lundi 1 décembre 2014

Le Lauréat : MILF, amour et révolte

Cette jambe féminine n'appartient pas à Anne Bancroft.
Mais à Linda Gray : Sue Ellen dans Dallas !
(info véridique, importante pour briller en soirée)

Revoir Le Lauréat (de Mike Nichols, faut-il le préciser), lundi soir sur la télévision numérique terrestre, trente ans après l'avoir vu au cinéma... Snif, la nostalgie m'étreint (de voyageurs. C'est pas drôle ok mais c'est moins dangereux que la nostalgie m'habite). Une nostalgie d'autant plus saisissante (yago du Chili) que la musique, de Paul Simon, dont le célébrissime "Mrs Robinson", fait partie d'un 33 tours que j'écoutais en boucles quand j'avais 13 ans chez un pote qui écoutait aussi Johnny Halliday, c'est vous dire comment je l'ai échappé belle niveau choix musicaux.
Trente ans donc que je ne l'avais pas vu, ce film. Et il avait déjà 17 ans (calculez bien : il est donc sorti en 1967, bravo).

Quand on y pense... Dans les années 60, le film fait le gros scandale sur un truc qui fait maintenant partie des fantasmes favoris des fans de Youporn des années 2010 : un petit jeune (Dustin Hoffman) se fait honteusement draguer par une MILF (Anne Bancroft) et se la tape ! Et bien sûr (mais là on sort du genre Youporn pour aller sur le drame antique), il finit par tomber amoureux de sa fille (à la MILF, suivez un peu), jouée par Katharine Ross.

Mais !
Mais comme on n'est pas à une contradiction près, et comme on n'est pas encore en 1968 (à un an près) et que la dépravation n'a pas totalement atteint l'esprit fragile des jeunes, s'il est amoureux, alors il faut se marier ! Bah oui. Et là, on sent le poids des habitudes familiales, de l'autorité, des interdits édictés par les parents (ah le bon vieux temps). La maman (la MILF donc), ultra jalouse et fort marrie d'avoir perdu son amant (ah ah !), use de fourberie pour conduire sa fille à rejeter Dustin Hoffman, et lui faire préférer un autre jeune homme, de bonne famille certes, mais de bonne tête de nœud aussi. Et là c'est triste, car malgré une course haletante du héros pour tenter de stopper l'inéluctable, le mariage a bien lieu avec le naze.

Mais !
Mais comme on n'est pas loin non plus de 1968, le final du film livre en quelques minutes tous les éléments de rébellion contre la société que la jeunesse portera dans cette période. Le héros enlève sa bien aimée consentante, et le jeune couple convole. Ainsi soit-il : famille, je vous hais et je vous emmerde ; le mariage est prononcé mais on s'en fout ; la croix chrétienne n'est pas sacrée ; il n'y a pas de chemin tout tracé décidé par d'autres que moi...

Et finalement, même trente après, c'est frais. 

lundi 24 novembre 2014

Raoul Petite, le grand nom du Luberon


Je ne connaissais pas Raoul Petite avant de tomber dessus par hasard sur un site de musique à la demande dont je tairai le nom mais qui sonne à l'oreille comme l'heure à laquelle je commence seulement à me déglauquer le matin.

Et Raoul Petite, pour déglauquer, ça déglauque. A toute heure du jour et de la nuit.

En résumé, et sur trois axes (comme disent les diplômés) :
- Ça râle : contre le systême qui ne le récupèrera pas  ("Ouais c'est ça ouais..."), contre le colonialisme et ses suites (avec une excellente reprise de Mamadou m'a dit de François Béranger), contre les dérives commerciales en tous genres. 
- Ça rigole : sur les paranos (Paranorama), sur la voisine (Voisine), sur soi-même (Raoul Petite n'est pas avare d'autodérision), et sur tout ce qu'on veut...
- Ça met la pêche : "si Raoul Petite a su créer son propre style, tour à tour qualifié de « barock’n roll » ou de « rock agricole sophistiqué », certaines influences sont indéniables, en particulier celle de Frank Zappa à qui il est explicitement rendu hommage dans différents albums. Le groupe associe des textes humoristiques, ciselés et décalés, à des airs métissés, alternant les riffs arabo-reggae aux morceaux plus hard, les hymnes folk-rock aux rengaines slaves" (article de Wikipedia, sans qui j'aurais été incapable de mettre des mots sur ce style de musique).

