jeudi 12 juillet 2018

14-18 - Sur la terre comme au ciel : Vents de guerre, souffles de paix


Découvrez dans cet avant-dernier épisode l’apport décisif des États-Unis dans la résolution du conflit et accompagnez Pierre et Maurice, seuls rescapés parmi nos héros ordinaires, pour leur dernier assaut...
Le conflit ne perd pas en intensité mais l’arrivée massive du contingent américain donne un nouvel espoir. La musique et le mode de vie des Sammies réchauffent l’atmosphère de l’arrière-front et le renfort de leurs pilotes renforce le contrôle du ciel avant la bataille décisive. Mason, l’un d’entre eux, ne trouve son courage que dans la cocaïne. Mais ses réserves sont désormais épuisées…
(Présentation éditeur)

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C'est curieux comme cette guerre 14-18 n'intéresse pas des masses. Après un démarrage en fanfare en 2014, l'intérêt médiatique et politique s'est éteint très rapidement. Plus personne n'en parle, les émissions historiques qu'on peut encore glaner sur le petit écran sur des chaînes plus ou moins importantes parlent davantage de 39-45 que des affres des Poilus, alors qu'on est encore en plein dans le centenaire d'une boucherie sans nom. Mais il est vrai que cette boucherie est le fruit pourri d'une politique et d'un état-major bien de chez nous, même pas contraints par une force occupante, et que la mauvaise conscience de choix stupides et meurtriers semble traîner ses guêtres jusque dans l'inconscient de la France d'aujourd'hui. 

Bref, tout ça pour dire qu'heureusement, les projets lancés en 2014 pour se remémorer la violence extrême de cette guerre se poursuivent. C'est le cas de la série BD "14-18" (et voir mes chroniques sur les albums que j'ai lus liés à ce conflit), qui a sorti son avant-dernier album récemment pour parler de juillet 1918. Son titre, "Sur la terre comme au ciel", fait référence aux batailles aériennes, qui sont racontées au travers d'histoires individuelles, de "vrais" combattants qui transpirent la peur, les angoisses, pour leur vie, pour la crainte de ne plus revoir leurs amies, femmes, familles restées au village. Dans cet album on parle d'addiction à la cocaïne, consommée par un aviateur qui s'envoie en l'air dans tous les sens du terme, mais manipulé par un fournisseur sans scrupule ; de combattants heureux de voir arriver les Américains et de découvrir le blues ; de plan Foch ; de dessins presque poétiques de dirigeables qui naviguent dans les vents de la guerre... 
Au fil des albums de cette série, le sérieux des reconstitutions des scènes de guerre, l'émotion du point de vue des combattants et de leurs proches restés au village, l'évocation de faits historiques, mêlent magnifiquement - et douloureusement - le grand et le petit "H" d'une histoire pas si ancienne. 

"14-18", tome 9 "Sur la terre comme au ciel (juillet 1918)". par Corbeyran et Le Roux. Ed. Delcourt.

mardi 1 mai 2018

The Terror : Une série qui fait trembler... de froid


En 1847, le navire britannique HMS Terror est pris dans les glaces alors qu'il était à la recherche du passage du Nord-Ouest. Aux conditions de survie déjà difficiles viennent bientôt s'ajouter les attaques d'une mystérieuse créature...

Avec un titre pareil je m'attendais à frissonner de trouille devant cette série de dix épisodes. Au mieux j'ai eu quelques frissons de froid empathiques à l'égard de ces pauvres marins frigorifiés dans leurs bateaux coincés au milieu des glaces polaires. Les acteurs sont très bons. Heureusement, car le rythme est très lent et les décors sont limités : deux bateaux dans la banquise, puis, après une année bloqués dans les glaces, et suite à quelques jours de marche pour tenter d'en sortir, un désert de cailloux.

Il en faut du courage, pour affronter ce froid, ces nuits polaires de plusieurs mois, cette promiscuité, ce paysage monotone à faire passer le Plat Pays de Brel pour un parc d'attractions. Sans compter que la nourriture n'est pas terrible : des boîtes de conserve, dont on finit par apprendre que pour des raisons budgétaires elles ont été achetées à des marchands peu scrupuleux, qui les ont mal soudées et qui diffusent des taux de plombs à faire crever 60 millions de consommateurs (message pour Elise Lucet : du caaaalme, trop tard, ce scandale alimentaire c'était il y a longtemps). Et avec toutes ces conditions de travail déplorables capables de provoquer le burn out d'un CHSCT, le tout pendant plusieurs années, les marins ne se mutinent même pas. Ils sont braves et volontaires il est vrai, mais même Colomb n'aurait pas osé réussi à imposer ça (Christophe hein, l'aventurier aux nouveaux horizons, pas Gérard, le beauf aux nouveaux barbelés aux frontières).


On attend la bête

Mais surtout - surtout ! - il y a une sorte de bête bizarre, issue de la mythologie esquimaude, qui vient tuer les marins. Elle ressemble à un ours énorme avec une tête presque humaine, elle est très fâchée, très puissante, et elle mange les hommes qu'elle trouve sous sa patte. Elle doit avoir un lien, de ce qu'on peut comprendre, avec une esquimaude, accueillie par l'équipage alors qu'elle était en perdition sur la banquise. Coup de bol le capitaine de l'expédition parle sa langue, et apprécie la culture de ce peuple. Le médecin de bord l'aime bien, aussi, et il tombe amoureux d'elle. Un peu d'humanité fraternelle au milieu d'un tas de brutes à peine civilisés par la culture britannique - donc à peine.

