mercredi 4 novembre 2015

L'Ambulance 13, T6 : La gueule ouverte sur la guerre 14


Chirurgien militaire, Louis Bouteloup est désormais entre les mains de ses pairs. Grièvement blessé et défiguré sur le front alsacien, il peut cependant compter sur les talents de sculpteur d’Émilie pour retrouver un visage. Mis hors du cadre de l’armée, Louis est confronté aux peurs de l’arrière, aux monstrueux canons bombardant la capitale. Il découvre aussi le sentiment profond qu’il éprouve pour Émilie. Sera-t-il trop tard pour reconstruire leur vie ?
(Présentation éditeur)

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Nostalgiques d'Urgences, fans de Grey's Anatomy, éteignez vos écrans HD, coupez les gyrophares de vos véhicules rutilants, oubliez les histoires d'amour qui fleurissent à deux pas des entubés, rangez votre ouate immaculée dans vos boîtes bien stérilisées. Nous sommes en guerre, l'une des plus dégueulasses de l'histoire, celle de 14-18.

Ici "l'ambulance 13" fait ce qu'elle peut, auprès des blessés, des gazés, des mutilés, avec les moyens du bord, mais avec les avancées de la science. Pour réparer les corps, et fissa les renvoyer au front. 
Ici, même le personnage principal, le chirurgien Louis Bouteloup, en prend plein la tronche, dans tous les sens du terme, et se retrouve "gueule cassée". Mais c'est un héros, un vrai, qui n'a que faire, à juste raison, que la mort le voie avec un visage à faire peur aux enfants. Au contraire, il tient tête à la Faucheuse : bien qu'en permission, il repart rejoindre ses camarades pour soigner, panser, soulager, réparer. Il défie la Camarde, mais aussi ses zélés auxiliaires, les hauts gradés de l'état-major, à qui il veut faire entendre, en vain, que les traumatisés psychiques ne simulent pas leurs souffrances, que leurs cris, leurs gestes fous qui les rendent inaptes au combat ne méritent pas qu'ils finissent devant un peloton d'exécution.

Ici, l'univers n'est pas aseptisé, et cette très bonne série "ambulancière" donne à voir un versan peu traité de la boucherie à cœur ouvert que fut la guerre 14-18. 

L'Ambulance 13, tome 6. Gueule de guerre. Par Patrice Ordas (scénario), Alain Mounier (dessin). Ed. Bamboo. 

jeudi 29 octobre 2015

14-18, La Tranchée perdue : Un épisode qui prend à la gorge


De retour d'une escapade, à la recherche du « repos du guerrier », Arsène et Jacques dépassent leurs lignes et tombent par hasard sur la tranchée ennemie faisant face à la leur. À leur grand étonnement, elle est déserte. Prévenu, le commandement ordonne une incursion par voie de tunnel. Pierre et Jules, désignés pour cette mission, découvrent au cours de leur progression un étrange objet cylindrique. 
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Quatrième épisode de la saga "14-18" des très bons Corbeyran et Le Roux (lire mes précédentes chroniques ici), on retrouve les aventures individuelles et collective d'un groupe de soldats, tirés du même village pour affronter les horreurs de la guerre. En ce mois d'avril 1915, il n'y a qu'une seule bonne nouvelle à se mettre sous la dent : l'état major a enfin compris que les pantalons rouges, pour faire la guerre, ce n'est pas l'idéal. Les soldats porteront maintenant une seyante couleur bleu horizon, moins propice à se faire canarder par les Boches comme de vulgaires cibles de fêtes foraines. 
Pour le reste, rien pour réjouir le Poilu. La guerre s'enlise, les couples se déchirent, et les gaz de combat font leur apparition. Cet opus est sans doute le plus sombre de la série, mais aussi celui où les personnages ont le plus d'épaisseur, et le scénario le plus dramatique, voire le plus atroce. La lente progression du nuage de gaz poussés par les vents, vers les combattants français qui se protègent de leur pauvre mouchoir, prend à la gorge, au sens propre comme au figuré. Dans le même temps, les tragédies familiales qui se jouent à l'arrière du front, à cause de cette p... de guerre qui dure, conduisent des hommes déjà rendus fous par les combats, à porter cette folie à leur zénith. 