Et puis un groupe qui se forme à Apt dans le Luberon, avec un leader surnomme Carton, ça ne peut qu'être intéressant à écouter. Voyez et écoutez plutôt :




lundi 17 novembre 2014

Rugby : Assez des "Cinq dernières minutes", rendez-nous Columbo



J'ai regardé le match de rugby France-Australie samedi soir. 

Je pense que le XV de France est sponsorisé par les canapés Château d'Ax (sans la pouf blonde de la pub). Anéfé, les canapés ne peuvent pas résister aux griffes des membres supérieurs d'un individu normalement constitué atteint de gestes de nervosité extrême face aux cinq dernières minutes que cette équipe nous inflige systématiquement. Les Boules Quies sont aussi de la partie, à n'en pas douter, pour protéger les oreilles des hurlements du supporter moyen en train d'estimer que "non vraiment ptain mais pourquoi on se fait rattraper à chaque fois?!"
C'est insupportable. Étouffant. Pas croyable.

Et pourtant. La source de tous ces maux est facile à identifier : les managers du XV des Bleus ont la quarantaine. Ils ont été biberonnés à des séries policières dans les années 80 qui les ont marqués. Séries dont le dénouement final rivalisait d'ingéniosité pour susciter un torride suspens. Rappelez-vous : Arsène Lupin, L'Heure Simenon, Mimi Cracra... Autant de bijoux télévisuels qui ont donné à nos vaillants managers rugbystiques un goût prononcé pour le péril de dernière minute. Pensez-y. Et vous vous direz : bon sang de bon soir, mais c'est bien sûr !
Comparez : la génération précédente, avec des fins de matchs moins stressantes, de qui est-elle l'héritière ? De Columbo. On sait tout dès le départ. 

Il y a toujours des retours de mode. Ça tombe bien, et je le dis haut et fort à la face de la FFR : rendez-nous Columbo ! 

dimanche 9 novembre 2014

Revue Dessinée d'automne : une bonne livraison d'enquêtes politiques et sociales



Oui je sais, le numéro 5 d'automne de la Revue Dessinée est paru depuis début septembre et nous sommes début novembre. Mais on est encore en automne que je sache, donc je suis dans les temps.
Cette nouvelle livraison présente toujours des enquêtes, des reportages, des documentaires très bien fouillés, avec un vrai travail de journalisme mis en scène par une excellente troupe de dessinateurs. Sur le principe, sur la forme, c'est (toujours) très bon.

Les années 70, société violente

Dans ce numéro : une enquête sur l'assassinat du juge Renaud, en 1975. Le titre de cette séquence résume bien le contexte : "Crime d'Etat". C'est la grande époque de la Guerre froide, des "années de plomb" qui suivent Mai-68, c'est le règne du SAC, Service d'action civique, et de ses basses œuvres. C'est une société violente au sens premier du terme. La société d'aujourd'hui est également violente, c'est vrai, mais surtout sur le plan social et économique. A l'époque, on n'hésite pas à poser des bombes ou à tirer à vue sur des gens dans l'espoir crétin de faire triompher une cause.
Face à ces malfrats, il y avait des héros, et apparemment le juge Renaud en faisait partie, qui prétendait pouvoir faire face : "Que ce soit le pape ou le président de la République, des députés ou des sénateurs, j'en ai rien à foutre, si quelqu'un doit aller en taule, il ira !" disait-il. Courageux. Mais suicidaire, dans le contexte, quand on s'attaque, comme lui, ni plus ni moins qu'au financement occulte et voyou d'un parti politique au pouvoir, défendu par le sinistre SAC.

Bref, Benoît Collombat, grand reporter à France Inter, enquête sur cette trouble affaire, sous le crayon de Etienne Davodeau. Et le moins qu'on puisse dire c'est que c'est glauque, et que les affaires qui touchent aujourd'hui l'UMP - ou je ne sais quel tordu dit "de gauche" qui ne paye pas ses impôts ou planque son argent en Suisse - à côté, c'est les aventures du Club des Cinq (pour repiquer dans une littérature jeunesse de la Bibliothèque Verte des mêmes années 70). Une enquête très bien menée. Seul bémol, la BD relate les entretiens avec les différents protagonistes encore en vie, mais du coup le dessin n'apporte pas beaucoup de plus-value par rapport à un reportage écrit. Cette remarque est valable pour d'autres BD de la Revue.

