jeudi 19 juin 2025

La plus précieuse des marchandises : Il était une Shoah



Il était une fois, dans un grand bois, une pauvre bûcheronne et un pauvre bûcheron.
Non non non non, rassurez-vous, ce n’est pas Le Petit Poucet ! Pas du tout. Moi-même, tout comme vous, je déteste cette histoire ridicule. Où et quand a-t-on vu des parents abandonner leurs enfants faute de pouvoir les nourrir ? Allons...
Dans ce grand bois donc, régnaient grande faim et grand froid. Surtout en hiver. En été une chaleur accablante s’abattait sur ce bois et chassait le grand froid. La faim, elle, par contre, était constante, surtout en ces temps où sévissait, autour de ce bois, la guerre mondiale.
La guerre mondiale, oui oui oui oui oui.

(Présentation de l'auteur)


Tout a commencé par ce tweet d'Antoine de Caunes :

Je clique sur le lien Instagram mentionné, je tombe sur la couverture du livre de Jean-Claude Grumberg. Un conte ? Pourquoi pas. Si le grand De Caunes le dit, il faut le lire. Et j'ai lu.
Et là, comme on dit généralement quand on ne sait plus comment dire qu'on a été secoué et qu'il est plus facile de ressortir de vieilles expressions usées jusqu'au squelette de la langue (si, si) : "C'est la claque".

D'abord c'est vraiment un conte. Raconté comme un conte. Je pourrais le raconter à ma fille de 5 ans qu'elle l'écouterait attentivement. Mais sans doute pas avec des étoiles dans les yeux ni de doux rêves à suivre. "La plus précieuse des marchandises" est un bébé, jeté d'un train par son père pour le sauver d'une destination mortelle. C'est la guerre, le train est parti de Drancy, il roule vers un camp de concentration. C'est une histoire monstrueuse. Le bébé est récupéré par une vieille femme - la "pauvre bûcheronne" -, qui vit seule avec son homme - le "pauvre bûcheron" -, et qui rêvait d'avoir un enfant. C'est un conte merveilleux. Elle va le sauver, l'aimer, même s'il vient sans doute de la "race maudite". Son bonhomme de mari, au début rétif, finira par craquer de tendresse à son tour.

"Rien n'est vrai"

Comment ?! Un conte merveilleux, tiré d'un contexte aussi abominable que l'extermination des Juifs ?! Là est la claque, le pied-de-nez que Jean-Claude Grumberg fait aux abrutis négationnistes qui revisitent l'histoire. A la violence du contraste l'auteur va ajouter la percussion de l'ironie, en contestant, en épilogue, la véracité du conte qu'il a "imaginé" : "Rien n'est vrai, il n'y eut pas de trains de marchandises traversant les continent en guerre afin de livrer leurs marchandises ô combien périssables. Ni de camps de regroupement, d'internement d'urgence de concentration, ou même d'extermination."
Les contes pour enfants sont rarement de longs fleuves tranquilles. Lisez le Petit Chaperon Rouge, Barbe Bleue ou Cendrillon (pas les soupes guimauve à la Disney : les vrais contes originaux). Ils sont d'une grande violence mais répondent à des préoccupations psychiques que l'enfant rencontre dans son développement. Ces contes les aident à grandir.
Grumberg a écrit un conte violent. Qu'il circule sous tous les yeux, dans toutes les têtes : lui aussi, à l'échelle des adultes et de l'histoire, aide à grandir.

La plus précieuse des marchandises, par Jean-Claude Grumberg. Ed. Seuil. 2019.

dimanche 23 mars 2025

Vieux Magazine : Le magazine que j'ai fini par lire...

Ca fait du bien d'assumer : oui ok je suis vieux, du haut de mes quasi-soixante ans. Mais naaaaan ce ne sont pas soixante "printemps" ou je ne sais quels "3 fois 20 ans" ! Arrêtons l'hypocrise ! Oui je suis à deux saisons (là je veux bien parler en image) d'être sexagénaire. 

Et dans "sexagénaire", s'il y a le mot "gêne", il y a aussi le mot "air" (je vous vois venir, il y a un autre mot mais je ne suis pas le gros lourdingue que vous croyez). Et s'il y en a un qui ne manque pas d'air, c'est mon idole Antoine De Caunes. Après avoir été l'emblème de la jeunesse rock dans des émissions des temps jadis comme "Chorus", après avoir été le marqueur d'une génération des années 80-90 avec ses facéties nulle-part-aillesques sur Canal+, voici qu'il pose maintenant comme une évidence qu'il est vieux, ralliant à son panache blanc des individus qui, comme moi, veulent assumer, en créant un magazine intitulé sobrement mais efficacement : Vieux

D'abord, il m'a fallu quelques minutes pour me rendre compte qu'Antoine De Caunes était vieux. Honnêtement, il ne les fait pas. Mais comme m'a dit ma coiffeuse, qui tripotait l'autre jour le reste de cheveux que je tiens à maintenir dans un bon ordre apparent : "De nos jours, on prend mieux soin de soi." On s'est rendus compte dans la discussion qu'elle avait la même année de naissance que moi. J'ai pleuré. Pour sa survie. Pour la mienne aussi.

