vendredi 31 juillet 2015

Moisson Rouge : Un bon polar noir, noir et blanc


Une ville, Personville - Poisonville pour les intimes - gangrenée par la corruption, la violence, les mafias, les trafics... Un détective privé qui a pour mission de tenter de mettre de l'ordre dans ce chaos, en jouant sur les rivalités entre malfrats, tous certainement habillés en costumes sombres et affublés de borsalino. Des mitraillettes qui crépitent, qu'on imagine dotés de chargeurs en forme de camembert. Des hommes qui n'hésitent pas à donner du poing, des femmes - mais très peu - qui jouent fatalement de leur charme, ça fume et ça boit beaucoup d'alcool à tous les coins et les recoins de pages mais ce n'est pas ça qui augmente le plus le taux de mortalité... 

Bienvenue dans les années 30, époque de la prohibition, dans un polar bien noir, comme on en a vu sur les écrans en noir et blanc avec un Humphrey Bogart en héro. C'est plein d'actions, l'histoire est bien montée, les personnages tous bien campés, et le héros a ses faiblesses. Bref c'est du bon, c'est même du grand classique, que dis-je de l'historique, tant l'auteur, Dashiell Hammett, est reconnu comme un des pères fondateurs du roman noir. 

Moisson Rouge. Dashiell Hammett. Folio Policier. 

jeudi 23 juillet 2015

Chaos de famille : Du bon gras qui tache et qui tue


J'ai lu ce livre en deux jours (pour moi c'est exceptionnel), et j'ai bien ri. C'est l'histoire du narrateur, M. Plonque, qui vit avec une femme, Camina, véritable mégère qui l'humilie en permanence en le prenant pour son chien pendant qu'elle regarde les pires conneries à la télé. Quinze ans qu'il subit, douze ans qu'il n'a pas pu la toucher, devenant un véritable "obsédé de la femme". C'est l'histoire des frères et soeurs de Camina, complètement timbrés, alcoolos au dernier degré, fiers d'être dépressifs, c'est vous dire... Et de la mère de Camina, une vieille chiante. Il y a aussi Mme Quillard, une voisine et copine de Camina. Une femme à hommes, qui chauffe les fantasmes de M. Ponque...

Un des frangins dépressifs se suicide, M. Ponque vit une aventure fugace et manuelle avec Mme Quillard, il est au volant au moment de l'acte, il perd le contrôle de son véhicule mais reprend celui de sa vie après l'accident sans gravité qu'il provoque, en décidant de se faire passer dorénavant pour un "paralytique flasque". Plongé dans une fausse apathie, il va néanmoins tenter de coucher enfin avec Mme Quillard, et espérer voir crever tous ces gros débiles de la famille de son atroce épouse. Peu à peu, en effet, tout va partir en pépète, avec du boulot pour les pompes funèbres... 

C'est à rigoler à chaque coin de page, c'est énorme, foutraque, exagéré du début à la fin, plein de beuveries, de bouffes gargantuesques, de vulgarité, de sexe, de méchanceté, on se dit "non il ne va pas oser" mais si, ses descriptions sont démesurées mais à crever de rire, et ça n'arrête pas sur 250 pages. 
Il y a des personnages de dingue : Bitove (comme Beethoven, car quand ce brutal queutard tape quelqu'un, il fait "pom pom pom pom") ; le docteur Pételle qui adore couper les jambes ou les bras pour soigner même un eczéma ; Solange, une soeur de Camina, qui, avec sa grosse bouche, a sauté aux yeux d'un des croque-morts qui a enterré le frangin, ce dernier fantasmant de lui faire l'amour le corps dans une camisole à capuche, dans un cercueil ouvert...

Tous timbrés vous dis-je. Dans le style d'écriture il y a du San Antonio, du Michel Audiard, et un je-ne-sais-quoi qui doit sans aucun doute à voir avec le talent de l'auteur, tout simplement. 
En un mot : plongez-vous dans ce chaos de famille, dans ce bain de gras, de délire et d'ignoble, on n'en ressort pas tout à fait pareil qu'on y est entré. 