Un scénario dramatique, des personnages qui prennent de l'épaisseur : cet épisode, chargé d'humanité dans un contexte pourtant apocalyptique, est le meilleur de la série. Pour l'instant.


Pour aller plus loin 

Sur le site de la Mission du Centenaire, une page intéressante sur le gaz moutarde et ses dégâts. Première utilisation : le 22 avril 1915, événement que retrace cet épisode de "14-18'.

14-18 Tome 04 - La Tranchée perdue (avril 1915). Par Corbeyran, Etienne Le Roux et Jérôme Brizard. Editions Delcourt. Coll. Histoire & Histoires. 

    mardi 20 octobre 2015

    Paroles de Poilus : Les tripes à l'air


    Oui ok cet album est paru il y a neuf ans. Une éternité. Mais d'une part, cela fait un siècle que ces "lettres et carnets du front" ont été produites par les soldats, on n'est pas à une décennie près. D'autre part une "intégrale" vient de sortir, regroupant ce tome ainsi que le 2e intitulé "1914-1918 : mon papa en guerre". Donc je reste dans l'actu.

    Mais là n'est pas le propos ni l'important. Cette BD secoue. Les textes ont certes été sélectionnés, mais ces soldats, ouvriers ou paysans dans la vie civile antérieure, manient une plume chargée de détails, d'images, d'odeurs et d'émotions. Ils déballent leur âme avant de vider leur arme, et souvent leurs tripes, avec une classe qui tranche avec l'horreur du contexte qu'on imagine.

    Les dessinateurs qui ont manié la leur, de plume, pour traduire en bandes dessinées ces courriers et ces journaux personnels, ont joué le jeu avec splendeur. Parfois en donnant "à voir", parfois en transcendant le texte par la suggestion. Le décalage entre la beauté du verbe et la noirceur de l'image qui l'accompagne frise même l'incongru. Une incongruité inhérente à la rencontre de l'humanité avec la guerre, en fait.

    Paroles de Poilus. Lettres et carnets du front 1914-1918. Ed. Soleil/France Inter. 2006. 

    vendredi 16 octobre 2015

    Le Chat du Rabbin : Paroles et moustaches


    "Et si c'était pas moi, le centre du monde ?" Sacré chat, celui du rabbin, qui se croit tellement indispensable qu'il se permet d'être amoureux de sa maîtresse humaine, jaloux de son enfant en gestation et haineux à l'égard de son crétin de mari. Non le chat, tu n'es pas le centre du monde, mais tu vas apprendre dans cette histoire à l'être un peu quand même.

    Sacré chat surtout, qui fait aimer la philosophie bien plus efficacement, depuis six volumes, que les cours de philo abominables de terminale pendant lesquels l'Education nationale met un point d'honneur à dégoûter définitivement beaucoup de jeunes des joutes spirituelles qu'offre pourtant cette matière vivante. (Merci à cette BD de m'avoir permis de déverser ici un vieux truc qui me pèse depuis longtemps !)

    Prier pour ne rien dire
    C'est donc l'histoire d'un chat amoureux et jaloux. Un chat qui parle. Et qui parle dans le désert car sa maîtresse ne peut pas l'entendre. Qu'à cela ne tienne, il va tenter de se faire entendre de Dieu, en apprenant à prier, avec le père de sa maîtresse, qui est rabbin. Lui, le rabbin, l'entend, le chat, quand il parle. Mais le chat comprend vite que le rabbin l'invite à prier... pour ne rien dire.

    De dépit, il quitte alors maîtresse et rabbin. Et se vautre dans une mésaventure que nous tairons ici, qui lui apprend que la parole peut tuer. La fin est positive : si la parole est un instrument de pouvoir, mieux vaut l'user pour exprimer l'amour que pour tuer les gens. Soudain sa maîtresse comprend sa parole.
    Et ça, ça s'entend. Dans tous les sens du terme.
    Et ça se déguste, comme tous les épisodes du Chat du Rabbin, avec plaisir. Parole ! 