Cela tombe bien : Vieux Magazine arrive à point nommé pour assumer et s'amuser. Cette publication occupe un créneau nouveau (c'est sans doute pour cela qu'il existe, car notre Antoine n'est pas né de la dernière pluie et à dû faire une étude de marché de derrière les fagots - oui, j'aime utiliser des expressions de vieux) : celui des vieux qui ne se sentent pas catégorisés dans les "décrépis". Celui des vieux qui étaient jeunes dans les années 80. Car les autres créneaux de "vieux" sont déjà pris : il y a le Chasseur français pour les vieux seuls, il y a Notre Temps pour les vieux vieux, ou encore Pleine Vie pour ceux qui estiment que leur vie est déjà tellement pleine qu'elle est remplie et que "plus", c'est déjà trop.

Comme je suis vieux et qu'il est 20h30 et que c'est l'heure de me coucher je ne vais pas tarder à terminer mes propos. Vieux Magazine est un excellent magazine et d'ailleurs je m'apprête à m'y abonner. D'abord parce qu'avec ma mémoire de vieux nécessairement défaillante, je risquerais d'oublier de l'acheter. D'autre part parce que cela mérite soutien. Les sujets sont bons, les intervieux (oui j'invente un bon mot je suis content) ciblent des personnalités qui ont des choses à dire, et les sujets transversaux sont ceux qui interrogent à la fois notre génération et celle d'aujourd'hui (famille et société, féminisme, etc.). Un magazine pour les vieux qui se disent, comme Groucho Marx mis en exergue sur la "réclame" de la publication : "Dans chaque vieux, il y a un jeune qui se demande ce qui s'est passé". Tout est dit. Merci Antoine, j'en parlerai à ma coiffeuse.

Vieux magazine. Trimestriel. En kiosque.


vendredi 1 mars 2024

The Boys : L'enfer du décor des super-héros

C'était mieux, avant. Avant, quand j'étais jeune... eh bien d'abord j'étais jeune, donc c'était mieux. Mais surtout, les super-héros savaient se tenir. Ils étaient là pour nous sauver, et nous rassurer face à la vermine communiste qui risquait à chaque instant de déferler dans nos contrées et qui manipulait, depuis Moscou, tous les super-méchants

Aujourd'hui, les super-héros se la pètent. Maintenant qu'ils n'ont plus de communistes en face, ils se lâchent. Il suffit de regarder The Boys, sur Prime Vidéo : ils sont grassement entretenus par une super-compagnie ultracapitaliste, qui manipule les médias sur leurs soi-disant actes héroïques largement mis en scène, ils sont tous atteints de maladies mentales liées au sentiment de puissance - mensonge, fourberie, manipulation, perversion... The Boys, c'est l'enfer du décor des super-héros. C'est gerbant, violent, et on n'a qu'une envie : en finir avec cette sale engeance qu'ils représentent, tant ils font du mal aux gens, y compris en tuant de pauvres hères qui ont le malheur de se trouver sur leur passage. Côté face : des sauveurs de l'humanité, présentés comme tels dans les médias. Côté pile : des ordures finies. La série nous accompagne côté pile, auprès d'un petit groupe de citoyens aux personnalités diverses et hautes en couleur, qui a compris quelle supercherie soutenait le système des super-héros et comment la société qui les emploie les manipule, pour l'enrichissement des actionnaires. Mais qui manipule qui ? Le plus pervers des super-héros, sorte de Captain America des temps modernes, fait froid sous la cape. Autoproclamé chef des super-héros, totalement déglingué de la tête, il ne peut supporter que d'autres de ses collègues montent en influence. La directrice de communication de la société qui l'emploie a bien du mal à le contrôler. Tout part en cacahuètes. Et on prend fait et cause pour le groupe de résistants qui, frappés individuellement dans le passé par les méfaits des héros masqués, veut dénoncer leur infamie au grand public. 

Pas simple. C'était mieux, avant : les bons contre les méchants. Mais voilà, on a appris depuis que le monde n'était pas si simple. Il n'y a plus que les Mélenchon et les Le Pen pour nous bassiner sur un monde binaire. The Boys est certes une belle critique du capitalisme, qui la mérite bien. Mais elle décrit surtout la complexité des relations et des jeux d'acteurs des uns et des autres, qu'ils roulent au super ou à l'ordinaire. Et tout cela est finalement très humain. Tragiquement humain. Pas sûr, finalement, que c'était mieux avant : c'était peut-être déjà comme ça, et on nous cachait tout. Marvel n'est plus marvelous. Flippant. 