Rions sur la xyloglossie

A propos de politique, j'aime bien la petite chronique sur le langage, "La sémantique, c'est élastique", consacrée cette fois-ci à la "xyloglossie", autrement dit à la "langue de bois". Où on apprend que l'expression vient du russe "langue de chêne", qui se moquait de la bureaucratie tsariste, et qui est devenue "langue de bois" à l'époque soviétique. En Allemagne on parle de "langue de béton" et de "langue de plomb" en Chine... Le "héros" linguiste de la chronique interpelle François Hollande et Jean-François Copé, qui répliquent dans une parfaite xyloglossie, c'est assez marrant.

Côté social, on trouve une enquête intéressante sur les salariés qui doivent se déplacer à la semaine pour renforcer des équipes sur un autre site, éloigné, de leur entreprise. Un univers d'hommes, contraints de s'éloigner de leurs familles toute la semaine, pour garder un emploi. Dommage, ce reportage n'est pas en BD, et les illustrations ne me plaisent pas. Pas inintéressant mais un peu trop prudent : l'auteur ne s'avance pas beaucoup. C'est bien ou pas ? Après tout, la mobilité géographique est une question importante qui mérite d'être questionnée dans un pays où ce n'est pas, loin de là, inscrit dans les habitudes... Mais cette séquence ne permet pas trop d'avancer sur le sujet.

Enfin de la pédagogie économique, avec une explication un peu ardue mais passionnante et éclairante sur le piège des emprunts toxiques dans lequel sont tombés moult communes de France. L'engrenage est redoutable.

En revanche, je reste froid devant la nouvelle rubrique "La Revue des cinés", qui commente et explique une séquence d'un film culte. En l'occurrence un extrait du "Cabinet du Dr Caligari". Je ne vois pas l'intérêt, dans le registre visuel, de reprendre un autre registre visuel. Là aussi, la plus-value de la BD m'échappe.

Mais au total, encore un beau numéro, très pédago, et un appel à s'abonner à cette Revue car elle est une initiative originale qui mérite de s'inscrire dans le long terme.

La Revue Dessinée n° 5. Automne 2014. http://www.larevuedessinee.fr 

jeudi 23 octobre 2014

The Walking Dead : Et vous, combien de rôdeurs avez-vous tué ?


Des râles, un corps qui se déplace comme un gros naze, de la chair putréfiée, un regard qui manifeste assez peu d'amour pour son prochain, une mâchoire qui se referme sur votre épaule... Trop tard, vous voilà vous aussi, dans quelques minutes, un "walking dead".

Devenir accro à la série The Walking Dead prend le même chemin contaminant : l'approcher, la regarder, y entrer, se laisser entraîner, c'est choper le virus. Idem pour la BD, qui est à l'origine de la série télé, avec le même fond de contexte, les mêmes personnages, mais pas toujours les mêmes aventures et en tout cas (sauf le tome 1) pas dans le même tempo. Du coup, évitez de suivre la série sur les deux supports en même temps : ça embrouille sec.


A l'approche de l'arrivée de la saison 5 sur les écrans français (mais diffusé en ce moment même aux USA et qu'on peut voir sur internet en cherchant un peu), je veux le dire : le virus m'a atteint.

Au moins deux ou trois causes à l'origine de ma contamination :

- C'est la fin du monde. Ou d'un monde. Et c'est super excitant. Qui n'a jamais, dans sa tendre jeunesse boutonneuse, fantasmé qu'en se réveillant demain matin, on se retrouverait seul au monde, tout le monde aurait disparu, sauf peut-être sa petite copine (ou petit copain, je ne veux me fâcher avec personne) ? Bon certes, dans The Walking Dead on n'aurait pas envie de se retrouver totalement tout seul. Mais refaire le monde, c'est un job fascinant.

- J'aime bien Man vs Wild. Vous savez, le timbré, Bear Grylls, qui se jette dans les canyon avec un intestin de coyote gonflé en guise de bouée, qui traverse des déserts sous un soleil de plomb en buvant son urine ou qui plonge à poil dans l'eau gelée du pôle Sud juste pour plonger à poil dans l'eau gelée du pôle Sud ? Eh bien j'aime bien. Et The Walking Dead c'est un peu pareil : des humains qui doivent survivre dans une nature hostile. Comme dans Man vs Wild, on ne sait pas où ils vont. Vous avez remarqué ? Où il va, Bear Grylls ? Ben on ne sait pas. Par contre, franchement, les humains de la série sont gâtés : ils mangent des écureuils, tandis que l'autre tordu se contente de vers gluants.