Bref, cette grosse bête, c'est une vrai récréation, on ne fait que l'attendre, ça rompt la monotonie et la langueur de l'histoire. Vivement qu'elle vienne chercher à bouffer, se dit-on avec un peu de honte au fond de nous-même.

En attendant l'hiver se prolonge et les marins sont toujours coincés dans les glaces. Alors ils partent à pieds, et certains se mutinent. Les mutins sont des méchants qui pratiquent l'anthropophagie, et heureusement leur chef est bête et croit qu'il pourra amadouer la grosse bête en lui offrant un bout de sa propre langue qu'il découpe courageusement avec son couteau - il faut dire qu'il est un peu jeté, le mec. Mais comme le gros ours n'a aucun sens de la valeur héroïque du geste, il mange le bonhomme avec. Tu parles d'un balourd lui aussi, pour une divinité mythologique on a fait mieux.

Et tout cela nous amène à la fin de l'histoire, où, sans vouloir spoiler, entre les morts de froid, les intoxiqués du plomb, les anthropophagés et les digérés de la bête, il ne reste pas grand monde... Mais à vrai dire, on peut parier que du monde, il n'en reste pas non plus beaucoup devant l'écran...


The Terror, série d'une saison de 10 épisodes, créée par David Kajganich et Soo Hugh à partir du roman Terreur de Dan Simmons. Disponible sur Prime Video.

vendredi 16 février 2018

Dans l'Antre de la Pénitence : Hante ici, Winchester !


1905, San José en Californie. Suite à la perte de son mari et de sa fille, Sarah Winchester se lance dans la construction compulsive de la « Winchester House » : une demeure aussi étrange que démesurée. Un chantier perpétuellement troublé par les lubies de sa commanditaire, qui réveille ses domestiques en pleine nuit, ou ordonne à ses ouvriers de construire des portes et des escaliers ne menant nulle part. On la prétend folle, hantée par les esprits de ses proches disparus. Mais le jour où un étranger fait son apparition sur le pas de sa porte, les démons de Sarah pourraient bien devenir réels…
(Présentation éditeur)

Une BD de folies. La folie complète d'une femme, Sarah, une héritière de la famille Winchester, celle de la célèbre carabine, qui sombre dans le spiritisme après la mort de sa fille d'une maladie infantile, puis de son mari d'une tuberculose. Les esprits sont clairs : elle doit bâtir une maison pour y accueillir les âmes de toutes les victimes de l'arme créée par le père de son mari. 
La folie d'une maison hantée, de fait. Et que Sarah va mettre en chantier pendant 38 ans, embauchant à tours de bras des ouvriers pour qu'ils travaillent jours et nuits, sur les ordres architecturaux des esprits qu'elle convoque chaque jour dans une petite pièce nue qu'elle est seule à pouvoir pénétrer. Dans sa chambre, sur le lit, elle a disposé les habits de son mari et de sa fille, et leur parle. 
La folie d'une architecture qui la conduira à faire monter des escaliers qui aboutissent au plafond, ou des portes qui s'ouvrent sur le vide. 
La folie d'une histoire vraie - la "Maison Winchester" existe, en Californie - romancée dans cette BD par la relation qu'elle noue avec un ouvrier récemment recruté, qui lui-même porte de lourdes charges sur les épaules qui ne sont pas seulement des planches ou des pierres, mais un vécu qui fait miroir aux affres de Sarah. 
La folie, enfin, d'un dessin violent, éclaboussé de sang sur presque toutes les pages, envahi par le son des marteaux qui tapent en permanence, qui plonge le lecteur dans un malaise n'effleurant sans doute qu'à peine ce que ressent cette femme habitée par tant de fantômes. 
L'oeuvre est magistrale, envoûtante, sombre, tortueuse, à l'image de la Maison Winchester, à l'image de l'esprit torturé de Sarah. 

Une rare page plutôt calme

Dans l'Antre de la Pénitence, de Peter J. Tomasi, Ian Bertram et Dave Stewart. Ed. Glénat, 2017.

samedi 3 février 2018

Le Marchand de Sable : Un thriller contre le sommeil


Un jeune homme est retrouvé errant dans la nuit glaciale de Stockholm. En état de choc, il tient des propos décousus au sujet du Marchand de sable. La police découvre qu’il s’agit d’un garçon disparu treize ans plus tôt avec sa soeur. À l’époque, l’enquête avait conclu qu’ils faisaient probablement partie des dernières victimes de Jurek Walter, un tueur en série arrêté par Joona Linna. Mais le psychopathe purge sa peine depuis plus de dix ans en unité spécialisée, dans un bunker souterrain. Où était le garçon séquestré depuis tout ce temps ? Joona sait que l’homme est particulièrement manipulateur et qu’il a plus d’un tour dans son sac. L’heure du face-à-face avec celui qui l’a obligé à abandonner sa famille approche.
Après Incurables, Lars Kepler est de retour avec un thriller magistral. Intrigue au cordeau, rythme implacable, ambiance crépusculaire, tout y est. Le Marchand de sable va passer. Bonne nuit les petits… (présentation éditeur)


Je n'aurais pas aimé être le gamin des auteurs de ce srileure. Je dis "des" auteurs et j'évoque leur descendance, car selon la "4e de couv", un "couple dans la vie" se cacherait derrière le pseudonyme romantique et néanmoins superbement nordique de Lars Kepler. Non vraiment, chère et cher Alexandra et Alexander Ahndoril (leurs vrais patronymes, c'est pas mignon ?), vous avez l'esprit tordu, et je n'aurais pas voulu, si vous aviez été mes parents, que vous me racontiez des histoires le soir avant de me coucher. Ou alors des choses très cadrées, genre Petit Ours Brun ou Tchoupie, mais avec l'obligation de ne pas dévier d'une virgule dans la narration.
Parce que pondre un srilère (je l'écris comme je veux) aussi flippant que Le Marchand de Sable, avec un titre qui fait rêver les mômes depuis des générations depuis Nounours (que j'ai connu en noir et blanc, que voulez-vous on n'est pas quinqua pour rien), faut être vicieux. Ou pervers. Ou vilain. Parvenir à tenir en haleine et en tachycardie le lecteur pendant 560 pages, avec des rebondissements ou des suspens insoutenables toutes les trois pages, en allant droit au but et en buttant droit, bravo. 