The Boys. En VOD sur Prime Video. 

mardi 10 mai 2022

Seuls sur Terre : On ne va pas les déranger


Synopsis : Del pense être le dernier survivant sur Terre à la suite d'une mystérieuse catastrophe qui a décimé instantanément l'humanité, tuant tous les êtres vivants (sauf les poissons) sans détruire les biens matériels. Il reste dans la petite ville maintenant déserte où il était employé à la bibliothèque. Très organisé, il 
nettoie la localité maison par maison, enterrant les cadavres, remettant chaque chose à sa place. Mais son isolement est contrarié par l'arrivée de Grace, une jeune fille venant d'une autre ville. Dans un premier temps il veut la chasser, refusant la perturbation qu'elle apporte dans sa petite vie bien réglée. En effet, il ne se sent pas plus seul maintenant qu'avant, quand les habitants l'ignoraient et le méprisaient à cause de sa taille. Finalement il accepte la présence de Grace, mais il ne sait pas ce qui se passe au-delà de son horizon limité à sa petite ville et ce qu'elle fuyait.

Aaaaah "Seuls sur Terre" ! Qui n'a jamais été envahi de ce fantasme de solitude mondiale quand, prépubère à peine boutonneux, dans les tréfonds de notre lit-une place douillet, l'imagination débordante de notre cerveau loin d'être terminé nous portait vers des rives délirantes et nombrilistes où nous nous voyions seuls au monde, avec éventuellement, quand même, la présence d'une femme dont nous ne savions même pas ce que nous lui aurions fait ? 

Eh bien là, un réalisateur a l'argent nécessaire pour faire un film qui raconte tout ça, et il fait une daube. Le héro principal a failli être seul sur terre. Il a failli avoir une histoire romantique avec l'autre héroïne seule sur terre. Le film a failli être un film de science fiction. Il a failli soulever des considérations éthiques. Bref, il a failli être intéressant. Ce réalisateur n'a jamais été ado.  

Seuls sur Terre, réalisateur Reed Morano. Avec Peter Dinklage et Elle Fanning. Sorti en 2018. A voir sur Prime Video notamment.


mercredi 24 novembre 2021

Erectus : La Planète du Jurassic Dead, ou The Walking Park des Singes


Et soudain l'humanité se mit à régresser. À Richards Bay, en Afrique du Sud, c'est le choc. Un homme s'est métamorphosé. Il arbore des mâchoires proéminentes, est couvert de poils, ne parle plus. Bientôt, à New York, Paris, Genève, des Homo erectus apparaissent en meutes, déboussolés, imprévisibles, semant la panique dans la population.
De quel virus s'agit-il ?
Que se cache-t-il derrière cette terrifiante épidémie ?
Une scientifique française, Anna Meunier, se lance dans une course contre la montre pour comprendre et freiner cette régression de l'humanité.
Partout, la question se pose, vertigineuse : les erectus sont-ils encore des hommes ?
Faut-il les considérer comme des ancêtres à protéger ou des bêtes sauvages à éliminer ?
Un cauchemar planétaire.
-Présentation éditeur-

Je ne sais pas si Yves Calvi de RTL et François Julien de VSD ont vraiment lu ce livre avant d'avoir émis leur avis (voir photo) mais soit non, soit non. Car Erectus, c'est pas bandant, pourrait-on dire si on aimait les jeux de mots pourris. Et le tome 2 intitulé "Erectus, l'Armée de Darwin" ne doit pas l'être non plus, en tout cas je ne ferai pas l'effort de le lire comme j'ai fait l'effort de terminer le tome 1.

Pourquoi ? Vous allez comprendre.
Allez, faisons cela sous forme de jeu. Je donne des éléments de l'intrigue, et vous dites à quoi cela vous fait penser.
- L'irruption de la préhistoire dans l'époque actuelle ? Jurassic Park ! Bravo ! 
- La vie et les mœurs des hommes préhistoriques ? La Guerre du Feu, oui.
- Des primates finalement assez malins et qui se verraient bien maîtres du monde... La Planète des Singes, quel talent ! 
- Des humains qui se transforment en bêtes immondes quand ils sont mordus. The Walking Dead, bien sûr ! 
- Et là attention il y a un piège : le danger d'un virus jusqu'alors inconnu qui se répand rapidement sur tous les continents ? Le Covid 19 ! Oui mais ce n'est pas encore un film. Mais ça ne saurait tarder.
Sinon vous pouviez aussi citer I Am Legend, et tout un tas de films de qualité. 

Mais ce n'est pas en s'inspirant de romans ou de films de qualité qu'on fait un roman de qualité. Or, c'est exactement ce qu'a fait l'auteur : un puzzle plus ou moins bien rapiécé avec les bonnes idées des autres. Et ça donne une soupe peu digeste, avec sous forme de liant une vague histoire sentimentale où, pour se vautrer vraiment dans le cliché de roman aguicheur, l'héroïne est enceinte d'un homme qui devient, évidemment, lui-même un Erectus. Et là on tombe sur une autre inspiration romanesque : La Belle et la Bête
"Roman aguicheur" ? Oui, la preuve Je devrais dire "film aguicheur". Car le thème, le style d'écriture, les références et les clichés sont manifestement étudiés pour intéresser un producteur de cinéma. Y a pas de raison, les films sources ont toutes été des succès du Grand Ecran ! 
Alors un conseil : allez les revoir, ces grands films, ou lisez leurs romans ou leurs BD. Préférez les originaux, et éparpillez cette pâle imitation façon puzzle.

