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dimanche 23 mars 2025

Vieux Magazine : Le magazine que j'ai fini par lire...

Ca fait du bien d'assumer : oui ok je suis vieux, du haut de mes quasi-soixante ans. Mais naaaaan ce ne sont pas soixante "printemps" ou je ne sais quels "3 fois 20 ans" ! Arrêtons l'hypocrise ! Oui je suis à deux saisons (là je veux bien parler en image) d'être sexagénaire. 

Et dans "sexagénaire", s'il y a le mot "gêne", il y a aussi le mot "air" (je vous vois venir, il y a un autre mot mais je ne suis pas le gros lourdingue que vous croyez). Et s'il y en a un qui ne manque pas d'air, c'est mon idole Antoine De Caunes. Après avoir été l'emblème de la jeunesse rock dans des émissions des temps jadis comme "Chorus", après avoir été le marqueur d'une génération des années 80-90 avec ses facéties nulle-part-aillesques sur Canal+, voici qu'il pose maintenant comme une évidence qu'il est vieux, ralliant à son panache blanc des individus qui, comme moi, veulent assumer, en créant un magazine intitulé sobrement mais efficacement : Vieux. 

D'abord, il m'a fallu quelques minutes pour me rendre compte qu'Antoine De Caunes était vieux. Honnêtement, il ne les fait pas. Mais comme m'a dit ma coiffeuse, qui tripotait l'autre jour le reste de cheveux que je tiens à maintenir dans un bon ordre apparent : "De nos jours, on prend mieux soin de soi." On s'est rendus compte dans la discussion qu'elle avait la même année de naissance que moi. J'ai pleuré. Pour sa survie. Pour la mienne aussi.

Cela tombe bien : Vieux Magazine arrive à point nommé pour assumer et s'amuser. Cette publication occupe un créneau nouveau (c'est sans doute pour cela qu'il existe, car notre Antoine n'est pas né de la dernière pluie et à dû faire une étude de marché de derrière les fagots - oui, j'aime utiliser des expressions de vieux) : celui des vieux qui ne se sentent pas catégorisés dans les "décrépis". Celui des vieux qui étaient jeunes dans les années 80. Car les autres créneaux de "vieux" sont déjà pris : il y a le Chasseur français pour les vieux seuls, il y a Notre Temps pour les vieux vieux, ou encore Pleine Vie pour ceux qui estiment que leur vie est déjà tellement pleine qu'elle est remplie et que "plus", c'est déjà trop.

Comme je suis vieux et qu'il est 20h30 et que c'est l'heure de me coucher je ne vais pas tarder à terminer mes propos. Vieux Magazine est un excellent magazine et d'ailleurs je m'apprête à m'y abonner. D'abord parce qu'avec ma mémoire de vieux nécessairement défaillante, je risquerais d'oublier de l'acheter. D'autre part parce que cela mérite soutien. Les sujets sont bons, les intervieux (oui j'invente un bon mot je suis content) ciblent des personnalités qui ont des choses à dire, et les sujets transversaux sont ceux qui interrogent à la fois notre génération et celle d'aujourd'hui (famille et société, féminisme, etc.). Un magazine pour les vieux qui se disent, comme Groucho Marx mis en exergue sur la "réclame" de la publication : "Dans chaque vieux, il y a un jeune qui se demande ce qui s'est passé". Tout est dit. Merci Antoine, j'en parlerai à ma coiffeuse.

Vieux magazine. Trimestriel. En kiosque.


vendredi 1 juillet 2016

Les Vieux Fourneaux : Ces croûtons qui attachent


Pierrot, Mimile et Antoine, trois septuagénaires, amis d'enfance, ont bien compris que vieillir est le seul moyen connu de ne pas mourir. Quitte à traîner encore un peu ici-bas, ils sont bien déterminés à le faire avec style : un œil tourné vers un passé qui fout le camp, l'autre qui scrute un avenir de plus en plus incertain, un pied dans la tombe et la main sur le cœur. Une comédie sociale aux parfums de lutte des classes et de choc des générations, qui commence sur les chapeaux de roues par un road-movie vers la Toscane, au cours duquel Antoine va tenter de montrer qu'il n'y a pas d'âge pour commettre un crime passionnel.

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Le résumé ci-dessus, ce n'est que le premier épisode. Il y en a trois. Du vrai bonheur. Non, ça ne donne pas envie d'être vieux plus vite que la musique, parce qu'ils sont pas mal chiants les trois vioques. Entre Antoine le nostalgique, Pierrot qui pense encore au Grand Soir et Mimile qui plane à quinze mille, il y a de quoi faire péter les plombs à n'importe qui d'à peu près "normal". D'ailleurs la seule "normale" de la bande, c'est une jeune femme, petite-fille d'un des vieux, maman d'un bébé, qui ramène à l'ordre autant que possible cette marmaille ridée qui n'a jamais tout à fait grandi. Et qui leur rappelle, pour qu'ils cessent de se prendre pour des dieux, l'état dans lequel ils ont légué le monde à leur descendance...

N'empêche qu'ils sont attachants ces croûtons. Parce qu'on s'y retrouve assez bien. On se demande en lisant cette BD "Mais comment je serai moi, à cet âge ?" Certes il suffit parfois de regarder son propre père, mais là ça compte pas, ça fait trop peur (pardon papa, je rigole). Serais-je Pierrot, cet emmerdeur activiste qui anime le collectif "Ni Yeux, Ni Maître", et qui pourrit la vie de tous ceux qui se complaisent dans le Grand Capital ? Ou qui occupe pendant plusieurs jours, avec ses autres copains buveurs de thé et joueur de belote, un bistrot pour jeunes un peu trop bruyant pour forcer le patron à négocier une baisse de décibels...

Serais-je Antoine, qui se fait du mal en pensant à ses amours d'antan ou à ses rivaux maintenant grabataires ? Ou bien Mimile, le taiseux du trio, et qui pourtant pourrait raconter une vie pleine d'aventures qu'il a vraiment vécues, et des histoires qu'il imagine ?

Allez je ferais une réponse facile : un peu des trois, j'espère. Mais si je pouvais garder aussi un peu de la jeunesse adulte et responsable que porte la jeune maman, qui tente tant bien que mal de survivre au milieu de ces histoires de gamins de 70 ans, ça pourrait peut-être m'aider à rassurer mes propres enfants et petits-enfants qui devront me supporter. Ou pas, d'ailleurs... C'est jeunes sont cruels, je vais les engueuler dès ce soir, en anticipation.

En quelques mots, cette BD est à placer entre toutes les mains, à la peau lisse ou ridée : c'est plein d'humour, chargé d'émotion, on en ressort avec le sourire. Et on attend le 4e tome. Bref, ces histoires de vieux qui font leur crise d'ado, c'est bath.

La Page 7


Les Vieux Fourneaux. Tomes 1, 2 et 3. Paul Cauuet, Wilfrid Lupano. Editions Dargaud.