    Le Chat du Rabbin, de Joann Sfar. Tome 6. "Tu n'auras pas d'autre dieu que moi". Dargaud.

    samedi 10 octobre 2015

    La Revue Dessinée d'automne : un coup de mou mais quelques pépites


    Qui aime bien châtie bien. A chaque numéro de La Revue Dessinée, je lis, j'apprécie, je le dis (sur ce blog, voir mes précédentes appréciations). Là j'ai lu, un peu déçu, j'ai attendu. Des fois c'est meilleurs réchauffé donc j'ai relu. Mais non, rien à faire, un goût de fade. 

    Parmi les sujets développés, celui sur la communication politique était prometteur. Il est finalement long, un peu techno, et je n'aime pas ce dessin à seulement trois couleurs qui donne mal au crâne.
     Le business de la viande, autre sujet intéressant a priori, est certes joliment illustré. Mais il s'agit bien d'un article que vient illustrer le dessin. Autant lire Le Monde. 

    Au contraire des "parias de la SNCF", qui relate à merveille (car il y a du positif dans ce numéro !) l'histoire de ces Marocains, que les chemins de fer français sont venus chercher dans leur pays au début des années 1970, exploités pour faire les travaux les plus durs de la vie des rails, dotés d'un sous-statut (que les syndicats majoritaires de la SNCF ont traîné à remettre en cause, sans doute pour protéger leur propre statut), et qui n'avaient même pas droit à une retraite égale à leurs collègues cheminots. Histoire qui a fini devant les tribunaux où la SNCF a récemment été condamnée, et c'est tant mieux. Ce reportage est bien raconté, au travers du témoignage d'un des leaders de ces "parias", par un vrai travail de scénarisation en images, qui fait toute la différence. 
    Autre sujet, l'exploration de la grotte Chauvet prend aussi le parti de l'originalité de la BD, en donnant la parole aux animaux dessinés sur les murs de la grotte par les premiers artistes préhistoriques, puis en proposant une analyse artistique de la qualité de ces œuvres. Là aussi avec un beau style de dessins. 

    Pour le reste, la chronique musicale (sur les Cramps, que pourtant je connais, pour une fois !) reste élitiste. La chronique  "La sémantique, c'est élastique" s'attarde sur les origines du mot "Dauphin". Bon pourquoi pas. Mais pourquoi... "La Revue des Cinés" me semble toujours aussi lunaire dans une... revue dessinée, mais pas pire qu'une chronique musicale. Quant à la rubrique "Mi Temps" sur les règles sportives, elle porte sur le rugby, ce qui est bien vu en cette période de coupe du monde. 

    En deux mots, je sens comme un coup de mou avec ce numéro. Mais je suis sûr qu'avec les sujets annoncés pour le prochain, ce sentiment sera vite oublié. Un seul truc à ne pas oublier : me réabonner, au fait...

    Pour aller plus loin

    Toujours à consulter jours et nuits : le site de La Revue Dessinée, très bien fait, et qui remet en perspective certains reportages déjà publiés selon l'actualité du moment. 

    La Revue Dessinée n° 9 d'automne 2015. 15 euros. En librairie. 