Erectus et Erectus, l'Armée de Darwin, par Xavier Mûller. Xo Editions. 

mercredi 23 juin 2021

Dowtown Abbey : Sceau british !

Downtown Abbey

Ils sont fous, ces Anglais, mais qu'est-ce qu'ils sont plaisants... Je ne parle pas de la famille royale, qui finit par être assez crispante avec ses histoires internes sordides, ni du XV de la Rose qui est par définition détestable, encore moins de leur Brexit qui prêterait à rire si ce n'était pas si triste. Non, je veux parler ici des vrais Anglais, qui se divisent comme chacun le sait en deux populations : les aristocrates, et ceux qui travaillent pour eux.

Et la série Downtown Abbey, au moins, c'est de la vraie histoire de vrais britishs.  

Il y a les proprios, une famille bien riche - en tout cas qui puise dans les réserves accumulées au fil des siècles par ses aïeux - qui n'a jamais bougé son cul pour se servir un verre au robinet ni rangé une facture de téléphone dans le caisson bleu en métal qui sert à ranger les papiers. Et qui se sent en jogging-chaussettes-sandales quand elle oublie son queue-de-pie pour enfiler un simple costard. Il y a les parents, les filles, qui habitent sous le même toit - et quel toit ! - et la grand-mère qui préfère habiter ailleurs dans un autre pavillon

Et puis il y a les domestiques, hauts en couleur, la cuisinière qui râle mais qui a un cœur d'or ; le majordome très coincé et vieille-Angleterre, mais qui a un cœur d'or ; l'intendante qui est rigoureuse mais qui a un cœur d'or ; un sous-majordome qui est une super ordure mais qui finalement, a un cœur d'or, car il souffre ; et plein d'autres personnels qui sont tous un peu tordus mais qui ont du cœur. 

Et tout cela cohabite. Parfois aussi se mélange : si si, le chauffeur épouse une des filles du lord et devient donc un peu membre de l'aristocratie mais en même temps c'est un indépendantiste irlandais alors évidemment c'est dur niveau conscience de classe. Et au fil du temps - car les saisons s'étalent du lendemain du naufrage du Titanic qui a engloutit un héritier de Downtown Abbey, aux années 1920 ou 1930 - ce microcosme s'adapte plus ou moins aux avancées technologiques (l'arrivée du téléphone, de la TSF...), sociales et culturelles (surtout la place de la femme, en particulier après la guerre 14, celle du patriarcat et de la hiérarchie sociale).


Rien de grave

C'est bien beau tout ça mais qu'est-ce qui se passe, dans cette fucking série ? (Je dis un gros mot en anglais pour montrer que je suis bilingue et que fucking est un mot qui se marie bien avec l'anglais). Eh bien il se passe plein de choses, avec une constante impressionnante : quand quelque chose de grave se produit, il se résout en une quinzaine de minutes. Parfois en un épisode. Dans quelques cas précis, en 3 épisodes. Et dans de rares cas, mais ô combien symboliques, quand il y a des morts, eh bien ça ne s'arrange pas car la résurrection, ce n'est pas donné à tout le monde. 

Mais, outre ces épisodes excessifs, une fois qu'on a compris qu'au bout du compte tout va bien se passer, eh bien... tout se passe bien. Les patrons sont aristos mais comme on n'est pas à la Bastille, ils sont sympas, parfois réacs mais par moment étonnamment progressistes. Quant aux domestiques, comme on n'est pas au pays des soviets, ils sont sympas aussi, ok, mais aussi souvent réacs et par moments progressistes

Comme quoi...

Mais ceci étant dit, foin de sarcasmes. Downtown Abbey est une série plaisante, aux personnages hauts en couleurs, subtils car ni noirs ni blancs, aux anecdotes plaisantes et incessantes aux registres les plus variés - amours, trahisons, tromperies, vénalités, tendresse, souffrance, morts, naissances plus ou moins officielles, joies... 

Bref tout y passe, mais il en est dans cette série comme dans la vie : quand on veut paraître classe, ça cache quelque chose ; mais en même temps, avoir du pognon ça aide. 

Donc regardez les britanniques de Dowtown Abbey comme vous regarderiez  les Anglais sur un terrain de rugby : des gens apparemment de bonne famille qui évoluent discrètement comme des voyous. Mais le jeu est plaisant.

Downtown Abbey, série de 6 saisons, 52 épisodes, et un film, sur Amazon Prime Vidéo.

lundi 19 avril 2021

La Ligue des Gentlemen extraordinaires : Piège de nanar


Résumé.
1899. À la tête d'un groupe de terroristes, un inconnu se faisant appeler Le Fantôme menace l'ordre international en dressant les nations européennes les unes contre les autres. Devant la menace imminente d'un conflit majeur (Première Guerre mondiale), l'Angleterre décide de former la Ligue des Gentlemen Extraordinaires. Cette dernière est composée de l'aventurier Allan Quatermain, de Tom Sawyer un membre des services secrets américains, de la chimiste Mina Harker qui cache ses talents de vampire, de Rodney Skinner (L'Homme invisible), de l'immortel Dorian Gray, du docteur Henry Jekyll ainsi que du capitaine Nemo. Ces sept personnages hors du commun embarqueront à bord du Nautilus à destination de Venise, où ils devront contrecarrer les sombres projets du Fantôme. (Page Wikipédia).