Enterrés vivants

Tous les ingrédients y sont, il est vrai : des gamins qui souffrent, des parents qui se suicident à ne plus voir l'être aimé, des gens enterrés vivants mais maintenus en vie, des courses contre la montre, des psychopathes je ne vous dis que ça, des personnages tous tordus ou névrosés à bloc, même ceux à qui on vendrait a priori le Bon Dieu sans confession et qui ont, en fait, leur part d'ombre, de fragilités, de faiblesses inquiétantes, autant de points faibles qui profiteront à coup sûr à l'assassin principal de cette oeuvre... Et ça tue à tours de bras, à tours de branques, ça fait souffrir, ça rebondit du genre qu'on se dit "ah non c'est pas vrai mais ces auteurs sont vraiment sadiques !". Avec derrière, en psychopathe principal, un cerveau complètement dérangé mais d'une analyse et d'une technicité implacable pour manipuler les personnages "gentils" (pour aller vite : les flics) mais aussi et surtout les lecteurs. En fait, il n'y a pas que le personnage vilain-méchant qui devrait se retrouver enfermé dans un bloc psychiatrique. Les auteurs du thriller (ça y est j'ai trouvé la bonne orthographe), Monsieur et Madame Kepler/Ahndoril, feraient bien d'y faire un tour.

Mais en même temps, non. Leur internement nous priverait de leurs romans génialement sordides pleins de souffrances, de stress et de sang. Ce serait dommage.
Vous voilà prévenus, le Marchand de Sable n'est pas un conte pour enfants. C'est une horreur pour adultes. 
Je vous laisse, j'ai mes cachets à prendre.

La page 77



Le Marchand de Sable, de Lars Kepler. Ed. Actes Sud, coll. Babel Noir. 2014.

jeudi 25 janvier 2018

La Vie secrète des Arbres : Des troncs pas communs


L'école nous a tous appris que les arbres sont des êtres vivants. Cela n'a pas empêché des générations de gamins de graver des cœurs "Toto aime Lulu" sur leurs troncs. Alors qu'on leur a dit : attention, ils sont vivants ! Et si eux ils vous scarifiaient, bandes de petits cons ? Sauf que ça ne se débat pas, un arbre, contrairement à un gamin à qui en couperait des bouts de peau. Et pourtant, ces gros bouts de bois verticaux, c'est vraiment vivant, et la lecture de "La Vie secrète des Arbres" permet d'en prendre pleinement conscience, bien plus et bien mieux que la sainte parole des instits quand on était petits.

L'auteur, un "forestier" allemand qui a passé plus de vingt ans parmi les arbres, raconte à merveille et avec force exemples et anecdotes, tout ce qui se passe dans une forêt. Comment les arbres-mères protègent leurs arbrisseaux en leur évitant de prendre trop le soleil pour qu'ils grandissent lentement mais avec force. En quoi les racines servent à absorber les nutriments du sol pour nourrir "leur" tronc, mais aussi à en redistribuer à des congénères qui seraient en difficulté, abîmés, malades. Quel rôle jouent les champignons, dans le sol, dont les kilomètres de filaments permettent de relayer des informations d'un arbre à l'autre, tel un réseau internet, pour s'alerter, communiquer entre eux. Ce qu'apportent les arbres aux autres vivants de la forêt : du logement social pour certains oiseaux, pour les champignons, pour les insectes ; de la nourriture pour les pucerons qui pompent dans les vaisseaux des feuilles les protéines qu'ils y trouvent, pour excréter sous forme liquide les sucres dont ils n'ont pas besoin et qui vont fatalement saloper le pare-brise de votre voiture, juste en dessous. Si, je vous ai vu, et vous êtes mal garés. Au mieux ces sucs collants seront récupérés par des abeilles mellifères, qui en feront un miel sombre au goût prononcé : vous êtes prévenus, les miels d'arbres, c'est de l'urine de pucerons. Bon app'.

Abattez le Grand Capital ! 

Le livre raconte aussi comment les jeunes cervidés frottent leurs bois sur des arbustes pour faire tomber leur velours, et comme par hasard, ils choisissent des espèces rares, qu'ils font souffrir et mourir. La nature est cruelle. Et pas seulement à cause des animaux à sang chaud. Les arbres entre eux peuvent être solidaires, mais surtout au sein de leur propre espèce. Avec les autres, c'est moins vrai. Ainsi les hêtres, avec les épicéas et les pins, captent 97 % de la lumière quand ils sont présents dans une forêt. Les autres se développeront plus lentement. Le Grand Capital n'a rien à leur envier, mais au moins ils ne perdent pas de temps avec des politiques qui prétendent qu'il suffirait de l'abattre (dans tous les sens du terme) pour rétablir de l'équité.

A quand des docus TV forestiers ?