- Enfin, dernier point qui m'a attiré dans les bras des Walking Dead : je suis misanthrope. Et dans la série, finalement, les pires, ce sont les autres humains. Les zombies, on sait facilement ce qu'ils veulent : vous bouffer. Les humains, c'est plus sournois. Il y en a même, dans la saison 5 (attention je vais spoiler) qui cherchent à vous bouffer aussi.

Et puis ils sont bien foutus, les "rôdeurs" : ils sont laids, ils font autant frémir que les zombies de la Nuit des Morts Vivants du siècle dernier (donc ils font rire), et leur démarche est impayable. Non, ce qui fait le plus peur, c'est cette situation de grande crise des relations humaines. C'est la jungle, la préhistoire, et il faut compter sur un effort d'humanité terrible des héros de la série. Finalement, on se plaint aujourd'hui, mais on arrive à vivre en société. Certes, il suffirait de peu pour réveiller la bête qui dort, et chez certains, le pas vers la zombification est sans doute franchi. Restons donc vigilants, les "rôdeurs" ne sont pas loin... Comme Rick, le héro principal, posons systématiquement la question à ceux que nous rencontrons : "Combien de rôdeurs avez-vous tué ? Combien de personnes ? Pourquoi ?"

Je suis misanthrope, je vous dis.

Pour aller plus loin

Un site fait la comparaison entre la BD et la série. Intéressant, mais attention, ça spoile dans tous les coins...

dimanche 5 octobre 2014

"1914-1918, Chansons contre la guerre" : Pour que règnent la paix, la justice et la liberté !



Les "Chansons contre la guerre", c'est comme un album de CD qui serait particulièrement complet. Il y a le CD à l'intérieur bien sûr. Mais aussi des textes, qui expliquent le contexte de chaque chanson, avec leurs paroles. Et des dessins de Tardi. Comme une évidence, tant Tardi a travaillé et produit sur la guerre 14-18. D'ailleurs sur le CD, on entend Tardi dire des morceaux de textes extraits de ses BD, entre deux chansons. A la fin du recueil, on trouve aussi quelques photos d'époque.

Le CD, donc. Des chansons contre la guerre, comme son nom l'indique, la guerre 14-18. Des chansons qu'on n'écouterait pas tous les jours, c'est pas du joyeux. Mais chaque fois ça prend aux tripes (sans mauvais jeu de mots avec les horreurs que subissaient les soldats à l'époque). On y trouve bien sûr le Déserteur, de Vian, mais aussi, moins connue, la Butte rouge, la Chanson de Craonne, ou encore d'autres chansons du même tonneau écrites et/ou interprétées par Dominique Grange. Des chansons qui disent par exemple ("Fraternité", de Sébastien Faure) :
"Nous, nous voulons, amis
Que sur toute la terre
Règnent avec la paix, justice et liberté
Nous voulons, des pays
Abolir les frontières
Tous les peuples sont faits pour la fraternité !"

Alors oui, il y a de la naïveté. Une naïveté qui me touche car elle fleure bon ma jeunesse antikaki, ma crise d'ado contre la société, mes espoirs de jours meilleurs. J'aurais pu être séminariste pour faire chier mes parents, rock star pour emmerder mes voisins, clown pour faire peur aux gamins... Mais non, j'étais juste contre l'armée. Et même si je ne suis plus antimilitariste, même si l'anarchie n'est plus pour moi qu'une poésie politique, je reste horrifié par la bêtise absolue que représente la guerre 14-18. Et en 14-18, pas de naïveté. Quand on fréquente la mort au quotidien, il faut chanter pour s'accrocher. J'aurais aussi chanté ces chansons. Enfin, j'espère.

Ces chansons sont touchantes parce qu'elles sont de chair (pas de celle prévue pour le canon) et d'os (pas de ceux qu'on jette aux chiens). D'hommes, quoi. D'hommes qui crient leur dignité, et proclament haut et fort la supériorité des valeurs humaines sur la redoutable crétinerie de la hiérarchie de guerre. Ils chantaient des vers pour se moquer de la mort, ils chantaient en canon pour oublier la mitraille, ils poussaient la complainte pour recouvrir les râles. Mais aussi pour rêver de la paix et d'un monde meilleur. Voilà un beau recueil pour ne pas oublier l'essentiel.