Ce qui est pratique, quand on est abonné à un service de VOD, c'est qu'on peut se farcir un bon vieux nanar sans s'en vouloir. Cela ne coûte rien de plus. Et avec un peu d'humour en poche - parce qu'au deuxième ou troisième degré, tout passe -, parfois une bonne dose de patience - parce que même avec beaucoup d'humour, des fois ça lasse -, on peut passer un bon moment. 

Je ne dirais pas que se farcir "La Ligue des Gentlemen extraordinaires" fait partie des "bons moments". Disons plutôt que ce film fait partie de ces objets fascinants tellement ils sont exaspérants. Lisez simplement le pitch, ci-dessus, et déjà ça énerve tellement c'est n'importe quoi. Qu'on soit bien d'accord : chacun des personnage qui intervient dans ce film multi-héros est respectable, je dirais même admirable. Je ne connaissais pas Allan Quatermain avant de le voir sous les traits de Sean Connery, mais j'ai bien aimé Tom Sawyer quand j'étais petit car ses aventures m'ont transporté. J'ai adoré lire "L'Homme invisible" car qui n'a jamais rêvé de l'être. Dorian Gray m'a un peu gonflé parce que c'était un livre à lire au collège mais je peux dire maintenant que son histoire m'a fasciné. Le Docteur Jekyll m'a initié aux livres fantastiques. Dracula m'a plongé dans l'horreur, même si je ne connais pas personnellement Mina Harker. Quant au capitaine Nemo, il a été un des personnages les plus marquants de l'univers Jules Verne que j'ai dévoré dans ma pré-adolescence.  

C'est sans doute à cause de l'admiration que j'ai pour tous ces personnages et surtout pour les auteurs qui les ont créés, que je suis exaspéré par ce film de merde. En le regardant, j'ai pensé à ces écrivains, pris au piège car ils ne peuvent plus protester contre l'utilisation ridicule qui a été faite de leurs créatures, coincés qu'ils sont dans leurs tombes, dans lesquelles ils ont dû, nécessairement, se retourner maintes fois depuis la diffusion du film. D'autant qu'avec les mots qu'ils ont brodés pour écrire leurs œuvres, ils ont titillé l'imagination des lecteurs bien plus fortement que le grotesque scénario déroulé dans le film, accompagné de ce que je n'ose appeler des "effets spéciaux", à côté desquels, même ceux déployés dans Arsène Lupin avec Georges Descrières dans les années 1970 feraient passer pour un épisode récent de Star Wars

Vous avez compris : ne regardez pas ce nanar. Même pour rigoler. Ou alors si, pour une seule raison valable : si vous trouvez une explication à la présence du grand Sean Connery dans cette daube, dites-le moi. C'est la seule et unique intrigue vraiment palpitante de ce film.

mercredi 27 janvier 2021

La Boîte de Pandore : Justement, ne l'ouvrez pas

Présentation éditeur : Alors qu’il assiste à un spectacle d’hypnose, un homme est choisi dans l’assistance pour participer au numéro final. Dubitatif mais intrigué, René se plie au jeu et se retrouve soudain plongé dans une vie antérieure. Ce n’est que la première…
Au fil de ses découvertes, il comprend que ce qu’il a vécu dans ses vies précédentes peut influer sur sa vie présente. Professeur d’histoire, un nouveau défi passionnant se pose à lui : peut-il changer le cours de l’histoire, le réécrire et modifier ainsi la mémoire collective ?
De Paris à l’Égypte, en passant par l’Atlantide, un roman drôle et audacieux sur les mécanismes de la mémoire – individuelle ou générale – et le sens de l’histoire.

Est-ce utile d'émettre un qualificatif pour décrire ce roman ? Vous allez vite comprendre. C'est l'histoire d'un homme appelé René qui parvient par hypnose à rencontrer ses propres vies antérieures. L'une d'elle, la plus ancienne, est un Atlante, qui vit donc sur l'Altantide, où règne une civilisation nécessairement très évoluée d'un point de vue sagesse, et d'ailleurs la preuve c'est qu'ils sont végétariens et qu'ils mesurent 17 mètres de hauteur. Le gars René, c'est celui qui va sauver une partie des habitants de l'Atlantide en les prévenant qu'ils vont subir historiquement une catastrophe naturelle qui va conduire à la disparition de leur île. Son correspondant sur place - lui-même donc, dans une vie antérieure - le croit et va donc construire un bateau pour sauver ceux qui peuvent l'être. Pour remercier René, cette arche sera appelée - tenez-vous bien - l'arche de Néhé (c'est comme ça que les Atlantes peuvent prononcer René). Vous la tenez ? L'arche de Noé, oubliez tout de suite les origines bibliques : ça vient de René. Et les rescapés de l'Atlantide, que deviennent-ils ? Ils vont en Egypte où on retrouvera leurs ossements un jour, ou pas.