Alors bien sûr, la forêt est un lieu de combat, mais avouons-le : ce n'est pas frappant. L'arbre est très lent, cela n'aura échappé à personne. C'est son principal défaut. Mais ce livre fourmille de détails racontés à vitesse humaine. On a hâte de regarder à la télé des documentaires forestiers comme on regarde des documentaires animaliers : "Regardez, ce hêtre pousse violemment l'arbrisseau de chêne qui peine à se tenir sur ses racines. L'instant est grave. Le jeune chêne va-t-il résister ? Soudain un chevreuil vient faire ses dents sur lui, il lui arrache un bout d'écorce, le chêne hurle, sous le regard narquois du hêtre. Pourtant, ce dernier n'a pas vu que pendant ce temps, un pic vient de se poser sur une de ses branches. L'instant est grave. La nature retient son souffle. Le pic lance un coup de bec dans l'écorce du hêtre. Il troue, il creuse, puis laisse la place aux champignons qui accourent pour se poster dans la cavité formée. Le pic reviendra plus tard, quand ses amis champignons auront pourri le chair du hêtre et que celle-ci sera plus tendre à trouer encore... Le hêtre appelle à l'aide, lâche des secousses électriques par ses racines, projette des substances de détresse dans l'atmosphère... Il ne peut rien faire. Dans quelques dizaines d'années seulement, il sera mort."

Blague à part, ce livre est rempli d'infos surprenantes. Tellement qu'il faut parfois juste se laisser porter, picorer ici ou là des infos, un peu comme on se balade en forêt tranquillement, sans but précis, à ramasser des feuilles mortes ou s'arrêter devant un beau paysage. Une activité délassante, et on sait maintenant pourquoi : au-delà de la tranquillité d'une forêt, qui fait du bien à nos humeurs, il semble que des substances quasiment imperceptibles pour l'humain soient lâchées par les arbres, qui agissent positivement sur notre tension, notre capacité pulmonaire ou la souplesse de nos artères. Alors lisez ce livre, vous ne fréquenterez plus les arbres comme avant.

La page 77



La Vie secrète des Arbres, de Peter Wohlleben. Les Arènes éditions. 2017.

samedi 30 décembre 2017

Les Vieux Fourneaux T4 : Faudrait pas pousser pépère...


Il y a une usine, fatalement dirigée par des requins capitalistes sans foi ni respect de la nature, qui veut s'agrandir. Mais qui bute sur une ZAD (zone à défendre), peuplée de jeunes foutraques mais fatalement sympathiques, qui bloque le projet. Objet de l'opération d'occupation sauvage : il faut sauver une sauterelle qui s'appelle une "magicienne dentelée" (voir photo) et qui s'est installée sur la zone d'extension achetée par les requins susnommés.

La Magicienne Dentelée.
Il y a Antoine - un des "vieux fourneaux" héros de la BD - que ça fâche, parce qu'il comptait sur le développement économique permis par l'extension de l'usine, pour que ça profite à l'emploi pour les jeunes. Mais il y a ses potes, dont Pierrot, qui viennent à la rescousse des zadistes, en vieux soixanthuitards attardés qu'ils sont. Antoine est encore plus énervé quand il se rend compte que son ancien pote Jean-Jacques, médecin, est parti en retraite et remplacé par une doctoresse roumaine. La ZAD, ça met en colère aussi l'association des chasseurs, pour qui c'est pire que dans "Guimauve Frombze" (je vous laisse deviner de quelle série d'anthologie actuelle il s'agit). Il y a Sophie, la petite-fille d'Antoine, qui élève seule sa fille, parfois avec difficulté, et qui aimerait bien rencontrer de près Vasco, l'entomologiste qui a découvert la présence de la sauterelle magicienne dans le coin, et qui est beau comme un dieu. Il y a Joseph, le couvreur, qui cherche à en savoir plus sur la vie privée de Sophie. Il y a Emile, un des trois "vieux fourneaux", qui envoie des fleurs presque tous les jours à Mme Goitreux, une dame du coin, laquelle balance systématiquement le bouquet aux cochons et lui renvoie un colis remplis de merde -  il doit y avoir du passif entre les deux. Il y a ce geek zadiste qui réussit à choper sur internet des documents confidentiels sur un plan social prévu par l'usine en question.

Un brin de déception

Vous allez dire : ça part un peu vrille ta chronique. Mais justement, cet album aussi. Autant les trois premiers tomes m'avaient emballés (lire ma chronique ici) avec la découverte de ces trois vieux attachants, la qualité du dessin et des histoires qui pouvaient se lire indépendamment les unes des autres, autant ce tome 4 est, au mieux, un album d'entre-deux qui pose avec sincérité le décors de futures histoires, au pire un alibi, pour surfer sur le succès mérité des premiers numéros. Dans les deux cas, on se retrouve en bas de la dernière page avec un brin de déception, une impression de vide, et d'invitation désagréable à remettre 12 euros dans la machine pour en savoir plus la prochaine édition. Alors on va rester sur le bénéfice du doute pour nos trois petits vieux, mais on sera vigilants : faudrait voir à pas pousser pépère dans les sorties...

La page 7


Les Vieux Fourneaux, tome 4, La Magicienne. Par Lupano et Cauuet. Ed. Dargaud. Nov. 2017.

samedi 9 décembre 2017

Chasseurs de têtes : Le sale con prétentieux était un malin supérieur


Roger Brown est le meilleur chasseur de têtes de Norvège : il fait subir aux candidats de véritables interrogatoires et ne laisse aucune place au hasard. Mais Roger a une faiblesse, sa femme, la splendide Diana... Voiture de luxe, vêtements de marque, loft immense, galerie d'art et vernissages au champagne, rien n'est trop beau pour elle. Pour financer sa vie privée, il dérobe des toiles de maîtres chez ses clients. Mais le jour où il décide de voler un Rubens à Clas Greve, qui avait pourtant le profil du parfait pigeon, les choses se gâtent. De chasseur, Roger devient proie et le pigeon se révèle être un terrible prédateur... (Présentation éditeur).