Chansons contre la guerre. Chansons : Dominique Grange. Textes : Jean-Pierre Verney. Dessins : Tardi. Casterman. Août 2014




mardi 16 septembre 2014

Juillet de Sang : Je ne vous dis que ça


Richard Dane se fait cambrioler mais il tue le malfrat. Pas de bol, le père du malfrat n'est pas content et veut se venger. Mais... Je n'en dis pas plus. J'ajoute juste que tout cela va finir en bain de sang et impliquer une mafia mexicaine du sud des Etats-Unis.

Je n'en dis pas plus, mais j'aurais bien envie de vous dévoiler toute l'intrigue, tant elle est étonnante, stressante et parfois drôle. Vous me diriez : "Pas grave, je ne lirai pas ce polar, il y en a plein d'autres." Vous auriez en partie raison. D'autant que pour avoir lu un autre polar du même auteur (L'Arbre à Bouteilles), vous pourriez vous tourner vers une autre de ses œuvres et y prendre le même plaisir que j'ai eu à les lire.

Mais vous n'auriez qu'en partie raison de prendre cette menace à la légère. Car Juillet de Sang a été porté en film, et sortira dans les salles françaises en décembre. Là, dans peu de temps. Et les extraits que j'ai pu voir ainsi que la bande annonce sentent bon l'ambiance terrible du livre, la tension qui monte, les personnages hauts en couleur, la violence latente et la violence déclarée, les menaces... Une bonne transposition, apparemment. Et donc si le battage médiatique est bon, et comme vous n'êtes pas raisonnables, vous irez voir le film. Vous aurez sûrement raison. Mais si je vous ai tout dit avant, ça risque de gâcher.

Je serai donc bon seigneur et... je n'en dirai pas plus. Ce n'est pas le chef-d'oeuvre inoubliable, mais l'intrigue est originale et bien ficelée. Entre le personnage principal qui se demande dans quel merdier il est tombé, le père qui veut se venger mais qui finira par (je n'en dis pas plus), et le détective un peu plouc-Texan-macho mais très pro (et au comportement lourdingue qui force le rire), on ne s'ennuie pas.

J'ai lu le livre, j'ai hâte de voir le film. Mais si vous l'avez déjà vu (aux Etats-Unis où il est sorti depuis janvier)... ne m'en dites pas plus.


Juillet de Sang, par Joe R. Lansdale, Folio Policier, 320 pages.

lundi 1 septembre 2014

The Salvation : Moi, spectateur, j'ai bien aimé



Eh bien j'ai bien aimé. 
Parce que moi, spectateur, j'aime bien regarder des westerns des fois. 
Moi spectateur, j'aime bien les westerns qui ne concernent pas les Indiens, mais qui rappellent que les "cow-boys" était des immigrés d'Europe, des Danois, des Français, des Italiens, et pas seulement des Anglais.
Moi, spectateur, j'aime bien voir le sang gicler et les tripes s'étaler.
Moi, spectateur, j'aime bien sentir mon sang glacer et mes tripes se nouer. Sans pause, pendant une heure et demie.
Moi, spectateur, j'aime voir les personnages fourbes se faire détruire par les gentils. Et haïr les méchants qui font du mal aux gens biens.
Moi, spectateur, j'aime bien Eric Cantonna, même quand il joue au méchant, et même si on ne le voit que quelques minutes pour dire trois pauvres phrases en anglais, sans bien se rendre compte s'il les prononce avec l'accent méridional et ça c'est dommage.
Bref, moi spectateur, j'aime bien regarder un bon vieux film avec toutes les bonnes recettes du western à la Sergio Leone et de superbes images en plus, et j'ai bien aimé ce film.

The Salvation. Western britannico-dano-sud-africain (rien que ça, ça m'éclate), réalisé par Kristian Levring. 

dimanche 31 août 2014

"14-18, Le Petit Soldat" : Début de guerre, début de saga



L'entrée en matière est brutale : 1919, une femme accompagne son mari chez le médecin. Le visage enroulé dans une écharpe, l'homme se découvre. C'est une "gueule cassée" particulièrement amochée. Non seulement les restes de son visage ne sont plus guère humains, non seulement il souffre atrocement, mais il semble bien atteint psychologiquement : il anone sans arrêt la même phrase, difficilement quand on n'a plus de machoire : "Il a été blessé, il a perdu sa baïonnette, il ne peut plus se défendre, tu peux le protéger, toi, tu es un vrai soldat".

Pour comprendre cet épilogue, il faut maintenant replonger cinq ans plus tôt, au début de la guerre 14-18. Et c'est parti pour une saga de 10 albums prévus, qui paraîtront jusqu'en 2019. Le nom de la série a dû torturer les méninges d'un bataillon de communicants : "14-18". Point très positif : chaque album a un début et une fin, sans "A suivre" à la fin, même si la succession des BD suivra l'évolution de la guerre.