Car m'sieur René est historien. Enfin, prof d'histoire. Et il essaie de faire ouvrir les yeux de ses élèves sur la réalité qu'on nous cache dans des livres d'histoire trop académiques qui travestissent la réalité que lui, m'sieur René, connaît. On nous cache tout, que voulez-vous bande de moutons obsédés par le bac ! 
Sinon le gars René va croiser des tas de "lui-même" antérieurs : un combattant de 14-18 qui va tout lui expliquer sur la stratégie de guerre, une vieille riche qui va lui permettre de récupérer des lingots d'or, et d'autres personnalités qui tiendront, vers la fin du livre, une sorte de réunion où ils se rendront compte les uns et les autres que chacune de leur vie suivante a été marquée par un élément qui leur manquait dans leur propre vie. En gros, mon prochain "moi" sera riche et célèbre. A noter qu'aucun d'eux n'a été très choqué de rencontrer un gars qui leur dit "vous êtes mon ancien Moi, je suis votre Moi futur". N'essayez pas de vous présenter à moi de cette manière, je vous jure que je cours très vite prévenir des gentils messieurs à blouse blanche pour s'occuper de vous. 

Ceci dit, il y a bien eu un psy qui a tenté de s'occuper de lui. Pas de bol c'était un psychopathe qui le torturait en lui expliquant que c'était pour son bien. Sous-entendu : faites gaffe aux psys. 

Alors donc, faut-il qualifier ce roman ? Permettez-moi de me défouler, car j'ai tout lu jusqu'au bout en espérant que la fin proposerait un tel rebondissement que l'embarras que je traînais depuis les premières pages disparaîtrait. J'y vais : ce livre est une des pires clowneries que j'ai lues, et je ne pensais pas qu'un auteur aussi éminent que Werber oserait publier un truc pareil. C'est nul, mal écrit, l'histoire est grotesque, c'est pitoyable. Je n'avais lu de l'auteur que son premier roman sur les fourmis, que j'avais bien aimé. Je referme cette "boîte de Pandore" le plus vite possible en espérant que toutes les merdes qu'elle contient ne viendront pas polluer davantage la littérature. 

Une page au hasard

"Les géants." Ben oui, quoi.

La Boîte de Pandore. Bernard Werber. Le Livre de Poche. 2018.

mercredi 13 janvier 2021

Le Cœur sauvage : Des nouvelles de fer sous une plume de velours


Bûcherons, fermiers, vieux hippies, jeunes artistes ou adolescentes rebelles, les personnages de ces nouvelles vivent à la frontière de la civilisation et du monde sauvage, dans des endroits reculés du Vermont. Tous cherchent à donner un sens à leur solitude et à leurs rêves, au cœur d'une nature à laquelle ils sont, souvent malgré eux, viscéralement liés. L'eau noire et glacée des lacs, l'odeur des champs en juin, la senteur de la résine, les forêts à perte de vue... Robin MacArthur évoque avec puissance et grâce cet univers à la fois âpre et beau, où se reflète l'âme de ses habitant. 
Présentation éditeur.

Parmi les plus belles nouvelles que j'ai lues dans ma chienne de vie. Le lecteur vit une véritable immersion dans l'univers du Vermont, dans la tête des personnages, dans leur vie, leurs pensées, leurs angoisses et leurs joies. Contrairement au vacancier qui plonge direct dans l'océan et en ressort en affirmant fièrement "Au début elle est froide, après elle est bonne", le lecteur va ici vivre en première impression une sorte d'aventure moelleuse portée par une narration calme, merveilleusement envoûtante voire poétique, d'une langueur pas du tout monotone enrichie d'images et de descriptions magnifiques. Mais un malaise grandit en entrant dans la vie des personnages, et l'émotion au début positive se transforme en fin d'histoire en une interrogation : finalement, derrière le calme apparent qui règne ici, n'y aurait-il pas un chaos sur le point de s'exprimer ? La plume de velours ne cacherait-elle pas une violence de fer ? Poser la question c'est y répondre.

Une page au hasard



Le Cœur sauvage, de Robin MacArthur. Ed. Albin Michel, coll. Terres d'Amériques. 2017.

dimanche 15 novembre 2020

Les Passagers du Vent 8 : Attention au contrôle d'histoire surprise !


Paris, 16 février 1885. On enterre Jules Vallès, tout juste cinq ans après l'amnistie des communards et le retour des exilés. Zabo est là, au milieu de la foule immense. Alors que nous l'avions quittée vingt ans plus tôt, en Louisiane, elle répond aujourd'hui au prénom de Clara. Quand elle voit une jeune fille, fraîchement débarquée de sa Bretagne natale, se faire maltraiter, Zabo réagit.