Disons-le tout net : Roger Brown, le personnage principal de ce thriller, est un sale con prétentieux. Il est le meilleur chasseur de tête, et il le sait. Il a la plus belle femme qu'on puisse imaginer (à part la mienne), et il le sait aussi. Bref il est fat. Et le pire c'est qu'on est dans sa tête pendant toute l'histoire, car c'est le narrateur. Au début, c'est excitant, car on est dans la peau d'un vainqueur. La première scène, un entretien avec un candidat, prend aux tripes. On salue le professionnel, le manipulateur, on touche du doigt le sentiment de toute-puissance qu'il ressent. Surtout quand la dernière fois qu'on a soi-même ressenti cette toute-puissance c'est quand on provoquait l'angoisse de papa-maman en se retenant de faire caca. Ok, c'est scato comme référence, mais un passage de ce roman est en plein dans le sujet, c'est le cas de le dire, bref vous lirez par vous-même. Comme quoi, chaque mot de cette chronique est pensé et pesé, qu'est-ce que vous croyez ?

Par contre, après un début tonitruant et appétissant, il y a un long passage qui passe longuement (vous noterez l'expression redondante, c'est fait exprès). En un mot, ça se traîne. Peut-être parce que ça tourne vinaigre pour le héro, et comme on est dans sa tête, c'est pas cool. Jusqu'à ce que démarre une traque de dingue, de malade, avec des épisodes très speeds qui trépident (vous noterez la paronymie), et qui ne font plus lâcher le bouquin avant la fin. Il y a du suspens, de la douleur, des morts, de l'imprévu, du cocasse, et même du caca comme je vous l'ai déjà dit. Et surtout la fin est étonnante, du genre où tu te dis "Ah ouaaaaais ! Dingue, ça...".
Donc faites comme moi : lisez, insistez si ça accroche un peu, mais au final c'est vraiment bien. Roger Brown est bien un sale con prétentieux, mais c'est un malin supérieur, il le prouve avec brio, et ça, on ne peut pas le lui retirer.

Pour aller plus loin dans la grande culture

Comme vous l'avez lu dans le résume de l'éditeur, plus haut, Roger Brown décide de voler un Rubens pour joindre les deux bouts en vue de satisfaire les dépenses de sa femme. Le Rubens en question s'intitule "La Chasse du Sanglier de Calydon", et le voici. A revendre ça doit être bien ; à afficher dans son salon, moins.


Chasseurs de têtes, de Jo Nesbo. Folio Policier. 2008.

dimanche 3 décembre 2017

Bernstein : Symphonie en regard majeur


Symphonie en sol n° 88 de Haydn, 4e mouvement, par le Wiener Philarmoniker. Dirigé par Leonard Bernstein. Qui, à la fin, sans attendre les rappels, reprend l'Allegro con spirito final... sans un geste de la baguette. C'était en 1983.
Classe, travail, autorité, complicité, confiance, respect... Du grand art.

samedi 18 novembre 2017

La Nueve : La Libération entre hombres et lumières


La majorité des hommes qui composaient la Nueve avaient moins de vingt ans lorsqu'ils prirent les armes, en 1936, pour défendre la République espagnole : les survivants ne les déposeraient que huit ans plus tard après s'être illustrés sur le sol africain et avoir libéré Paris dans la nuit du 24 août 1944. Ils étaient convaincus de reprendre la lutte contre le franquisme. Avec de l'aide qui ne viendra jamais...(présentation éditeur)

Libérer la France de l'occupant allemand lors de la dernière guerre mondiale n'a pas été l'oeuvre des seuls Américains, ni des seuls Résistants, ni des seuls De Gaulle ou Leclerc. Beaucoup de chacun d'eux, certes, et beaucoup de l'addition de leurs forces, il va de soi. Mais il y a aussi tous ces inconnus qui y ont contribué. Ces "sans-dents" de la grande histoire du monde, dont on ne parle pas, simplement parce que leur action a été diffuse, éclatée, volontairement anonyme. Mais le silence est parfois injuste, quand ils se sont volontairement engagés pour combattre le nazisme et le fascisme : c'est le cas de ces Républicains espagnols qui ont combattu auprès des forces alliées pour libérer notre pays, et notamment Paris (en composant la 9e compagnie, la "nueve", dans la 2e DB du Général Leclerc), dans la continuité de leur combat raté contre Franco, et espérant le soutien du reste du monde libre pour rétablir la démocratie dans leur pays. Espoir terriblement déçu...