    samedi 19 septembre 2015

    N'oublier jamais : ça va être dur d'obéir à cet ordre


    Chez Pocket, ils doivent avoir une dent contre Michel Bussi. J'écrivais il y a tout juste un an (9 septembre 2014) que la couverture de son roman Ne me lâche pas la main était hideuse. Pour N'oublier jamais, itou. Le titre correspond bien : c'est tellement moche qu'on ne risque pas d'oublier. 
    Pour le reste, que dire ? Au départ, c'est intrigant. Comment ce pauvre Jamal Salaoui, qui cumule les handicaps au point de venir du 9-3 et d'avoir une prothèse de jambe (c'est vous dire comment on a déjà la larme à l'oeil), mais qui veut se battre pour s'en sortir et ambitionne de devenir champion de course à pieds et donc s'entraîne comme un fou (je peux vous passez la boîte de mouchoirs si vous voulez), comment ce pauvre gars, donc, peut-il se retrouver accusé d'avoir assassiné deux jeunes femmes en les jetant du haut d'une falaise normande ? D'autant que le lecteur est dans la tête de Jamal, il le sait donc bien, le lecteur, que ce n'est pas lui qui a poussé cette fille, et que au contraire il a cherché à l'aider à ne pas sauter. Mais au fil des pages, on finit par se poser des questions, et en tout cas, comme je le dis plus haut, c'est intriguant. 
    Et paf, il y a un moment où, comment dire... Ça devient un peu tordu, tiré par les cheveux, la machination qui se dessine est peu crédible, l'explication des mystères peut parfois prêter à sourire, il y a même un personnage qui est au chômage et qui s'appelle Le Medef, ah ah, bref on se dit que l'auteur nous embarque dans un délire qui ne nous appartient pas. 
    Et comme il ne nous appartient pas, on va partir sur la pointe des pieds et le laisser tranquille...

    Pour aller plus loin...

    Allez, et comme tout le monde y pense (en tout cas moi ça m'a énervé la tête pendant toute la lecture), hop un peu de musique !



    N'Oublier jamais, de Michel Bussi, Ed. Pocket. 


    mardi 25 août 2015

    Tu me plais : Le hasard et l'inéluctable


    "Le train 1225 de la ligne 1 quitte la station Sablons à 21 h 34 et 52 secondes. Assise en face de Vincent, une très jolie jeune femme parcourt avec application son Elle et écoute de la musique, dont il perçoit le grésillement ténu." Ainsi résumé dans les premières pages par un narrateur qui viendra faire le point régulier au fil de l'histoire, ce polar captivant plaira à ceux qui vivent des moments de grâce dans le métro (à ce sujet je ne saurais trop vous recommander l'excellent blog zarbidanslemetro.blogspot.com). Car l'essentiel se passe sur cette ligne du métro parisien, et le suspens va progressivement monter, à mesure que le Vincent en question va nouer une relation de plus en plus proche avec la voyageuse installée devant lui, et que le lecteur comprendra que si un grain de sable ne vient pas enrayer l'engrenage qui se met en place, il se passera quelque chose de grave.

    Ce qui fascine dans ce roman, c'est cette prise de conscience que tout n'est que hasard. Ne serait-ce que ce premier acte : Vincent a failli rater cette rame de métro ; il n'aurait pas rencontré la jeune femme. Tout ce qui suit souligne ces petits virages que chacun prend - ou pas - et qui conduisent à un destin.
    Ce qui fascine également c'est l'option du temps réel : tout se passe sous nos yeux minute par minute, sur à peine plus d'une heure, avec parfois des détours sur d'autres personnages dont la vie va croiser celle de ces deux voyageurs, et dont la chorégraphie d'ensemble, à la fois chaotique et inéluctable, conduira au dénouement qu'il n'est pas question ici de dévoiler.

    Une fois dévoré ce polar, on se plaît à se faire un bon délire "philo", à se demander par quel hasard on l'a lu, par quelle succession de choix - ou de contraintes - on l'a acheté, pourquoi et comment on a pu prendre le temps de le lire. Et de fil en aiguille, vient "la" question existentielle : si je l'ai lu, c'est que j'existe, c'est que je suis... mais par quel hasard ?
    Vous avez une heure...

    Tu me plais. Jacques Expert. Le Livre de Poche. Coll. Policier/Thriller. 2015.



    jeudi 13 août 2015

    Méchant garçon : Des envies de meurtres


    Ronald est effectivement un "méchant garçon". C'est rien de le dire : il a violé et tué une jeune fille. Sa maman est une pourriture et une malade mentale aussi : son fils doit devenir médecin, il doit donc être protégé, il a été vilain mais maman va tout faire pour que les grands desseins qu'elle lui assigne ne soient pas perturbés par un meurtre, et va le cacher pour qu'il ne soit pas pris par la police. Elle lui aménage un petit espace secret à la maison avec toutes les commodités, et le planque 24 heures sur 24 pendant des semaines et des mois... Jusqu'à ce qu'elle tombe malade et doive être hospitalisée.