Les manuels d'histoire de lycée vous excitent ? Les oeuvres en version originale non sous-titrées stimulent votre intellect ? Alors vous allez aimer le 8e opus des Passagers du Vent ("partie 1" dit la BD donc il y aura au moins une partie 2 voire 3). C'est une BD historique soit, mais autant la classer d'emblée dans ce genre. C'est une BD intello, avec parfois une page complète où les personnages s'expriment en breton, avec traduction dans les dernières pages de l'album : autant dire que c'est la chiotte de faire des aller-retour de 60 pages. Tout ça pour quoi ? Pour faire beaucoup d'historique académique - ah les belles représentations de Jules Vallès et autres sommités de l'époque, ah les grandes digressions sur les événements qui peuplent les cours d'histoire de 2nde -, et beaucoup de m'as-tu-vu-je-sais-parler-breton. La primauté de l'intellect dans cette BD - brillante, sans aucun doute - gâche l'histoire et efface les émotions. Certains crieront au génie parce que c'est plein de culture. Je crie à la chienlit parce que c'est chiant. Je n'achèterai pas le tome 2 de cette édition, j'aurais peur d'un contrôle surprise. 

lundi 19 octobre 2020

L'Outsider : Du tirage de cheveux dans la prise de tripes

 


Le corps martyrisé d’un garçon de onze ans est retrouvé dans le parc de Flint City. Témoins et empreintes digitales désignent aussitôt le coupable : Terry Maitland, l’un des habitants les plus respectés de la ville, entraîneur de l’équipe locale de baseball, professeur d’anglais, marié et père de deux fillettes. Et les résultats des analyses ADN ne laissent aucune place au doute. Pourtant, malgré l’évidence, Terry Maitland affirme qu’il est innocent. Et si c’était vrai ?

Le gars King - je me permets de l'appeler comme ça, comme si je pouvais lui taper sur l'épaule, depuis le temps que je le lis, c'est un peu comme si j'étais de la famille - vieillit bien à certains égards, mais il est toujours aussi énervant à être capable du pire comme du meilleur. Pour être franc, cela faisait bien une dizaine d'années que je n'avais pas cherché à lire un de ses écrits. J'étais resté sur ce ras-le-bol de me palucher des centaines de pages de descriptions préalables à toute action, sur l'enfance, l'adolescence, les premiers émois sexuels et/ou amoureux de chacun des personnages, puis sur chaque quart d'heure, chaque minute, chaque seconde qui précède le meurtre/la disparition/le truc bizarre qui se passe, devoir lire 560 pages avant qu'il se passe quelque chose... Stephen King, c'est le Marcel Proust des romans fantastiques. Trop c'était trop, j'avais décidé d'arrêter. Et puis là il y a deux mois j'ai voulu retenter l'aventure. L'Outsider. 800 pages en livre de poche, bon c'est beaucoup pour moi mais ça se tente, depuis le temps. 

Côté pile, chouette, Stephen King va davantage droit au but. Enfin de l'action dans les premières pages, disons dans les premières dizaines de pages. Côté pile toujours, la bizarrerie de départ est prenante. Un gars est accusé d'un meurtre odieux sur un enfant, tout l'accuse, y compris ses traces ADN. Et pourtant tout prouve aussi qu'au même moment, il était à des centaines de kilomètres de là, témoignages et vidéos à l'appui. Un scénario comme celui-là, ça doit donner un final de ouf. Non ? Parce que pour ma part, j'ai été super pris par le suspens, dans la première moitié du livre, je n'en pouvais plus de ne pas savoir.

Sauf que, au final, rien de très ouf. Le final, c'est une pirouette Kingesque tirée des contes et légendes locales avec une espèce de truc un peu monstrueux qui peut prendre la forme qu'il veut. Et tant pis pour la divulgâche. Au début ça prend bien aux tripes et puis c'est tiré par les cheveux. Et un cheveu sur les tripes, aux restau, ça ne passe pas. 

Peut-être qu'il vieillit tout court, Stephen King. Peut-être qu'il perd moins de temps dans les préliminaires fastidieux mais également moins de temps à bâtir des histoires qui tiennent la route. Sinon il y a une autre hypothèse, à vérifier : Stephen King est peut-être doublé par un être bizarre qui prend son apparence mais qui n'est pas lui et qui écrit des choses à sa place... Mais ça, ça n'est qu'une hypothèse, notez bien...

L'Outsider, de Stephen King. Ed. Albin Michel, col. Le Livre de Poche, 2019.

dimanche 31 mai 2020

Incident au fond de la galaxie : Est-ce que ce monde est sérieux ?





Dans un cirque, un employé chargé de nettoyer les cages des animaux accepte d’être envoyé dans le ciel comme un boulet de canon ; le jeune pensionnaire d’un étrange orphelinat découvre qu’il est un clone d’Adolf Hitler créé pour venger les victimes de la Shoah ; un accidenté de la route perd la mémoire et se retrouve dans une pièce virtuelle avec une femme virtuelle, à moins que ce ne soit l’inverse…
Facétieuses, corrosives et incroyablement brillantes, les vingt-deux nouvelles d’Incident au fond de la galaxie nous immergent dans l’univers « keretien », où le virtuel et le fantastique viennent subtilement troubler la réalité pour faire surgir de profondes réflexions sur le deuil, la solitude et les stigmates de l’Histoire