Le tome 1, intitulé "Le Petit Soldat", qui commence par cette scène atroce, pose le décors. Ce sera l'histoire de huit hommes et huit femmes, issus du même village, embarqués dans les atrocités du conflit. Nous sommes au début de la guerre, et on vit les premières heures de la mobilisation générale, annoncée par le garde champêtre pendant une fête de village, les trop courtes 48 heures laissées aux mobilisés pour préparer leurs affaires et profiter de la vie, puis le départ au front et les premières confrontations avec la mort.

Les dessins d'Etienne Le Roux sont très bons, le scénario bien campé par Corbeyran. Les expressions utilisées, la manière de parler, les usages,tout y est très documenté. Comme dans toute évocation de 14-18, on y retrouve aussi les dures conditions de vie des soldats, et surtout les ordres débiles de supérieurs stupides qui sacrifient la vie de leurs hommes. Le "plus" de cette série, par rapport aux BD sur le même sujet, résidera sans aucun doute dans la narration de la vie quotidienne du soldat et des familles restées au village. D'autant que chaque personnage est doté d'une vraie personnalité, d'une histoire, de quoi s'y attacher. Pour le reste, attendons les prochains albums. Le premier épisode passe du temps à installer la situation et les personnages. Gageons que les prochains seront plus "enlevés".

Pour en savoir plus, un document pdf des éditions Delcourt explique le projet.

14-18. Tome 01. Le Petit Soldat. Corbeyran et Etienne Le Roux. Coll. Histoire et Histoires. Ed Delcourt.


mardi 19 août 2014

Black Storm : un film catastrophe.Vraiment.


Voilà un film catastrophe dans tous les sens du terme.

Allez, j'exagère, les effets spéciaux sont particulièrement réussis, même sans 3D, comme quoi on peut provoquer des montées d'adrénaline sans être obligés de chausser une paire de lunettes de kéké.

Pour le reste, l'histoire est affligeante comme une histoire bien américaine où à la fin, le drapeau étoilé est en lambeaux, mais où les citoyens US se retroussent les manches pour reconstruire. Il ne manquait plus que l'intervention du président des Etats-Unis pour sauver ces pauvres gens frappés par de méchants cyclones (vraiment méchants, ceci dit), et le tableau aurait été parfait. Mais l'intérêt général n'est pas l'objet de l'intrigue de ce film, qui s'adresse plutôt à des niches de spectateurs.

Parmi ces niches : les sadiques. C'est l'objet même d'un film catastrophe que de voir des gens en danger de mort, non ? Eh bien là c'est réussi. Avec une touche supplémentaire : les personnages sont tous en train de filmer en direct tout ce qui se passe autour d'eux. Jamais vu autant de caméras (de tous genres : smartphone, mini-caméras, caméras pro...) dans un film. Ton frère est coincé sous une tonne de ferrailles dans un trou qui se remplit d'eau : avant tout, cale ta caméra sur un trépied, puis seulement, pars à sa rescousse. Ce film propose une conception des priorités qui laisse songeur.

Une priorité : filmer. 
Autre niche : les romantiques. Comme tout film catastrophe, il faut un couillon qui tombe amoureux en plein milieu des éléments déchaînés. La mort imminente, ça doit pousser à vouloir perpétuer l'espèce. Je ne vois que ça. En tout cas ça perpétue les scènes larmoyantes et les accolades de soulagement.

Les psychologues de comptoirs et les Freud de supermarchés y trouveront également leurs comptes. Un des personnages principaux est un père qui a perdu sa femme dans un accident de voiture, du coup il est bourru, du coup il ne pense qu'au boulot, du coup il n'est pas très causant avec ses deux ados, du coup ça va lui jouer des tours dans le film, mais du coup il va prendre conscience qu'il est un peu con, et à la fin il comprend que la famille, il n'y a que ça de vrai. Voilà, tirez-en les conclusions psys qu'il faut.

N'oublions pas les geeks : comme tout film des années 2010, il faut que tout le monde soit branché sur son portable, son smartphone, etc. Je l'ai dit plus haut, ils ont tous un appareil à la main pour filmer tout en permanence. Même sous des vents à 350 km/h, ils sont dehors, l'oeil sur l'écran. Au passage, histoire de décontracter les choses, on a l'apparition de deux crétins geeks complètement bourrés qui filment les cyclones pour briller sur YouTube, qui se font embarquer par les vents, et qui ne meurent pas à la fin : ils se retrouvent juste accrochés à un arbre, et il y en a un qui tombe juste avant le générique final. Lol, mdr, ptdr.