Combattants sanguinaires

Paco Roca raconte dans ce très bel album son entrevue avec l'un de ces anciens combattants espagnols profondément antifascistes, Miguel Ruiz, 94 ans. Avec beaucoup de pudeur, il relate ses échanges, met en scène l'histoire que retrace le Républicain. Des échanges difficiles au début, car Miguel n'a aucune envie de remuer les souvenirs, et sa modestie souffre - cette histoire, son histoire, il ne l'a jamais racontée à personne. Peu à peu il prend confiance, et ce qu'il livre révèle une aventure collective et personnelle tragique, d'une grande force, de ces engagements qui transportent une vie par leur puissance et leur évidence, la lutte antifasciste en constituant le moteur essentiel. La haine du nazi et du fasciste faisait de ces Espagnols des combattant sanguinaires, que l'on plaçait facilement en première ligne, indique le livre. Des sentiments violents qui, avec l'âge, posent question à Miguel. Mais pour lui, c'est très clair : si c'était à refaire, il le referait, pour barrer la route au nazisme. Il raconte ce jeune SS qui, à la Libération, est blessé mais préfère être saigné à blanc plutôt que de risquer d'être transfusé avec du sang juif : "Ça nous rappelle pourquoi nous combattions".
Pourtant, ces combattants républicains ont été oubliés. Et l'Espagne n'a pas été libérée, les Alliés préférant laisser Franco au pouvoir que de risquer l'arrivée des communistes.  Cet album remet en lumière ce pan de l'histoire, ses acteurs sur lesquels elle met des noms, des visages, des singularités, et ce n'est que justice. Le dessin est efficace, à défaut d'être romantique et trop bien léché comme beaucoup de productions bdéesques historiques qui peuplent les têtes de gondoles des librairies spécialisées. Il a une âme, une personnalité. A l'image de Miguel Ruiz, combattant antifasciste. 


La page 276 (pourquoi celle-là ? Parce que)


La Nueve, de Paco Roca. Ed. Delcourt, 2014.

vendredi 3 novembre 2017

Saint Barthélémy (T3) : Une histoire du « haïr ensemble »

Paris, 25 août 1572, lendemain de la Saint-Barthélemy. En dépit des ordres du roi, les massacres continuent. Traqué par les papistes, partagé entre la joie d’avoir retrouvé sa sœur et la peur d’être tué par son propre frère fanatisé, Elie erre dans la ville ensanglantée. Quel est ce passé tumultueux qui lie intimement l’intrigant Scipio et la famille Sauveterre ? Dans ce troisième et ultime volet de la série, le puzzle prend forme. Les secrets de famille se mêlent irrémédiablement aux tourments de l’Histoire…
(Présentation éditeur)

Que dire de plus que je n'aie déjà écrit dans ce blog à propos des deux tomes précédents ? Qu'à l'occasion des 500 ans de la Réforme protestante, il est bon de se replonger dans l'histoire et d'en tirer les enseignements. De se souvenir que les guerres de religions entre catholiques et protestants - il y en a eu pas moins de 8 dans le courant du XVIe siècle - ont été d'une barbarie inouïe. Hommes, femmes, enfants, bébés de la "religion prétendument réformée" subirent des tortures et des massacres abominables : crémation à petit feu (par un système de bascule du corps vers le bûcher puis de relevage à maintes reprises jusqu'à ce que mort s'ensuive, sous François Ier par exemple), arrachage de la langue, plongées dans l'huile bouillante, viols, frottement du crâne des bébés contre le mur de l'église jusqu'à la mort... Les protestants ne furent pas en reste là où ils furent majoritaires, avec des pratiques aussi barbares contre les catholiques. Bref, l'heure n'était pas à la laïcité ni au "vivre ensemble", même si la naissance du protestantisme introduit dans le débat public la notion de liberté de conscience - de religion tout au moins, à l’époque - et d'alphabétisation de chacun, par la nécessité de lire la Bible - car chez les Protestants, chacun « est Pape, une Bible à la main » comme disait Boileau.

Des affres

Le massacre de la Saint-Barthélémy fait partie de ces atrocités. Elle est parfaitement racontée dans cette série d'albums, qui mêle faits historiques et histoires personnelles. Pour lire ce troisième et dernier tome, qui se situe aux lendemains du massacre, il faut se replonger dans les deux premiers, parfois même compulser quelques livres ou sites d'histoire, pour ne pas se perdre dans les éléments historiques. La trame des histoires plus particulières qui s’articulent à ces éléments est intéressante : au travers de passions et de drames parfois violents, se dessinent (c'est le cas de le dire) les haines inter-religieuses, les affres individuelles qui en découlent, les culpabilités, les hypocrisies, au sein de familles déchirées, de camaraderies bouleversées... Le tout porté par un dessin précis et expressif, et une belle couleur malgré le sombre sujet. A lire, à relire, à étudier. A méditer.

La page 7 (pourquoi la page 7 ? Parce que)



Saint-Barthélémy, tome 3 : Ainsi se fera l'histoire... Par Pierre Boisserie, Eric Stalner, Florence Fantini. Ed. Les Arènes. Août 2017.

dimanche 29 octobre 2017

Les marécages : Un polar en Noirs et Blancs


Début des années trente, Texas. Rien ne semble avoir bougé depuis la guerre de Sécession. Le Klan domine. Les lynchages demeurent. Harry, treize ans, fils du représentant local de la loi, s'émancipe de ce monde qui le choque en s'isolant dans les marais. Il y croise, dans les méandres endormis, celui que tout le monde dit être un monstre insaisissable, un esprit de la nuit. Harry est fasciné. Il a trouvé, près des traces de cet Homme-Chèvre, le cadavre d'une femme noire bâillonnée avec des barbelés. On parle d'un "ambulant", serial killer d'une époque démunie devant ce type de crimes imputés au Mal sans qu'il n'y ait de véritable enquête. La population blanche ne s'inquiète pas. N'importe quel Noir fera l'affaire. Jusqu'à ce que les cadavres changent de couleur de peau...
(Présentation éditeur)