    La lecture de ce livre provoque un malaise. Pour plein de raisons. D'abord on a envie d'être aussi sadique et psychopathe que Ronald. Une envie de l'attraper, de lui mettre un pain, de lui arracher les yeux, tant il est fou et insupportablement prétentieux. Cela pousse à ne pas lâcher le livre avant le dénouement. Surtout, se dit-on, surtout qu'il ne gagne pas à la fin !

    Cliniquement vivants
    Ensuite on ne plaint pas cette pauvre maman qui élève son crétin de fils toute seule. A un degré inférieur (j'ai le sens de la mesure), on compatit avec les profs d'aujourd'hui qui ont face à eux des parents qui soutiennent leur gamin même quand celui-ci fait les pires conneries. Elle a le profil des mamans qui rendent fous leurs enfants, en les empêchant d'être eux-mêmes, en leur mettant la pression pour qu'ils satisfassent non pas leur plaisir de vivre, mais les ambitions - et les névroses - de leurs parents. Ces mamans, ces papas, sont des assassins d'enfants, ils tarissent leurs espoirs, ils anéantissent leur avenir, ils transforment les gamins en zombies, et ils agissent en toute liberté, en toute légalité, en toute impunité. Aujourd'hui on a le droit de massacrer des enfants en les laissant cliniquement vivants.

    Mais là n'est pas le propos. Ce qui met mal à l'aise également, c'est que dans ce thriller, le meurtrier est parmi nous. Classique, dans un polar, direz-vous. Mais là il est parmi nous sans qu'on le sache... Et ça fout les jetons quand on rentre chez soi le soir...
    Bref un roman très prenant, qu'on ne lâche que pour aller manger ou pour dormir - mal...

    Jack Vance, surtout auteur de science-fiction, avait écrit ce Bad Ronald en 1973. Il avait dit de ce roman qu'il était sans doute le meilleur qu'il ait écrit. Dans sa production SF j'avais beaucoup aimé le Cycle de Tschaï, un space opera en plusieurs tomes avec des créatures extraterrestres étonnantes. Mais pour le coup, ce polar dépasse en émotions sa production spatio-futuriste. 

    Méchant garçon, de Jack Vance. Folio Policier. 

    vendredi 7 août 2015

    Face à face : Une enquête avec des ø et des å


    Si je vous dit que dans ce polar il n'y a pas d'action, que les personnages se prénomment Hildegunn, Ståle, Gunnhild voire Frydenberghjemmet, et qu'ils évoluent sur des sites aussi dépaysants que Løvstakksiden, Damsgårdsgaten ou Dokkeskjærskaien, vous réagirez mal, je le sais, je le vois, je le sens, ne dites pas le contraire. 

    Réaction compréhensible certes, mais ce serait dommage parce que ce polar norvégien, malgré l'absence de bagarres et une nécessaire concentration sur les noms et les lieux qui ne nous sont pas super familiers, tient en haleine. Aux commandes, le détective privé Varg Veum (11e bouquin dont il est le héros) raconte son enquête à la première personne, tout son cheminement de pensée, ses rencontres, ses questionnements, ses hypothèses. Il cherche avec autant d'ardeur que tout commence par un type qui a le mauvais goût de mourir dans sa salle d'attente. Ses recherches le conduiront à gravir des versans sentimentaux et politiques, qui prennent naissance dans les années 70. Le tout est superbement emmené, on reste scotché au texte jusqu'à la dernière page car, comme tout bon polar, tout se comprend dans les ultimes minutes de lecture. 

    Allez, ce n'est pas du cinéma chiant suédois à la Bergman. C'est du polar norvégien à la Staalesen, c'est spécial mais j'y regoûterai. 