Les écolos devraient s'y retrouver un tout petit peu dans ce film. Mais vraiment un tout petit peu. Car la multiplication des cyclones,ça pourrait avoir un lien avec le dérèglement climatique. Ouhla ! Mais attention, on est aux States : pas question d'accuser la pollution ou les gaz à effets de serre ! Le monde ne tourne plus rond, brothers et sisters ! Voilà l'explication (énoncée par un bon vieux gars qui a connu le bon vieux temps où il n'y avait pas de tempête). Mais n'accusons pas le mode de vie des habitants des pays évolués, ce sont ceux qui viennent se régaler devant les films catastrophes !

En tout cas moi j'ai bien aimé et j'ai bien ri (intérieurement, car je sais me tenir). De là à me retrouver dans une des niches que je viens de citer... Quoique, à bien y penser...

Pour aller plus loin... (pas difficile)

Il y en a qui se demandent si on ne peut pas détruire un cyclone avec une arme nucléaire...  Si, je vous jure, et c'est sur la FAQ d'un site apparemment sérieux, le bien nommé ouragan.com...
Et y a-t-il un lien entre les cyclones et le changement climatiques ? Des éléments de réponses ici. Intéressant.

dimanche 17 août 2014

Ne lâche pas ma main : tripes, stress, torpeur et ti-punch


La couverture est hideuse, genre à faire honte de sortir le livre dans le métro. Et les correcteurs de texte devaient se prélasser (sans doute un ti-punch à la main, sur l'Île de la Réunion où se déroule l'intrigue du roman), car quelques mots ont sauté dans cette édition (j'en ai repéré au moins deux, exemple en p. 283).
Voilà, j'ai fait mon petit caca nerveux, mais c'était nécessaire. Ce n'est pas parce que c'est un livre de poche que le lecteur est un sous-lecteur.

Passons au fond de l'affaire de ce polar. Tout se passe à la Réunion, donc. Un homme, soupçonné du meurtre de sa femme, s'enfuit à travers l'île pour échapper à la police. Dans cette chasse à l'homme, il y a aussi un enfant, sa fille (d'où le titre). Mais les choses ne sont pas si claires que cela...

Voilà, je ne peux pas en dire plus, sauf à éveiller des soupçons chez le futur lecteur, ou lui gâcher le plaisir du suspens, et ça serait dommage. Car ce polar est d'une efficacité redoutable pour prendre aux tripes et ne les relâcher qu'une fois lue la toute dernière page. Un modèle du genre. Des fins de chapitres qui rebondissent, mais dont la suite n'est pas dans la page suivante (ce serait trop simple). Des flics qui foncent, avec nous, dans d'apparentes évidences qui s'avèrent trompeuses. Une narration explosée sur plusieurs trajectoires d'histoires qui finissent bien sûr par se rejoindre. Des personnages qui parlent à la première personne, qui ont des tripes, une vie perso, bref des gens auxquels on s'identifie facilement.

Seul bémol : c'est presque trop. L'intrigue est prenante, bien imaginée, pleinement logique, mais un peu tordue. Toutes les recettes du suspens sont là, on se laisse certes porter, mais on sait que ce sont des recettes. C'est la seule limite de ce polar. Mais après tout, comme ce sont les vacances, lâchons-nous. Il faut plonger sans réfléchir et avec plaisir dans cette histoire, sentir la moite torpeur de l'île, entendre parler créole, galoper avec les personnages dans la végétation tropicale, marcher sur les cendres chaudes du volcan. Le tout en sirotant un bon ti-punch, comme il se doit.

Et pour aller plus loin...

La recette du ti-punch réunionnais c'est ici ! Et des images de cette île, c'est là !

