 2014
Bello Ciao : mourir pour des idées d'accord, mais de mort lente
Dans la série on nous cache tout, on nous dit rien, l'affaire du manifestant tué à Gênes, en Italie, le 20 juillet 2001 pendant les journées du G8. Voici la présentation du pourquoi du comment de la BD en question, comme ça vous saurez tout :
"Le 20 juillet 2001 pendant les journées du G8 de Gênes, un manifestant est tué sur la place Alimonda. Les premiers témoignages sont confus : on parle d'un coup de revolver, d'une pierre ou de bombes lacrymogènes. Peu après, une photographie de l'agence Reuters révèle un jeune homme avec une cagoule et un extincteur qu'il soulève au dessus de sa tête tandis qu'une arme le vise depuis l'arrière d'une camionnette. La reconstitution hâtive s'arrête à cette photo retenue comme le point final d'une enquête qui semble déjà écrite : un manifestant est resté au sol, tué par un militaire lors d'une attaque des insurgés contre une camionnette de carabiniers. Un verdict de légitime défense prononcé non par un tribunal mais par des représentants politiques et forces de l'ordre et adopté par les médias."
Je ne doute pas qu'il y a quelque chose de douteux dans ce qui s'est passé, et que ce mort ne pouvait pas être totalement assumé par les forces de l'ordre. Le rapport mis en image dans cet ouvrage montre qu'il y a des zones d'ombres sur le déroulement des faits, et se centre sur la personnalité de la victime, qui n'était pas un fou furieux activiste gaucho mais un jeune tout simplement révolté par la violence policière qui se produisait alors.
La BD - ou plutôt l'enquête illustrée, tant les textes prennent la place de l'image - charge la responsabilité policière.
Elle aurait pu aussi charger la responsabilité des organisateurs de la manif qui a dégénéré : ces organisateurs savent que les forces de l'ordre font exprès de provoquer les manifestants, pour mieux pouvoir les réprimer. Et ces mêmes organisateurs ont besoin de leur lot de victimes, de blessés - ils ne pensent pas à la mort, bien sûr - pour mieux mobiliser... mobiliser contre quoi ? C'est une autre histoire, et d'ailleurs peu importe, les ultras gauchistes ne sont pas là pour apporter des solutions. Le jeune mort dans ces violences peut avoir été une victime de cet enchaînement stupide.
Mais ce n'est pas l'option de cette enquête. Une chose est sûre, en lisant ça, en voyant ce gâchis, ce mort, ces souffrances pour la famille, et au final l'inutilité totale de cet événement au regard des aspirations censées être portées par les manifestants, on se dit que Georges Brassens avait raison. Mourir pour des idées, d'accord. Mais de mort lente.
Pour aller plus loin
Les événements du G8 de Gênes de 2001 sur Wikipédia.Les paroles de Mourir pour des idées, de Georges Brassens.
Bello Ciao : G8, Gênes 2001. Par Francesco Barilli et Manuel de Carli. Ed. Les Enfants Rouges.
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