Chaos de famille, de Franz Bartelt. Folio.  


mercredi 22 juillet 2015

S'abandonner à vivre : Des pépites sous la couverture



Quand on chercher un livre à lire dans une librairie, on peut avoir compulsé en amont toutes les critiques littéraires des parutions récentes. Depuis la disparition d'Apostrophe choisir un livre est en effet devenu une activité harassante. Certains font confiance à Télérama, moi non. On peut aussi écouter les conseils du libraire, mais il vaut mieux qu'il vous connaisse bien. Qu'il vous confonde avec votre voisin lui-même critique littéraire de Télérama, et vous voilà mal. 

En tout cas pour ma part, j'y vais au feeling. Mais alors le feeling bien commercial : je regarde chez Folio parce que les autres éditeurs j'aime moins ; je regarde l'image de couverture ; si elle me plaît je tâte le nombre de pages ; si le livre a moins de 250 pages je lis la 4e de couverture ; si ce mini-texte m'inspire je jette un oeil à l'intérieur et je lis deux ou trois lignes ; si le style n'est pas pompeux, j'achète. 

Tout un art. Et pourtant je me trompe souvent et le nombre de livres entamés s'accumule au pied de mon lit. Là, pour "S'abandonner à vivre" de Sylvain Tesson je ne me suis pas trompé. Il avait certes un critère supplémentaire favorable : c'est un recueil de nouvelles et j'aime les nouvelles. Mais je ne connaissais pas du tout cet auteur et j'ai choisi selon les critères ci-dessus. Et globalement j'ai bien aimé. Certes les nouvelles sont parfois écrites dans un style un peu ampoulé, souvent genre "je suis dans mon monde et devinez où je vous amène malgré les jolis mots abscons que j'aligne", et n'échappent pas à un côté un peu intello qui plairait justement à un critique de Télérama. J'ai zappé deux ou trois textes vraiment trop pénibles à lire, qui invitaient manifestement le lecteur à foutre la paix à l'auteur. Mais dans la quinzaine de nouvelles recueillies, qui ne dépassent pas la dizaine de pages, il y a des pépites vraiment drôles et agréables à lire. Donc ça vaut le coup de se lancer dans la lecture du bouquin, et de s'abandonner à le lire...

S'abandonner à vivre, de Sylvain Tesson. Folio. 

mardi 21 juillet 2015

Fluide Glacial d'été : Il fait trop chaud pour ce patchwork


"Conseilleriez-vous ce produit à d'autres bédéphiles ?" Ma réponse serait non. 
Et je le regrette car j'aime bien Fluide Glacial. Du moins l'idée que je m'en fais encore (rhaaaa Gotlib, Edika, Goossens...) car pour être franc je ne l'ai pas acheté depuis des siècles. Là dans la torpeur estivale qui annonce de tranquilles plages de lecture autant que de plages de sable, je m'étais dit, devant les rayons journaux du Super U du coin, "Tiens, Fluide Glacial Série-Or Été, voilà qui agrémentera mes vacances et me replongera dans l'univers fluide-glaciaire !"
Résultat bof. Dans ce patchwork d'extraits d'albums déjà parus ou à paraître, à part quelques historiques qu'on relit avec plaisir (Carmen Cru, les Bidochon, Edika...), voire du très ancien déjà lu et relu (un Lucien de Margerin datant de 1981...), on trouve des "nouveaux" parfois pas mal (un prometteur "Rase campagne" d'Aurel sur des arrangements électoraux locaux à paraître en septembre), mais aussi souvent lourdingues (et je ne nommerai personne). 
En un mot, sur la plage, de Deauville ou d'ailleurs, choisissez d'autres planches

Fluide Glacial. Série-Or Été 2015. En kiosque.