Présentation éditeur

Je suis en train de lire Incident au fond de la galaxie, de Etgar Keret, et ça fait du bien. Une dose d'irréel dans la banalité quotidienne, un truc qui cloche dans la machinerie bien huilée, une bonne secousse dans le calme plat d'une histoire sans histoire... Ces nouvelles sont jubilatoires. Surtout en cette période de déconfinement, cela permet de relativiser notre réalité un peu particulière. Pas besoin d'aller au fond de la galaxie pour saisir les incidents. Il suffit d'aller dans le métro, par exemple. 
L'autre jour j'ai dû prendre le bus et le métro pour un rendez-vous dans Paris : c'était étonnant. Ces gens heureux de se souffler sur le visage, de braver le danger sanitaire en évitant de mettre un masque parce que, sans doute, c'est moche et c'est pénible à porter. Ces gens qui font semblant de faire attention, ou de respecter les règles, qui portent un masque mais qui le glissent sous le menton pour mouiller leur doigt et gratter une saleté sur leur bras (je vous jure, je l'ai vu, j'ai failli proposer ma langue). Ou qui s'évertuent à ne camoufler que la bouche et à laisser exsuder l'appendice nasal à l'air libre. D'où viennent-ils, ces gens bizarres ? Non, toujours pas d'une autre galaxie, ils sont bien de chez nous, ils habitent un pays qui a mis en valeur la Raison et qui a produit des grands scientifiques. Désespérant. 
Alors oui, il faut s'évader, et lire Incident au fond de la galaxie, comme je le faisais dans le métro, en jetant parfois ce regard inquiet au-dessus de ma tablette de lecture pour regarder le comportement de mes contemporains. 

Idir, Ici et Ailleurs : un métissage à renouveler

En même temps, j'écoutais Idir sur mon appli de streaming musical préférée. Il faut écouter ou réécouter Idir, récemment disparu, et notamment ce fantastique album Ici et Ailleurs, qui propose des chansons "d'origine française" réadaptées "façon kabyle", chantées avec le chanteur d'origine. Rien que le premier morceau, La Corrida, de Francis Cabrel, est en plein dans l'ambiance actuelle ("Est-ce que ce monde est sérieux ?")... Le mélange harmonieux de deux cultures est beau et enthousiasmant. Lui aussi, il fait oublier cette période curieuse. Et en même temps il met les pieds dans le plat : dans cette nouvelle époque où il nous est demandé de ne surtout plus nous mélanger pour des raisons de santé, il va falloir déborder d'imagination pour réinventer de nouvelles formes de métissage. Un beau projet. 


Incident au fond de la galaxie, de Etgar Keret. Ed. de l'Olivier, 2020. 
Ici et Ailleurs, Idir. 2017. A écouter sur Deezer (notamment). 

vendredi 22 mai 2020

J'ai raté ma vie mais j'ai presque lu du Conan Doyle et ce n'est pas fini


J'ai lu partout dans les réseaux sociaux et dans les grands médias traditionnels que pendant le confinement, si tu n'avais pas appris le serbo-croate en Mooc, la guitare sur Youtube, et pas lu les œuvres complètes de Victor Hugo gratuitement sur Kobo, tu aurais raté ta vie au moment du déconfinement. 
Spoiler : j'ai raté ma vie. J'ai décidé qu'on me foute la paix sur ce que j'avais envie de faire. Par conséquent je me suis dit que je pouvais lire tout et n'importe quoi, de toute façon c'est foutu, je suis foutu, le monde est foutu, adieu monde cruel. J'ai donc commencé à lire "Le Chien des Baskerville" en numérique gratuit sur Kobo, après avoir vu une adaptation en film sur Prime Video. C'est vous dire à quel point je ne suis pas raccord avec les normes intellectuelles et culturelles de la bienséance réglementaire édictées par le petit peuple bobo. Pire : j'adore les aventures de Sherlock Holmes, mais je n'ai pas réussi à tout lire, j'ai arrêté avant la moitié. Pire du pire : antérieurement à cette aventure coupée dans son élan, j'avais donc vu le film comme je le disais plus haut. Mais soyons franc : je me suis endormi également vers la moitié de l'histoire. Donc ? Donc je ne sais toujours pas qui est le coupable. Et là je vais donner un coup de grâce aux puristes de la littérature bien ordonnée : je m'en fiche. Je m'en fiche car je me suis relancé dans un autre roman. Un grand classique aussi, "Le Monde perdu" de Arthur Conan Doyle. Oui, le même auteur que pour Sherlock Holmes ! Et je précise "re"lancé en effet parce que je l'avais commencé il y a un peu plus d'un an et que je l'avais lâché à un peu plus de la moitié de l'ouvrage. "Le Monde perdu" : le titre vaut son pesant de cacahuètes dans la période. Tant qu'à avoir raté ma vie à ne pas avoir appris la "Lettre à Elise" au piano pendant le confinement, autant se vautrer dans l'échec le plus complet en imaginant la perte d'un monde. Bon ok, là il s'agit dans ce roman d'un monde plus "paumé", "isolé", "introuvable", que perdu. Mais les mots, c'est connu, on leur fait dire ce qu'on veut. 
Enfin, je vous dirai ça si je le finis, ce roman.