Le gamin qui raconte l'histoire a une dizaine d'années au moment des faits. Il va apprendre brutalement et rapidement ce qu'est le racisme le plus pur dans cette partie des Etats-Unis qui n'a jamais totalement digéré l'abolition de l'esclavage. Son père Jacob est coiffeur, mais aussi constable, autrement dit représentant de la loi dans son secteur. Pas de bol, il y a des meurtres atroces, de femmes torturées puis tuées dans des conditions apparemment terribles. Et qu'on retrouve dans les marécages qui s'étendent dans ce coin du Texas. La première qu'on retrouve est une Noire. Pas grave, donc. C'est l'affaire des Noirs, et ces gens-là n'aiment pas qu'on s'immisce dans leurs histoires, c'est bien connu. Dans une des premières scènes de l'histoire, sans doute la plus emblématique, l'une des plus violentes, le constable demande à un médecin blanc d'examiner le corps martyrisé de la pauvre femme. "Un sanglier", dit-il. Ou un fauve. Ou un jeune nègre, ils ont ça dans la peau. Et puis pourquoi perd-on son temps avec ce cadavre ? De toute façon tous les Noirs se ressemblent, une de perdue... Le constable le contredit, l'insulte, le vire et finit par demander à un médecin noir de poursuivre l'analyse, qu'il procédera de façon scientifique pour tirer les premiers enseignements de ce meurtre.

Justice expéditive

Les difficultés sont lourdes quand on représente la Loi et qu'on refuse les thèses et les pratiques racistes, dans ce coin pourri où sévit le Ku Klux Klan. Alors quand ce n'est plus une Noire mais une Blanche qu'on retrouve assassinée dans des conditions tout aussi atroces que la première, la "justice" se met en branle. La "justice" expéditive, celle du lynchage d'un Noir que le constable a eu le malheur d'interroger, faisant peser les soupçons sur lui. Jacob ne parviendra pas à le protéger de la foule en délire, et s'en voudra tant qu'il sombrera dans une grosse dépression alcoolisée. Pendant ce temps, le fiston Harry poursuit l'enquête dans son coin, et croise de temps en temps un "homme-chèvre" qui lui fait peur et peut-être que c'est ce personnage bizarre qui est derrière tout cela, mais c'est pas sûr.

L'histoire connaît des ruptures de rythmes qui accordent souvent plus de place à la langueur et à l'analyse introspective des personnages qu'à l'action. L'auteur, qui a pourtant écrit des chefs-d'oeuvre de suspens (ou que j'ai déjà chroniqué ici) semble s'être réveillé à la fin de son roman, avec un final tout en action, en stress, en révélations, qui déferle après un - trop - long développement sur les affres de certains personnages, et sur les vraies relations qu'ils ont pu entretenir entre eux par le passé. Ça exhume du lourd, il est vrai, mais ça prend son temps.

Reste le message principal (enfin celui que j'ai envie de retenir) : que ce soit dans les années 30 aux Etats-Unis avec le lynchage, ou dans les années 70 en France avec la guillotine, quand existe une peine capitale, la foule s'excite plus facilement pour demander du sang. Quand la justice s'octroie le droit de punir par la mort, elle donne l'exemple de la violence.

La page 77 (pourquoi la page 77 ? parce que)

Pour aller plus loin

A lire un article du Figaro sur les lynchages aux Etats-Unis il y a un siècle.

Et, le sachiez-vous ? Le terme "Lynchage" vient de la pratique d'un dénommé Lynch : à lire ici.

Pour finir en chanson, rien de tel que la "Messe au pendu" de Georges Brassens pour retrouver notre foule qui se déchaîne pour pendre un homme au bout d'un chêne sans forme aucune de remord.


Les Marécages, de Joe R. Lansdale. Folio policier. 2006.

mardi 17 octobre 2017

Le Livre sans Nom promet du sang, des tueurs et des âmes

Santa Mondega, une ville d'Amérique du Sud oubliée du reste du monde, où sommeillent de terribles secrets.
Un serial killer qui assassine ceux qui ont eu la malchance de lire un énigmatique livre sans nom. La seule victime encore vivante du tueur, qui, après cinq ans de coma, se réveille, amnésique. Deux flics très spéciaux, des barons du crime, des moines férus d'arts martiaux, une pierre précieuse à la valeur inestimable, un massacre dans un monastère isolé, quelques clins d'oeil à Seven et à The Ring, et voilà le thriller le plus rock'n'roll et le plus jubilatoire de l'année ! Diffusé anonymement sur Internet en 2007, cet ouvrage aussi original que réjouissant est vite devenu culte.
II a ensuite été publié en Angleterre puis aux Etats-Unis, où il connaît un succès fulgurant.


(Présentation éditeur)

C'est une histoire de dingue dans un bled pourri peuplé d'épaves alcooliques, violents et stupides. Où on tire sur les gens pour régler le moindre problème. Ce haut lieu de débauche et d'avilissement de l'humanité, impossible à repérer sur une carte routière du monde civilisé et c'est tant mieux, va pourtant devenir le centre d'une guerre entre le Bien et le Mal, ou, pour être plus relatif, entre le "Pas Terrible mais plutôt humain", et le Mal absolu. L'enjeu : mettre la main sur l'Oeil de Lune, une pierre précieuse dotée de pouvoirs surnaturels que je ne vous dis que ça. C’est bien simple : entre de mauvaises mains contrôlées par un esprit malin, cette pierre bleue pourrait stopper éternellement en son instant le plus obscure, l’éclipse solaire qui s’apprête à se produire. Et alors ? allez-vous rétorquer. Alors il ferait nuit tout le temps, et ce bled pourri peuplé de dégénérés attirerait, en plus, la faune la plus inhumaine et diabolique qui peuple les cauchemars les plus fous, et en particulier les vampires, ces créatures qui ne supportent pas le soleil, et qui verraient là un havre merveilleusement morbide qui leur permettrait de vivre 24 heures sur 24 dans l’opulence, un peu comme s’ils posaient leur guitoune dans la réserve d’un laboratoire d’analyse médicale d’un quartier plein de gentils donneurs de sang super solidaires parce que c’est important de donner. Oui c’est important, mais pas pour des vampires, qu’on se le dise. Faut tout vous dire bordel c’est pas possible...