Ne lâche pas ma main, de Michel Bussi. Pocket. 448 pages.



vendredi 8 août 2014

Je suis un sournois : Un polar plein de saouls entendus



Un polar assez spécial, raconté à la première personne par le chef de la police du bled où vient d'avoir lieu un meurtre. Le gars est un bon flic, mais aussi un bon chrétien, adulé par tous les vieux du coin, pour sa réputation de perfection morale.
Sauf que le titre du livre annonce la couleur : le gars est un "sournois", un faux-cul, bref, il n'est pas aussi "moral" qu'il n'en a l'air. Et pour cause : il fornique (mais avec amour quand même) avec une amie d'enfance aussi engagée que lui dans la paroisse, mais surtout mariée. Mariée à un véritable crétin qui ne l'a jamais touchée, certes, mais mariée quand même. Et ça, c'est pas bien.
Cette situation va interférer avec l'enquête qu'il doit mener pour déterminer qui a tué Rita, une femme dite aux "moeurs légères", bref une femme à hommes. Et justement les hommes du village sont quasiment tous divisés en deux catégories : ceux qui ont couché avec elle, et ceux qui en rêvent. D'où quelques "tiraillements" entre les mâles, aggravés par une propension assez nette à consommer de l'eau de feu sans modération.
L'enquête est donc assez compliquée pour le héros, qui doit faire face à des zigotos qui n'hésiteront pas à s'accuser mutuellement, à menacer de dévoiler ce qu'ils savent les uns des autres, ou à jeter en pâture de la police le moindre maillon faible un peu plus imbibé d'alcool que les autres. Et comme tous ont des idées "malsaines" ou des actes "impurs" à se reprocher, cela donne des scènes assez drôles où ce ramassis d'ivrognes libidineux déploie une imagination débordante pour se sortir d'affaire par alliances de circonstances ou par basses attaques entre eux. Et il faut finalement du temps pour le lecteur (et un peu de mémoire des noms) pour que les soupçons deviennent des certitudes. Original.

Je suis un sournois. De Peter Duncan. Folio Policier. 256 pages.


vendredi 1 août 2014

La Planète des Singes-L'Affrontement : Ces singes qui singent les Hommes comme des cons


Les militants de la Ligue de défense des animaux, de  la SPA, Brigitte Bardot et les téléspectateurs de 30 millions d'amis n'ont plus qu'à vaquer à d'autres occupations (aller à la pêche par exemple) : les animaux sont aussi cons que les humains. La preuve dans cette reconstitution historique (un peu par anticipation certes) qui explique pourquoi un jour le singe sera totalement maître du monde, comme l'a très bien expliqué Pierre Boulle dans son documentaire La Planète des Singes.

Le documentaire filmé de La Planète des Singes (1968) finissait comme ceci. Souvenez-vous.

Ainsi donc, La Planète des Singes-L'Affrontement montre les débuts de la coexistence d'un groupe d'humains rescapés de l'épidémie mondiale qui a décimé l'humanité il y a dix ans, et un groupe de singes devenus intelligents comme les humains. De là, il y a les gentils humains et singes, qui souhaitent une coexistence pacifique, et qui se font confiance. Mais il y a aussi les méchants dans les deux camps, qui ont soif de vengeance (des hommes qui ont peur des singes, des singes qui se souviennent comment les hommes les ont traités), et qui sont prêts à toutes les bassesses pour attiser les peurs pour mieux provoquer des violences.
Et là bien sûr, on pense à des tas de conflits qu'on connaît ou qu'on a connus, ou qu'on a lus dans les livres d'histoire. Mais on voit surtout que les singes, une fois affublés de l'intelligence humaine, peuvent devenir aussi redoutables que les humains.
Alors pour vivre heureux, vivons cons ? N'allons pas jusque là : l'intelligence humaine apporte, on le voit aussi dans le film, la capacité à prendre de la distance, être capable de discuter, de négocier, de faire confiance.

En fait, devant le bien et le mal, face à la haine et à la confiance, les singes deviennent comme les humains : il faut faire avec ces sentiments ambivalents, mais c'est justement cela qui fait de nous des humains.
Là où c'est désespérant, mais après tout on ne fait pas mieux, c'est que les autres singes (le peuple en quelque sorte) suivraient n'importe quel petit Hitler qui leur promettrait vengeance, pureté, contrôle du territoire.
En deux mots, le film est bien fait, on ne s'ennuie pas (ou peu), il y a de l'action, et les effets spéciaux sont plus que jamais bluffants.

On vous dit tout : en fait César, le singe principal du film, c'est lui, Andy Serkis. Ça s'appelle un "effet spécial". 


Réflexion finale : par contre les téléspectateurs qui, comme moi, aiment regarder des documentaires animaliers les nuits d'insomnie à 2 heures du mat' peuvent continuer : savoir que ces connasses de bestioles seraient capables, devant les caméras, d'accomplir des trucs très humains (fourberie, violence, mensonges, manipulation...), voilà qui peut dilater les pupilles. Restez attentifs.