    Face à face, de Gunnar Staalesen. Folio Policier. 

    vendredi 31 juillet 2015

    Moisson Rouge : Un bon polar noir, noir et blanc


    Une ville, Personville - Poisonville pour les intimes - gangrenée par la corruption, la violence, les mafias, les trafics... Un détective privé qui a pour mission de tenter de mettre de l'ordre dans ce chaos, en jouant sur les rivalités entre malfrats, tous certainement habillés en costumes sombres et affublés de borsalino. Des mitraillettes qui crépitent, qu'on imagine dotés de chargeurs en forme de camembert. Des hommes qui n'hésitent pas à donner du poing, des femmes - mais très peu - qui jouent fatalement de leur charme, ça fume et ça boit beaucoup d'alcool à tous les coins et les recoins de pages mais ce n'est pas ça qui augmente le plus le taux de mortalité... 

    Bienvenue dans les années 30, époque de la prohibition, dans un polar bien noir, comme on en a vu sur les écrans en noir et blanc avec un Humphrey Bogart en héro. C'est plein d'actions, l'histoire est bien montée, les personnages tous bien campés, et le héros a ses faiblesses. Bref c'est du bon, c'est même du grand classique, que dis-je de l'historique, tant l'auteur, Dashiell Hammett, est reconnu comme un des pères fondateurs du roman noir. 

    Moisson Rouge. Dashiell Hammett. Folio Policier. 

    jeudi 23 juillet 2015

    Chaos de famille : Du bon gras qui tache et qui tue


    J'ai lu ce livre en deux jours (pour moi c'est exceptionnel), et j'ai bien ri. C'est l'histoire du narrateur, M. Plonque, qui vit avec une femme, Camina, véritable mégère qui l'humilie en permanence en le prenant pour son chien pendant qu'elle regarde les pires conneries à la télé. Quinze ans qu'il subit, douze ans qu'il n'a pas pu la toucher, devenant un véritable "obsédé de la femme". C'est l'histoire des frères et soeurs de Camina, complètement timbrés, alcoolos au dernier degré, fiers d'être dépressifs, c'est vous dire... Et de la mère de Camina, une vieille chiante. Il y a aussi Mme Quillard, une voisine et copine de Camina. Une femme à hommes, qui chauffe les fantasmes de M. Ponque...

    Un des frangins dépressifs se suicide, M. Ponque vit une aventure fugace et manuelle avec Mme Quillard, il est au volant au moment de l'acte, il perd le contrôle de son véhicule mais reprend celui de sa vie après l'accident sans gravité qu'il provoque, en décidant de se faire passer dorénavant pour un "paralytique flasque". Plongé dans une fausse apathie, il va néanmoins tenter de coucher enfin avec Mme Quillard, et espérer voir crever tous ces gros débiles de la famille de son atroce épouse. Peu à peu, en effet, tout va partir en pépète, avec du boulot pour les pompes funèbres... 

    C'est à rigoler à chaque coin de page, c'est énorme, foutraque, exagéré du début à la fin, plein de beuveries, de bouffes gargantuesques, de vulgarité, de sexe, de méchanceté, on se dit "non il ne va pas oser" mais si, ses descriptions sont démesurées mais à crever de rire, et ça n'arrête pas sur 250 pages. 
    Il y a des personnages de dingue : Bitove (comme Beethoven, car quand ce brutal queutard tape quelqu'un, il fait "pom pom pom pom") ; le docteur Pételle qui adore couper les jambes ou les bras pour soigner même un eczéma ; Solange, une soeur de Camina, qui, avec sa grosse bouche, a sauté aux yeux d'un des croque-morts qui a enterré le frangin, ce dernier fantasmant de lui faire l'amour le corps dans une camisole à capuche, dans un cercueil ouvert...