Des personnages dégueus volés par des gugusses pourris

Bref, Le Livre sans Nom, c’est l’histoire de la quête de l’Oeil de Lune, qui passe de mains en mains, à mesure qu’elle est volée à des personnages dégueulasses par des gugusses pourris. Et qui finissent le plus souvent la langue arrachée et les yeux délogés.
Les seuls représentants du Bien sont deux moines très combatifs, naïfs mais pas pour longtemps, envoyés à Santa Mondega par leur Père Supérieur pour récupérer la perle dans le but d’éviter la victoire du Mal. Et deux flics, dont un spécialisé dans les affaires surnaturelles. Ces quatre-là sont les seuls qui boivent du café ou de l’eau.
Les autres acteurs de cette histoire sont hors norme. Il y a, en vrac, une voyante extra-nulle, que "même si elle se réveillait au lit avec le Père Noël, elle serait incapable de vous dire quel jour on est". Sanchez, le patron d'un bar, le Tapioca, aussi pourrave que les gens qui le peuplent, qui sont un ramassis d'abrutis alcoolisés, violents, stupides, sales, vulgaires. Ici, il est obligatoire de fumer. Ce que vous voulez, mais il faut (enfin quand je dis "vous", c'est une figure de style, parce que si vous fréquentez ce lieu, je ne vous connais plus). Quand un nouveau arrive et qu'il commande un whisky, Sanchez lui sert un verre de pisse, ça fait rire tout le monde, c’est dire le niveau.

Continuons : il y a Jefe, gros alcoolique (bon, ils le sont tous plus ou moins) qui tombe amoureux d'une Jessica qui a survécu bizarrement après cinq ans de coma à une rafale de balles dans le corps lors de la dernière grosse tuerie du bled. Et surtout, Jefe se fait piquer l'Oeil de Lune par Marcus La Fouine, et là ça craint. Mais Marcus est con. Et bourré du matin au soir, est-il utile de le préciser. Il y a Rodeo Rex, une légende vivante locale, musclé plus que Schwarzenegger, et qui s'avère être en fait un représentant de Dieu sur Terre (trop tard j'ai spoilé). Il y a même Elvis, qui traîne par là. Oui, Elvis, et alors ? Mais surtout, surtout, il y a le Bourbon Kid, qui comme son nom l'indique, ne boit que du Bourbon, et quand il en boit il commet un carnage. C’est lui qui a massacré des centaines d’habitants il y a cinq ans.

Lors de la dernière éclipse.

Mais Bourbon Kid est de retour...

Et il a commandé un verre de Bourbon au comptoir...

Alors c'est bien simple : le Livre sans Nom ? Y a pas de mot.

Pour aller plus loin

Vous pouvez en savoir plus sur ce livre et les suivants (car il y a une suite) sur la page Wikipedia qui lui est consacré. Et, plus original, une page Facebook de Bourbon Kid existe sur ce réseau social.

La page 77. Pourquoi 77 ? Parce que.



Le Livre Sans Nom. Anonyme. Le Livre de Poche, 2010.

vendredi 6 octobre 2017

La vie secrète des jeunes : Quand le coin de rue dépasse la fiction


Ouaaaais ok d'accord cette BD elle est super ancienne et je me réveille que maintenant pour la lire, oui ok. Je m'en fous. Regardez-vous d'abord ! Z'avez pas autre chose à faire qu'à râler ? Vous râlez, vous vous ennuyez. Mais regardez autour de vous bon sang ! La vie quotidienne vous pèse ? Elle est fantastique ! L'extraordinaire est à chaque coin de rue, chaque rame de métro, chaque table de bistrot ! C'est ça que raconte cette BD - et ne vous attardez pas au titre, ça ne parle pas que des jeunes. C'est cette maman qui fout des raclées à un pauvre môme alors qu'il joue tranquille, c'est cette femme qui raconte à sa copine qu'elle s'est retrouvée à l'hôtel pour la première fois avec son amant qui l'a laissée là à quatre pattes au bout de trois minutes avec du sperme dans les cheveux, c'est cette discussion de bistrot où un gars affirme à son pote que les Men in Black existent bel et bien aux USA...

Et c'est fantastique parce que c'est vrai, ce sont de réelles tranches de vie que bande-dessine Riad Sattouf. C'est tout bête, c'est tout con, c'est parfois violent, souvent drôle, voire incroyable. Et généralement tout ça à la fois. Mais la vie du coin de rue dépasse toujours la fiction, quand on regarde bien autour de soi. Faites-le : observez, et... vous verrez. Riad Sattouf observe remarquablement bien, et il raconte avec justesse, concision et goût du détail qui tue.
Alors oui, je me réveille tardivement - le tome 1 c'était il y a dix ans, une paille - mais je... mais je... Et puis merde.


Pour aller plus loin

Alors moi je n'ai pas de conseils à vous donner hein, mais dans le genre "tranches de vie" curieuses, insolites, rigolotes ou bizarres, il y a un excellent blog sur des scènes dans le métro parisien, qui s'appelle subtilement "Zarbi dans le Métro". C'est vraiment bien, vous verrez. Ce sont des textes qui se picorent, ça s'apprécie encore plus en buvant un diabolo menthe ou un bon verre de vin blanc. Je préconise. D'autant plus que c'est moi qui le fait :)

La vie secrète des jeunes (3 tomes), par Riad Sattouf. Ed. L'Association