    Tous timbrés vous dis-je. Dans le style d'écriture il y a du San Antonio, du Michel Audiard, et un je-ne-sais-quoi qui doit sans aucun doute à voir avec le talent de l'auteur, tout simplement. 
    En un mot : plongez-vous dans ce chaos de famille, dans ce bain de gras, de délire et d'ignoble, on n'en ressort pas tout à fait pareil qu'on y est entré. 

    Chaos de famille, de Franz Bartelt. Folio.  


    mercredi 22 juillet 2015

    S'abandonner à vivre : Des pépites sous la couverture



    Quand on chercher un livre à lire dans une librairie, on peut avoir compulsé en amont toutes les critiques littéraires des parutions récentes. Depuis la disparition d'Apostrophe choisir un livre est en effet devenu une activité harassante. Certains font confiance à Télérama, moi non. On peut aussi écouter les conseils du libraire, mais il vaut mieux qu'il vous connaisse bien. Qu'il vous confonde avec votre voisin lui-même critique littéraire de Télérama, et vous voilà mal. 

    En tout cas pour ma part, j'y vais au feeling. Mais alors le feeling bien commercial : je regarde chez Folio parce que les autres éditeurs j'aime moins ; je regarde l'image de couverture ; si elle me plaît je tâte le nombre de pages ; si le livre a moins de 250 pages je lis la 4e de couverture ; si ce mini-texte m'inspire je jette un oeil à l'intérieur et je lis deux ou trois lignes ; si le style n'est pas pompeux, j'achète. 

    Tout un art. Et pourtant je me trompe souvent et le nombre de livres entamés s'accumule au pied de mon lit. Là, pour "S'abandonner à vivre" de Sylvain Tesson je ne me suis pas trompé. Il avait certes un critère supplémentaire favorable : c'est un recueil de nouvelles et j'aime les nouvelles. Mais je ne connaissais pas du tout cet auteur et j'ai choisi selon les critères ci-dessus. Et globalement j'ai bien aimé. Certes les nouvelles sont parfois écrites dans un style un peu ampoulé, souvent genre "je suis dans mon monde et devinez où je vous amène malgré les jolis mots abscons que j'aligne", et n'échappent pas à un côté un peu intello qui plairait justement à un critique de Télérama. J'ai zappé deux ou trois textes vraiment trop pénibles à lire, qui invitaient manifestement le lecteur à foutre la paix à l'auteur. Mais dans la quinzaine de nouvelles recueillies, qui ne dépassent pas la dizaine de pages, il y a des pépites vraiment drôles et agréables à lire. Donc ça vaut le coup de se lancer dans la lecture du bouquin, et de s'abandonner à le lire...

    S'abandonner à vivre, de Sylvain Tesson. Folio. 

    mardi 21 juillet 2015

    Fluide Glacial d'été : Il fait trop chaud pour ce patchwork


    "Conseilleriez-vous ce produit à d'autres bédéphiles ?" Ma réponse serait non. 
    Et je le regrette car j'aime bien Fluide Glacial. Du moins l'idée que je m'en fais encore (rhaaaa Gotlib, Edika, Goossens...) car pour être franc je ne l'ai pas acheté depuis des siècles. Là dans la torpeur estivale qui annonce de tranquilles plages de lecture autant que de plages de sable, je m'étais dit, devant les rayons journaux du Super U du coin, "Tiens, Fluide Glacial Série-Or Été, voilà qui agrémentera mes vacances et me replongera dans l'univers fluide-glaciaire !"
    Résultat bof. Dans ce patchwork d'extraits d'albums déjà parus ou à paraître, à part quelques historiques qu'on relit avec plaisir (Carmen Cru, les Bidochon, Edika...), voire du très ancien déjà lu et relu (un Lucien de Margerin datant de 1981...), on trouve des "nouveaux" parfois pas mal (un prometteur "Rase campagne" d'Aurel sur des arrangements électoraux locaux à paraître en septembre), mais aussi souvent lourdingues (et je ne nommerai personne). 
    En un mot, sur la plage, de Deauville ou d'ailleurs, choisissez d'autres planches. 

    Fluide Glacial. Série-Or Été 2015. En kiosque.